Cher Jean Fédéfote…

    Comme vous le savez, l’orthographe, je parle bien de l’Orthographe avec un grand O (et non un grand Ho ;-) ), n’est pas la tasse de thé de tout le monde… Loin s’en faut ! Y compris pour certains profs ;-) … Et alors ? Tout le monde fait des erreurs ; et puis, après tout, c’est en faisant des erreurs qu’on apprend, non ?

 

    C’est pour cela que je me suis creusé les méninges (en fait, non, c’est ma prof d’IUFM qui m’a aidée par le biais d’un fascicule que j’ai minutieusement compulsé [à vous de voir ce qui se cache derrière l'oxymore, lol]) afin de trouver une activité qui puisse exhorter un tant soit peu mes élèves à pratiquer (de) l’Orthographe. Chacun a une orthographe qui lui est propre. C’est étrange d’affirmer cela, puisque l’orthographe est normalement un code rigide, typifié, garanti, certain, stable ; mais il faut se l’assurer : avec l’irruption de l’écriture msn et de l’écriture sms, chacun développe vraiment une écriture plus ou moins singulière, originale, avec ses types de fautes particulières. Imaginez-vous, aujourd’hui, les jeunes doivent maitriser trois types « d’écriture » : l’écrit scolaire (non pas scolastique), l’écrit « oral » (msn, sms) et la prise de notes/ traces écrites (qui se situent entre les deux cas précédemment cités). Tout doit donc se mélanger dans leur tête et nous en arrivons à des phrases parfois sans queue ni tête ni même orthographe : « Sait l’enemies de Ivain se combatan dans la fôret périeus (sic) ». Alors comment parvenir à lancer le sujet sans heurter leur sensibilité d’enfants de 12 ans qui ne perçoivent pas encore les plaies linguistiques, les violences et les maltraitances qu’ils infligent aux mots ou encore leur cruauté d’arracheurs de pattes-de-mouches ?… Mots, avez-vous donc une âme ? Et, si oui, souffrez-vous ?

 

    Et c’est ici qu’apparait Jean. Jean Fédéfote. Un petit jeune homme d’une douzaine d’années, blond, aux yeux bleus imperceptibles, défaits dans un blouson rouge abattu sur ses épaules. Un élève quoi. Avec ses angoisses métaphysiques, ses incertitudes pré-adolescentes, ses fautes d’orthographe. Suite à une séquence sur le roman de chevalerie qui l’a particulièrement intéressé, il a oublié de donner des nouvelles à sa grand-mère ; celle-ci s’inquiète ; la mère de Jean l’empresse de lui envoyer une lettre, mais Jean n’est pas rassuré : son orthographe n’est pas fameuse et sa grand-mère est de la vieille école (normal pour une grand-mère me direz-vous) ; il me montre sa brève épitre (à cet âge on n’a de l’imagination que pour ses amis) et je tombe des nues. J’ai beau lui expliquer, et lui expliquer, radoter des explications, radoter des radotements d’explication, il n’y entend rien. Que fais-je ? Je décide de donner cette lettre à mes élèves (vous aurez compris, Jean est fictif… Ah vous vous étiez pris au jeu ? Lol) afin qu’ils la corrigent (une correction en moins), qu’ils la commentent, et qu’ils encouragent notre bon jeune Jean. Voici comment se présente l’exercice :

 

 

    1) Le petit Jean Fédéfote, un élève de cinquième du collège de Mérimé situé à Dictée, a bien des soucis avec l’orthographe : il faut l’aider et partir à la recherche des erreurs dans cette courte lettre qu’il a écrite pour sa grand-mère. Je la lui rendrai. Recopie donc ce travail en supprimant un maximum de fautes (les chiffres t’indiquent le nombre de fautes par ligne).

 

1 Ma cher grand-mère

 

3 Je t’y magine, assise au font de ton grand fauteuille,

 

2 tenant cette lettre d’une main qui tramble. Du font de

 

3 ma penser, je vois un sourir sur ton visage qui rit, mes

 

2 qui pleure aussi parceque je suis resté silencieu

 

2 deux longue s’année. Je suis parti étudié

 

2 le moyenne âge à Carvin.

 

3 Je comprend pour quoi les chevalier et

 

3 les femmes en détresse te boulverse touts les deux.

 

1 Aujourd’huy, je suis revenu et je veux te dire

 

4 que je taime toit et tes vielles histoire !

 

5 Je tembrasent t’endremant,

1 Bien à toit, Jean.

 

 

    2) S’il veut progresser, il est évident que Jean a besoin d’y voir plus clair. Regroupez donc (en vous plaçant par deux) les erreurs qu’il a commises entre elles et trouve un titre à chaque catégorie d’erreurs (Il y en a quatre. Par exemple : les accords).

 

    3) Ecris une lettre à Jean dans laquelle tu l’encourageras en lui expliquant tes propres difficultés en orthographe, tes doutes, tes agacements, etc. Profites-en pour lui expliciter un point de grammaire que tu connais parfaitement afin qu’il ne se trompe plus ! (Tu peux pour cela utiliser le manuel, le Bescherelle, etc.).

 

    L’avantage de Jean, c’est qu’il peut-être récurrent. Je compte donner des nouvelles de lui régulièrement, et mes élèves se sont engagés à l’épauler dans sa quête de la pureté linguistique. Et pourtant, ils ne sont pas dupes… ;-)

 

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Ouverture d’une séquence sur le Roman de Renart

    Le Roman de Renart, pénible ? Ah non ! Du tout ! L’avantage du cours de français, c’est qu’il est possible d’intéresser, d’intriguer, avec « n’importe quoi »… Et là, en l’occurrence, Le Roman de Renart, c’est loin d’être n’importe quoi, d’autant plus que c’est un univers qui est proche des élèves puisqu’il a été réutilisé par La Fontaine et puisqu’il a été maintes fois adapté en BD ou en dessins animés. Mes élèves de me le rappeler la dernière fois (eh oui, je ne connaissais pas ces dessins animés là… ;-) )…

 

Le Roman de Renart est censé entrer dans une problématique sur le comique, et plus particulièrement le comique de dérision. Par l’intermédiaire de multiples textes, il est possible d’étudier la parodie des romans de chevalerie (et notamment de Yvain que j’ai analysé dans la séquence précédente, vous voyez il y a un lien…), le registre satirique, la personnification mystificatrice, etc.

 

    Pour entrer dans cet univers fabuleux, amusant, difficile parfois pour les élèves, j’ai décidé d’ouvrir ma séquence avec l’illustration comique (normalement… mais certains ne sont pas amusés du tout) d’un combat chevaleresque entre Renart et Tardif le limaçon. L’objectif : que les élèves s’expriment naturellement sur l’image, qu’ils évoquent le registre comique d’eux-mêmes, et qu’ils en perçoivent les sources : la parodie entre autre. Je vous poste ici l’illustration :

 

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A partir de cette illustration, une série de questions (à poser à l’oral ou à l’écrit) :

a) Que vois-tu ? (sois précis et utilise le vocabulaire de l’image)

b) Est-ce que cette image te fait RIRE ? Pourquoi ?

c) Quel sens donnes-tu au mot « parodie » ? Peux-tu citer des exemples de parodie aujourd’hui ?

d) Montre que le combat illustré par l’image étudiée en cours est une parodie de combat chevaleresque. Pour cela, explique ce qu’est une parodie puis essaye de répondre aux questions suivantes : en quoi le nom de l’escargot est-il amusant ? En quoi le choix de cet adversaire donne-t-il au combat une dimension comique ? Est-ce que Renart ressemble à un chevalier ? Pourquoi ?

Les auteurs du Roman de Renart parodient les autres genres littéraires en les IMITANT et en les tournant à la dérision ; ici, nous pouvons noter :

* la parodie des procédés épiques mis en scène dans les récits de combat

* la parodie du chevalier et des codes de la chevalerie

Afin d’aller jusqu’au bout de cette analyse parodique, il faut mettre en regard de l’illustration le texte issu du Roman de Renart.

    De là, il est possible d’aborder également la personnification. J’ai demandé à mes élèves, après avoir effectué l’exercice présenté sur la page ci, d’inventer un couple d’animaux qu’ils doivent prénommer (selon le même mécanisme attributif : ainsi, j’ai vu un lion nommé Musclor, un kangourou nommé Ressort, un chat Ronron, un lama molar (sic!), etc.) et qu’ils doivent décrire en quelques lignes en suivant le principe de la personnification. Je lance dans le même temps leur sujet d’écriture :

« Rédiger la parodie d’un combat épique mettant en scène Renart (suite au combat contre Tardif) et votre couple d’animaux. »

    Je leur ai dit que leur rédaction devait être « comique »… J’ai lâché le mot « sketch » et… les voilà motivés pour certains à écrire leur one-(wo)man-show ! Après tout, le Roman de Renart, n’est-ce pas en quelque sorte une série de sketch racontés par des jongleurs ?

 

    Je verrai bientôt leur production. Je vous en parlerai dès que je les aurais lues. En tout cas, voici pour l’introduction d’une séquence. Maintenant, il faut voir la satire, les différentes valeurs du présent, les homophones, etc… Cool, je crois qu’ils ne vont pas s’amuser tout le temps ! Il faut bien des sketch pour les galvaniser… ;-)

 

    Pour conclure, quelques liens intéressants concernant le Roman de Renart : le texte sur wikisource, un article de présentation sur wikipédia, une séquence, et une autre sur l’art du dialogue.

Itinéraire d’un jeune prof stagiaire

Re !

    Je vais faire court pour ce post-ci.

 

    Cette année, je suis donc en poste dans un collège dans le nord de la France, dans une zone anciennement minière. J’ai une classe de cinquième, plutôt d’un bon niveau. Je ne peux guère vous parler plus précisément de ma classe ni même de mon maître de stage d’ailleurs (respect de la vie privée de toutes et tous oblige, c’est une sorte de secret professionnel…). Je peux simplement vous dire que je suis le référent de 26 élèves, moitié fille moitié garçon. Ma classe se caractérise par son hétérogénéité (même si toutes les classes se caractérisent par cela) plutôt prononcée : des élèves de tout milieu (fils de prof comme fils d’immigrant), de tout niveau, de tout horizon, etc. Comprenez : j’ai vraiment une classe constituée d’une agglutination de différence.

 

    Bon rentrons dans le vif du sujet : comment intéresser ce groupe d’intelligences malmenées par la télévision aculturogéne, par le dégout fashion de la lecture quotidienne, par une pratique débraillée, jmenfoutiste, irréfléchie de la langue française (et surtout de sa grammaire et de sa sacro-sainte orthographe) tout en suivant le programme fixé/ figé par les inspecteurs hors-du-terrain ? Je n’ai aucune réponse, pas même la panacée… Désolé pour tout ceux qui étaient bouche ouverte, yeux grand ouverts, respiration haletante, palpitation retentissante, et une goutte de sueur pantelante sur le front, attendant impatiemment une réponse universelle de ma part… mais il faut se rendre à l’évidence, il existe des solutions mais pas de remède miracle. Dommage d’ailleurs…

 

     L’année de cinquième suit une progression chronologique que vous pouvez ou pas suivre plus ou moins intelligemment : le programme fixe le moyen-âge, la renaissance et le siècle classique. A vous de choisir ! Ou vous construisez vos séquences selon la chronologie ou vous construisez vos séquences selon une logique qui vous est propre et que vous avez réfléchie (par exemple : en suivant les genres, du fait divers à la nouvelle au roman, puis la farce et le théâtre, enfin la poésie, etc.). Quant à moi, j’ai choisi de suivre une progression chronologique qui permet d’étudier non seulement des œuvres en lien plus ou moins immédiats (qui se parlent, comme Le roman de Renart parodie les romans de chevalerie de Chrétien de Troyes) mais qui permet également au professeur d’accéder à des contenus culturels qui s’enchainent naturellement (la Renaissance mettant fin au Moyen-Âge avec les « Grandes découvertes »). Voilà ce que cela donne :

 

1)  Etude d’une nouvelle : « Le secret de maitre Cornille » (tiré des Lettres de mon moulin) : séquence assez courte qui permet de mettre en route les élèves sur des œuvres brèves, amusantes, et de les familiariser avec un vocabulaire qu’ils utiliseront toute l’année : champ lexical, situation d’énonciation, schémas narratif et actanciel, etc. Cette séquence ne s’inscrit pas directement dans la chronologie précédemment indiquée mais elle permet d’introduire les élèves à la lecture avant de les lancer dans des textes plus longs.

 

2) Le fabliau : du coq à l’âme. Introduction à la vie du Moyen-âge par le biais de textes rendant compte de la vie médiévale quotidienne.

 

3) Un roman de chevalerie et d’amour : Yvain ou le chevalier au lion. Evoque des thèmes propres au Moyen-âge : les codes de la chevalerie, la courtoisie, le merveilleux breton/ chrétien. Les élèves se lancent dans des productions écrites plus conséquentes.

 

4) Rire, se moquer, parodier : Le Roman de Renart et Gargantua. Passage du Moyen-âge à la Renaissance par le biais des « romans de dérision critique ».

 

5) La Farce dans tous ses états : La farce de maitre Patelin, Cuvier, voire une pièce de Molière en lecture cursive pour instaurer une progression générique et chronologique. Etude du comique théâtrale après le comique « romanesque ».

 

6) Le pouvoir de la Lecture (séquence uniquement construite pour mon portfolio, lol) : permet de faire le point sur les attentes des élèves en tant que lecteur. Je pense leur faire lire La Bibliothécaire.

 

7) Le récit de voyage : à la découverte d’un autre continent, celui des mots !

 

8) La poésie, de la forme au cœur.  Etude des différentes formes de la poésie (amoureuse, principalement) au XVIème siècle. Approche de la mise en mots, rupture de la page en tant que blanche masse couverte d’encres.

 

9) Le roman policier : du mot au mort.  Certainement l’ultime séquence. Elle devrait permettre une synthèse de tous les savoirs acquis durant l’année.

 

    Voilà donc pour ma progression annuelle. J’espère qu’elle vous apparaitra relativement claire. En tout cas, il vaut mieux, car si elle ne l’est pas pour vous, elle ne l’est certainement pas pour mes élèves ! Bon, elle a ses défauts (dont j’ai conscience parfois) mais aucune progression n’est rigoureusement parfaite. Je rajoute que le texte descriptif (l’un des objectifs majeurs de l’année de cinquième) est étudié fragmentairement, instillé dans toutes les séquences par plus ou moins grandes doses.

 

Voilà pour aujourd’hui, bonne soirée !

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Le portfolio, un fardeau à porter ?

Rebonjour à toutes et à toutes !

 

Comme je l’avais évoqué dans le dernier post, l’une des nouveautés de cette année, en ce qui concerne les « épreuves » préparant à la titularisation, est le fameux PORTFOLIO. Ce document d’une cinquantaine de pages que le stagiaire se doit de remplir d’encre et d’idées est censé remplacer le « mémoire ». Si nous suivons la définition que nous pouvons trouver sur wikipédia, le portfolio est « un dossier personnel dans lequel les acquis de formation et les acquis de l’expérience d’une personne sont définis et démontrés en vue d’une reconnaissance par un établissement d’enseignement ou un employeur. » ; pour simplifier (si j’y arrive) : le portfolio permet à votre employeur (l’Education nationale qui délègue évidemment ce travail à une foultitude de sbires éclairés puisqu’elle ne peut pas venir entièrement allégorifiée – voire alléghorrifiée parfois – dans vos salles de classe [elle risquerait sans aucun doute de terroriser un bon nombre de nos futurs remplaçants ;-) ]) d’apprécier votre progression annuelle, soit de constater votre évolution du statut de minable-débutant-tremblotant-et-bégayant qui-a-encore-du-lait-au-bout-de-son-nez-enseignant à celui de presque-prof même-si-il-ne-faut-pas-l’oublier-il-reste-encore-un-minable-débutant-(…) – qui, soit dit au passage, n’est encore qu’un « néo-titulaire ». Quand devient-on véritablement professeur ? Finalement, vous voyez, cette simple question pourrait être le départ d’un portfolio. Mais, ne vous inquiétez pas, je ne me lancerai pas dans cette problématique-là.

 

Problématique… Le mot est jeté – comme le dé. Car tel est le mot-clé de votre année (et de votre portfolio, encore lui, eh oui, ça tourne à l’obsession…) : PROBLEMATIQUE. L’année du stage est une année à problème. Mais, entendons-nous bien : « problème » n’est pas forcément un mot péjoratif. Bien sûr, il y a les soucis financiers (dur dur la vie de jeunes profs, vous verrez… ;-) ), l’amassement des feuilles volantes qu’il faut ABSOLUMENT gérer comme un aéroport(-folio !), ou encore la gestion de votre ou de vos classes en responsabilité (à laquelle il tient de rajouter le stage pratique, les journées bloquées par l’IUFM ou par la rédaction du portfolio ou par la préparation minutieusissime de vos cours), mais il ne faut pas omettre les joies de l’enseignement (eh oui, parfois, un ange passe et sur sa trajectoire une floconnée de sourires curieux et avides vous regarde…), l’amitié complicément franchouillarde entre collègues de tout horizon pendant les longs travaux de groupe à l’IUFM, et la sympathie sincère de votre maître de stage ou de vos professeurs d’IUFM (qui la plupart du temps sont eux-mêmes profs…), etc. Pour tout cela, c’est une année problématique car nous funambulons sans cesse d’un abîme à l’autre, parfois titubant démotivément le long du précipice en se murmurant « Ca ira mieux demain… » (mais le lendemain, un autre précipice nous attend : la taxe d’habitation, lol), parfois marchant d’un pas vif, éclairé, serein, sûr de sa progression et souriant de démarche. Tout est dans notre façon de gérer ce semblant d’équilibre permanent. Nous nous sentons prof le lundi, alors nous haussons la voix, nous discutons avec assurance avec les collègues (au moins ceux qui nous considèrent comme tel), nous pensons avec joie aux cours suivants (là, je crois que j’exagère, désolé) ; et, le mardi, retrouvant tôt le matin, notre IUFM adoré, adulé, idolâtré, nous retrouvons dans le même temps notre ancien statut d’étudiant amorphe, à demi réveillé, bref, regardez vos élèves et vous vous verrez. Le passage, semé d’embuches, de jeune étudiant à jeune professeur, voilà l’un des objectifs centripètes de tout portfolio : comment ai-je fait pour conquérir mon statut de néo-titulaire ? Comment suis-je parvenu à franchir le seuil de la classe et, au lieu de me diriger instinctivement vers une chaise dans le fond de celle-ci à proximité d’un vieux radiateur tout enchewinggummé, je me suis avancé vers le bureau qui trône au centre et qui cependant ne sert à rien puisque je ne m’assois jamais derrière ? Comment ai-je réussi à berner mes élèves toute l’année en leur faisant croire que j’étais sur plusieurs établissements afin qu’ils ne comprennent pas que derrière mes absences quotidiennes (ils ne me voient jamais le mardi ni le jeudi) se cachent mon inexpérience patente ? Bref, comment suis-je devenu professeur ? Là encore c’est problématique, non ? Car cela signifie que, bien qu’on vous fasse confiance en vous déléguant une classe, vous n’êtes pas encore un professeur. Pas encore. Il faut être patient. Gagner ses galons petit à petit. Et c’est d’abord avec vos élèves que vous les remportez, plus ou moins brillament, plus ou moins glorieusement. Le vie d’enseignant, c’est d’aller de défaites en victoires, et de victoires en défaites. Un jour, vous vous vouez aux gémonies, et l’autre vous criez haro sur votre pessimisme quotidien. D’un précipice l’autre. Au bord de la mer l’infini est si beau…

 

Bref, revenons à nos moutons. Et je ne parle pas forcément de nos élèves. Pour vous donner un exemple, le mieux c’est que je vous parle de MON portfolio, qui est encore tout virtuel, tout abstrait, tout spirituel. Je vais travailler un thème bateau : la motivation. Car ce qui m’a frappé de prime abord dans ma classe, c’est la difficulté à motiver tout le monde dans le même temps et sur une même activité. Le professeur considère la classe comme une entité, et lorsque l’un de ses membres se dérobe, s’endort, s’évade, quitte l’ornière, c’est tout l’édifice-classe qui a des fourmis dans les doigts. Donc, il faut apprendre à gérer cette motivation : entre motivation « intrinsèque » (celle qui vient de l’élève même par la curiosité, l’envie de réussir, etc.) et motivation « extrinsèque » (celle qui est engendrée par une pression extérieure : parents, copains, société, etc.), entre démotivation « totale » et démotivation « partielle », « fragmentaire », chaque cours est fondamentalement différent : il faut réfléchir à des activités ludiques et intéressantes (dans le sens où elles ont un intérêt au sens fort), tenter de comprendre ses élèves dans leur singularité, leur unicité, varier les travaux, faire preuve d’humour, etc. Et surtout se remettre en question, continuellement. Problématique… vous comprenez mieux à présent ? C’est cela qui est essentiel : résoudre une problématique parmi celle qui s’offre à vous au cours de l’année. J

 

J’ai choisi la motivation. Mais, pour être plus précis, j’ai également décidé de travailler (puisqu’il faut parler de soi) ma propre motivation. Pourquoi ? Parce qu’à la base, l’enseignement n’est pas ma vocation. Du tout. Je suis quelqu’un de réservé, de timide, et je ne pensais pas pouvoir parler devant un public aussi complexe. Et, pour complexifier encore le tout, je n’aime pas lire… et je suis prof de français. Problématique, non ? Et voilà un questionnement a priori intéressant : comment un professeur de français démotivé par la lecture (qui pourtant tient une place prépondérante dans son enseignement) peut-il motiver ces élèves à lire ?

 

Bon, j’ai assez parlé de ce portfolio. J’y reviendrai plus tard. Je vais plutôt vous parler de ce que je fais en cours. A tout de suite !

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Un an après…

Bonjour à toutes et à tous,

    Cela me fait plaisir de vous retrouver (et de me retrouver dans le même temps !)… J’ai dû attendre les salaires de… l’Education nationale afin de m’acheter un petit ordinateur sympathique ! Car j’ai en effet obtenu le CAPES l’année dernière et je suis à présent un vieux professeur de collège. J’ai une classe de cinquième dans un modeste établissement du Pas-de-Calais. Je vais maintenant vous parler quelque peu de cette étrange année que constitue l’année du professeur stagiaire, ce statut intermédiaire où vous n’êtes pas encore complètement enseignant (et certains collègues de vous le faire remarquer selon leur maladresse habituelle) ; vous êtes en quelque sorte un élève-enseignant, à la fois élève qui enseigne et enseignant qu’on « élève » (dans tous les sens du terme rajouterait l’IUFM). Il faut se faire à cette situation : vous n’avez qu’une voire deux classe(s), soit entre 5 et 8 heures de cours par semaine ; vous rajoutez à cela les modules de l’IUFM (deux jours bloqués dans la semaine), les options que vous aurez à choisir, et le stage pratique que vous aurez à subir, etc. Quelle année ! Une année d’autant plus fatigante qu’elle laisse une place EXTRAORDINAIRE à l’administratif ! Et cela, c’est, laissez-moi le dire haut et fort pour tout ceux qui en ont m****, extrêmement pénible : entre les sites à valider sur internet, les papiers à remplir dans des délais délimités et chronométrés, les ordres de missions qu’il ne faut pas perdre, etc. C’est l’année de l’ORGANISATION. Si vous n’êtes pas organisés, entrainez-vous ! C’est vital. Achetez des caisses, des reliures, des classeurs, ce que vous voulez, mais achetez ! Vous en aurez besoin. Moi, je galère encore aujourd’hui à retrouver certains papiers perdus…  Comme vous pouvez le constater, je ne peux aucunement vous conseiller, puisque moi-même j’attends des conseils.

 

    En outre, durant l’année de stage, vous avez une (ou deux) classes en RESPONSABILITE. Vous allez suivre et faire progresser (un tant soit peu si possible) une bonne vingtaine d’élèves motivés, démotivés, à moitié motivés, endormis (sur les tables, emmitoufflés dans leur manteau d’hiver, ou encore dans leur cartable trop lourd donc soporifique), éteints parfois, râleurs, malheureux, orphelins de culture, etc. Bref, vous allez avoir besoin d’énergie pour leur faire face, pour les affronter – mais de bonne guerre. De toute façon, sachez qu’ils attendent du prof (selon le questionnaire que je leur ai demandé de me remplir sincèrement) de l’AUTORITE. Eh oui, vous avez bien entendu, ils attendent du prof une poigne de fer : main de fer dans un gant de feu… euh non, de velours. Je vous ferai part de mon attitude face à la classe, pour exemple, dans un prochain post.

 

    Sachez également que c’est une année pendant laquelle vous allez être observés : que ce soit par vos gremlins préférés (je veux dire : vos élèves), et leur regard n’est pas le plus facile, bien au contraire ! ; ou par votre maître de stage, qui est d’ailleurs tenu de venir vous « étudier » au moins sept heures en trois mois et demi environ ; ou par deux formateurs IUFM (c’est la cas dans ma région) qui viennent vous « visiter », une fois avant les vacances de Noël, et une autre fois au début de l’année suivante ; et, enfin, selon le hasard de l’habitat ou de la compétence, par un inspecteur. Il faut absolument se préparer à tous ces regards scrutateurs : de toute façon, ne sommes-nous pas des pro-fesseurs, c’est-à-dire « ceux qui parlent devant », ceux qui font face au regard pour enseigner coûte que coûte ? (Je fais une pub implicite à l’un de mes posts précédents).

 

    Enfin, dernière chose avant de retourner à ma vaisselle, et non la moindre : il va falloir s’atteler durant cette courte longue année à la rédaction d’un portfolio de plus de 50 pages, dans lequel vous aurez à expliquer votre évolution, du statut de professeur-stagiaire à celui de professeur-néotitulaire (mais quand devenons-nous de véritables modestes profs ?). Dès lors, on en reparlera plus tard également, il vous faudra :

* étudier une de vos activités en classe (c’est très large, l’important demeure de choisir une activité problématique ET problématisante)

* mettre en œuvre une activité interdisciplinaire

* mettre en œuvre une activité TICE (informatique, je vous renvoie au blog de Claire sur le B2i, clair et intéressant)

* enfin, organiser une activité/une sortie en partenariat (là aussi c’est du chinois pour un timide comme moi… Je suis bien devant mon ordinateur, mais de là à franchir le cap de mon établissement… Pfff)

 

    Voilà pour l’instant, j’espère vous éclairer quelque peu, ou en tout cas, je vais tenter de vous éclairer encore plus ! N’hésitez pas à poser des questions ! Je ferai de mon mieux pour vous répondre. Je suis de retour ! Bon, en fait, tout le monde s’en f*** mais cela fait toujours plaisir de le dire ;-)

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Julien Gracq ?! Je craque…

       Il faut commencer par le commencement, non ? En tout cas, c’est ce que l’on m’a appris. Donc, je vais ouvrir ces sujets post-écrit-du-CAPES avec le sujet de Composition Française. C’était le 13 mai 2007 (je dis cela pour les nostalgiques), approximativement 9h ; nous préparions tous et toutes les entêtes de nos copies, les doigts croisés afin que le sujet ne soit pas trop compliqué ni trop long. Nos sacs sont sous les tables, avec notre bouteille d’eau, nos casse-croûtes, nos barres chocolatées, nos céréales, notre verre de jus d’orange et notre croissant matinal, et nous levions péniblement les yeux vers les surveillants qui passent en jetant le revers des sujets sur nos tables en vociférant noblement : « Que personne ne regarde sa copie… ! ». L’horloge frappe quelques secondes sur le mur au loin, et on entend ce que nous n’aurions jamais voulu entendre, mais il faut se lancer ! Nous retournons l’énoncé, et que voyons-nous ? Ceci :

« COMPOSITION FRANCAISE. Durée : 6 heures.

        Dans En lisant en écrivant (1980), [José Corti, p. 178] Julien GRACQ – s’adressant au critique littéraire – déclare  : « Un livre qui m’a séduit est comme une femme qui me fait tomber sous le charme : au diable ses ancêtres, son lieu de naissance, son milieu, ses relations, son éducation, ses amies d’enfance ! Ce que j’attends seulement de votre entretien critique, c’est l’inflexion de voix juste qui me fera sentir que vous êtes amoureux, et amoureux de la même manière que moi : je n’ai besoin que de la confirmation et de l’orgueil que procure l’amour parallèle et lucide d’un tiers bien-disant. »

Vous analyserez et discuterez ces propos en vous appuyant sur des exemples précis. »

      Certains voient l’oeuvre et l’auteur, et, aussitôt, la tête dans les mains, se mettent à gémir douloureusement leur déception. D’autres se mettent immédiatement au travail – au sens obstétricien du terme.

       Après avoir lu maintes fois le sujet, nous plaquons quelques notes ; quant à moi, j’ai tout de suite remarqué :

1) les étymologies (« séduit » – « charme » – « lucide »)

2) la structure du sujet (en deux phrases, la deuxième étant formée de deux propositions – la première se cible plutôt sur le lecteur, la seconde sur les attentes du lecteur (?) face au critique)

3) l’importance d’un mot tel que « (fasse) sentir« 

4) le triangle amoureux : lecteur – livre (femme) – critique.

      

      Le sujet n’est pas facile : il aborde à la fois et la critique et la réception, et, apparemment, peut même s’ouvrir sur la notion d’ »auteur » (je ne l’ai pas vu, mais il est vrai que Julien Gracq est avant tout un romancier et qu’il est possible que cette réflexion soit celle d’un écrivain dont l’oeuvre fait face à la critique). D’où le souhait d’une lecture « amoureuse »…

       Il fallait également pouvoir faire appel à de nombreuses références critiques, et les plus « précises » possibles. Pour ma part, ce passage là a été plutôt délicat. Je lis très peu d’ouvrage critique ; je préfère réfléchir et penser par moi-même. En tout cas, il était possible de dégager un présupposé relativement évident :

* Gracq met en avant une lecture « amoureuse » du texte, un coup-de-foudre qui semble écarter volontairement (et sans doute trop brutalement) toutes les critiques universitaires, explicatives et professorales/doctorales. Ce qui peut signifier (implicitement) : que le critique ne doit pas s’intéresser aux oeuvres qu’ils n’aiment pas (quid de la valeur littéraire ?) ; que la connaissance et l’explication d’une oeuvre ne peut être un « entretien critique » passionné ; que  »l’entretien critique » est un acte égoïste (« (…) et amoureux de la même manière que MOI. »)  

      Autre difficulté, l’affirmation exclamative suivante : « au diable ses ancêtres, son lieu de naissance, son milieu, ses relations, son éducation, ses amies d’enfance ! ». Julien Gracq exclue également ce qui constitue a priori l’identité d’un livre :

- son auteur

- ses influences

- le pays dans lequel il a été écrit, et à quelle époque

- la tradition dans laquelle il se place (ou contre laquelle il s’oppose)

- son intertextualité (réécriture, allusion, parodie, etc.)

- sa « morale » ou son « amoralité »

- ce que l’ouvrage dénonce

- etc.

C’est sans aucun doute toute la critique sainte-beuvienne qui est attaquée ici. Et ça (mon Dieu !), j’ai oublié de le dire… Stress quand tu nous tiens ! Et ici, encore une question : est-il possible d’apprécier une oeuvre sans se soucier de ce qui constitue son identité ? Est-il possible de lire certaines oeuvres en ignorant le contexte de sa parution ? Ne perdons-nous pas quelque chose d’essentiel en la lisant ainsi ?

       Enfin, une ultime question : est-il possible d’envisager une « critique amoureuse » ? Le critique doit-il être subjectif ou objectif ? Peut-il être un lecteur comme les autres ? Ne doit-il pas cherche une certaine neutralité afin d’accéder à la profondeur d’un texte sans se laisser submerger par sa subjectivité ?  

       Pour mon intro :

1) J’ai ouvert sur le fait que les années 1970 ont été une époque phare pour la critique, et notamment pour la critique universitaire, explicative voire scientifique à certains égards. C’est pourquoi Julien Gracq met en avant un retour à une lecture amoureuse et subjective au texte (En lisant en écrivant a été écrit en 1980).

2) J’explique, comme précedemment, la citation.

3) Je problématise : « (…) Julien Gracq déclare ce qu’il « attend » du critique : il ne veut pas d’un entretien qui explique ou qui professe, il veut un critique qui « (fasse) sentir », « un entretien critique » qui l’entretiendrait dans sa relation purement amoureuse au livre. Il ne veut pas d’un médiateur mais d’un « tiers » (comme dans les fameux triangles amoureux) qui servirait de faire-valoir. L’adage est bien connu : qu’une femme est belle sous le regard de son mari jaloux. Une question s’impose  : « l’entretien critique » a-t-il pour unique objectif de « confirmer » et de renforcer le lecteur dans sa singulière et amoureuse lecture d’un livre ? »

4) J’embraye sur la présentation de mon plan (en deux parties) : « Car, bien que l’acte de lecture soit évidemment un acte intime et singulier de plaisir dans lequel le critique rejoint le lecteur, « l’entretien critique » ne peut se borner à confirmer une lecture particulière, au contraire, il est chargé d’ex-pliquer le livre dans sa pluralité, dans sa difficulté et dans son histoire, le critique ne pouvant être un lecteur comme les autres. »

       Voilà pour les deux pages de mon intro. A ce moment précis, il doit être environ 11h30, j’ai le poignet enflé et rouge (j’ai une tendinite au poignet droit, badminton oblige…), et il ne me reste que 3h30 pour terminer : mon plan n’est qu’ébauché (et je suis strictement nul en plan !) et je sens au fond de moi que j’ai déjà oublié la moitié de ce que je devrais dire. J’ai oublié :

- d’évoquer la critique d’humeur (journalistique) 

- de renvoyer à l’étymologie du mot « critique » (ce moment de crise, de questionnement)

- d’expliquer que certaines critiques parviennent à associer l’amour du texte à une érudition amoureuse

- la critique « comparatiste »

- etc.

Voilà pourquoi dans l’ensemble je suis plutôt déçu de ce que j’ai rendu. Comme nombre d’entre nous, je ne désirais absolument pas disserter sur la critique littéraire. De toute façon, ce qui est fait est fait, et ce qui est mal fait est et restera mal fait. Il ne reste plus qu’à attendre ma note en espérant que le correcteur soit bienveillant et « bien disant ».

       Enfin, je comprends qu’il est toujours rageant de se dire que d’autres avaient étudié ce sujet (ce qui est le cas encore cette année) ; ils sont avantagés, ne nous voilons pas la face : ils connaissaient le point de vue de Julien Gracq, et ils ont pu mémoriser quelques éléments de réflexion ainsi que des références plus ou moins précises de critique. Mais ce ne sont pas quelque quarantaine d’étudiants qui nous « voleront » nos places, non ? 

       Si vous souhaitez lire le plan de la professeure qui a traité le sujet, veuillez vous rendre ici. Cependant, ne vous effrayez guère, tout est fini, et plus jamais vous ne pourrez corriger votre copie. C’est comme la vie : un jour on naît, et puis l’on apprend que nous allons mourir ; tout est joué. Lol.

Vous trouverez également sur ce site des informations concernant Julien Gracq et son oeuvre.

       N’hésitez pas à me faire part de vos réflexions et de vos incertitudes. Je suis ouvert à toutes critiques concernant ce que j’ai commenté précédemment.

Une semaine après les épreuves tant redoutées…

       … nous voilà fin prêts (ou presque !) à reprendre, avec courage, les chemins sinueux et difficultueux de l’étude. Orale, cette fois-ci. Bien sûr les résultats ne tomberont que vers la mi-mai, mais pouvons-nous savoir (sauf copie blanche ou certitude absolue) de quel côté le couperet coupera ? Côté « Oui, vous pouvez continuer votre route. » ; ou « Non, pour vous le chemin s’arrête ici, nous sommes tristement désolés. » ? Dans le doute, il faut savoir se remotiver, courber le dos et prendre les stylos gaiement. Vous savez, moi, je dis cela, mais je me suis tout de même accordé quelques jours de répit… Je lis ce que j’aime, j’écoute énormément de musique (comme toujours, me dirons ceux qui me connaissent), et je dors ! Lol. J’avoue… Je regarde aussi la télé. Que des émissions culturelles, évidemment ! Stéphane Bern, Castaldi, Marco Fogiel, etc. Je rigole !

       Bon, trêve de pesantes plaisanteries, revenons à nos moutons (de Panurge). Je sais, ce n’est pas bien de revenir sur ce que nous avons rendu, à l’insu de notre plein gré, car nous aurions bien repris notre copie à la maison pour la retravailler et la réécrire certainement… Mais cela est cruellement impossible. C’est la règle. Nous la connaissions avant de nous engager. Dura lex, sed lex. Nous avons peu dormi depuis ; nous refaisons tous et toutes notre dissertation dans les tréfonds de nos rêves, parfois éveillés ; nous pointons du doigt nos oublis ; nous furetons comme des rats d’internet dans les forum intercapétiens afin de comparer ce que nous avons fait avec ce qu’ont fait nos futurs (?) (il faut espérer, non ?) collègues, dans l’inquiétude la plus complète ; nos ongles sont aussi courts que nos nuits ; nos tremblements aussi réguliers que le battement d’une horloge ; etc. J’exagère un peu, mais bon, voilà, il n’empêche que tout est fini, terminé, et nos copies sont peu achevées…. C’est pourquoi, pris d’un remords post-écrit-du-CAPES, j’ai décidé de mettre en ligne :

1) les sujets (cela pourra peut-être renseigner quelques gens lancées à leur recherche)

2) ce que j’ai mis (ce qui n’a aucune valeur, c’est juste une référence devant laquelle chacun pourra se dire, fièrement : « J’ai fait mieux que ça quand même !… »

 3) quelques réflexions personnelles sur les sujets et ce que je pense avoir oublié, mal expliqué, etc.

       J’ai repris les cours ce matin : espagnol et explication orale. Dur de s’y remettre. M’enfin ! Seul le travail paye, paraît-il, et, comme le dit, je-ne-sais-plus quel verset de la Bible : « Celui qui sème dans la souffrance moissonne en chantant ». Apprêtons-nous à pleurer quelque peu (pour les plus démuni(e)s et les plus déprimé(e)s), à voir peu de jour et à vivre nombre de nuit, sous la faible lumière qui sied sur le bureau, pâlepitant (autorisez-moi ce jeu de mot, svp…), cerné, livide et « mort plus qu’à moitié » : car bientôt, nous chanterons ! Enfin, je l’espère….

:-)  

A moins d’un mois des épreuves…

Ah, enfin !

Rebonjour à tous et à toutes ! Me revoici enfin, chez moi, devant un nouvel ordinateur, qui ne risquera pas de me lâcher comme le précédent. J’ai été absent quelques mois, et je m’en excuse sincèrement, mais les affres de l’informatique m’ont frappé de plein fouet ! Et je suis resté, sans connection (sinon neuronale), pendant ces quelques mois, sans accès (sinon de colère) internet. J’ai hâte de heurter mon clavier de mots trépidants. Et, en cette mi-fèvrier, de quoi parler, si ce n’est des épreuves écrites du CAPES qui s’approchent à grandes enjambées ? L’haleine fétide de l’ancien français (figurez-vous une haleine millénaire !) caresse nos épaules fatiguées d’apprendre la phonétique des sourds. La tendinite (du poignet) hante nos nuits pendant lesquelles nous faisons, refaisons et défaisons d’incompréhensibles compositions françaises… Tenez, vendredi dernier, 9h, je me pose sur mon siège universitaire et lis le sujet que je dois travailler :

 Marcel Proust confiait à un critique :  »J’avoue que je ne comprends pas comment on peut s’appuyer sur la tradition. Tout art qui chemine à l’aide de ces béquilles n’est qu’un jeu qui peut être agréable mais n’a rien de réel. »

Appliqué à l’art littéraire, ce jugement vous semble-t-il pertinent ?

En apparence, rien d’extraordinaire. Un sujet sur la légitimité de la tradition. Mais après quelques réflexions, il est impossible de ne pas se poser les questions suivantes : qu’est-ce que « la tradition » ? Et qu’est-ce que Marcel (après tout, n’est-ce pas un ami ?) entend par le mot « réel » ? Quant à moi, j’ai fondé ma problématique sur le fait que toute écriture, quelle qu’elle soit, a forcément été réfléchie, même involontairement, sous le prisme de la Tradition. Dire « Je ne comprends pas, etc. », c’est également confier que l’on s’est soi-même positionné contre la tradition ; donc, que l’on a pris en compte la question de la tradition pour s’y opposer. Proust sait pertinemment qu’il est impossible de se détacher de celle-ci, de n’être aucunement influencé. Il fallait donc comprendre le sens du verbe « s’appuyer » ; je l’ai pris dans le sens de « fonder son écriture sur ». Et, dès lors, le sujet consistait en la recherche d’une écriture qui se détache de la tradition, de ce qui a été déjà fait/transmis, c’est-à-dire une écriture qui ne serait pas qu’une pratique ludique du langage (par pastiche, imitation, influence, respect des règles, etc.) mais une pratique singulière et stylistique du langage. Il faut qu’elle aie du « réel », de la consistance, de l’individualité, de la personnalité.

 

Voilà pour mes réflexions. Je ne vais pas vous donner mon plan, mes idées, mes arguments et exemples ; vous pouvez essayer de les rechercher par vous même, et me faire part de vos pistes d’étude.

 

En attendant, nous sommes le 18 février, et je n’ose même pas vous révèler combien de jours il nous reste avant le jour J, ou plutôt : les jours J. Etes-vous en retard dans vos révisions ? Ne vous inquiétez pas ! Vous l’êtes certainement, et j’ai presque envie de vous répondre : « Comme tout le monde, m’enfin ! ». Personne ne peut se targuer d’être en avance dans ses révisions pour plusieurs raisons :

 1ère raison : nous n’avons aucun programme de révision. Il faut tout connaître de la littérature française. Qui donc peut se vanter d’avoir tout lu ?

2ème raison : l’épreuve d’ancien français est vraiment une épreuve pour les solitaires endurcis, ceux qui passent leur temps dans le coin de leur chambre ordonné, sombre et tapissé de tristesse, assis devant leur bureau, dans la main droite l’édition Roussineau, dans la main gauche la traduction de Marcotte, un crayon à la bouche, serré entre les dents, à raturer leurs traductions personnelles qu’ils apprennent dans le même temps – sans oublier, sous la lampe de chevet, complétement dépoussiérés, cornés, recornés, et fouillés de fond en comble, les grammaires, les dictionnaires étymologiques ainsi que les ouvrages de clarification (quel grand mot !) de la phonétique historique.  Ah ! Et moi qui ne connais strictement rien en phonétique, pas même les bouleversements vocaliques ! Lol.

3ème raison : la langue française est l’une des langues les plus compliquées du monde, que ce soit son orthographe (tenez : écrivez-moi « ornithorynque » ou encore « ithyphallique »… Ah zut ! Suis-je bête, je viens de le faire… !), sa syntaxe ou sa polysémie. Il est clairement impossible de maîtriser l’intégralité de ses règles en une année, ni même d’apprendre par coeur et sur le bout du stylo la grammaire de Riegel dans le même temps.

4ème raison (et non des moindres !) : comprenez-vous l’épreuve de stylistique ?

 

Il y a certainement d’autres raisons, beaucoup d’autres raisons. N’est-ce pas ? En attendant, me voilà de retour pour la grande ligne droite ! N’hésitez pas à me contacter, l’ordinateur est dans les starting-blocks.

La saviez-vous ? Le vers et la prose…

Nous sommes habitués, nous littéraires et autres amateurs de littérature, à distinguer la "prose" du "vers". Et nous fondons entre autre, sur ce distinguo, une distinction plus générique entre "poésie" et "roman" (c'est plus compliqué que cela, naturellement). Cependant, à notre époque, tout se mêle, s'embrouille, se confond, s'enchevêtre indéfiniment, et nous lisons de la prose versifiée, des vers en prose, de la prose poétique, des poèmes en proses, des romans en vers, etc. Nous n'en finissons pas, et pourtant…

Le substantif "vers" est issu du substantif latin versus, dérivé du verbe vertere qui signifie : tourner. Versus désigne tout d'abord (et entre autre !) le fait de tourner la charrue au bout du sillon, puis s'applique à caractériser le sillon lui-même, et, enfin, par comparaison : la ligne d'écriture. Dès lors, le sens se spécialisa jusqu'à désigner la ligne dont la longueur est déterminée par des règles précises de rythme et de quantité syllabique. Sens que le mot recouvre encore en français moderne.

En latin, il existe également l'adjectif proversus, composé du substantif versus et du préfixe pro- (devant, avant), qui signifiait alors : ce qui est tourné vers l'avant, qui va tout droit. Suivant les règles phonétiques usuelles, proversus se contracte en prorsus, puis en prosus, dont le féminin a donné prosa. Féminin que nous retrouvons dans l'expression prosa oratio, "(littéralement) discours en droite ligne", laquelle désignait, par opposition avec versus, le discours qui ne revenait pas constamment à la ligne et qui ne se bornait pas à répéter les mêmes séquences rythmiques. Vous l'avez deviné, ce dernier adjectif, après la réduction de l'expression, nous a laissé le substantif "prose".

Alors ? Prose et vers sont de la même étymologie ?… Cela résume bien quelle difficulté nous avons aujourd'hui à définir correctement la poésie !

Des citations pour une composition française !

Avoir des citations en tête le jour J du concours, et notamment le jour de l'épreuve phare (c'est-à-dire : la composition française), c'est s'assurer de plusieurs choses :

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 1) faire bonne impression devant le jury qui lit la copie

 2) justifier une idée, un argument

 3) mettre en valeur une pensée, une réflexion

 4) commencer son introduction sur un accord majeur (ou achever sa conclusion sur une ultime pirouette)

 5) faire montre de sa culture littéraire, voire artistique

 6) et enfin : retrouver parfois au travers d'une citation une idée importante, un argument essentiel, voire tout un pan du cours oublié au fin fond de sa mémoire stressée ! (à utiliser comme un moyen mnémotechnique)

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C'est pourquoi j'ai décidé de me lancer dans la recherche de citations CLAIRES, COMPREHENSIBLES, faciles à RETENIR, et qui renvoient à des réflexions ESSENTIELLES et passe-partout, et que je pourrais mettre en ligne tout en essayant de les apprendre.

Et maintenant, place aux citation !

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CITATIONS

« Tout ce qui est dans la nature est dans l’art », Victor HUGO, préface de Cromwell.

« Le théâtre est un point d’optique. », Victor HUGO, préface de Cromwell.

« (…) le drame tient de la tragédie par la peinture des passions, et de la comédie par la peinture des caractères. », Victor HUGO, préface de Cromwell.

« Insensé qui croit que je ne suis pas toi ! », Victor HUGO.

« N'imitez rien ni personne. Un lion qui copie un lion devient un singe. », Victor HUGO.

 

« Faire concurrence à l’état-civil », grand souhait de Honoré de BALZAC avec sa Comédie humaine.

« Le hasard est le plus grand romancier du monde: pour être fécond, il n'y a qu'à l'étudier. », Honoré DE BALZAC

 

« (Flaubert aspirait à) un roman sur rien, (…) qui tienne debout par la seule force du style. », Gustave FLAUBERT.

« (Dans Salammbô :) le récit est écrasé par la prolifération somptueuse de son propre décor. », Gérard GENETTE.

 

 

« Je me sers d’animaux pour instruire les hommes », LA FONTAINE.

« (La fable est) une ample comédie à cent actes divers. », LA FONTAINE.

 

 

« C’est un métier de faire un livre, comme de faire un pendule. », LA BRUYERE.

« Tout est dit et l’on vient trop tard », premiers mots des Caractères de LA BRUYERE.

 

 

« Le poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens. », Arthur RIMBAUD.

« Les inventions d’inconnu réclament des formes nouvelles. », Arthur RIMBAUD.

 

 

« L’art ne fait que des vers, le cœur seul est poète. », André CHENIER.

« Sur des pensers nouveaux faisons des vers antiques. », André CHENIER.

« Au pied de l’échafaud, j’essaye encore ma lyre. », André CHENIER.

 

 

« (La poésie est) le langage ordinaire auquel on a tordu le cou », Paul CLAUDEL.

« Le poème n’est point fait de ces lettres que je plante comme des clous, mais du blanc qui reste sur le papier. », Paul CLAUDEL.

« Les mots que j’emploie / Ce sont les mots de tous les jours, et ce ne sont point les mêmes. », Paul CLAUDEL.

« Tu n’expliques rien, ô poète, mais toutes choses par toi nous deviennent explicables. », Paul CLAUDEL.

 

 

« Le comique étant l’intuition de l’absurde, il me semble plus désespérant que le tragique. », IONESCO.

 

 

« (Le drame bourgeois est) une tragédie domestique et bourgeoise », Denis DIDEROT.

 

  

 

« Donner un sens plus pur aux mots de la tribu », Stéphane MALLARME.

 

 

« Un roman est un miroir qu’on promène le long d’un chemin. », STENDHAL.

 

 

« Ne pas se rendre au théâtre, c’est comme faire sa toilette sans miroir. », Arthur SCHOPENHAUER.

 

 

« Les grands romans viennent du cœur. », François MAURIAC.

« Le romancier est, de tous les hommes, celui qui ressemble le plus à Dieu : il est le singe de Dieu. », François MAURIAC.

« Une œuvre est toujours le cri dans le désert, un pigeon lâché avec un message à la patte, une bouteille jetée à la mer. », François MAURIAC.

 

 

« Le rêve est une seconde vie. », Gérard de NERVAL.

 

 

 

« Mes livres ne sont pas des livres, mais des feuilles détachées et tombées au hasard sur le route de ma vie. », CHATEAUBRIAND.

« La poésie, c’est le chant intérieur. », CHATEAUBRIAND.

« On habite un cœur plein un monde vide, et sans avoir usé de rien on est désabusé de tout. », CHATEAUBRIAND.

 

 

« Aimez les choses à double sens, mais assurez-vous bien d’abord qu’elles ont un sens. (…) Souvenez que hermétique, ça veut dire également bouché. », Sacha GUITRY.

 

 

« Le beau est toujours bizarre. », Charles BAUDELAIRE.

« La modernité, c’est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l’art dont l’autre moitié est l’éternel et l’immuable. », Charles BAUDELAIRE.

« Tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or », Charles BAUDELAIRE.

« Le rire est satanique, il est donc profondément humain. », Charles BAUDELAIRE.

 

 

« Le fou se croit sage et le sage reconnaît lui-même n’être qu’un fou. », SHAKESPEARE.

 

 

« L’art c’est la plus courte distance d’un homme à l’autre. », Paul VALERY.

« J’estime de l’essence de la poésie qu’elle soit, selon les diverses natures des esprits, ou de valeur nulle ou d’importance infinie ce qui l’assimile à Dieu même. », Paul VALERY.

« Mes vers ont le sens qu’on leur prête », Paul VALERY.

 

   

« Un beau livre, c’est celui qui sème à foison les points d’interrogation. », Jean COCTEAU.

« Je sais que la poésie est indispensable, mais je ne sais pas à quoi. », Jean COCTEAU.

 

 

« Tout grand art commence par le pastiche. », André MALRAUX.

« Bien que chaque paragraphe d’un roman affirme, tout grand roman interroge. », André MALRAUX.

« L’art est un anti-destin », André MALRAUX.

 

« (L’art est) un coin de la création vu à travers un tempérament. », Emile ZOLA.

« Le romancier est fait d'un observateur et d'un expérimentateur. », Emile ZOLA, Le Roman Expérimental.

 

 

EN VRAC :

 

« L’art, c’est la plus sublime mission de l’homme, puisque c’est l’exercice de la pensée qui cherche à comprendre le monde et à le faire comprendre. », Auguste RODIN.

 

« Je ne cherche pas, je trouve. », PICASSO.

 

« Un classique est quelque chose que tout le monde désire avoir lu et que personne ne désire lire. », Mark TWAIN.

 

« J’apprends chaque jour pour enseigner le lendemain. », Emile FAGUET.

 

« Enseigner, c’est apprendre deux fois. », JOUBERT.

 

« L’histoire est le roman qui a été ; le roman est de l’histoire qui aurait pu être. », GONCOURT.

 

« Il n’existe pas de livre moral ou immoral. Les livres sont bien ou mal écrits. C’est tout. », Oscar WILDE 

 

« (La musique est) le plus coûteux de tous les bruits. », Théophile GAUTIER.

 

« La poésie, c’est le verbe créé et créateur », Vincente HUIDOBRO.

 

« Le style est l’homme même. », BUFFON.

 

« (La fable est) une instruction déguisée sous l’allégorie d’une action. », HOUDAR DE LA MOTTE.

 

« Un livre doit remuer les plaies, en provoquer même. Un livre doit être un danger. », CIORAN.

 

« Tout homme porte en lui la forme entière de l’humaine condition. », MONTAIGNE.

 

« Fais ce que voudras », RABELAIS, enseigne de l’abbaye de Thélème.

 

« Les chefs-d’œuvre du passé sont bons pour le passé ; ils en sont pas bons pour nous. », ARTAUD.

 

« Faire vrai consiste donc à donner l’illusion complète du vrai, suivant la logique ordinaire des faits. », MAUPASSANT.

 

« Condamnés à expliquer le mystère de la vie, les hommes ont inventé le théâtre. », GIRAUDOUX.

 

« L’art c’est l’homme ajouté à la nature. », Francis BACON.

 

« Un classique est un livre qui n’a jamais fini de dire ce qu’il a à dire. », Italo CALVINO.

 

« La poésie, qu’est-ce que cela prouve ? », D’ALEMBERT.

 

« Qui veut se connaître, qu’il ouvre un livre. », Jean PAULHAN.

 

« Le poème est une grappe d’images. », Gaston BACHELARD.

 

« La poésie est une salve contre l'habitude.», Henri PICHETTE, Apoèmes.

 

« La poésie est le langage naturel de tous les cultes. », Madame DE STAEL, De L'Allemagne.

 

« Des mots rayonnants, des mots de lumière, avec un rythme et une musique, voilà ce qu'est la poésie. », Théophile GAUTIER.

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Cet article sera en ébullition permanente, et je me permettrai d'ajouter régulièrement d'autres citations et d'autres renvois. En attendant, voici donc quelques citations à grignoter, "jusqu'à la substantifiquissime moëlle" !…