Par où commencer ?

Publié le 6 octobre 2006 par dans Méthode

Barthes     Voici, il faut l'avouer, une excellente question, pertinente, délicate et légitime : car, après tout, par où commencer vraiment ? Nous avons tous entendu nos professeurs nous seriner à longueur de cours (et parfois d’ennui) : « Le CAPES se prépare à partir de la première année de DEUG (pour les anciens) ou de licence (pour les petits jeunes) ». Depuis, nous avons brillamment escaladé les diplômes, les uns après les autres (certains d’entre nous ont même un MASTER), et nous nous sommes lancés tête première dans cet abîme implacable et profond qu’est le CAPES de lettres modernes. Et nous voici, début octobre, à quelques six mois des écrits ! La tension monte, les révisions croissent fractalement, et les livres, à demi ouverts sur les bureaux, moquettes, tables et chaises, jonchent nos chambres et s'entassent sur nos vêtements. Les parents et les amis s'inquiètent d'un tel chaos, et nous, nous allons nous enfièvrant dans cette hargne de labeur. Nous travaillons tant que nous suons de la connaissance.

    Et toutefois, il nous est tous arrivé, parfois, en lisant, en écrivant, en pensant même (il nous arrive parfois de penser), de nous demander si notre lecture était si essentielle à cet instant, si urgent, de l’année en cours. Après tout, l'épreuve est sans programme, et le champ de révision si vaste ! Faut-il préférer Flaubert à Barthes ? Riegel à Nelly Andrieux-Reix ? Cromwell à Macbett ?…  Y a-t-il des lectures fondamentales ? Y a-t-il des connaissances nécessaires voire obligatoires ? Et par où commencer ce marathon de la mémoire et de la réflexion, physiquement et mentalement : « tant sur le point taquetique que tequenique () » ? Je ne pourrais vous répondre à ces interrogations pour deux raisons : premièrement, parce que je n'en connais pas les réponses, et deuxièmement, parce que, si je les connaissais, ces panacées de la connaissance, je ne vous les donnerais encore moins, vu que nous sommes en compétition ?  

     Chacun aura sa propre bibliographie, comme chacun a sa propre histoire.

   Cependant, il faut savoir qu'il y a des points sur lesquels les membres du jury vont se montrer impitoyables, féroces, voire horribles. Ainsi faut-il connaître parfaitement son histoire de la littérature, et reconnaître les différentes caractéristiques d'un mouvement littéraire. Je sais : cela semble évident. Mais je le rappelle surtout pour moi. Cette après-midi, j'ai eu une première préparation de composition française en condition réelle (6h, avec ma salade dans mon beau tupperware) ; je vous en donne le sujet pour partager, ensemble, comme promis, les souffrances d'un tel fardeau :

 

"Depuis les temps anciens jusqu'aux tentatives de l'avant-garde, la littérature s'affaire à représenter quelque chose. Quoi ? Je dirai brutalement : le réel. Le réel n'est pas représentable et c'est parce que les hommes veulent sans cesse le représenter par des mots, qu'il y a une histoire de la littérature [...] ou pour mieux dire des productions de langage, qui serait l'histoire des expédients verbaux, souvent très fous pour réduire, apprivoiser, nier, ou au contraire assumer ce qui est toujours un délire, à savoir l'indéquation fondamentale du langage et du réel. Je disais à l'instant que le littérature est catégoriquement réaliste, en ce qu'elle n'a jamais que le réel pour objet de désir ; et je dirai maintenant, sans me contredire [...], qu'elle est tout aussi obstinément irréaliste ; elle croit sensé le désir de l'impossible."

Roland Barthes, Leçon inaugurale prononcée le 7 janvier 1977 au Collège de France (Paris, Seuil, 1978). Vous commenterez et discuterez ces propos.

 

Voilà. Aux première lectures, le sujet a l'air réalisable. La problématique et la thèse semblent directement exprimées. Mais, en fait, au fur et à mesure des réflexions, tout se mêle, se confond, s'enchevêtre, et ce que nous croyions avoir compris nous échappe subitement. Qu'est-ce qu'une littérature "irréaliste" ? Faut-il axer son plan sur le réalisme de la littérature ?… Qu'en pensez-vous ?

 

Pour un commencement, c'est un beau commencement !  

 

Je vous tiens au courant.  

 

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4 commentaires pour “Par où commencer ?”

  1. Julie dit :

    Bonjour,

    Pour ma part, je crois qu’il vaut mieux commencer par définir la problématique avant de chercher sur quel axe bâtir son plan. En général, il est intéressant et fructueux d’aller au paradoxe, de chercher la contradiction pour tenter de la résoudre. Or, dans ce cas, le paradoxe est explicite. Barthes présente la littérature comme une quête doublement aporistique qui tente à la fois de rendre le réel et de dire l’impossible. Je crois que l’enjeu est de montrer en quoi ces deux termes ne sont pas contradictoires.
    Courage pour cette préparation.

  2. c.caubole dit :

    Nous suivons vraisemblablement des enseignements différents, mais le sujet que tu proposes ressemble fort à un autre que j’ai eu à traiter il y a quelques semaines :

    «  » Depuis les temps anciens jusqu’aux tentatives de l’avant-garde, la littérature s’affaire à représenter quelque chose. Quoi ? Je dirai brutalement : le réel.  »
    En vous basant sur cette citation de R.B vous discuterez, etc… »

    Si comme moi, tu les trouves identiques, et si une correction type t’intéresse, j’en ai une qui compte 17 pages.

    Aussi, à cette question, que de ton propre aveu, tu jugeais excellente : « Par où commencer ? »
    Voilà ce qu’il faut dire : « Mais par répondre, évidemment ! »

    Cl.

  3. Buys dit :

    Oui, évidemment, qu’il faut commencer par répondre… Et je vais le faire bientôt. Ton dossier de 17 pages m’intéresse beaucoup. Si tu peux me le joindre, je suis ouvert. Peut-être, pourrais-je d’ailleurs le mettre en ligne sur ce site-ci ? Avec ton accord, bien sûr.

  4. leti dit :

    coucou,

    je prepare aussi le capes de lettres modernes et je voulais savoir si c.caubole t’avait fait parvenir sa correction?
    merci et bon courage!

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