Une petite minute d’inspectionnophobie

Mardi 30 septembre 2008

    

 

      Tout d’abord, bonjour à toutes et à tous, profs et profs, belges et belges, élèves et élèves (Merci Desproges!),

    

 

     Voici un titre plutôt… Comment dire ? Dés-accrocheur. Pour reprendre le vocabulaire typiquement lettresque : « anti-captatio benevolentiae« . Pourquoi ? De la même façon que parler de la culture à la télé engendre une diminution extraordinaire de l’audimat de toute émission lambda ; parler des inspecteurs (ou de l’inspection) à des profs : ou excite nerveusement leurs métastases au point d’en envoyer quelques uns à la retraite, à l’hopital ou au cimetière, ou les plonge dans un silence autistique qui n’augure rien de bon. C’est l’angoisse du prof, c’est l’agacement du prof, ce regard dans le fond de la classe qui vous replace subitement, quand bien même vous pensiez être enfin derrière le bureau pour de bon, dans le corps de l’élève timide, perfectionniste, maladroit, taciturne, que vous étiez et que vous pensiez avoir oublié.

 

     Lorsque vous embrassez une carrière enseignante, vous savez pertinemment que vous allez passer 40 ans (environ) de votre vie à être observé, à être criblé de regards curieux ou joueurs, à devoir faire face à des orbites toute ronde ouverte parfois, toute close-fermée souvent. Vous le savez. N’allez pas dire le contraire. Moi-même, élève plus que timide, cas social de la conversation il y a quelques temps encore, je le savais. Mais à ce point là, je dois vous dire, je ne m’en doutais pas…

 

     Aujourd’hui, je suis – non pas professeur  pas même enseignant - je suis « Titulaire sur Zone de Remplacement Néotitulaire Première année ». Pompeux à souhaits, non ? Pour les intimes du rectorat : T1. Pour les intimes tout court : TZRNTP.1. A ce stade de ma ô combien longue carrière, je n’ai eu qu’une seule vraie classe, et pourtant, et pourtant… J’ai été observé une dizaine de fois par une tutrice, à quelques reprises par deux autres professeurs (durant les stages obligés par l’IUFM) et deux fois par des chargés de mission jouant le rôle (pas toujours facile) d’inspecteur missionné par l’Etat pour évaluer nos fameuses  »DIX COMPETENCES ». Et je viens d’apprendre, pas plus tard qu’hier (c’est tout frais), que je vais être inspecté nécessairement cette année. Quelque soit mon statut. Et même si je suis un TZRNTP.1 blond aux yeux fort bleus.

 

     Wouah !… Le fond de ma classe, le tout-au-fond, celui où pas même les élèves n’osent s’aventurer puiqu’ils savent par expérience que ceux qui sont le plus derrière iront le plus devant quitte à lécher de leur crayon ou le bureau ou le tableau ; le pro-fond de la salle dans lequel une lampe crépite rythmiquement au-dessus d’un vieux placard poussiéreux que plus une clef n’ouvre ; le fond de ma classe, dis-je, est plus peuplé qu’un abri atomique en temps de guerre, que la salle de permanence en temps de grève des profs, que la Suisse et le Super U de Nogent-en-Bassigny réunis en tant de promotion fiscale. J’en deviens parano. Dans la rue, tous les regards que je croise me semblent sombres, sourcilleux, prêts à analyser le moindre de mes mouvements et la moindre de mes paroles. Je suis tellement observé que j’en viens à douter de ma propre réalité. Je me tâte, je me pince, je me scarifie. Et le pire c’est que, souvent, je réalise ma concrétude brutalement, devant mon bureau, lorsqu’une élève, tout impressionnée, me demande avec sa petite voix surcastrée de crécelle effrayée par les deux énormes globules figés de la chouette juchée sur sa branche nocturne qui grinçotte hantément : « M’sieur, c’est qui la dame aux grands yeux derrière ? ». Marre.

 

     Je ne suis pas sans ignorer que le prof est celui « qui parle devant ». Mais je me sens plus à même d’affronter le regard de nos chères petites têtes blondes plusou moins attentives et curieuses que de lutter contre ces orbites de nerfs figées comme des mérous devant une vitrine de thon garnie – et qui sont censées nous évaluer.

 

     Attendez quand même ! Soyons un peu sensible aux mots. Ecoutez et dites doucement, et à cinq reprises, devant un miroir si possible :

« Je vais être inspecté »

« Je vais être inspecté »

« Je vais être inspecté »

« Je vais être inspecté »

« Je vais être inspecté »

 … je suis sympa, je l’ai fait avec vous. Est-ce une expérience agréable ? Quels sentiments eprouvez-vous à l’énoncé de ces trois brèves syllabes : INS-PEC-TE ? Quant à moi, j’ai envie de me renifler les aisselles, d’examiner ma tenue vestimentaire, passer en revue la noirceur de mes chaussettes, cirer mes chaussures, couper les fourches de mes cheveux, me laver les mains dix fois avec un savon de Marseille et me brosser les dents méticuleusement tout en vérifiant la vigueur et le teint de mon épiderme. Pourquoi, me demandez-vous ? Parce que lorsque j’entends le mot « inspecter », j’ai l’impression que l’on va m’ausculter, que l’on va observer si, hygiéniquement, je suis capable ou non de tenir une classe. Une inspection, c’est un peu fort, non ?  Limite hautain.

 

     Ah ! Ces examinards impassibles quasimodés sur leurs scribouillis de programme comme des tonsurés penchés auréolamment sur leurs Divines Ecritures m’horripilent le cuir chevelu universellement. Je me sens élève. Inexorablement élève. Comme si on ne me faisait pas confiance… « Ah ! Celui-ci, il faut le garder à l’oeil… » Allez-y, silhouettes surveillantoïdes, explorateurs immobiles de fond de classe, fouinez-moi ! Fouinez-moi ! je n’ai rien à cacher, ni programme, ni séquence, ni séance : de toute façon, je ne fais rien en cours, je n’ai rien à me reprocher.

 

     Bon, trêve d’inspectionnophobie, car il faut bien savoir que les inspecteurs ne sont pas toutes et tous de méchantes personnes échassées sur leur frustration d’ex-très-très-mauvais-professeur-bouffé-par-ses-élèves-en-dépit-de-la-perfection-admirabilissime-(que-je-ne-remets-nullement-en-question-pas-même-en-cause)-de-leurs-incroyables-cours.

 

     Une inspection s’effectue en deux temps : tout d’abord, après avoir serré la pince onychomorphe et salué chaleureusement l’hôte du jour, une phase d’observation, pendant laquelle, planté derrière sa table comme un fauve devant un troupeau de broutards attardés par le crépuscule de la soif, l’inspecteur suit du regard, immobile et cependant omniprésent, tous les faits, gestes, paroles, répliques, charybdes et scyllas, de l’enseignant, salivement attentif à la moindre erreur, hésitation ou maladresse. Parfois, laissant un moindre répit à sa proie qui, de toute manière est supramétaphysiquement piégée, l’inspecteur se plonge dans la lecture passionnante et légère du cahier de texte et de tous les documents réalisés avec soin par le professeur. L’heure passe, la sonnerie retentit, la masse ruisselle par la porte volant en éclats cartables, rires et bois. La deuxième phase commence. Cachez votre joie. Une heure d’entretien, d’interrogations (avez-vous appris votre programme ?), de rires et de larmes vous attend. Les politiques mêmes vivent des entretiens plus sereins et moins agressifs. Vous êtes critiqué tant sur le fond que sur la forme. Préparez donc votre répartie : révisez vos séquences, listez vos séances, justifiez vos objectifs. Et surtout, soyez vous-même, ouvert, amical, et prêt à débattre de tout avec le sourire et la conviction. S’il faut que vous reteniez quelque chose de cette minute d’inspectionnophobie aigüe, c’est cela. Vous êtes inspecté(e) ? Vous en êtes pâs moins homme.

 

     Et… quelque temps plus tard, vous apprenez couloirement que les notes pédagogiques (note sur 60 planchée par l’inspecteur et qui, ajoutée à la note administrative sur 40 donnée par le principal, contribue à l’évaluation de tout professeur) sont arrivées. Les profs surgissent : « Alors ? Combien ?… » Combien ? Je ne le dirai pas… C’est ma note après tout, non ? Peut-être deviendrez-vous inspectionnophile patentée ?… :-(

 

 

     Attendez avant de partir, lisez ceci, je crois que c’est plus parlant que n’importe laquelle de toutes les minutes d’inspectionno-phobie/philie du monde tout entier :

 

I) EXTRAIT D’UN RAPPORT DE L’INSPECTEUR

     « M. x se propose de traiter pendant son cours de l’insertion d’un dialogue dans un récit. Auparavant il expose clairement comment cette question s’inscrit dans la progression qu’il a prévue. Il procède ensuite à un exercice au tableau à partir d’un récit qu’il y a fait figurer : deux élèves doivent y insérer oralement un court dialogue. A partir des résultats obtenus il fait remarquer les changements de temps des verbes dans le dialogue et indique la nécessité de transcrire par écrit les changements de voix perçus oralement. Il fait ensuite noter sur le cahier de chaque élève un court résumé indiquant les éléments à retenir (ponctuation, temps des verbes). Enfin il termine par l’étude d’un texte extrait du Capitaine Fracasse qui, comportant de nombreux dialogues, lui permet de reprendre les éléments découverts. Il fait, en conclusion, quelques remarques très pertinentes sur le « dosage » du dialogue dans le récit.

     Dans l’ensembe, M. x s’exprime avec clarté et rigueur ; la cohérence de ses propos et la logique de leur enchainement ont fait de cette heure de cours un temps de travail certainement très efficace et (…) »

 

II) COMPTE-RENDU D’UN ELEVE POUR LE MEME COURS

     « Le professeur a fait aller Jean-Pierre et Sylvie au tableau pour parler de l’histoire qu’il avait écrite. C’était l’histoire d’un garçon à moto qui voulait frimer avec une fille. Jean-Pierre a fait le frimeur qu’il ose pas faire en vérité. On n’a pas ri à cause de l’inspecteur mais c’était bien marrant. Après on a écrit le résumé de la leçon sur le cahier, moi j’ai pas pu finir d’écrire parce que ça allait trop vite et que des mots je comprenais pas. Je la copierai sur un copain pour l’apprendre.

     Après le prof a lu un morceau d’un livre du Capitaine Fracasse qu’on avait vu à la télé mais on n’a pas reconnu l’histoire parce que c’était trop compliqué et qu’à la télé il y avait de Funès qui faisait bien rire. Il a expliqué des choses que quand on parle on doit changer les verbes et fermer les guillemets pour qu’on voit que c’était avant que ça se passe. A cause de l’inspecteur tout le monde a bien écouté. (sic) »

 

Flagrant, non ? ;-(

 

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Itinéraire d’un jeune prof stagiaire

Jeudi 17 janvier 2008

Re !

    Je vais faire court pour ce post-ci.

 

    Cette année, je suis donc en poste dans un collège dans le nord de la France, dans une zone anciennement minière. J’ai une classe de cinquième, plutôt d’un bon niveau. Je ne peux guère vous parler plus précisément de ma classe ni même de mon maître de stage d’ailleurs (respect de la vie privée de toutes et tous oblige, c’est une sorte de secret professionnel…). Je peux simplement vous dire que je suis le référent de 26 élèves, moitié fille moitié garçon. Ma classe se caractérise par son hétérogénéité (même si toutes les classes se caractérisent par cela) plutôt prononcée : des élèves de tout milieu (fils de prof comme fils d’immigrant), de tout niveau, de tout horizon, etc. Comprenez : j’ai vraiment une classe constituée d’une agglutination de différence.

 

    Bon rentrons dans le vif du sujet : comment intéresser ce groupe d’intelligences malmenées par la télévision aculturogéne, par le dégout fashion de la lecture quotidienne, par une pratique débraillée, jmenfoutiste, irréfléchie de la langue française (et surtout de sa grammaire et de sa sacro-sainte orthographe) tout en suivant le programme fixé/ figé par les inspecteurs hors-du-terrain ? Je n’ai aucune réponse, pas même la panacée… Désolé pour tout ceux qui étaient bouche ouverte, yeux grand ouverts, respiration haletante, palpitation retentissante, et une goutte de sueur pantelante sur le front, attendant impatiemment une réponse universelle de ma part… mais il faut se rendre à l’évidence, il existe des solutions mais pas de remède miracle. Dommage d’ailleurs…

 

     L’année de cinquième suit une progression chronologique que vous pouvez ou pas suivre plus ou moins intelligemment : le programme fixe le moyen-âge, la renaissance et le siècle classique. A vous de choisir ! Ou vous construisez vos séquences selon la chronologie ou vous construisez vos séquences selon une logique qui vous est propre et que vous avez réfléchie (par exemple : en suivant les genres, du fait divers à la nouvelle au roman, puis la farce et le théâtre, enfin la poésie, etc.). Quant à moi, j’ai choisi de suivre une progression chronologique qui permet d’étudier non seulement des œuvres en lien plus ou moins immédiats (qui se parlent, comme Le roman de Renart parodie les romans de chevalerie de Chrétien de Troyes) mais qui permet également au professeur d’accéder à des contenus culturels qui s’enchainent naturellement (la Renaissance mettant fin au Moyen-Âge avec les « Grandes découvertes »). Voilà ce que cela donne :

 

1)  Etude d’une nouvelle : « Le secret de maitre Cornille » (tiré des Lettres de mon moulin) : séquence assez courte qui permet de mettre en route les élèves sur des œuvres brèves, amusantes, et de les familiariser avec un vocabulaire qu’ils utiliseront toute l’année : champ lexical, situation d’énonciation, schémas narratif et actanciel, etc. Cette séquence ne s’inscrit pas directement dans la chronologie précédemment indiquée mais elle permet d’introduire les élèves à la lecture avant de les lancer dans des textes plus longs.

 

2) Le fabliau : du coq à l’âme. Introduction à la vie du Moyen-âge par le biais de textes rendant compte de la vie médiévale quotidienne.

 

3) Un roman de chevalerie et d’amour : Yvain ou le chevalier au lion. Evoque des thèmes propres au Moyen-âge : les codes de la chevalerie, la courtoisie, le merveilleux breton/ chrétien. Les élèves se lancent dans des productions écrites plus conséquentes.

 

4) Rire, se moquer, parodier : Le Roman de Renart et Gargantua. Passage du Moyen-âge à la Renaissance par le biais des « romans de dérision critique ».

 

5) La Farce dans tous ses états : La farce de maitre Patelin, Cuvier, voire une pièce de Molière en lecture cursive pour instaurer une progression générique et chronologique. Etude du comique théâtrale après le comique « romanesque ».

 

6) Le pouvoir de la Lecture (séquence uniquement construite pour mon portfolio, lol) : permet de faire le point sur les attentes des élèves en tant que lecteur. Je pense leur faire lire La Bibliothécaire.

 

7) Le récit de voyage : à la découverte d’un autre continent, celui des mots !

 

8) La poésie, de la forme au cœur.  Etude des différentes formes de la poésie (amoureuse, principalement) au XVIème siècle. Approche de la mise en mots, rupture de la page en tant que blanche masse couverte d’encres.

 

9) Le roman policier : du mot au mort.  Certainement l’ultime séquence. Elle devrait permettre une synthèse de tous les savoirs acquis durant l’année.

 

    Voilà donc pour ma progression annuelle. J’espère qu’elle vous apparaitra relativement claire. En tout cas, il vaut mieux, car si elle ne l’est pas pour vous, elle ne l’est certainement pas pour mes élèves ! Bon, elle a ses défauts (dont j’ai conscience parfois) mais aucune progression n’est rigoureusement parfaite. Je rajoute que le texte descriptif (l’un des objectifs majeurs de l’année de cinquième) est étudié fragmentairement, instillé dans toutes les séquences par plus ou moins grandes doses.

 

Voilà pour aujourd’hui, bonne soirée !

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Le portfolio, un fardeau à porter ?

Mercredi 16 janvier 2008

Rebonjour à toutes et à toutes !

 

Comme je l’avais évoqué dans le dernier post, l’une des nouveautés de cette année, en ce qui concerne les « épreuves » préparant à la titularisation, est le fameux PORTFOLIO. Ce document d’une cinquantaine de pages que le stagiaire se doit de remplir d’encre et d’idées est censé remplacer le « mémoire ». Si nous suivons la définition que nous pouvons trouver sur wikipédia, le portfolio est « un dossier personnel dans lequel les acquis de formation et les acquis de l’expérience d’une personne sont définis et démontrés en vue d’une reconnaissance par un établissement d’enseignement ou un employeur. » ; pour simplifier (si j’y arrive) : le portfolio permet à votre employeur (l’Education nationale qui délègue évidemment ce travail à une foultitude de sbires éclairés puisqu’elle ne peut pas venir entièrement allégorifiée – voire alléghorrifiée parfois – dans vos salles de classe [elle risquerait sans aucun doute de terroriser un bon nombre de nos futurs remplaçants ;-) ]) d’apprécier votre progression annuelle, soit de constater votre évolution du statut de minable-débutant-tremblotant-et-bégayant qui-a-encore-du-lait-au-bout-de-son-nez-enseignant à celui de presque-prof même-si-il-ne-faut-pas-l’oublier-il-reste-encore-un-minable-débutant-(…) – qui, soit dit au passage, n’est encore qu’un « néo-titulaire ». Quand devient-on véritablement professeur ? Finalement, vous voyez, cette simple question pourrait être le départ d’un portfolio. Mais, ne vous inquiétez pas, je ne me lancerai pas dans cette problématique-là.

 

Problématique… Le mot est jeté – comme le dé. Car tel est le mot-clé de votre année (et de votre portfolio, encore lui, eh oui, ça tourne à l’obsession…) : PROBLEMATIQUE. L’année du stage est une année à problème. Mais, entendons-nous bien : « problème » n’est pas forcément un mot péjoratif. Bien sûr, il y a les soucis financiers (dur dur la vie de jeunes profs, vous verrez… ;-) ), l’amassement des feuilles volantes qu’il faut ABSOLUMENT gérer comme un aéroport(-folio !), ou encore la gestion de votre ou de vos classes en responsabilité (à laquelle il tient de rajouter le stage pratique, les journées bloquées par l’IUFM ou par la rédaction du portfolio ou par la préparation minutieusissime de vos cours), mais il ne faut pas omettre les joies de l’enseignement (eh oui, parfois, un ange passe et sur sa trajectoire une floconnée de sourires curieux et avides vous regarde…), l’amitié complicément franchouillarde entre collègues de tout horizon pendant les longs travaux de groupe à l’IUFM, et la sympathie sincère de votre maître de stage ou de vos professeurs d’IUFM (qui la plupart du temps sont eux-mêmes profs…), etc. Pour tout cela, c’est une année problématique car nous funambulons sans cesse d’un abîme à l’autre, parfois titubant démotivément le long du précipice en se murmurant « Ca ira mieux demain… » (mais le lendemain, un autre précipice nous attend : la taxe d’habitation, lol), parfois marchant d’un pas vif, éclairé, serein, sûr de sa progression et souriant de démarche. Tout est dans notre façon de gérer ce semblant d’équilibre permanent. Nous nous sentons prof le lundi, alors nous haussons la voix, nous discutons avec assurance avec les collègues (au moins ceux qui nous considèrent comme tel), nous pensons avec joie aux cours suivants (là, je crois que j’exagère, désolé) ; et, le mardi, retrouvant tôt le matin, notre IUFM adoré, adulé, idolâtré, nous retrouvons dans le même temps notre ancien statut d’étudiant amorphe, à demi réveillé, bref, regardez vos élèves et vous vous verrez. Le passage, semé d’embuches, de jeune étudiant à jeune professeur, voilà l’un des objectifs centripètes de tout portfolio : comment ai-je fait pour conquérir mon statut de néo-titulaire ? Comment suis-je parvenu à franchir le seuil de la classe et, au lieu de me diriger instinctivement vers une chaise dans le fond de celle-ci à proximité d’un vieux radiateur tout enchewinggummé, je me suis avancé vers le bureau qui trône au centre et qui cependant ne sert à rien puisque je ne m’assois jamais derrière ? Comment ai-je réussi à berner mes élèves toute l’année en leur faisant croire que j’étais sur plusieurs établissements afin qu’ils ne comprennent pas que derrière mes absences quotidiennes (ils ne me voient jamais le mardi ni le jeudi) se cachent mon inexpérience patente ? Bref, comment suis-je devenu professeur ? Là encore c’est problématique, non ? Car cela signifie que, bien qu’on vous fasse confiance en vous déléguant une classe, vous n’êtes pas encore un professeur. Pas encore. Il faut être patient. Gagner ses galons petit à petit. Et c’est d’abord avec vos élèves que vous les remportez, plus ou moins brillament, plus ou moins glorieusement. Le vie d’enseignant, c’est d’aller de défaites en victoires, et de victoires en défaites. Un jour, vous vous vouez aux gémonies, et l’autre vous criez haro sur votre pessimisme quotidien. D’un précipice l’autre. Au bord de la mer l’infini est si beau…

 

Bref, revenons à nos moutons. Et je ne parle pas forcément de nos élèves. Pour vous donner un exemple, le mieux c’est que je vous parle de MON portfolio, qui est encore tout virtuel, tout abstrait, tout spirituel. Je vais travailler un thème bateau : la motivation. Car ce qui m’a frappé de prime abord dans ma classe, c’est la difficulté à motiver tout le monde dans le même temps et sur une même activité. Le professeur considère la classe comme une entité, et lorsque l’un de ses membres se dérobe, s’endort, s’évade, quitte l’ornière, c’est tout l’édifice-classe qui a des fourmis dans les doigts. Donc, il faut apprendre à gérer cette motivation : entre motivation « intrinsèque » (celle qui vient de l’élève même par la curiosité, l’envie de réussir, etc.) et motivation « extrinsèque » (celle qui est engendrée par une pression extérieure : parents, copains, société, etc.), entre démotivation « totale » et démotivation « partielle », « fragmentaire », chaque cours est fondamentalement différent : il faut réfléchir à des activités ludiques et intéressantes (dans le sens où elles ont un intérêt au sens fort), tenter de comprendre ses élèves dans leur singularité, leur unicité, varier les travaux, faire preuve d’humour, etc. Et surtout se remettre en question, continuellement. Problématique… vous comprenez mieux à présent ? C’est cela qui est essentiel : résoudre une problématique parmi celle qui s’offre à vous au cours de l’année. J

 

J’ai choisi la motivation. Mais, pour être plus précis, j’ai également décidé de travailler (puisqu’il faut parler de soi) ma propre motivation. Pourquoi ? Parce qu’à la base, l’enseignement n’est pas ma vocation. Du tout. Je suis quelqu’un de réservé, de timide, et je ne pensais pas pouvoir parler devant un public aussi complexe. Et, pour complexifier encore le tout, je n’aime pas lire… et je suis prof de français. Problématique, non ? Et voilà un questionnement a priori intéressant : comment un professeur de français démotivé par la lecture (qui pourtant tient une place prépondérante dans son enseignement) peut-il motiver ces élèves à lire ?

 

Bon, j’ai assez parlé de ce portfolio. J’y reviendrai plus tard. Je vais plutôt vous parler de ce que je fais en cours. A tout de suite !

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Un an après…

Dimanche 23 décembre 2007

Bonjour à toutes et à tous,

    Cela me fait plaisir de vous retrouver (et de me retrouver dans le même temps !)… J’ai dû attendre les salaires de… l’Education nationale afin de m’acheter un petit ordinateur sympathique ! Car j’ai en effet obtenu le CAPES l’année dernière et je suis à présent un vieux professeur de collège. J’ai une classe de cinquième dans un modeste établissement du Pas-de-Calais. Je vais maintenant vous parler quelque peu de cette étrange année que constitue l’année du professeur stagiaire, ce statut intermédiaire où vous n’êtes pas encore complètement enseignant (et certains collègues de vous le faire remarquer selon leur maladresse habituelle) ; vous êtes en quelque sorte un élève-enseignant, à la fois élève qui enseigne et enseignant qu’on « élève » (dans tous les sens du terme rajouterait l’IUFM). Il faut se faire à cette situation : vous n’avez qu’une voire deux classe(s), soit entre 5 et 8 heures de cours par semaine ; vous rajoutez à cela les modules de l’IUFM (deux jours bloqués dans la semaine), les options que vous aurez à choisir, et le stage pratique que vous aurez à subir, etc. Quelle année ! Une année d’autant plus fatigante qu’elle laisse une place EXTRAORDINAIRE à l’administratif ! Et cela, c’est, laissez-moi le dire haut et fort pour tout ceux qui en ont m****, extrêmement pénible : entre les sites à valider sur internet, les papiers à remplir dans des délais délimités et chronométrés, les ordres de missions qu’il ne faut pas perdre, etc. C’est l’année de l’ORGANISATION. Si vous n’êtes pas organisés, entrainez-vous ! C’est vital. Achetez des caisses, des reliures, des classeurs, ce que vous voulez, mais achetez ! Vous en aurez besoin. Moi, je galère encore aujourd’hui à retrouver certains papiers perdus…  Comme vous pouvez le constater, je ne peux aucunement vous conseiller, puisque moi-même j’attends des conseils.

 

    En outre, durant l’année de stage, vous avez une (ou deux) classes en RESPONSABILITE. Vous allez suivre et faire progresser (un tant soit peu si possible) une bonne vingtaine d’élèves motivés, démotivés, à moitié motivés, endormis (sur les tables, emmitoufflés dans leur manteau d’hiver, ou encore dans leur cartable trop lourd donc soporifique), éteints parfois, râleurs, malheureux, orphelins de culture, etc. Bref, vous allez avoir besoin d’énergie pour leur faire face, pour les affronter – mais de bonne guerre. De toute façon, sachez qu’ils attendent du prof (selon le questionnaire que je leur ai demandé de me remplir sincèrement) de l’AUTORITE. Eh oui, vous avez bien entendu, ils attendent du prof une poigne de fer : main de fer dans un gant de feu… euh non, de velours. Je vous ferai part de mon attitude face à la classe, pour exemple, dans un prochain post.

 

    Sachez également que c’est une année pendant laquelle vous allez être observés : que ce soit par vos gremlins préférés (je veux dire : vos élèves), et leur regard n’est pas le plus facile, bien au contraire ! ; ou par votre maître de stage, qui est d’ailleurs tenu de venir vous « étudier » au moins sept heures en trois mois et demi environ ; ou par deux formateurs IUFM (c’est la cas dans ma région) qui viennent vous « visiter », une fois avant les vacances de Noël, et une autre fois au début de l’année suivante ; et, enfin, selon le hasard de l’habitat ou de la compétence, par un inspecteur. Il faut absolument se préparer à tous ces regards scrutateurs : de toute façon, ne sommes-nous pas des pro-fesseurs, c’est-à-dire « ceux qui parlent devant », ceux qui font face au regard pour enseigner coûte que coûte ? (Je fais une pub implicite à l’un de mes posts précédents).

 

    Enfin, dernière chose avant de retourner à ma vaisselle, et non la moindre : il va falloir s’atteler durant cette courte longue année à la rédaction d’un portfolio de plus de 50 pages, dans lequel vous aurez à expliquer votre évolution, du statut de professeur-stagiaire à celui de professeur-néotitulaire (mais quand devenons-nous de véritables modestes profs ?). Dès lors, on en reparlera plus tard également, il vous faudra :

* étudier une de vos activités en classe (c’est très large, l’important demeure de choisir une activité problématique ET problématisante)

* mettre en œuvre une activité interdisciplinaire

* mettre en œuvre une activité TICE (informatique, je vous renvoie au blog de Claire sur le B2i, clair et intéressant)

* enfin, organiser une activité/une sortie en partenariat (là aussi c’est du chinois pour un timide comme moi… Je suis bien devant mon ordinateur, mais de là à franchir le cap de mon établissement… Pfff)

 

    Voilà pour l’instant, j’espère vous éclairer quelque peu, ou en tout cas, je vais tenter de vous éclairer encore plus ! N’hésitez pas à poser des questions ! Je ferai de mon mieux pour vous répondre. Je suis de retour ! Bon, en fait, tout le monde s’en f*** mais cela fait toujours plaisir de le dire ;-)

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