Le Salon carré du Musée du Louvre
18 03 2008
Le salon carré ( qui est d’ailleurs rectangulaire ) fut au XIXe l’espace consacré aux chefs d’oeuvre du Louvre. C’est ici que M.Madinier conduit la noce de Gervaise, dans l’Assommoir de Zola.
“Au milieu du salon carré. Il n’y avait là que des chefs-d’oeuvre, murmurait-il à demi-voix, comme dans une église. On fit le tour du salon. Gervaise demanda le sujet des Noces de Cana ; c’était bête de ne pas écrire les sujets sur les cadres. Coupeau s’arrêta devant la Joconde, à laquelle il trouva une ressemblance avec une de ses tantes. Boche et Bibi-la-Grillade ricanaient, en se montrant du coin de l’oeil les femmes nues ; les cuisses de l’Antiope surtout leur causèrent un saisissement. Et, tout au bout, le ménage Gaudron, l’homme la bouche ouverte, la femme les mains sur son ventre, restaient béants, attendris et stupides, en face de la Vierge de Murillo.
…..Le tour du salon terminé, M. Madinier voulut qu’on recommençât ; ça en valait la peine. Il s’occupait beaucoup de madame Lorilleux, à cause de sa robe de soie ; et, chaque fois qu’elle l’interrogeait, il répondait gravement, avec un grand aplomb. Comme elle s’intéressait à la Maîtresse du Titien, dont elle trouvait la chevelure jaune pareille à la sienne, il la lui donna pour la Belle Ferronnière, une maîtresse d’Henri IV, sur laquelle on avait joué un drame, à l’Ambigu.”
( L’Assommoir, ch. III)
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MUSEE, lieu de la ville d’Alexandrie en Egypte, où l’on entretenait aux dépens du public, un certain nombre de gens de lettres distingués par leur mérite (…). Le nom des muses, déesses et protectrices des beaux arts était incontestablement la source de celui du musée.[...] Le mot de musée a reçu depuis un sens plus étendu et on l’applique aujourd’hui à tout endroit où sont renfermées les choses qui ont un rapport immédiat aux arts et aux muses. Diderot et d’Alembert, Encyclopédie
SOCRATE. « … Ainsi la Muse crée-t-elle des inspirés et, par l’intermédiaire de ces inspirés, une foule d’enthousiastes se rattachent à elle. Car tous les poètes épiques disent tous leurs beaux poèmes non en vertu d’un art, mais parce qu’ils sont inspirés et possédés, et il en est de même pour les bons poètes lyriques. Tels les corybantes [prêtres de Cybèle, pratiquant les danses extatiques] dansent lorsqu’ils n’ont plus leur raison, tels les poètes lyriques lorsqu’ils n’ont plus leur raison, créent ces belles mélodies ; mais lorsqu’ils se sont embarqués dans l’harmonie et la cadence, ils se déchaînent et sont possédés.(…) [le poète] est incapable de créer avant d’être inspiré et transporté et avant que son esprit ait cessé de lui appartenir ; tant qu’il ne possède pas cette inspiration, tout homme est incapable d’être poète et de chanter. Ainsi donc, comme ils ne composent pas en vertu d’un art, quand ils disent beaucoup de belles choses sur les sujets qu’ils traitent, comme toi sur Homère, mais en vertu d’un don divin, chacun n’est capable de bien composer que dans le genre vers lequel la Muse l’a poussé, l’un dans les dithyrambes, l’autre dans les éloges, l’autre dans les hyporchèmes, l’autre dans la poésie épique , l’autre dans les ïambes ; dans les autres genres, chacun ne vaut rien. Ils parlent en effet, non en vertu d’un art, mais d’une puissance divine ; car s’ils étaient capables de bien parler en vertu d’un art, ne fût-ce que sur un sujet, ils le feraient sur tous les autres à la fois. Et le but de la divinité, en enlevant la raison à ces chanteurs et à ces prophètes divins et en se servant d’eux comme des serviteurs, c’est que nous, les auditeurs, nous sachions bien que ce ne sont pas eux les auteurs d’œuvres si belles, eux qui sont privés de raison, mais que c’est la divinité elle-même leur auteur, et que par leur organe, elle se fait entendre à nous. La meilleure preuve pour notre raisonnement, c’est Tynnichos de Chalcis qui n’a jamais fait un poème digne d’être cité, mais qui composa le péan [hymne en l'honneur d'Apollon] chanté par tous, le plus beau presque de tous les chants, une vraie trouvaille des Muses, comme il le dit lui-même. Cet exemple surtout me semble avoir servi à la divinité, pour nous montrer dans nous laisser le doute , que les beaux poèmes n’ont pas un caractère humain et ne sont pas l’œuvre des hommes mais qu’ils ont un caractère divin et qu’ils sont l’œuvre des dieux et que les poètes ne sont que les interprètes des dieux, quand ils sont possédés quelque soit la divinité qui possède chacun d’eux. Pour faire cette démonstration le dieu a inspiré à dessein au plus mauvais des poètes la meilleure des poésie”.

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