Le Salon carré du Musée du Louvre

18 03 2008

 Le salon carré ( qui est d’ailleurs rectangulaire ) fut au XIXe l’espace consacré aux chefs  d’oeuvre du Louvre.  C’est ici que M.Madinier conduit la noce de Gervaise, dans l’Assommoir de Zola.

« Au milieu du salon carré. Il n’y avait là que des chefs-d’oeuvre, murmurait-il à demi-voix, comme dans une église. On fit le tour du salon. Gervaise demanda le sujet des Noces de Cana ; c’était bête de ne pas écrire les sujets sur les cadres. Coupeau s’arrêta devant la Joconde, à laquelle il trouva une ressemblance avec une de ses tantes. Boche et Bibi-la-Grillade ricanaient, en se montrant du coin de l’oeil les femmes nues ; les cuisses de l’Antiope surtout leur causèrent un saisissement. Et, tout au bout, le ménage Gaudron, l’homme la bouche ouverte, la femme les mains sur son ventre, restaient béants, attendris et stupides, en face de la Vierge de Murillo.
…..Le tour du salon terminé, M. Madinier voulut qu’on recommençât ; ça en valait la peine. Il s’occupait beaucoup de madame Lorilleux, à cause de sa robe de soie ; et, chaque fois qu’elle l’interrogeait, il répondait gravement, avec un grand aplomb. Comme elle s’intéressait à la Maîtresse du Titien, dont elle trouvait la chevelure jaune pareille à la sienne, il la lui donna pour la Belle Ferronnière, une maîtresse d’Henri IV, sur laquelle on avait joué un drame, à l’Ambigu. »

( L’Assommoir, ch. III)



La naissance du Musée

18 03 2008

Le terme « Musée » apparaît dans la langue française au XIIIe s, adapté du latin musaeum « grotte consacré aux Muses » , lui-même emprunt latinisé au grec mouseion, dérivé de musa, « lieu consacré aux Muses », spécialement « temple des Muses sur le Pathénon », également « lieu où l’on s’adonne aux arts littéraires, académie » notamment à l’époque hellénistique, en parlant de la bibliothèque d’Alexandrie. ( source : Dictionnaire historique de la langue française, sous la direction d’Alain Rey). Le sens moderne de musée « lieu de conservation et d’étude de collections artistiques et scientifiques » se forme peu à peu de la Renaissance au siècle des Lumières. Les humanistes du XVIe, en renouant avec l’Antiquité redécouvrent les chefs d’oeuvre du passé et en particulier la statuaire antique. Les riches familles aristocratiques se livrent à une compétition de collections privées et autres cabinets de curiosités. Ces riches collectionneurs cherchent, en fait à reconstituer, dans l’enceinte de leur cabinet un microcosme, objet de méditation et de contemplation. Ce goût pour la curiosité se répand très largement au XVIIe s et va entrer en résonance avec la volonté de vulgarisation propre aux Lumières. Le dernier quart du XVIIIe s voit l’éclosion européenne du musée : les musées publics se forment à partir de collections princières ( La Galerie des Offices est ouverte au public à Florence à la fin des années 1780). La Révolution française attribue les biens ecclésiastiques et aristocratiques à la Nation qui va en décider la conservation. En 1793 est inauguré le Museum du Louvre comprenant alors le Salon carré et la Grande Galerie.

David Teniers (1610-90) Archduke Leopold Wilhelm in his Picture Gallery in Brussels, c. 1651. Oil on copper, 105 x 130 cm. Museo Nacional del Prado, MadridMUSEE, lieu de la ville d’Alexandrie en Egypte, où l’on entretenait aux dépens du public, un certain nombre de gens de lettres distingués par leur mérite (…). Le nom des muses, déesses et protectrices des beaux arts était incontestablement la source de celui du musée.[...] Le mot de musée a reçu depuis un sens plus étendu et on l’applique aujourd’hui à tout endroit où sont renfermées les choses qui ont un rapport  immédiat aux arts et aux muses. Diderot et d’Alembert, Encyclopédie

David Teniers (1610-90) Archduke Leopold Wilhelm in his Picture Gallery in Brussels, c. 1651. Oil on copper, 105 x 130 cm. Museo Nacional del Prado, Madrid



Platon et l’enthousiasme poétique, Ion

3 03 2008

 SOCRATE. « … Ainsi la Muse crée-t-elle des inspirés et, par l’intermédiaire de ces inspirés, une foule d’enthousiastes se rattachent à elle. Car tous les poètes épiques disent tous leurs beaux poèmes non en vertu d’un art, mais parce qu’ils sont inspirés et possédés, et il en est de même pour les bons poètes lyriques. Tels les corybantes [prêtres de Cybèle, pratiquant les danses extatiques] dansent lorsqu’ils n’ont plus leur raison, tels les poètes lyriques lorsqu’ils n’ont plus leur raison, créent ces belles mélodies ; mais lorsqu’ils se sont embarqués dans l’harmonie et la cadence, ils se déchaînent et sont possédés.(…) [le poète] est incapable de créer avant d’être inspiré et transporté et avant que son esprit ait cessé de lui appartenir ; tant qu’il ne possède pas cette inspiration, tout homme est incapable d’être poète et de chanter. Ainsi donc, comme ils ne composent pas en vertu d’un art, quand ils disent beaucoup de belles choses sur les sujets qu’ils traitent, comme toi sur Homère, mais en vertu d’un don divin, chacun n’est capable de bien composer que dans le genre vers lequel la Muse l’a poussé, l’un dans les dithyrambes, l’autre dans les éloges, l’autre dans les hyporchèmes, l’autre dans la poésie épique , l’autre dans les ïambes ; dans les autres genres, chacun ne vaut rien. Ils parlent en effet, non en vertu d’un art, mais d’une puissance divine ; car s’ils étaient capables de bien parler en vertu d’un art, ne fût-ce que sur un sujet, ils le feraient sur tous les autres à la fois. Et le but de la divinité, en enlevant la raison à ces chanteurs et à ces prophètes divins et en se servant d’eux comme des serviteurs, c’est que nous, les auditeurs, nous sachions bien que ce ne sont pas eux les auteurs d’œuvres si belles, eux qui sont privés de raison, mais que c’est la divinité elle-même leur auteur, et que par leur organe, elle se fait entendre à nous. La meilleure preuve pour notre raisonnement, c’est Tynnichos de Chalcis qui n’a jamais fait un poème digne d’être cité, mais qui composa le péan [hymne en l'honneur d'Apollon] chanté par tous, le plus beau presque de tous les chants, une vraie trouvaille des Muses, comme il le dit lui-même. Cet exemple surtout me semble avoir servi à la divinité, pour nous montrer dans nous laisser le doute , que les beaux poèmes n’ont pas un caractère humain et ne sont pas l’œuvre des hommes mais qu’ils ont un caractère divin et qu’ils sont l’œuvre des dieux et que les poètes ne sont que les interprètes des dieux, quand ils sont possédés quelque soit la divinité qui possède chacun d’eux. Pour faire cette démonstration le dieu a inspiré à dessein au plus mauvais des poètes la meilleure des poésie ».

Source :  cours de Robin Delisle : L’inspiration poétique, de Ion à Poussin.

Oeuvre : Gustave Moreau, Hésiode et la muse, 1891 huile sur bois, 59 x 34,5 cm



Les Muses

3 03 2008

   Les Muses sont les neuf filles de Zeus et Mnémosyne, la Mémoire. Elles chantent des chants divins pour le plaisir des dieux en des lieux consacrés ( la Piérie, le sommet de l’Olympe enneigé, la source d’Hippocrène), sous la conduite d’Apollon Musagète. Au centre du tableau de Mantegna « Vénus et Mars, ou Le Parnasse » ( 1497, Paris, Musée du Louvre), elles forment une ronde et accompagnent de leur chant Apollon jouant de la lyre, à gauche en l’honneur des amours de Mars et Vénus, surplombant leur ballet de leur arche – arc de triomphe.  Les Muses président à l’inspiration poétique et à toutes les activités intellectuelles. Selon Fulgence le Mythographe. (VIe ap. J.C), chacune est associée à une discipline et traditionnellement représentée avec des attributs symboliques. Calliope pour la  poésie épique ( trompette, tablette, stylet), Clio, pour l’histoire ( trompette, livre, rouleau de parchemin), Polymnie, pour les hymnes héroïques ( instrument de musique), Euterpe, pour la poésie lyrique ( souvent une flûte), Terpsichore,  pour la danse ( lyre), Erato, pour la poésie amoureuse (instruments à corde ou tambourin), Thalie, pour la comédie ou la poésie légère ( rouleau de parchemin, masque, couronne de laurier, bâton), Uranie pour l’astronomie ( globe terrestre et compas).  Il n’y a pas de muse pour les arts plastiques, la peinture et la sculpture ayant longtemps été considérés comme des savoir-faire artisanaux.

   Inspiratrice de l’artiste, la Muse est un motif  présent dans de nombreux tableaux et poèmes à partir de la Renaissance. Dans l’oeuvre ci-contre, Nicolas Poussin L’Inspiration du poète (vers 1630 huile sur toile 182 cm x 213 cm), La Muse Calliope s’appuie sur un instrument de musique et se tient près d’Apollon, identifiable par sa beauté, sa lyre et sa couronne de lauriers. Le Dieu reproduit le geste créateur insufflant au poète, debout la plume à la main, l’inspiration divine. Le regard tendu vers le haut, ce dernier semble ignorer les deux inspirateurs rappelle l’influence chrétienne qui fait du Ciel le lieu de la divinité. Ce tableau illustre la définition de l’inspiration, étymologiquement « insufflation divine du prophète »ou  » enthousiasme créateur qui entraîne le poète ». Cette définition héritée de la théorie platonicienne   (voir « document «  Ion) fait du poète un prophète, littéralement  » celui qui parle à la place de l’Autre, de Dieu ». L’inspiration n’est réservée qu’à une poignée d’élus, une aristocratie de l’esprit  qui reçoit « cette honnête flamme au peuple non commune »  (Du Bellay). La Muse, dans l’élégie amoureuse, se confond souvent avec la figure de la femme aimée, dont la pensée stimule la création. C. Juste