En sortant de la salle, le premier mot qui me vient à l’esprit c’est « pourquoi ? ». Je suis restée muette, sans voix… Je ne savais pas quoi dire sur ce film et je restais là, face à cette feuille blanche qui attendait ma critique. Il m’a fallu du temps avant de pouvoir donner mon avis sur ce film qui, malgré son « manque d’intêret », comme le dirons la plupart des personnes en sortant de cette oeuvre, m’a fait réfléchir. Comment un film qualifié de mauvais pourrait me donner envie d’y réfléchir ? La réponse est simple, ce film est tout le contraire.
Oui, il est plat et triste mais aussi complexe, et le personnage principal est attachant, on tente de lire en lui du début à la fin, mais le mystère ne sera jamais résolu. Quelque chose nous tient et rien ne part dans l’exagération. Une belle surprise, une belle découverte, un calme qui nous parle. Tout ce que j’ai ressenti en regardant ce film est exactement ce qu’elle a voulu faire passer. Son film est un message personnel : l’histoire d’un homme qui travaille dans le cinéma, qui ne sait pas où il en est et qui voit sa fille par coup de vent. Je n’ai qu’une chose à ajouter, moi aussi j’ai un message à faire passer : à tous ceux qui disent de ce film que c’est un navet, qu’ils s’informent un peu sur l’enfance de Sofia Coppola, qu’ils cessent d’attendre toujours trop, et après on pourra discuter tranquillement. Qu’ils regardent, et cessent de vouloir toujours écouter.
Oui le film est plat et triste, comme l’était la vie de sa réalisatrice à une certaine période.
En tant que cinéphile, l’amour immodéré pour Inception est une tâche ardue. Premièrement car depuis sa sortie, le film a acquis le statut de film labyrinthique ultime, que tout le monde se plait à le commenter, tantôt avec admiration béate, tantôt avec rejet complet ou moquerie face à ce caractère de l’oeuvre. Deuxièmement car parmi les revues de cinémas, hormis les Studio Ciné Live et Première qui vendirent allégrement comme à leur habitude leur papier sur «le blockbuster de l’été», Inception n’a bénéficié d’aucune grande critique dans les numéros d’été de Positif et Les Cahiers du cinéma, et d’aucun article développé depuis (le rédacteur en chef des Cahiers, Stéphane Delorme, lui a tout de même consacré un article plutôt ordurier de deux pages le mettant en relation avec The Social Network en tant que «film capitalisme» (sic) et concluant que le film avait pour point commun avec la toupie totem de son héros Cobb la propriété de «produire du vide»).
Il est grand temps de rétablir l’honneur de ce film, et de démontrer point par point qu’à mon avis, il faut le considérer comme une des œuvres majeures depuis l’invention du cinéma.
Film d’une vie, bercé par le réalisateur Christopher Nolan pendant dix ans, Inception est dès le départ un projet compliqué: ni une franchise ni une suite, souhaitant par son propos livrer le film onirique par excellence, ainsi qu’un modèle de film labyrinthique, il fut reporté par Nolan lui-même qui se fit les armes sur ses deux Batman, avec une réussite telle qu’on peut le considérer comme le meilleur cinéaste de quarante ans aujourd’hui (d’aucuns diront Weerasethakul, Coppola ou Winding Refn, ça porte à débat).
On pouvait évidemment craindre qu’une telle oeuvre, remplie d’amour du cinéma (le plan de la ville qui se courbe est copié sur L’Homme à la caméra, nombreuses références aux films labyrinthiques) et du plaisir de la création d’un univers complexe et totalement nouveau, aboutisse en un tsunami d’idées confuses laissant le spectateur sur son fauteuil, sans aucun éléments de réflexion: il n’en est rien.
Le film réussit-il néanmoins à être le meilleur des films labyrinthiques ? Oui et non.
Il est certain que Nolan connaît son sujet puisqu’il glisse plusieurs références à des films semblables: les plans de la plage façon Barton Fink, la chambre du père Fisher dans l’hôpital rappelant 2001, les objets anodins (alliance, dé, toupie) prenant leur importance comme dans Mulholland Drive (la clé bleue).
Mais malheureusement, au final, il s’avère que l’histoire, bien que très complexe, fascinante et créative, laisse part à une dizaine d’interprétations et de niveaux de lectures, là où des œuvres comme Shutter Island et surtout Barton Fink, grand film labyrinthique, aboutissaient sur des dizaines de possibilités et de questions. Sur Internet, j’ai trouvé une bonne centaine de théories sur Barton Fink, dues aux innombrables niveaux de lectures de l’oeuvre. Beaucoup moins sur Inception. Nolan n’a hélas pas réalisé le film labyrinthique modèle.
Venons en à la question onirique.
Voilà dix ans que je rêve, et que je m’en souviens au réveil. Et dix ans que je vais beaucoup au cinéma. Je n’avais jamais vu, avant Inception, un film qui reconstituait si bien les sensations, les sentiments, les impressions, les visions des rêves. Même des films dits oniriques comme Mulholland Drive me paraissaient faux.
Quelle ne fut ma réaction devant Inception ! Enfin un cinéaste avait saisi l’importance des rêves (cf la séquence de Mombassa, avec ces gens drogués aux rêves), la dépendance crée par le plaisir de s’y perdre, leur absurdité cohérente, la mécanique du sommeil…
Bien évidemment, ce jugement ne peut-être partagé par les non-rêveurs, ou ceux qui ne s’en souviennent pas. Toujours est-il que de mon point de vue, Nolan a parfaitement saisis ces concepts, très peu exploités jusque là, alors qu’il forme un des grands sujets universels sur lequel créer.
Voir les rêves en tant qu’univers parallèle obéissant à des règles propres, y ajouter des éléments relevant de l’humain comme la mort, le souvenir, l’amour, là où beaucoup considèrent le rêve comme l’abstraction de ces concepts, voilà une vraie trouvaille ; et au final, c’est tellement simple qu’on devrait tous se mordre les doigts de ne pas l’avoir eu plus tôt.
Ne pas aimer Inception, c’est se voiler la face: combien de cinéastes aujourd’hui, sont capables d’inventer des univers cohérents et inédits, comme celui mis en place dans Inception, et de l’inclure dans une oeuvre qui véhicule un message, une idée ? Ou du moins de manier tous les mythes fondateurs existants, les grands thèmes universels ? Hormis Guillermo Del Toro, James Cameron, les Frères Coen, Peter Jackson, George Lucas ?
Christopher Nolan est de cela. Inception récupère en effet des notions éculées depuis des siècles, qui sont des thèmes universels et qui permettent au public d’adhérer à un scénario au départ complètement loufoque: parmi elles, le concept de noosphère dont les philosophes grecs parlaient déjà, références à la Divine Comédie autant dans la notion de limbes que dans le rapprochement cercles de l’enfer/rêves imbriqués (plus on s’enfonce dans le rêve plus il devient noir, ténébreux, chaotique), personnages banals passifs face à des événements qui les dépassent (encore une fois rapprochement à la Divine Comédie). Là où un réalisateur lambda se laisserait aller à l’esbroufe numérique en négligeant ses personnages, Nolan fait exactement l’inverse: Di Caprio et Page ont beau traverser une cité colossale en ruine, ce qu’il nous montre, c’est la psyché du personnage de Cobb, ses souvenirs, son amour perdu. Voici une des forces du film: qu’il y ait derrière les personnages un champ, la mer, un mur ou une explosion atomique, peu importe: le principal, c’est l’humain !
Toute l’oeuvre de Nolan est basée sur une utilisation intelligente des gros budgets qu’on lui propose, afin de réaliser des blockbusters mis en scène magistralement, bien interprétés, bien mis en musique… Pour finalement créer des films de genre d’auteurs grand public !
Nolan est un cinéaste d’art et d’essai dès le départ, avec des thèmes inhérents: le mensonge, la mort de l’être aimé, la figure de l’homme trop puissant… que les gros budgets qu’on lui octroie lui permettent d’exposer sous un jour nouveau, plus spectaculaire et identificateur, pour le bien du film et du spectateur. Nolan vient du cinéma européen, il est anglais, et est le premier à déclarer qu’il était nécessaire qu’il aille à Hollywood pour réaliser ses films, car le cinéma britannique ne lui aurait pas permis ses Batman et Prestige.
Et Inception est l’aboutissement de cette démarche ! S’autorisant des séquences jamais vues (celle de la chute du van avec quatre niveaux d’actions différents, offre un climax de près de quarante minutes !), utilisant les climax de façon ultra innovante (à la suite du climax de quarante minutes de l chute du van, cinq minutes de van, puis re climax de trente secondes à la toupie pour achever le spectateur dans son plaisir !) cherchant sans cesse la bonne mise en scène, le bon emplacement de caméra (plan en plongée puis travelling pour aboutir à une contre-plongée extrême lors du combat d’Arthur, pour donner un exemple), utilisant avec génie les technique actuelles d’effets spéciaux (les séquences d’apesanteur dans l’hôtel, le combat d’Arthur dans la même apesanteur face à la projection), interprété certes selon des schémas classiques (la méchante femme fatale, le héros ambigu, le second couteau goguenard, l’acolyte propre sur lui, la jeune intellectuelle, l’homme d’affaires) mais tout de même de façon correcte, mis en musique par le grand Hans Zimmer (ah ! Ces gros cuivres habituels mais néanmoins novateurs !), Inception n’est au final que le film ultime: intelligent, innovant, accessible, tout en estomaquant l’ensemble des spectateurs et en ne leur donnant jamais les clés de l’énigme finale (la toupie tombe t-elle, question obsédante).
Cela n’est-il pas au final l’ambition de chacun des cinéastes, et le rêve du public et de la critique ? Un film universel, que chacun pourrait apprécier , réalisé de façon sincère par un réalisateur prenant plaisir à enchanter le public, jouissif de par sa réalisation, son récit et son interprétation, et qui au final, porterait à débat pendant des années ?
Presque personne n’a réussi à accomplir un film pareil: Christopher Nolan l’a fait. Et Inception mérite ainsi tout notre respect.
A l’occasion de la présentation au Caméo du documentaire de Jacques Perrin et Eric Deroo, L’Empire du milieu du Sud, nous accueillons au lycée le monteur du film, Vincent Schmitt. La rencontre a lieu en salle polyvalente à 16h15.
La présence des élèves de Premiere option lourde, de Terminale option lourde et de Mise à Niveau est obligatoire, les élèves d’autres niveaux peuvent évidemment y assister s’ils n’ont pas de cours à ce moment.
Il est bien entendu conseillé d’aller voir le film ensuite, mais en attendant voici quelques liens pour avoir une idée du film et du travail effectué par Vincent Schmitt.
Présentation de L’Empire du milieu du Sud par Jacques Perrin et Eric Deroo
DOSSIER: L’Indochine , les guerres du Vietnam et le cinéma.
L’Indochine coloniale dans le cinéma français
INDOCHINE, Régis Wargnier (1992)
L’influence de Marguerite Duras: L’Eden Cinéma (pièce de théâtre montée pour la première fois en 1997) , L’Amant (adapté par Jean-Jacques Annaud en 1992) et Un barrage contre le Pacifique
UN BARRAGE CONTRE LE PACIFIQUE, Rithy Panh (2009)
La guerre d’Indochine: Un cinéaste, Pierre Schoendoerffer
317e SECTION, Pierre Schoendoerffer (1965)
Complément sur 317e section et Pierre Schoendoerffer sur le site de la Cinémathèque française:
http://www.bifi.fr/public/ap/article.php?id=235
Pierre Schoendoerffer a aussi réalisé La Section Anderson (1967):
« Prodigieux reportage, admirable dans sa vérité, sa sobriété, son intensité, filmé heure par heure au cours des six semaines que l’équipe de « Cinq colonnes à la une »" accompagnant le réalisateur Pierre SCHOENDOERFFER a passé au sein d’une section combattante américaine, au Vietnam. Les 33 hommes de cette Division de première Cavalerie, dite « la section Anderson », sont sous les ordres du lieutenant ANDERSON, jeune noir de 24 ans, sorti de West Point (le Saint-Cyr américain)Ce n’est pas un autre reportage sur le Vietnam que nous voyons dans ce document, mais un épisode de la vie américaine transporté du fait de la guerre, au Vietnam. Ces 33 jeunes gens dont chaque visage, chaque personnalité nous deviennent rapidement familiers, mènent la vie du combattant américain de 1967, en Asie. Leurs frayeurs, leur courage, leur attente, l’ennui, l’inactivité, le combat ou la permission; leurs blessés, leur mort, leurs prisonniers, pas un seul des aspects de cette forme exceptionnelle et douloureuse de cette existence ne nous échappe.Ce film est à la fois fort, émouvant, sensible et merveilleux de sobriété.Ce film a été primé meilleur documentaire aux Oscars 1967. » Site Ina.fr
EXTRAIT DU DOCUMENTAIRE TV DE P.SCHOENDOERFFER, FILMER LA GUERRE D’INDOCHINE
Le cinéma documentaire militant: Joris Ivens, Chris Marker, Jean-Luc Godard et les autres
CAMÉRA–OEIL épisode du film collectif Loin du Vietnam France/1967 / épisode de 15′ / coul. avec Jean-Luc Godard
Film-manifeste contre la guerre américaine au Vietnam réalisé afin de provoquer une prise de conscience de l’opinion publique française.
Les autres épisodes sont signés par Resnais, William Klein, Ivens, Varda, Lelouch, Marker et Michèle Ray.
La guerre du Vietnam et le cinéma américain
Voyage au bout de l’enfer constitue le point de départ de l’exploitation hollywoodienne de la guerre du Vietnam, c’est le début du « Cinéma-Vietnam » qui envahit les écrans américains jusqu’en 1993 (avec Entre ciel et terre d’Oliver Stone). Voici les bandes-annonces des plus grands films américains sur la guerre du Vietnam.
VOYAGE AU BOUT DE L’ENFER, Michael Cimino (1978)
APOCALYPSE NOW, Francis Ford Coppola (1979)
PLATOON, d’Oliver Stone (1986)
FULL METAL JACKET, Stanley Kubrick (1987)
CASULTIES OF WAR, Brian de Palma (1990)
Extrait de « Filmer le conflit du Vietnam », article du Monde diplomatique, avril 2000.
« IL y a vingt-cinq ans, le 30 avril 1975, s’achevait la guerre du Vietnam. Long et meurtrier, ce conflit devait se terminer par un humiliant retrait du corps expéditionnaire américain. A l’occasion de cet anniversaire, les télévisions du monde vont sans doute reprogrammer les principaux films de fiction inspirés par la conflagration : Deer Hunter, Platoon, Apocalypse Now, Full Metal Jacket... Mais quelle chaîne songera à proposer les admirables documentaires qui, mieux que les longs-métrages de fiction, témoignèrent de l’exceptionnelle cruauté d’un affrontement qui causa la mort de 58 000 Américains et de plus de 3 millions de Vietnamiens
La guerre du Vietnam dura quatorze ans, de 1961 à 1975. Le Front de libé ration du Sud-Vietnam se constitua le 20 décembre 1960, environ six semaines après l’élection aux Etats-Unis de John F. Kennedy. Dès le début de l’année suivante, celui-ci jeta les Forces spéciales dans la guerre, en violation des accords de Genève de 1954. Puis ce fut l’escalade décidée par Lyndon B. Johnson, à la fin des années 60, avec le bombardement du Nord et de Hanoï. Il y eut ensuite la « vietnamisation » de la guerre décidée par Richard Nixon. Enfin, le gouvernement proaméricain de Saigon et son armée s’effondrèrent le 30 avril 1975.
Ce conflit a été le thème le plus longuement traité par la télévision dans toute l’histoire des informations télévisées américaines. Une étude très précise a été effectuée par le sociologue George Bayley (1) sur la manière dont les trois grands réseaux américains (ABC, CBS, NBC) rendirent compte de cette guerre durant la période 1965-1970.
Presque la moitié des informations sur la guerre concernaient soit les actions de l’infanterie sur le terrain, soit les activités de l’aviation ; et environ 12 % d’entre elles étaient des déclarations officielles des deux gouvernements (Saigon et Washington). Le point de vue de l’« ennemi » n’était fourni que par 3 % de l’ensemble des informations diffusées. Un tel pourcentage indique assez explicitement combien la télévision américaine fut partiale.
L’impact de cette guerre aux Etats-Unis et le refus qu’elle suscita auprès des jeunes notamment – manifestations antibellicistes, marches pour la paix, protestations universitaires – furent également minimisés. A propos de cette partialité, George Bayley note : « A peu près tous les résumés quotidiens des combats provenaient des services de relations publiques de l’armée. » Ces services avaient dépensé, pour la seule année 1971, plus de 200 millions de dollars dans le but de proposer aux citoyens américains la meilleure image possible de l’armée.
Dans un documentaire de Peter Davis, The Selling of the Pentagon (« Comment on vend le Pentagone »), un ancien officier des services d’information raconte comment il s’efforçait de « désinformer » les journalistes venus enquêter sur le terrain. Par exemple, une équipe de la CBS qui réalisait un reportage sur les bombardements du Vietnam du Nord et s’était adressée à lui pour trouver des pilotes américains à interroger fut victime de ses manipulations. Il lui fournit effectivement des pilotes, mais après avoir sévèrement chapitré ceux-ci sur ce qu’il ne fallait surtout pas dire…
« De la même façon, note un observateur, les services d’information montaient des opérations bidons de troupes gouvernementales sud-vietnamiennes. Elles étaient filmées par les services officiels, qui envoyaient ensuite les reportages aux petites stations américaines qui n’avaient pas les moyens d’envoyer des équipes au Vietnam (2). »
C’est pour s’opposer à cette vision partiale et manipulatrice d’une « sale guerre » que des cinéastes indépendants entreprirent, dès la fin des années 60, de dénoncer, au moyen de documentaires politiques, les horreurs et les crimes de l’intervention américaine au Vietnam.
« Au nom de la civilisation occidentale »
DANS In the Year of the Pig (« Vietnam, année du cochon »), en 1969, Emile de Antonio tenta, le premier, d’expliquer les raisons profondes de la guerre. Avec des méthodes d’archéologue, Antonio étudia une énorme quantité d’images d’archives, depuis l’époque de la colonisation française, et démontra deux choses : la préméditation de l’intervention américaine et le caractère, selon lui, inéluctable de la défaite militaire.
Les signes avant-coureurs de cet échec, un cinéaste de génie, Joseph Strick, les avait déjà repérés (cf. son film Interviews with My Lai Veterans, 1970) dans la crânerie et la suffisance qu’affichaient le lieutenant Calley et ses sinistres compagnons, soldats transformés, par la grâce de l’armée, en criminels de guerre, véritables machines de mort, après avoir subi les entraînements déshumanisants que le documentariste Frédéric Wiseman avait dénoncés dans Basic Training en 1971.
L’insoumission fut réclamée par le poignant Winter Soldier (« Soldat d’hiver »), documentaire collectif où des vétérans de la guerre témoignent des atrocités qu’eux-mêmes, « au nom de la civilisation occidentale », ont commises au Vietnam. Ce film est sans doute, de tous les documentaires réalisés contre la guerre du Vietnam, celui dont l’impact auprès de l’opinion publique a été le plus fort.
De jeunes « vétérans » (ils ont entre vingt et vingt-sept ans) prennent conscience, au retour de la guerre, qu’ils ont participé à une boucherie et que, en raison du conditionnement subi, ils ont été déshumanisés et réduits à l’état de « Terminator » criminels. Ils comprennent alors que la guerre du Vietnam n’aura jamais son Tribunal pénal international, que les vrais responsables politiques et militaires des massacres, du napalm répandu, des bombardements aériens contre les civils, des exécutions massives dans les bagnes, et des désastres écologiques provoqués par l’usage massif de défoliants ne passeront jamais devant une cour martiale et ne seront jamais condamnés pour crimes contre l’humanité.
Cette évidence leur devient insupportable ; aussi, afin d’apporter un contre-témoignage aux mensonges répandus par les médias, cent vingt-cinq d’entre eux, ni insoumis ni déserteurs, souvent couverts de décorations, se réunissent à Detroit, en février 1971. Des cinéastes de New York décident de filmer cet événement que les médias officiels boycottent. Ils enregistrent trente-six heures de film dont Winter Soldier est la synthèse.
On y voit ces anciens soldats, naguère fiers d’avoir combattu pour leur patrie, expliquer le décervelage préalable subi dans les camps d’entraînement où on leur apprenait à museler leur conscience morale et à libérer leurs instincts d’agression. Ils racontent les atrocités qu’ils commirent une fois leur robotisation achevée : les viols, les tortures, les villages incendiés, les exécutions sommaires, les enfants pris pour cible, les oreilles des Vietnamiens (vivants ou morts) échangées contre des boîtes de bière, les prisonniers jetés du haut des hélicoptères, etc.
(…)
Winter Soldier met en évidence la profondeur du traumatisme provoqué aux Etats-Unis par le conflit et souligne le désarroi moral de la jeunesse engagée au Vietnam (…) »
Un jeudi matin, huit heures, nous attendons le bus pour notre première séance de cinéma en 5éme avec le collège. Nous allons voir Un jour sans fin d’Harold Ramis.
Le petit cinéma de Lunéville où nous allons voir le film est vieux et en mauvais état, la salle et grande et banale, ce n’est pas un théâtre.
Le film commence, il est en couleurs mais en anglais sous-titré en français( grande déception de toute la salle).
Pendant la première demi-heure, la salle est silencieuse, tout le monde regarde attentivement le film mais peu à peu le silence fait place à un vacarme pas possible, dû aux répétitions inlassables de la journée du 2 février (jour de la marmotte). Les professeurs nous somment de nous taire, ils se lèvent et déplacent certains élèves perturbateurs mais le bruit reste. Le film s’arrête et les lumières s’allument. Un homme d’une quarantaine d’années rentre dans la salle, les élèves se taisent, l’individu nous dit de nous taire et de bien nous tenir sinon la séance sera arrêtée. On apprendra plus tard que c’est l’exploitant de la salle.
Le film recommence, le silence continue mais de courte durée, les discussions reprennent mais pas aussi importantes que la première fois.
La séance se finit dans une mauvaise ambiance, les professeurs sont énervés et les élèves qui ont apprécié également.
Je suis très dessus de cette première séance de cinéma que j’étais impatiente de voir, j’aimerai aujourd’hui revoir ce film dans de bonnes conditions.
Comme vous le savez sûrement, les élèves de Terminale option CAV, se rendront au festival de Sarlat du 08 au 13 novembre 2010. Pour ceux qui partent, mais aussi pour tous ceux qui souhaitent des informations sur cet événement, voici l’adresse du site:
http://www.ville-sarlat.fr/festival/
Nous tenons ici à signaler plus particulièrement les films africains programmés en accompagnement du travail effectué sur le nouveau film de bac, Yeelen de Souleyman Cissé, notamment pour les élèves de Première et de Seconde qui souhaiteraient prendre de l’avance…
Finye de Souleymane Cissé,
Touki Bouki de Djibril Diop Mambety,
Un homme qui crie de Mahamat Saleh Haroun, (encore à l’affiche du Caméo)
Petite proposition pour réveiller le blog…Partagez vos expériences de spectateur. Certaines séances laissent un souvenir marquant (problème technique, comportements particuliers de spectateurs ou films inoubliables); rédigez quelques lignes pour nous les raconter (en commentaire de cet article, les textes seront ensuite publiés en tant qu’article).
Le blog cavpoink commence:
A ORIGEM/INCEPTION
C’était un jour de juillet et il faisait 41°C à l’ombre. Impossible de se promener, de parcourir les routes du Portugal ou même de lire les Cahiers du Cinéma d’été, consacrés aux séries TV, à l’ombre d’un oranger. L’été n’est pas réputé pour être la saison du cinéma – les vacances proposent des vues panoramiques plus réelles et plus saisissantes que celles des blockbusters estivaux – mais quand la chaleur s’abat sur le cinéphile comme une chape de plomb, il ne lui faut pas longtemps avant d’envisager la fraîcheur de la salle obscure comme l’unique salut. Alors, ce jour de juillet caniculaire, je décidai de parcourir les pages culturelles du Diaro do Minho à la recherche de quelques heures d’images et de sons climatisés. Il n’y avait pas beaucoup de choix : les films portugais, rares, me sont inaccessibles ; les films français, rares eux aussi, sentaient le « déjà-vu ». Ne restaient donc que les films américains (pas de place pour l’exotisme sur les écrans portugais). Les options étaient au nombre de trois :
- American Trip : « une comédie américaine sous-titrée en portugais : un vrai casse-tête linguistique ! »
- Night and Day : « Tom Cruise, euh…ben non alors »
- Inception : « Christopher Nolan…avant la sortie française ! Et le film dure 2h38 ! ok »
Le film était donné dans un multiplexe d’une grande ville du nord du Portugal à raison de six séances par jour, la dernière démarrant à minuit ; j’optai pour la séance de 21h30 (fidèle à mes habitudes nancéiennes).
C’était un soir de juillet et il faisait encore 35°C à l’ombre et 45°C dans le parking souterrain du centre commercial dans lequel se trouvait, contre toute attente, le multiplexe. Sortie de cette fournaise, je commençai à arpenter les allées de ce centre pareil à un mall américain quand je m’aperçus que les boutiques étaient ouvertes et que tout le monde se restauraient au dernier étage sans se presser. On m’expliqua que dans ce monde à part, on consomme jusqu’à minuit chaque jour de la semaine. J’arrivai au multiplexe ZON, drôle de nom et drôle d’endroit. Certes, j’y retrouvais le placement de spectateurs assisté par ordinateur et l’accueil hyperglycémique de nos complexes, mais sous une enseigne qui correspondait à Numéricable ou Orange plutôt qu’à Ugc et Kinépolis.
C’était une nuit de juillet et il faisait un agréable 25°C dans la petite salle allouée à la projection d’Inception. Après avoir subi le flot habituel de bandes-annonces gonflées aux hormones (The Expendables) ou à la 3D (Harry Potter, déjà), un message à l’adresse des spectateurs s’est alors inscrit à l’écran : il martelait en grosses lettres des règles de comportement qu’on adresse davantage à de jeunes spectateurs novices (éteindre le portable, ne pas salir la salle, ne pas poser les pieds sur les fauteuils, ne pas parler…). La séance commença enfin : 2h38 de film en anglais sous-titré en portugais…Ou plutôt 1h20, dix minutes d’entracte, et 1h18 !! L’entracte fut d’une violence inouïe : fin de bobine, fin de la première partie de la séance sur une des premières séquences de tensions et d’explications sur l’histoire du héros et de son épouse. La lumière se ralluma avec la plus grande brutalité et le visage de Marion Cotillard laissa place à un compte à rebours égrainant les minutes laissées aux spectateurs pour passer leur coup de fil (ou le finir car certains l’avaient déjà commencé pendant le film) ou pour se réapprovisionner en pop-corn (puisque le premier paquet était au trois-quart tombé sur la moquette de la salle). Alors que chacun s’agitait ou commençait déjà à discuter d’un film à moitié-vu, je restais comme figée par cette rupture non-annoncée. Il fut compliqué de replonger dans le film, dans ce film ; avec un autre cela aurait sûrement été impossible… Quand les lumières se rallumèrent enfin, j’étais un peu comme les personnages du film qui croisent Dom Cobb, privée d’une part du rêve espéré.
Epilogue :
C’était un mercredi de fin septembre et il faisait 15°C devant le Caméo Commanderie. A l’intérieur, dans la salle Fellini régnait le silence et l’étonnement. Un homme avec une caméra parcourait une ville, l’enjambait, la triturait dans tous les sens… Lorsque les lumières se sont rallumées, ils sont sortis de leurs rêves profonds, de leurs rêves émerveillés ou de leur stupeur. Ils en ont discuté sur le trottoir de la rue de la Commanderie, et le soir, et le lendemain… Au sol, seul un gant noir avait été laissé.
Il y a exactement un an. A New-York (‘Tu rigoles, on va vraiment à New-York ? –Oui, mais tu as intérêt à en profiter de ces quelques jours, car on y retournera sûrement jamais. –Pas de soucis !’). La ville est vraiment intéressante, Central Park en Automne est magnifique, tout va bien. Arrive le dernier jour : je découvre que ma mère avait réservé il y a longtemps des billets pour THIS IS IT, le film qui retraçait la préparation de l’ultime concert de Michael Jackson.
Le soir, on prend un taxi (jaune, évidemment) qui nous amène devant le cinéma, très américain : gigantesque, à plusieurs étages, rempli d’affiches d’une taille affolante, aux tapis rouges et à la décoration très, très (TRES) kitsch. La séance est programmée à minuit, et il est onze heures, la queue s’agrandit derrière nous de façon époustouflante. Ils ouvrent enfin la salle, les gens se pressent. On arrive à avoir une place à peu près au milieu, en bas (oui, car il y avait aussi des spectateurs assis sur un énorme balcon très en hauteur). La pub commence, mais le son s’évanouit. Peu à peu, j’aperçois des sosies de M. Jackson qui se lèvent de leurs sièges. Ils se regardent tous et rient. Tout le monde les regarde. Un d’eux sort une chaîne hifi portable et l’allume. Le son est au maximum, et on entend Billie Jean. L’homme commence alors à danser, en imitant à la perfection son idole. Tout à coup, une femme se lève, et se met à crier : « HE’S ALIVE ! HE’S ALIVEEEE !! ». La salle explose de rire, et tous les sosies dansent jusqu’à la fin de la publicité. Le film passe (que des rires et des larmes des fans). J’essaye tant bien que mal de suivre les paroles de Michael Jackson et des autres, qui évidemment n’étaient pas sous-titrées… Je rie en décalé, mais tout va bien. La séance se termine et tous se lèvent, applaudissent et pleurent, certains refusant même de quitter la salle. Sans être fan du ‘Roi de la Pop’, c’était quand même une expérience à vivre…