Avatar par cavpoink
Publié par cavpoinca dans Critiques
C’est avec 10 millions de spectateurs de retard que j’ai vu ce week-end le dernier film de James Cameron. 5 semaines d’exploitation c’est déjà :10 millions de spectateurs, quatre mois de teasing redoutable (premières images du film, bandes-annonces, extraits intégrés aux publicités des marques « partenaires »), des centaines de critiques sur le film et déjà quelques dizaines sur ce que les journalistes appellent maintenant un « phénomène ». Avatar c’est donc d’abord pour moi une terre battue, traversée de longs en larges par les amateurs, les professionnels, les cinéphiles et les cinéphages.
Cette terre que d’autres présentent comme unique, cette terre je la connais, je l’ai déjà vue. Ces fougères et ces chemins escarpés où chaque pas peut conduire à une chute fatale, c’est l’île mystérieuse où l’on a rencontré le King-Kong de Peter Jackson. Ces monstres canidés au pelage noir luisant qui attaquent Jack Sully sont les cousins des chevaux mortuaires de Monsieur Scrooge. Ces robots de guerre dans lesquels embarquent les soldats pour exterminer les na’vis, tentaient d’éliminer les crevettes de District 9 il y a quelques mois encore. Cette représentation uniforme des mondes futurs et fantasmagoriques lasse. Les concepteurs de ces univers virtuels (en 3D ou non) semblent tous semblables : Des geeks qui ont usé plusieurs DVD d’Alien et en connaissent chaque plan, et qui conservent religieusement sur des étagères en verre la collection entière des figurines de Transformers dans leur boîte d’origine (à la manière de Steve Carrell dans 40 ans, toujours puceau). Alors qu’est-ce qui fait d’Avatar ce lieu unique vers lequel des milliers de spectateurs accourent chaque semaine ?
La 3D, contrairement à son effet dans Là-Haut cet été, n’amène pas de supplément d’âme ; elle immerge un peu plus, et seulement ceux qui, contrairement à moi, n’ont pas eu à chausser la paire de lunettes magiques sur un autre, correctrice. D’ailleurs, à la sortie des séances, les spectateurs s’émerveillent davantage du vol de fraises tagada qui a précédé le film que des effets de fougères au premier plan lors des scènes de poursuite dans la forêt. Enfin, l’utilisation de la 3D s’accommode mal de plans en faible profondeur de champ, ce qu’on retrouve malheureusement plusieurs fois dans les séquences du QG-labo.
Si le monde proposé n’est pas inédit, que dire de l’histoire… ? Beaucoup ont souligné la légèreté d’un scénario oscillant entre fable écologique proche de Mia et le migou et réflexion sur le rapport entre le sacré et la science, un scénario écrit il y a longtemps mais qui n’a, sur ces thèmes, rien de visionnaire. Le mode du récit ne surprend pas ; chaque entrée dans le monde des na’vis est vécue comme le passage au niveau supérieur d’un jeu de plate-forme (forêt-premier combat-premier apprentissage, montagnes suspendues- deuxième combat – deuxième apprentissage…). Enfin, si James Cameron reste fidèle à ses personnages de femmes fortes, il ne traite pas celui du docteur Grace Augustine avec beaucoup de subtilité : obstinée, dominatrice et rebelle…et donc, portant culotte, buvant et fumant. Au final, Avatar est un monde familier, au sens où on l’entend à Hollywood c’est à dire familier du spectateur, une terre connue dans laquelle il peut se divertir en confiance, sûr ne pas être trop bousculé, surpris. Faut-il reprocher cela au film ? Pas sûr, car rien dans ce qui a précédé ou accompagné le film ne laissait espérer (ou redouter) un film d’avant-garde. Cependant, un mot a été maintes fois répété, celui d’ « EXPERIENCE ». Les téléphones portables et autre boisson à bulles partenaires n’ont cessé de le marteler. Alors quelle est donc cette expérience ? Est-elle véritablement proposée au spectateur ? L’expérience est en fait dans le film, c’est celle du personnage principal. Jack Sully, marine estropié, lui-même avatar d’un jumeau plus brillant, accède à l’immersion totale que la 3D du film ne nous permet pas d’atteindre mais qu’elle tente d’accompagner pour nous annoncer ce que sera le cinéma de demain. Ici, réside le propos le plus intéressant du film. L’expérience menée par Jack pourrait être la nôtre dès demain, l’expérience d’un cinéma sensoriel, immergeant le spectateur jusqu’à lui faire oublier son identité (ou retrouver ses jambes !). Nous sommes ainsi prévenus, la 3D n’est qu’un début, le cinéma doit faire sa révolution technologique, l’impression de réalité de la grande toile blanche, des vingt-quatre images/secondes ne suffit plus. Pour James Cameron, le monde physique de la fiction doit laisser la place au monde numérique, au virtuel. Le mode de récit et l’esthétique du monde des na’vis proches des jeux vidéos ne sont pas choisis par hasard ou paresse ; il renvoie le spectateur à cette nouvelle relation à l’image, relation qu’il a déjà souvent établie devant son téléviseur. (Qu’on pense simplement au chien virtuel qu’on caresse par capteurs d’écran interposés, aux balles de tennis qu’on frappe avec un raquette invisible mais qui pourtant vibre dans notre main). Avatar propose finalement plus qu’une expérience, il annonce (ou engage) une REVOLUTION. Reste une question cruciale: faut-il désirer cette révolution?
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