jan 27 2010

Avatar par cavpoink

Publié par cavpoinca dans Critiques      

C’est avec 10 millions de spectateurs de retard que j’ai vu ce week-end le dernier film de James Cameron. 5 semaines d’exploitation c’est déjà :10 millions de spectateurs, quatre mois de teasing redoutable (premières images du film, bandes-annonces, extraits intégrés aux publicités des marques « partenaires »), des centaines de critiques sur le film et déjà quelques dizaines sur ce que les journalistes appellent maintenant un « phénomène ». Avatar c’est donc d’abord  pour moi une terre battue, traversée de longs en larges par les amateurs, les professionnels, les cinéphiles et les cinéphages.

Cette terre que d’autres présentent comme unique, cette terre je la connais, je l’ai déjà vue. Ces fougères et ces chemins escarpés où chaque pas peut conduire à une chute fatale, c’est l’île mystérieuse où l’on a rencontré le King-Kong de Peter Jackson. Ces monstres canidés au pelage noir luisant qui attaquent Jack Sully sont les cousins des chevaux mortuaires de Monsieur Scrooge. Ces robots de guerre dans lesquels embarquent les soldats pour exterminer les na’vis, tentaient d’éliminer les crevettes de District 9 il y a quelques mois encore. Cette représentation uniforme des mondes futurs et fantasmagoriques lasse. Les concepteurs de ces univers virtuels (en 3D ou non) semblent tous semblables : Des geeks qui ont usé plusieurs DVD d’Alien et en connaissent chaque plan, et qui conservent religieusement sur des étagères en verre la collection entière des figurines de Transformers dans leur boîte d’origine (à la manière de Steve Carrell dans 40 ans, toujours puceau). Alors qu’est-ce qui fait d’Avatar ce lieu unique vers lequel des milliers de spectateurs accourent chaque semaine ?

La 3D, contrairement à son effet dans Là-Haut cet été, n’amène pas de supplément d’âme ; elle immerge un peu plus, et seulement ceux qui, contrairement à moi, n’ont pas eu à chausser la paire de lunettes magiques sur un autre, correctrice. D’ailleurs, à la sortie des séances, les spectateurs s’émerveillent davantage du vol de fraises tagada qui a précédé le film que des effets de fougères au premier plan lors des scènes de poursuite dans la forêt. Enfin, l’utilisation de la 3D s’accommode mal de plans en faible profondeur de champ, ce qu’on retrouve malheureusement plusieurs fois dans les séquences du QG-labo.

Si le monde proposé n’est pas inédit, que dire de l’histoire… ? Beaucoup ont souligné la légèreté d’un scénario oscillant entre fable écologique proche de Mia et le migou et réflexion sur le rapport entre le sacré et la science, un scénario écrit il y a longtemps mais qui n’a, sur ces thèmes, rien de visionnaire. Le mode du récit ne surprend pas ; chaque entrée dans le monde des na’vis est vécue comme le passage au niveau supérieur d’un jeu de plate-forme (forêt-premier combat-premier apprentissage, montagnes suspendues- deuxième combat – deuxième apprentissage…). Enfin, si James Cameron reste fidèle à ses personnages de femmes fortes, il ne traite pas celui du docteur Grace Augustine avec beaucoup de subtilité : obstinée, dominatrice et rebelle…et donc, portant culotte, buvant et fumant. Au final, Avatar est un monde familier, au sens où on l’entend à Hollywood c’est à dire familier du spectateur, une terre connue dans laquelle il peut se divertir en confiance, sûr ne pas être trop bousculé, surpris. Faut-il reprocher cela au film ? Pas sûr, car rien dans ce qui a précédé ou accompagné le film ne laissait espérer (ou redouter) un film d’avant-garde. Cependant, un mot a été maintes fois répété, celui d’ « EXPERIENCE ». Les téléphones portables et autre boisson à bulles partenaires n’ont cessé de le marteler. Alors quelle est donc cette expérience ? Est-elle véritablement proposée au spectateur ? L’expérience est en fait dans le film, c’est celle du personnage principal. Jack Sully, marine estropié, lui-même avatar d’un jumeau plus brillant, accède à l’immersion totale que la 3D du film ne nous permet pas d’atteindre mais qu’elle tente d’accompagner pour nous annoncer ce que sera le cinéma de demain. Ici, réside le propos le plus intéressant du film. L’expérience menée par Jack pourrait être la nôtre dès demain, l’expérience d’un cinéma sensoriel, immergeant le spectateur jusqu’à lui faire oublier son identité (ou retrouver ses jambes !). Nous sommes ainsi prévenus, la 3D n’est qu’un début, le cinéma doit faire sa révolution technologique, l’impression de réalité de la grande toile blanche, des vingt-quatre images/secondes ne suffit plus. Pour James Cameron, le monde physique de la fiction doit laisser la place au monde numérique, au virtuel. Le mode de récit et l’esthétique du monde des na’vis proches des jeux vidéos ne sont pas choisis par hasard ou paresse ; il renvoie le spectateur à cette nouvelle relation à l’image, relation qu’il a déjà souvent établie devant son téléviseur. (Qu’on pense simplement au chien virtuel qu’on caresse par capteurs d’écran interposés, aux balles de tennis qu’on frappe avec un raquette invisible mais qui pourtant vibre dans notre main). Avatar propose finalement plus qu’une expérience, il annonce (ou engage) une REVOLUTION. Reste une question cruciale: faut-il désirer cette révolution?


déc 2 2009

la domination masculine par cavpoinca

Publié par cavpoinca dans Critiques      

Il est 23h48 et je reviens de la séance spéciale du film de Patric Jean, La domination masculine, à laquelle certains d’entre vous avaient été conviés. J’ai quitté une discussion en cours avec le réalisateur qui était monopolisée par des féministes dont le discours emporté et/ou chevrotant desservait totalement leur cause, en me disant que, finalement, je n’allais pas abuser de mon statut apparemment exceptionnel de femme libre qui peut aller seule au cinéma pendant que son mari garde les enfants…

En effet, le film traite du lourd sujet du rapport homme-femme et de la domination d’un modèle masculin qui envahit -  en vrac dans le film – les rayons des magasins de jouets, les livres pour enfants, les salons de l’automobile, les anniversaires arrosés des jeunes hommes, les représentations artistiques ou l’architecture des villes. Le film montre aussi que cette domination s’exprime concrètement à travers les violences faites aux femmes ou le meurtre de 14 jeunes polytechniciennes québécoises en 1989. Sujet grave, sujet sérieux mais qui, tout au long de la séance, a suscité des rires plus ou moins étouffés. Sur ces réactions j’aurai aimé entendre s’exprimer le réalisateur, mais le récit des histoires personnelles des spectatrices présentes dans la salle ne l’a pas permis. J’ai alors cherché à poser la question à Patric Jean via le forum du site du film, mais là encore impossible. En effet, les topics proposés relèvent uniquement du militantisme proféministe et ne laissent pas de place au discours sur le film…Faut-il alors y voir une sorte de réponse indirecte à la question qui me taraude? J’ose dire que oui. Patric Jean, lorsqu’il laisse libre cours à la démonstration pataude et stéréotypée des mini-balais et autres machines à laver miniatures du rayon fille du magasin de jouets, ou lorsqu’il nous dresse le portrait pathétique de ce jeune homme qui gagne des kilomètres dans sa tête en gagnant un centimètre dans son slip (citation du film!), ne cherche pas la dérision mais émet un discours sérieux, un signal d’alarme que le public ne perçoit que lorsqu’il multiplie des gros plans sur les blessures de femmes violentées. Pourquoi?

Parce que les témoins sont maladroits, caricaturaux, peut-être, surtout parce que le dispositif prête le flanc au doute quant à la sincérité des témoignages. En effet, le montage ne laisse aucune place au questionnement, le réalisateur observant une position de retrait contemplative devant son mur de reproductions de sexes d’homme, de femmes dénudées, de personnages politiques…Ce choix est d’autant plus gênant lorsqu’il s’agit de recueillir les paroles d’enfants sur le rôle des mamans et papas: entendre le questionnement aurait permis aux spectateurs de s’assurer que celui-ci n’était pas trop orienté, les voir aurait permis d’évaluer le contexte dans lequel ces paroles ont été collectées. D’autre part, jusqu’au générique de fin, les témoins n’ont aucune identité (seul le nom du meutrier de polytechnique est prononcé!) et n’ont que peu de statut, si bien que les propos choquants des « masculinistes » de la fin du film en deviennent presque trop énormes pour être vrais. Il faut alors lire quelques articles pour apprendre que le réalisateur s’est infiltré sous une fausse identité dans ce milieu très fermé. La plupart des témoins apparaissent face-caméra assis dans un confortable fauteuil et leur intervention est souvent unique, ramassée en quelques phrases, sans hésitation, sans silence, sans gêne. De plus, des effets de mise en scèn,  comme l’accrochage d’un tableau outrancier sur la femme castratrice ou l’opération « chirurgicale » de retouche spectaculaire d’une photo de mannequin, viennent encore alourdir le dispositif. Seule la strip-teaseuse a droit à un traitement différent. La caméra l’accompagne dans son activité professionnelle et dans sa vie privée (voiture, repassage à la maison) ce qui donne vie à ses paroles, rend son témoignage plus authentique.

Enfin, ces rires et ces doutes posent une réelle question: la situation est-elle si grave? mérite-t-elle qu’on sonne l’alarme? Oui, mais peut-être pas de cette façon…et que dire des sociétés où les droits des femmes faute d’avoir progressé, ne peuvent donc pas regresser? La France, le Québec, la Belgique, pourquoi pas, mais ailleurs alors?


nov 22 2009

DISTRICT 9 PAR PIERRE-LOUIS (1LC)

Publié par cavpoinca dans Critiques      

Critique District 9 :

Premier long métrage de Neill Blomkamp, réalisateur issu de la publicité, District 9 est une fable de science-fiction partant de la métaphore appuyée de l’apartheid et du thème des réfugiés pour se tourner, dans une seconde partie, vers une logique de pure série B. Sous la houlette de Peter Jackson (au poste de producteur), usant de nombreuse références et tirant parti d’un budget restreint, le jeune cinéaste signe l’un des films de science-fiction les plus importants de la décennie.

Avec District 9, Neill Blomkamp réinvente son court-métrage Alive in Jo’burg, réalisé en 2005. Il y était narré à la manière d’un reportage l’arrivée d’immigrés extra-terrestres à Johannesburg et la réaction des habitants face à ces nouveaux arrivants. District 9 reprend ce point de départ et dresse la représentation d’une réalité alternative où, depuis 1980, un gigantesque vaisseau spatial d’origine extra-terrestre plane au-dessus de la capitale sud-africaine. Ses occupants, des aliens aux allures de mollusques, appelés dans le film « crevettes », sont alors enfermés dans d’immenses camps de réfugiés. Le film débute comme un faux documentaire, multipliant diverses sources vidéo telles que des interviews de spécialistes, d’historiens ou d’acteurs des évènements racontés, des micros-trottoirs, des images d’archive, des films d’entreprise ou encore des extraits de journaux télévisés. Ce choix narratif permet au cinéaste de planter en quelques minutes un univers crédible et cohérent, sorte de futur immédiat, mais aussi d’éviter toute dramatisation quant à l’arrivée des aliens sur Terre, ainsi que de conférer une forme de quotidienneté dans les évènements qu’il décrit. Déroulant une vingtaine d’années sous nos yeux, le faux documentaire nous présente les faits et nous amène au personnage central du film, Wikus Van de Merwe, pur afrikaner et fonctionnaire timide et obéissant, chargé d’évacuer puis de délocaliser les aliens du camp de réfugiés situé aux abords de la ville vers un autre situé à 200 km de là. Contaminé lors de l’évacuation du bidonville par un fluide alien qui fait muter son ADN, Wikus se métamorphosant progressivement en « crevette ». Les aliens du film ne sont pas les créatures belliqueuses de bon nombre de film utilisant le thème de la visite extra-terrestre. En effet, les aliens de Neill Blomkamp s’apparentent plus à des réfugiés se faisant de plus en plus envahissants pour la population humaine. A travers les différents événements qu’il décrit, de l’arrivée des aliens à Johannesburg à leur détention dans des bidonvilles, en passant par le rejet de la population locale face aux nouveaux occupants, le réalisateur dresse les métaphores du racisme et du thème des réfugiés, évoquant la politique de ségrégation de l’apartheid instaurée par les colons blancs en Afrique du Sud.
Ayant réussi à instaurer un univers crédible et réaliste grâce au principe de « documenteur », le cinéaste amène son film vers la pure fiction, prenant le risque de désorienter son spectateur. En effet, plutôt que d’exploiter jusqu’au bout le concept du « documenteur » (concept par ailleurs déjà usé jusqu’à la corde dans des long-métrages tels que Le Projet Blair Witch, Rec ou encore Cloverfield) et de tomber dans la facilité, Blomkamp décide d’abandonner ce procédé narratif juste avant que celui-ci ne commence à s’essouffler, la partie documentaire du film étant là avant tout pour poser les bases de l’univers alternatif qu’est l’univers de District 9. Le cinéaste amorce un retour à la fiction pure et ce, avec la plus grande discrétion. En effet, Blomkamp glisse subtilement au cœur du faux documentaire de brefs plans ouvertement cinématographiques lors de l’arrivée de Wikus et des mercenaires l’accompagnant dans le district 9 (le bidonville abritant les « crevettes »), tels qu’un plan du point de vue des aliens ou quelques gros plans sur les visages montant les réactions de certains personnages, comme un chef de gang ou encore l’un des mercenaires. C’est alors que le réalisateur sud-africain renverse les points de vue et fait prendre au film un virage décisif. Lors d’un habile champ/ contrechamp, le cinéaste alterne, dans une même unité de temps et de lieu, plans sur de fiction du côté des aliens et plan « documentaire » du point de vue des humains, l’un des aliens observant Wikus et ses hommes au travers d’un mur. Ainsi, la mise en scène gagne en subjectivité, Blomkamp prenant dès lors parti pour les extra-terrestres, faisant de ceux-ci, lors de cette scène, de véritables personnages alors qu’ils étaient montrés comme envahissants et répugnants dans la partie « documentaire » du film. Une fois posé son sous-texte humaniste et métaphorique, le film s’oriente vers la pure série B, sans pour autant mettre de côtés ses intentions d’origine. De la course-poursuite effrénée qui fait suite à la contamination du personnage de Wikus, campé de manière particulièrement convaincante par l’inconnu Sharlto Copley (qui jouait déjà dans le court-métrage d’origine) au surprenant et sanglant gunfight final, le récit ne s’essouffle pas et ne sombre jamais dans le ridicule (ce que certains pourront contester) et ce, grâce à un rythme constant et à la crédibilité de l’univers du film, univers brouillant les repères entre réalité et science-fiction.
Il est amusant de constater qu’au delà de son originalité certaine, District 9 est nourri de nombreuses références et renvoie à des œuvres de science-fiction antérieures, ainsi qu’à certains jeux-vidéos dans ses scènes d’action. L’immense vaisseau spatial flottant continuellement au-dessus de la ville rappelle la série V où de belliqueux lézards extra-terrestres tentaient d’envahir la planète. Neill Blomkamp recycle (dans le bon sens du terme) à quelques reprises le Aliens de James Cameron, référence incontournable dans le domaine de la science-fiction moderne, que ce soit dans l’arrivée de Wikus et de ses hommes dans le district 9 ou dans la bataille finale où les soldats se retrouvent face à une force les dépassant. Le « mécha » d’origine extra-terrestre dans lequel se glisse Wikus lors de cette scène renvoie lui, directement au final du film de James Cameron, où Ripley revêtait un attirail similaire. Le traitement cronenbergien de la métamorphose du personnage principal fait écho à la transformation du personnage de seth Brundle dans le cultissime La Mouche de David Cronenberg, Blomkamp posant, à l’instar de Cronenberg, lors du plan final la question de l’humanité du personnage après sa transformation en un être n’ayant rien d’humain physiquement parlant. A la vision d’une œuvre aussi réussie que District 9, il est d’autant plus regrettable que l’adaptation du jeu-vidéo Halo, précédent projet de Neill Blomkamp et Peter Jackson soit resté inaboutie, alors qu’elle était déjà bien avancée, car sabordée par Microsoft ayant décidé d’abandonner le projet. Le film est d’autant plus réussi qu’il bénéficie d’effets spéciaux incroyables de réalisme, créés par les génies de Weta Workshop.

Pour son premier film, Neill Blomkamp signe une œuvre maîtrisée de bout en bout et réussit à dépasser brillamment l’argument de film concept, ce qui n’aurait certainement pas été le cas entre les mains de cinéastes moins talentueux. Surprenant dans ses procédés narratifs et formels, le film parvient à mêler intelligemment un sous-texte humaniste et une mécanique de pure série B. District 9 est une œuvre d’une grande originalité, parfaitement à la hauteur de son buzz et qui fait partie de ces films instantanément culte. C’est suffisamment rare pour être signalé…

Pierre-Louis THIRION.


oct 7 2009

Lucky Luke par Justine Vagner

Publié par cavpoinca dans Critiques      

Lucky Luke

Lucky Luke est désormais à l’affiche, après plus de 15 années d’absence sur nos écrans ! Version 2009 impose un nouveau visage, un des acteurs comiques les plus appréciés en France : Le Jean Dujardin. Malgré ce changement, on retrouve les bons éléments des westerns américains, comme La chevauchée fantastique (John Ford) pour les immenses espaces ou La fille du désert (Raoul Walsh) pour la solitude du héros et bien sûr les musiques typiques.
Tout d’abord, le tournage s’est passé en Argentine, en Amérique du Sud, dans le but de retrouver le décor naturel du western, c’est-à-dire le désert ! Et en effet, James Huth nous embarque dans un No man’s Land, où la roche et les cailloux sont les seuls éléments à l’horizon ! On est donc toujours (comme dans la B.D.) surpris de trouver une petite maisonnette à la Ma Dalton ou un train qui sort d’on ne sait où ! Dans cet épisode, Lucky Luke est amené à retourner dans sa ville d’origine : Daisy Town. Un lieu apparemment- globalement- reconstitué. Cependant, il y a peu de plans d’ensemble qui permettraient de l’observer davantage. Le vent et le saloon viennent s’ajouter au moment culte qu’est la découverte de la ville, dans une musique rappelant parfois celle d’Ennio Morricone airs d’harmonica, assimilables à ceux de Il était une fois dans l’Ouest.
Lucky Luke nous place devant des grands noms, inscrits dans les livres –pas forcément d’histoire (référence aux films)-, comme Jesse James (repris par Andrew Dominik en 2007) ou Billy The Kid, grandes figures de la B.D. de Goscinny et Morris. Chacun des deux est revisité à la manière de James Huth. Le premier cite, à des moments anodins, du Shakespeare parce qu’il n’est pas capable de déblatérer ses propres réflexions et le second a quelque peu grandi, puisque c’est un adulte qui incarne The Kid. D’ailleurs, on peut dire que ce choix est plutôt judicieux, puisque placer un enfant armé à l’écran évoquerait d’autres thèmes, particulièrement polémiques de nos jours !.. On rencontre également Calamity Jane, qui est complètement transformée en cow-boy et qui a donc abandonné la jupe.
Contrairement à Christian Clavier par exemple qui, après son double rôle dans Les visiteurs n’a pas vraiment su nuancer son jeu dans les suivants, Jean Dujardin sait être un acteur ambivalent. Octave, Jean, Brice, Hubert Bonisseur, et autres ne réapparaissent pas un instant dans cette interprétation de Lucky Luke, malgré la place qu’ils prennent dans sa carrière.
En ce qui concerne le personnage principal, on découvre de nouveaux éléments de sa vie. La mort de ses parents l’a bouleversé et cela encore à l’époque de l’histoire. On observe un Lucky Luke méconnu, sous des traits de désolation, rongé par une déception peut-être, de lui-même ainsi que par le désespoir. Il abandonne ses « fonctions » en laissant le mal régner. On peut également découvrir un aspect vraiment solitaire du cow-boy, non pas comme il l’est évoqué dans la B.D. « le solitaire sur son cheval qui lui parle » mais qui reste seul et prend des distances avec son entourage, même avec Jolly Jumper. C’est touchant. Par la manière de jouer mais également de filmer.
James Huth considère son film avec un ton tragique, du cow-boy déchu qui s’exile par lui-même, avec une touche de romantisme, l’attachement dans les relations du héros, et enfin un ton burlesque, quand même, à la française. Mais à l’inverse des films français usuels, dans ces scènes dramatiques, le comique ne vient pas reprendre le dessus. Le héros est réellement dépité et ce sont des moments de solitude « intenses ». Le réalisateur fait preuve de maîtrise quant à son inspiration référentielle au western américain et à la touche française. Un mélange ainsi correctement équilibré, sans lourdeur.
Par exemple, la première séquence : un scène dans sa longueur, réalisée avec un montage alterné entre l’arrivée de cavaliers dans l’horizon et le regard de l’homme (gros plan qui rappelle ceux de Terence Hill) puis de sa famille.

Lucky Luke est un film qui, selon moi, respecte les attentes qu’on peut avoir après lecture de la B.D., c’est-à-dire retrouver la prostituée qui séduit le héros, le cheval qui parle, les méchants avec chef de troupe, un décor omniprésent avec ses couleurs dominantes (parfois très sombres, comme dans le saloon), le train en plein milieu de nulle part. De plus, la direction de James Huth permet de discerner différemment le ou les personnage(s) grâce aux tons donnés au scénario : romantisme, tragique et dramatique, mais également comique.
A rajouter également : Mickael est surprenant-pas dans le sens de bouleversant mais qui provoque vraiment la surprise- dans cette interprétation de Billy The Kid. Il faut croire que James Huth parvient à maitriser la lourdeur dans l’ensemble puisque l’acteur est presque méconnaissable…

Casting (grands noms) : Jean Dujardin (John dit Lucky, Luke), Melvil Poupaud (Jesse James), Mickael Youn (Billy The Kid), Daniel Prévost (Pat Poker), Sylvie Testud (Calamity Jane), Alexandra Lamy (Eléonore) et Jean-François Balmer (le parrain)


sept 29 2009

A propos d’Elly par Oriane Sidre (Tlc)

Publié par cavpoinca dans Critiques, Non classé      

Bon, allez, ce n’est plus à l’affiche, amis c’est un film qui mérité d’être commenté. Merci Ju pour m’avoir motivée :

A propos d’Elly… de Asghar Farhadi
Petit film iranien, A propos d’Elly instaure habilement une tension originale à partir d’un fait banal, à savoir la disparition en mer d’une jeune femme invitée à un weekend de retrouvailles, et révèle par ce drame les inégalités homme/femme dans la société iranienne. En effet, si la première partie a des allures de vacances idylliques, où, malgré les suspicions quant à la présence d’Elly, institutrice de la fille d’une des femmes du groupe, les camarades de fac se retrouvent et s’amusent en toute tranquillité, marquant leur proximité par des gestes affectifs ou des taquineries gentilles, la deuxième partie du film bascule dans une angoisse noire. La scène de noyade, annoncée par un montage de plus en plus saccadé sur le visage d’Elly jouant au cerf-volant, installant un malaise progressif, est particulièrement impressionnante. La bonne humeur et fraternité du départ s’écroulent face au drame et à la disparition de cette mystérieuse femme. Très vite, les relations deviennent conflictuelles, les couples se déchirent, chacun tente d’éviter le poids de la faute en accusant l’autre. Et la seule qui ne peut protester est Elly. Par cette brutale révélation d’une fausse solidarité, le réalisateur dénonce subtilement la condition de la femme dans son pays. Suite à cet événement, le groupe se dissocie en deux clans, femmes et hommes qui perdent leur égalité et se dispute la prise de décision. Puisqu’Elly a disparu, chaque élément de sa personnalité est critiqué ouvertement, notamment parce qu’elle est une femme qui en cachait trop à propos d’elle, comme le fait qu’elle était fiancée. Néanmoins, grâce à l’aspect microcosmique et une unité de temps et de lieu, la description de ces rapports reste nuancée, subtile, donnant à chacun des personnages sa part d’humanité et sensibilité, autant homme que femme. Enfin, A propos d’Elly… est baigné dans une ambiance bleutée, images irritées par le sel de cet mer qui happe le voile de la sérénité pour révéler une profonde angoisse.