Petite proposition pour réveiller le blog…Partagez vos expériences de spectateur. Certaines séances laissent un souvenir marquant (problème technique, comportements particuliers de spectateurs ou films inoubliables); rédigez quelques lignes pour nous les raconter (en commentaire de cet article, les textes seront ensuite publiés en tant qu’article).
Le blog cavpoink commence:
A ORIGEM/INCEPTION
C’était un jour de juillet et il faisait 41°C à l’ombre. Impossible de se promener, de parcourir les routes du Portugal ou même de lire les Cahiers du Cinéma d’été, consacrés aux séries TV, à l’ombre d’un oranger. L’été n’est pas réputé pour être la saison du cinéma – les vacances proposent des vues panoramiques plus réelles et plus saisissantes que celles des blockbusters estivaux – mais quand la chaleur s’abat sur le cinéphile comme une chape de plomb, il ne lui faut pas longtemps avant d’envisager la fraîcheur de la salle obscure comme l’unique salut. Alors, ce jour de juillet caniculaire, je décidai de parcourir les pages culturelles du Diaro do Minho à la recherche de quelques heures d’images et de sons climatisés. Il n’y avait pas beaucoup de choix : les films portugais, rares, me sont inaccessibles ; les films français, rares eux aussi, sentaient le « déjà-vu ». Ne restaient donc que les films américains (pas de place pour l’exotisme sur les écrans portugais). Les options étaient au nombre de trois :
- American Trip : « une comédie américaine sous-titrée en portugais : un vrai casse-tête linguistique ! »
- Night and Day : « Tom Cruise, euh…ben non alors »
- Inception : « Christopher Nolan…avant la sortie française ! Et le film dure 2h38 ! ok »
Le film était donné dans un multiplexe d’une grande ville du nord du Portugal à raison de six séances par jour, la dernière démarrant à minuit ; j’optai pour la séance de 21h30 (fidèle à mes habitudes nancéiennes).
C’était un soir de juillet et il faisait encore 35°C à l’ombre et 45°C dans le parking souterrain du centre commercial dans lequel se trouvait, contre toute attente, le multiplexe. Sortie de cette fournaise, je commençai à arpenter les allées de ce centre pareil à un mall américain quand je m’aperçus que les boutiques étaient ouvertes et que tout le monde se restauraient au dernier étage sans se presser. On m’expliqua que dans ce monde à part, on consomme jusqu’à minuit chaque jour de la semaine. J’arrivai au multiplexe ZON, drôle de nom et drôle d’endroit. Certes, j’y retrouvais le placement de spectateurs assisté par ordinateur et l’accueil hyperglycémique de nos complexes, mais sous une enseigne qui correspondait à Numéricable ou Orange plutôt qu’à Ugc et Kinépolis.
C’était une nuit de juillet et il faisait un agréable 25°C dans la petite salle allouée à la projection d’Inception. Après avoir subi le flot habituel de bandes-annonces gonflées aux hormones (The Expendables) ou à la 3D (Harry Potter, déjà), un message à l’adresse des spectateurs s’est alors inscrit à l’écran : il martelait en grosses lettres des règles de comportement qu’on adresse davantage à de jeunes spectateurs novices (éteindre le portable, ne pas salir la salle, ne pas poser les pieds sur les fauteuils, ne pas parler…). La séance commença enfin : 2h38 de film en anglais sous-titré en portugais…Ou plutôt 1h20, dix minutes d’entracte, et 1h18 !! L’entracte fut d’une violence inouïe : fin de bobine, fin de la première partie de la séance sur une des premières séquences de tensions et d’explications sur l’histoire du héros et de son épouse. La lumière se ralluma avec la plus grande brutalité et le visage de Marion Cotillard laissa place à un compte à rebours égrainant les minutes laissées aux spectateurs pour passer leur coup de fil (ou le finir car certains l’avaient déjà commencé pendant le film) ou pour se réapprovisionner en pop-corn (puisque le premier paquet était au trois-quart tombé sur la moquette de la salle). Alors que chacun s’agitait ou commençait déjà à discuter d’un film à moitié-vu, je restais comme figée par cette rupture non-annoncée. Il fut compliqué de replonger dans le film, dans ce film ; avec un autre cela aurait sûrement été impossible… Quand les lumières se rallumèrent enfin, j’étais un peu comme les personnages du film qui croisent Dom Cobb, privée d’une part du rêve espéré.
Epilogue :
C’était un mercredi de fin septembre et il faisait 15°C devant le Caméo Commanderie. A l’intérieur, dans la salle Fellini régnait le silence et l’étonnement. Un homme avec une caméra parcourait une ville, l’enjambait, la triturait dans tous les sens… Lorsque les lumières se sont rallumées, ils sont sortis de leurs rêves profonds, de leurs rêves émerveillés ou de leur stupeur. Ils en ont discuté sur le trottoir de la rue de la Commanderie, et le soir, et le lendemain… Au sol, seul un gant noir avait été laissé.