mar 20 2010

MAX ET LES MAXIMONSTRES par Chloé de 2C

Publié par cavpoinca dans Non classé      

Max et les Maximonstres raconte le voyage initiatique d’un enfant à la recherche de lui-même et en quête d’un nouveau royaume à la mesure de son imagination et de sa fantaisie. Le petit Max se sent incompris et veut donner un sens à sa vie. «Je n’ai pas cherché à faire un film pour les enfants; j’ai voulu faire un film sur l’enfance», explique Spike Jonze. Max et les Maximonstres offre une vision nouvelle des nombreuses facettes de l’enfance.

Max et les Maximonstres est le troisième long-métrage de Spike Jonze adaptation du célèbre livre de Maurice Sendak sorti en 1963. L’ouvrage a séduit des millions de lecteurs à travers le monde. Il figure depuis les années 70 sur la liste des 10 best-sellers Jeunesse de Publishers Weekly. Après deux films écrits par Charlie Kaufman (Dans la peau de John Malkovich et Adaptation) c’est l’occasion pour le cinéaste de montrer qu’il n’est pas dépendant de la «folie kaufmanienne».

Where the Wild Things Are, le livre (et titre original du film), ne compte qu’une vingtaine de phrases et à peu près autant d’illustrations. Or, pour faire un film de plus d’une heure trente, Spike Jonze a dû «enrichir» le récit, sans trahir la vision de Maurice Sendak. Et l’idée qui lui a permis d’avancer, qui l’a convaincu de tenter l’expérience, c’est de faire porter à chacun des sept monstres de l’histoire, les émotions parfois contradictoires qui habitent un enfant comme Max. «J’ai dit deux fois non à l’idée d’adapter cette histoire, raconte Jonze. Je ne voulais pas le faire pour le faire. Puis une idée a finalement surgi du livre, celle de faire des monstres des représentations des émotions de Max. J’ai eu  envie d’explorer ces émotions, ces sentiments. À partir de là, tout s’est mis en place.» Carol, le monstre le plus présent du groupe, incarne ainsi la colère; KW a, elle, envie de liberté; Judith voit toujours le mauvais côté des choses; Alexander se sent constamment rejeté; Ira (qui fait des trous partout) cherche quant à lui à donner un sens aux choses, à mettre de l’ordre… Pour tirer un scénario du livre, Spike Jonze a interrogé des dizaines d’enfants sur ce qui les mettait en colère ou les rendait joyeux, afin de «tirer sur les bonnes ficelles».

Les premiers plans sont la preuve que Max et les Maximonstres est tout sauf un film banal: Max poursuit à toute vitesse son chien en hurlant quand l’image se fige laissant apparaître le titre. C’est l’enfant prédateur qui se rue, en hurlant et en criant sur sa proie pour la prendre dans ses bras et la serrer très fort. Tout est déjà dit : Max, ce petit garçon plein d’énergie cache derrière son dynamisme et son animalité une soif de tendresse et d’amour.

Spike Jonze, dans Max et les Maximonstres, propose un film en apparence simple, en profondeur très complexe, puisque se met en place un réseau de liens entre l’île et la maison de Max, où règne l’incompréhension. L’île réunit en effet tous les attraits qui font rêver un enfant : on y est libre de courir à perdre haleine, de hurler à tue-tête, de construire, de détruire, de se bagarrer, de jeter des choses aussi loin que possible et, surtout, de faire tout ce qui vous chante sans avoir à en rendre compte à faire à des
adultes.

Le thème de l’enfance fragile est omniprésent : Max a toujours besoin de s’enfuir dans un lieu représentant le ventre maternel : l’igloo, la caverne en draps, la table sur laquelle travaille sa mère, la nouvelle demeure des Maximonstres en forme de sphère… On assiste même à une seconde naissance de Max lorsque pour le cacher de Carol, KW l’avale puis une fois le Maximonstre parti, elle le rejette. On comprend que c’était Max, après cette seconde naissance a changé son regard sur le monde. D’ailleurs, c’est peu de temps après qu’il décide de rentrer chez lui. C’est à travers le problème de communication entre Carol et KW que Max fait son apprentissage.Cette difficulté représente le problème que Max a à communiquer avec sa mère et sa soeur. Et quand Max grimpe sur son navire pour rejoindre sa maison, on a le coeur serré car les adieux vont êre déchirants. Mais de l’autre côté, il y a la maison, et l’avenir.

Afin de donner vie à ces géants velus, Jonze a eut l’idée de créer des costumes grandeur nature dans lesquels se glisseraient des gens pour animer les gestes des Maximonstres. Pour peaufiner le tout, une touche d’animation informatique fut appliquée sur les yeux et la bouche des masques afin de leur donner toute leur expressivité. Spike Jonze a fait preuve de retenue : peu d’effets numériques, des décors naturels et des acteurs en costumes suffisent. À cette fantaisie des images s’ajoute une beauté insulaire, dans les plans sur les paysages grandioses où les personnages deviennent infimes, ou les gros plans sur des visages expressifs et harmonieux.

Aux États-Unis, le film a déstabilisé une bonne partie du public, essentiellement des mères de famille horrifiées devant un spectacle pas forcément aimable, d’une noirceur inhabituelle.

Mais Max et les Maximonstres est un film touchant et émouvant qui nous donne une leçon de vie merveilleuse, le tout dans une ambiance musicale formidable créée par Carter Burwell et Karen O (chanteuse des Yeah Yeah Yeahs) «Mon travail consiste à écrire des mélodies simples, très enfantines, rappelant les accroches de ces grands chansons pop que vous n’arrivez pas à vous sortir de la tête», explique Karen O, qui rassembla pour ce projet des musiciens de divers groupes qu’elle affectionne.

Comment communiquer malgré les différences, construire ensemble, reconstruire encore et encore : telles sont les leçons apprises sur l’île.


mar 20 2010

AVATAR par Cécile de 2C

Publié par cavpoinca dans Non classé      

Avatar était annoncé comme une véritable révolution cinématographique. Et c’en est une, bien qu’elle soit plus subtile qu’une nouveauté comme le passage du noir et blanc à la couleur. James Cameron et son équipe ont mis au point pour ce film un nouveau système appelé «performance capture», qui nous offre des images de synthèse au réalisme époustouflant. Des créatures aux qualités animales, mais dont les caractéristiques principales viennent de la race humaine, qui se meuvent de surcroît dans un univers grandiose.

Pour son film, James Cameron a créé de toutes pièces un nouveau monde, celui de Pandora, et n’a abandonné aucun détail au hasard. Tout sur Pandora a été réfléchi, pensé, (copié parfois : sur Miyazaki, pour les montagnes flottantes) : les créatures, les plantes, le concept d’Eywa… Il y a ensuite implanté le monde que l’on connaît tous : celui des hommes et de la guerre. On distingue clairement une séparation de ces deux mondes, tant par leur aspect visuel que sonore. Les couleurs de Pandora sont tropicales, vives, plutôt dans les tons bleus, verts, alors que les couleurs du monde humain sont ternes, dans les tons gris, ou rouges lorsque ces derniers utilisent le feu pour ravager une nature jusqu’alors inviolée. Du côté sonore, des bruits durs, agressifs nous entourent lorsqu’on se trouve sur le camp de base des humains, s’opposant à une mélodie aux influences africaines sur le territoire des Na’vi.

L’association des deux espèces du film (hommes et Na’vi) à l’écran est parfaitement réussie, sans que l’on puisse apercevoir quelque soudure où que ce soit. Plus impressionnant encore vers la fin du film, lors des scènes de combat entre hommes et Na’vi (ou d’amour lorsque Neytiri embrasse Jake Sully qui est alors sous sa forme humaine).

Les presque trois heures du film, que l’on peut redouter avant l’entrée dans la salle, passent assez vite, ne donnant pas au spectateur l’occasion de s’ennuyer, ce dernier étant rapidement plongé dans l’univers d’un Cameron décidément inspiré. La 3D, à laquelle hélas le temps d’adaptation est un peu long, qui gâche une partie du film (et accessoirement fait mal aux yeux), ne manque pas dans la version en 2D tant la profondeur de champ apparaît grande. Le spectateur ne regarde pas simplement un tableau en mouvement, il entre réellement dans un monde et dans une histoire.

L’histoire est, justement, ce que l’on peut reprocher au film. D’une simplicité et d’un triste commun, on peut prédire à l’avance énormément de choses. Le film est de plus très manichéen, séparant d’une nette frontière les gentils des méchants. Le scénario est déjà vu, mais simplement transposé sur une autre planète avec d’autres créatures, et remis au goût du jour grâce à un joli fond écologiste. C’est finalement pour le scénario une sorte de nouvelle version d’Atlantide, l’empire perdu (de Walt Disney), et pour la poésie et la merveille des images dans laquelle les spectateurs se laissent entraîner avec plaisir, un nouveau Abyss.

Pourtant, on passe facilement au delà du scénario simpliste. Car qui n’apprécie pas de déguster un délicieux et délicat cocktail visuel, bien qu’il soit servi avec un  scénario qui n’atteint pas la merveille de ce qu’on nous offre à voir ? C’est comparable à un plat au goût assez peu recherché, mais accompagné d’une sauce divine. James Cameron camoufle très bien un scénario qui manque de recherche grâce à une perfection visuelle à la fois poétique, raisonnablement dynamique et somme toute plutôt magique.


jan 27 2010

Avatar par cavpoink

Publié par cavpoinca dans Critiques      

C’est avec 10 millions de spectateurs de retard que j’ai vu ce week-end le dernier film de James Cameron. 5 semaines d’exploitation c’est déjà :10 millions de spectateurs, quatre mois de teasing redoutable (premières images du film, bandes-annonces, extraits intégrés aux publicités des marques « partenaires »), des centaines de critiques sur le film et déjà quelques dizaines sur ce que les journalistes appellent maintenant un « phénomène ». Avatar c’est donc d’abord  pour moi une terre battue, traversée de longs en larges par les amateurs, les professionnels, les cinéphiles et les cinéphages.

Cette terre que d’autres présentent comme unique, cette terre je la connais, je l’ai déjà vue. Ces fougères et ces chemins escarpés où chaque pas peut conduire à une chute fatale, c’est l’île mystérieuse où l’on a rencontré le King-Kong de Peter Jackson. Ces monstres canidés au pelage noir luisant qui attaquent Jack Sully sont les cousins des chevaux mortuaires de Monsieur Scrooge. Ces robots de guerre dans lesquels embarquent les soldats pour exterminer les na’vis, tentaient d’éliminer les crevettes de District 9 il y a quelques mois encore. Cette représentation uniforme des mondes futurs et fantasmagoriques lasse. Les concepteurs de ces univers virtuels (en 3D ou non) semblent tous semblables : Des geeks qui ont usé plusieurs DVD d’Alien et en connaissent chaque plan, et qui conservent religieusement sur des étagères en verre la collection entière des figurines de Transformers dans leur boîte d’origine (à la manière de Steve Carrell dans 40 ans, toujours puceau). Alors qu’est-ce qui fait d’Avatar ce lieu unique vers lequel des milliers de spectateurs accourent chaque semaine ?

La 3D, contrairement à son effet dans Là-Haut cet été, n’amène pas de supplément d’âme ; elle immerge un peu plus, et seulement ceux qui, contrairement à moi, n’ont pas eu à chausser la paire de lunettes magiques sur un autre, correctrice. D’ailleurs, à la sortie des séances, les spectateurs s’émerveillent davantage du vol de fraises tagada qui a précédé le film que des effets de fougères au premier plan lors des scènes de poursuite dans la forêt. Enfin, l’utilisation de la 3D s’accommode mal de plans en faible profondeur de champ, ce qu’on retrouve malheureusement plusieurs fois dans les séquences du QG-labo.

Si le monde proposé n’est pas inédit, que dire de l’histoire… ? Beaucoup ont souligné la légèreté d’un scénario oscillant entre fable écologique proche de Mia et le migou et réflexion sur le rapport entre le sacré et la science, un scénario écrit il y a longtemps mais qui n’a, sur ces thèmes, rien de visionnaire. Le mode du récit ne surprend pas ; chaque entrée dans le monde des na’vis est vécue comme le passage au niveau supérieur d’un jeu de plate-forme (forêt-premier combat-premier apprentissage, montagnes suspendues- deuxième combat – deuxième apprentissage…). Enfin, si James Cameron reste fidèle à ses personnages de femmes fortes, il ne traite pas celui du docteur Grace Augustine avec beaucoup de subtilité : obstinée, dominatrice et rebelle…et donc, portant culotte, buvant et fumant. Au final, Avatar est un monde familier, au sens où on l’entend à Hollywood c’est à dire familier du spectateur, une terre connue dans laquelle il peut se divertir en confiance, sûr ne pas être trop bousculé, surpris. Faut-il reprocher cela au film ? Pas sûr, car rien dans ce qui a précédé ou accompagné le film ne laissait espérer (ou redouter) un film d’avant-garde. Cependant, un mot a été maintes fois répété, celui d’ « EXPERIENCE ». Les téléphones portables et autre boisson à bulles partenaires n’ont cessé de le marteler. Alors quelle est donc cette expérience ? Est-elle véritablement proposée au spectateur ? L’expérience est en fait dans le film, c’est celle du personnage principal. Jack Sully, marine estropié, lui-même avatar d’un jumeau plus brillant, accède à l’immersion totale que la 3D du film ne nous permet pas d’atteindre mais qu’elle tente d’accompagner pour nous annoncer ce que sera le cinéma de demain. Ici, réside le propos le plus intéressant du film. L’expérience menée par Jack pourrait être la nôtre dès demain, l’expérience d’un cinéma sensoriel, immergeant le spectateur jusqu’à lui faire oublier son identité (ou retrouver ses jambes !). Nous sommes ainsi prévenus, la 3D n’est qu’un début, le cinéma doit faire sa révolution technologique, l’impression de réalité de la grande toile blanche, des vingt-quatre images/secondes ne suffit plus. Pour James Cameron, le monde physique de la fiction doit laisser la place au monde numérique, au virtuel. Le mode de récit et l’esthétique du monde des na’vis proches des jeux vidéos ne sont pas choisis par hasard ou paresse ; il renvoie le spectateur à cette nouvelle relation à l’image, relation qu’il a déjà souvent établie devant son téléviseur. (Qu’on pense simplement au chien virtuel qu’on caresse par capteurs d’écran interposés, aux balles de tennis qu’on frappe avec un raquette invisible mais qui pourtant vibre dans notre main). Avatar propose finalement plus qu’une expérience, il annonce (ou engage) une REVOLUTION. Reste une question cruciale: faut-il désirer cette révolution?


déc 2 2009

la domination masculine par cavpoinca

Publié par cavpoinca dans Critiques      

Il est 23h48 et je reviens de la séance spéciale du film de Patric Jean, La domination masculine, à laquelle certains d’entre vous avaient été conviés. J’ai quitté une discussion en cours avec le réalisateur qui était monopolisée par des féministes dont le discours emporté et/ou chevrotant desservait totalement leur cause, en me disant que, finalement, je n’allais pas abuser de mon statut apparemment exceptionnel de femme libre qui peut aller seule au cinéma pendant que son mari garde les enfants…

En effet, le film traite du lourd sujet du rapport homme-femme et de la domination d’un modèle masculin qui envahit -  en vrac dans le film – les rayons des magasins de jouets, les livres pour enfants, les salons de l’automobile, les anniversaires arrosés des jeunes hommes, les représentations artistiques ou l’architecture des villes. Le film montre aussi que cette domination s’exprime concrètement à travers les violences faites aux femmes ou le meurtre de 14 jeunes polytechniciennes québécoises en 1989. Sujet grave, sujet sérieux mais qui, tout au long de la séance, a suscité des rires plus ou moins étouffés. Sur ces réactions j’aurai aimé entendre s’exprimer le réalisateur, mais le récit des histoires personnelles des spectatrices présentes dans la salle ne l’a pas permis. J’ai alors cherché à poser la question à Patric Jean via le forum du site du film, mais là encore impossible. En effet, les topics proposés relèvent uniquement du militantisme proféministe et ne laissent pas de place au discours sur le film…Faut-il alors y voir une sorte de réponse indirecte à la question qui me taraude? J’ose dire que oui. Patric Jean, lorsqu’il laisse libre cours à la démonstration pataude et stéréotypée des mini-balais et autres machines à laver miniatures du rayon fille du magasin de jouets, ou lorsqu’il nous dresse le portrait pathétique de ce jeune homme qui gagne des kilomètres dans sa tête en gagnant un centimètre dans son slip (citation du film!), ne cherche pas la dérision mais émet un discours sérieux, un signal d’alarme que le public ne perçoit que lorsqu’il multiplie des gros plans sur les blessures de femmes violentées. Pourquoi?

Parce que les témoins sont maladroits, caricaturaux, peut-être, surtout parce que le dispositif prête le flanc au doute quant à la sincérité des témoignages. En effet, le montage ne laisse aucune place au questionnement, le réalisateur observant une position de retrait contemplative devant son mur de reproductions de sexes d’homme, de femmes dénudées, de personnages politiques…Ce choix est d’autant plus gênant lorsqu’il s’agit de recueillir les paroles d’enfants sur le rôle des mamans et papas: entendre le questionnement aurait permis aux spectateurs de s’assurer que celui-ci n’était pas trop orienté, les voir aurait permis d’évaluer le contexte dans lequel ces paroles ont été collectées. D’autre part, jusqu’au générique de fin, les témoins n’ont aucune identité (seul le nom du meutrier de polytechnique est prononcé!) et n’ont que peu de statut, si bien que les propos choquants des « masculinistes » de la fin du film en deviennent presque trop énormes pour être vrais. Il faut alors lire quelques articles pour apprendre que le réalisateur s’est infiltré sous une fausse identité dans ce milieu très fermé. La plupart des témoins apparaissent face-caméra assis dans un confortable fauteuil et leur intervention est souvent unique, ramassée en quelques phrases, sans hésitation, sans silence, sans gêne. De plus, des effets de mise en scèn,  comme l’accrochage d’un tableau outrancier sur la femme castratrice ou l’opération « chirurgicale » de retouche spectaculaire d’une photo de mannequin, viennent encore alourdir le dispositif. Seule la strip-teaseuse a droit à un traitement différent. La caméra l’accompagne dans son activité professionnelle et dans sa vie privée (voiture, repassage à la maison) ce qui donne vie à ses paroles, rend son témoignage plus authentique.

Enfin, ces rires et ces doutes posent une réelle question: la situation est-elle si grave? mérite-t-elle qu’on sonne l’alarme? Oui, mais peut-être pas de cette façon…et que dire des sociétés où les droits des femmes faute d’avoir progressé, ne peuvent donc pas regresser? La France, le Québec, la Belgique, pourquoi pas, mais ailleurs alors?


nov 22 2009

DISTRICT 9 PAR PIERRE-LOUIS (1LC)

Publié par cavpoinca dans Critiques      

Critique District 9 :

Premier long métrage de Neill Blomkamp, réalisateur issu de la publicité, District 9 est une fable de science-fiction partant de la métaphore appuyée de l’apartheid et du thème des réfugiés pour se tourner, dans une seconde partie, vers une logique de pure série B. Sous la houlette de Peter Jackson (au poste de producteur), usant de nombreuse références et tirant parti d’un budget restreint, le jeune cinéaste signe l’un des films de science-fiction les plus importants de la décennie.

Avec District 9, Neill Blomkamp réinvente son court-métrage Alive in Jo’burg, réalisé en 2005. Il y était narré à la manière d’un reportage l’arrivée d’immigrés extra-terrestres à Johannesburg et la réaction des habitants face à ces nouveaux arrivants. District 9 reprend ce point de départ et dresse la représentation d’une réalité alternative où, depuis 1980, un gigantesque vaisseau spatial d’origine extra-terrestre plane au-dessus de la capitale sud-africaine. Ses occupants, des aliens aux allures de mollusques, appelés dans le film « crevettes », sont alors enfermés dans d’immenses camps de réfugiés. Le film débute comme un faux documentaire, multipliant diverses sources vidéo telles que des interviews de spécialistes, d’historiens ou d’acteurs des évènements racontés, des micros-trottoirs, des images d’archive, des films d’entreprise ou encore des extraits de journaux télévisés. Ce choix narratif permet au cinéaste de planter en quelques minutes un univers crédible et cohérent, sorte de futur immédiat, mais aussi d’éviter toute dramatisation quant à l’arrivée des aliens sur Terre, ainsi que de conférer une forme de quotidienneté dans les évènements qu’il décrit. Déroulant une vingtaine d’années sous nos yeux, le faux documentaire nous présente les faits et nous amène au personnage central du film, Wikus Van de Merwe, pur afrikaner et fonctionnaire timide et obéissant, chargé d’évacuer puis de délocaliser les aliens du camp de réfugiés situé aux abords de la ville vers un autre situé à 200 km de là. Contaminé lors de l’évacuation du bidonville par un fluide alien qui fait muter son ADN, Wikus se métamorphosant progressivement en « crevette ». Les aliens du film ne sont pas les créatures belliqueuses de bon nombre de film utilisant le thème de la visite extra-terrestre. En effet, les aliens de Neill Blomkamp s’apparentent plus à des réfugiés se faisant de plus en plus envahissants pour la population humaine. A travers les différents événements qu’il décrit, de l’arrivée des aliens à Johannesburg à leur détention dans des bidonvilles, en passant par le rejet de la population locale face aux nouveaux occupants, le réalisateur dresse les métaphores du racisme et du thème des réfugiés, évoquant la politique de ségrégation de l’apartheid instaurée par les colons blancs en Afrique du Sud.
Ayant réussi à instaurer un univers crédible et réaliste grâce au principe de « documenteur », le cinéaste amène son film vers la pure fiction, prenant le risque de désorienter son spectateur. En effet, plutôt que d’exploiter jusqu’au bout le concept du « documenteur » (concept par ailleurs déjà usé jusqu’à la corde dans des long-métrages tels que Le Projet Blair Witch, Rec ou encore Cloverfield) et de tomber dans la facilité, Blomkamp décide d’abandonner ce procédé narratif juste avant que celui-ci ne commence à s’essouffler, la partie documentaire du film étant là avant tout pour poser les bases de l’univers alternatif qu’est l’univers de District 9. Le cinéaste amorce un retour à la fiction pure et ce, avec la plus grande discrétion. En effet, Blomkamp glisse subtilement au cœur du faux documentaire de brefs plans ouvertement cinématographiques lors de l’arrivée de Wikus et des mercenaires l’accompagnant dans le district 9 (le bidonville abritant les « crevettes »), tels qu’un plan du point de vue des aliens ou quelques gros plans sur les visages montant les réactions de certains personnages, comme un chef de gang ou encore l’un des mercenaires. C’est alors que le réalisateur sud-africain renverse les points de vue et fait prendre au film un virage décisif. Lors d’un habile champ/ contrechamp, le cinéaste alterne, dans une même unité de temps et de lieu, plans sur de fiction du côté des aliens et plan « documentaire » du point de vue des humains, l’un des aliens observant Wikus et ses hommes au travers d’un mur. Ainsi, la mise en scène gagne en subjectivité, Blomkamp prenant dès lors parti pour les extra-terrestres, faisant de ceux-ci, lors de cette scène, de véritables personnages alors qu’ils étaient montrés comme envahissants et répugnants dans la partie « documentaire » du film. Une fois posé son sous-texte humaniste et métaphorique, le film s’oriente vers la pure série B, sans pour autant mettre de côtés ses intentions d’origine. De la course-poursuite effrénée qui fait suite à la contamination du personnage de Wikus, campé de manière particulièrement convaincante par l’inconnu Sharlto Copley (qui jouait déjà dans le court-métrage d’origine) au surprenant et sanglant gunfight final, le récit ne s’essouffle pas et ne sombre jamais dans le ridicule (ce que certains pourront contester) et ce, grâce à un rythme constant et à la crédibilité de l’univers du film, univers brouillant les repères entre réalité et science-fiction.
Il est amusant de constater qu’au delà de son originalité certaine, District 9 est nourri de nombreuses références et renvoie à des œuvres de science-fiction antérieures, ainsi qu’à certains jeux-vidéos dans ses scènes d’action. L’immense vaisseau spatial flottant continuellement au-dessus de la ville rappelle la série V où de belliqueux lézards extra-terrestres tentaient d’envahir la planète. Neill Blomkamp recycle (dans le bon sens du terme) à quelques reprises le Aliens de James Cameron, référence incontournable dans le domaine de la science-fiction moderne, que ce soit dans l’arrivée de Wikus et de ses hommes dans le district 9 ou dans la bataille finale où les soldats se retrouvent face à une force les dépassant. Le « mécha » d’origine extra-terrestre dans lequel se glisse Wikus lors de cette scène renvoie lui, directement au final du film de James Cameron, où Ripley revêtait un attirail similaire. Le traitement cronenbergien de la métamorphose du personnage principal fait écho à la transformation du personnage de seth Brundle dans le cultissime La Mouche de David Cronenberg, Blomkamp posant, à l’instar de Cronenberg, lors du plan final la question de l’humanité du personnage après sa transformation en un être n’ayant rien d’humain physiquement parlant. A la vision d’une œuvre aussi réussie que District 9, il est d’autant plus regrettable que l’adaptation du jeu-vidéo Halo, précédent projet de Neill Blomkamp et Peter Jackson soit resté inaboutie, alors qu’elle était déjà bien avancée, car sabordée par Microsoft ayant décidé d’abandonner le projet. Le film est d’autant plus réussi qu’il bénéficie d’effets spéciaux incroyables de réalisme, créés par les génies de Weta Workshop.

Pour son premier film, Neill Blomkamp signe une œuvre maîtrisée de bout en bout et réussit à dépasser brillamment l’argument de film concept, ce qui n’aurait certainement pas été le cas entre les mains de cinéastes moins talentueux. Surprenant dans ses procédés narratifs et formels, le film parvient à mêler intelligemment un sous-texte humaniste et une mécanique de pure série B. District 9 est une œuvre d’une grande originalité, parfaitement à la hauteur de son buzz et qui fait partie de ces films instantanément culte. C’est suffisamment rare pour être signalé…

Pierre-Louis THIRION.