déc 10 2008

« J’irai dormir à Hollywood » par Chloé

Publié par cavpoinca dans Critiques      

J’irai dormir à Hollywood, un film de Antoine De Maximy

Ce film pourrait être tout de suite catalogué comme une simple adaptation de l’émission originale et de qualité « J’irai dormir chez vous » seulement voilà, Antoine De Maximy  a un autre objectif que celui de s’inviter chez les gens : il veut dormir chez une star, à Hollywood.
A priori choisi pour son rapport direct avec le monde du cinéma, les États-Unis marquent aussi une certaine représentation de l’état actuel de ce pays mais aussi du monde d’aujourd’hui. En effet, en parcourant des lieux tels que New York, Las Vegas ou la Nouvelle-Orléans, le documentariste confronte finalement le spectateur à la réalité, très loin des clichés qu’il peut avoir à cause des nombreuses américaine montrant le plus souvent la famille américaine typique. Car, à l’inverse d’un voyage en Asie Orientale, De Maximy ne peut pas tellement nous informer d’un mode de vie complètement différent du nôtre mais il contredit plutôt la plupart des fausses idées préconçues  que l’on se fait des États-Unis et brise alors notre représentation idyllique du citoyen américain et de son american way of life. En effet, en rencontrant des Indiens, lui et le spectateur se rendent compte que certains citoyens vivent sans électricité.
Mais le film, malgré ses airs apparents de gentil film de baroudeur, montre de vrais problèmes de société qui pouvaient être au coeur des débats durant la campagne présidentielle américaine. Tout d’abord, il y a Doug, le bon citoyen qui se retrouve en prison pour possession illégale d’arme à feu. Puis on fait la connaissance d’un homme ayant perdu sa maison à cause de l’ouragan Katrina à la Nouvelle-Orléans mais qui a tout de même réussi à trouver un nouvel habitat modeste et possède une belle voiture. Mais De Maximy rencontre aussi sur son chemin un Américain qui se révèle avoir autant de préjugés que les Français peuvent avoir sur son pays. En effet, celui-ci pense que les Arabes envahissent notre pays et brûlent tout sur leur passage ; comme à l’époque de Charles Martel. Par l’intermédiaire de ses nombreuses rencontres, l’homme à la chemise rouge se contente de montrer les gens et les faits tels qu’ils sont sans apporter de jugement. Et cette façon de nous exposer les choses est bien plus efficace qu’un film à but subversif comme Michael Moore peut le faire puisque le spectateur parvient simplement à croire ce que les seules caméras du documentariste nous montre. Car celui-ci dit lui-même que, puisque la plupart des gens qu’il rencontre ignore qu’ils passeront à la télévision, ils se révèlent être plus naturels.
Par ailleurs, à l’inverse du personnage dans le beau mais naïf film de Sean Penn sorti en début d’année Into the Wild, De Maximy ne rencontre pas les gens par hasard mais provoque les rencontres et n’hésite pas parler avec des gens étranges tels que Charlie, l’homme au chat ou à s’aventurer dans une « zone à risques » de la Nouvelle-Orléans. Et, heureusement, pour le spectateur, qu’il ose car le film est monté et structuré de sorte à ce que celui-ci attende ses autres aventures tout au long du film en étant ému. Car, en évitant une compassion artificielle ou une musique trop triste accentuant le drame, De Maximy parvient à ne pas sombrer dans le mélodrame présent dans certains films qui là, se voudraient réalistes ; et notamment lorsqu’il rencontre la femme ayant perdu ces jumeaux.
Mais le moment le plus fort du film demeure dans la rencontre du SDF sur la plage de Santa Monica. Car, au lieu d’être déçu de ne finalement pas dormir chez une star, le spectateur et De Maximy découvrent un personnage bien plus intéressant qu’un George Clooney ou un Will Smith. Et le comble de la chose c’est que De Maximy se retrouve alors à dormir dehors, avec et chez un homme qui vit partout et nulle part. Pour le spectateur comme pour le réalisateur qui l’avoue lui-même, il incarne la rencontre la plus touchante et la plus ancrée dans les problèmes sociaux et son histoire conclut mieux le film qu’une éventuelle rencontre avec un acteur qui n’aurait été ni inattendue, ni surprenante à cause du titre.
En conclusion, malgré quelques défauts comme à l’excellente mais omniprésente bande originale mais aussi un montage parfois un peu trop saccadé et maladroit , on pardonne presque tout à ce artiste du documentaire cumulant les rôles de réalisateur, acteur, caméraman, technicien du son et de l’image puisqu’il  demeure s’incère dans ses propos. De plus, lorsque Antoine De Maximy se déplace pour présenter son film et qu’il en parle avec autant de passion, on n’est que plus convaincu de la sincérité de sa démarche  mais aussi qu’il signe ici une véritable réussite à l’image de sa série. Et on n’a qu’une seule envie en quittant la salle de cinéma : partir avec ou comme lui à la découverte d’autres horizons et de rencontrer des gens aussi intéressants que dans le film. Certes, cela peut paraître simpliste et utopique mais finalement, le film dégage un message assez semblable.

Chloé Beaumont, TLc