déc 2 2009

la domination masculine par cavpoinca

Publié par cavpoinca dans Critiques      

Il est 23h48 et je reviens de la séance spéciale du film de Patric Jean, La domination masculine, à laquelle certains d’entre vous avaient été conviés. J’ai quitté une discussion en cours avec le réalisateur qui était monopolisée par des féministes dont le discours emporté et/ou chevrotant desservait totalement leur cause, en me disant que, finalement, je n’allais pas abuser de mon statut apparemment exceptionnel de femme libre qui peut aller seule au cinéma pendant que son mari garde les enfants…

En effet, le film traite du lourd sujet du rapport homme-femme et de la domination d’un modèle masculin qui envahit -  en vrac dans le film – les rayons des magasins de jouets, les livres pour enfants, les salons de l’automobile, les anniversaires arrosés des jeunes hommes, les représentations artistiques ou l’architecture des villes. Le film montre aussi que cette domination s’exprime concrètement à travers les violences faites aux femmes ou le meurtre de 14 jeunes polytechniciennes québécoises en 1989. Sujet grave, sujet sérieux mais qui, tout au long de la séance, a suscité des rires plus ou moins étouffés. Sur ces réactions j’aurai aimé entendre s’exprimer le réalisateur, mais le récit des histoires personnelles des spectatrices présentes dans la salle ne l’a pas permis. J’ai alors cherché à poser la question à Patric Jean via le forum du site du film, mais là encore impossible. En effet, les topics proposés relèvent uniquement du militantisme proféministe et ne laissent pas de place au discours sur le film…Faut-il alors y voir une sorte de réponse indirecte à la question qui me taraude? J’ose dire que oui. Patric Jean, lorsqu’il laisse libre cours à la démonstration pataude et stéréotypée des mini-balais et autres machines à laver miniatures du rayon fille du magasin de jouets, ou lorsqu’il nous dresse le portrait pathétique de ce jeune homme qui gagne des kilomètres dans sa tête en gagnant un centimètre dans son slip (citation du film!), ne cherche pas la dérision mais émet un discours sérieux, un signal d’alarme que le public ne perçoit que lorsqu’il multiplie des gros plans sur les blessures de femmes violentées. Pourquoi?

Parce que les témoins sont maladroits, caricaturaux, peut-être, surtout parce que le dispositif prête le flanc au doute quant à la sincérité des témoignages. En effet, le montage ne laisse aucune place au questionnement, le réalisateur observant une position de retrait contemplative devant son mur de reproductions de sexes d’homme, de femmes dénudées, de personnages politiques…Ce choix est d’autant plus gênant lorsqu’il s’agit de recueillir les paroles d’enfants sur le rôle des mamans et papas: entendre le questionnement aurait permis aux spectateurs de s’assurer que celui-ci n’était pas trop orienté, les voir aurait permis d’évaluer le contexte dans lequel ces paroles ont été collectées. D’autre part, jusqu’au générique de fin, les témoins n’ont aucune identité (seul le nom du meutrier de polytechnique est prononcé!) et n’ont que peu de statut, si bien que les propos choquants des « masculinistes » de la fin du film en deviennent presque trop énormes pour être vrais. Il faut alors lire quelques articles pour apprendre que le réalisateur s’est infiltré sous une fausse identité dans ce milieu très fermé. La plupart des témoins apparaissent face-caméra assis dans un confortable fauteuil et leur intervention est souvent unique, ramassée en quelques phrases, sans hésitation, sans silence, sans gêne. De plus, des effets de mise en scèn,  comme l’accrochage d’un tableau outrancier sur la femme castratrice ou l’opération « chirurgicale » de retouche spectaculaire d’une photo de mannequin, viennent encore alourdir le dispositif. Seule la strip-teaseuse a droit à un traitement différent. La caméra l’accompagne dans son activité professionnelle et dans sa vie privée (voiture, repassage à la maison) ce qui donne vie à ses paroles, rend son témoignage plus authentique.

Enfin, ces rires et ces doutes posent une réelle question: la situation est-elle si grave? mérite-t-elle qu’on sonne l’alarme? Oui, mais peut-être pas de cette façon…et que dire des sociétés où les droits des femmes faute d’avoir progressé, ne peuvent donc pas regresser? La France, le Québec, la Belgique, pourquoi pas, mais ailleurs alors?