« HOME » vu par Baptiste
Publié par cavpoinca dans CritiquesC’aurait pu être une histoire banale : une famille un peu marginale, une autoroute ouverte à deux pas de la maison, un chez-soi à défendre. C’était sans compter sur la fraîcheur, l’audace et l’originalité d’Ursula Meier qui, avec ce premier film, propose une oeuvre tout à fait surprenante.
Sur le plan formel d’abord, Home est une réussite. Tout est finement travaillé : la lumière, l’absence de lumière, le son (le bruit!), l’absence de bruit. Meier sait jouer avec les contrastes.
Car il s’agit bien, tout au long du film, de contrastes. Chaque personnage (l’autoroute comprise) est un bijou de complexité, de paradoxes et de mystère. Libre au spectateur de juger, d’interpréter ou, au contraire, de n’être qu’un témoin, tantôt ému tantôt amusé, parfois effrayé, souvent perplexe.
On peut lire dans le mensuel du Caméo qu’Home “est une fable sur notre société moderne, bruyante, agitée qui ‘bousille’ celles et ceux qui veulent simplement vivre”. Il y a peut-être de ça. Mais qu’en est-il alors de cette mère qui, pour ne pas entendre les plaintes de son jeune garçon, ouvre en grand la fenêtre de sa salle de bain et laisse pénétrer dans la maison le vacarme de l’autoroute? Ne devrions-nous pas être alarmé par la benjamine qui, chaque soir, se retrouve longtemps exclue du cocon familial (et ce, bien avant l’irruption des 5000 voitures quotidiennes) parce qu’elle est trop pudique pour prendre son bain devant les autres, parce qu’elle n’est peut-être pas aussi bien < > que son aînée? Une des grandes forces du film réside en fin de compte dans le poids des non-dits (vis-à-vis du personnage incarné par Isabelle Huppert plus particulièrement), dans “l’inquiétante étrangeté” de cette famille qu’il serait malvenu de juger parfaite. Car si sa cohésion et son unité, déroutantes, sont soulignées de nombreuses fois dans le film, il semblerait que l’ouverture de l’autoroute ne soit en fait qu’un élément déclencheur, révélant au grand jour -et dans des proportions dramatiques- les failles des uns et des autres. D’ailleurs, la route en elle-même a toujours été là, déserte, au milieu du jardin. Seulement on n’imagine pas qu’elle puisse un jour menacer l’équilibre entier de la famille. On se contente de vivre avec.
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