Presse en ligne, numérisation de l’information, passerelles multimédias…

   La presse est plus que jamais, en cette rentrée 2008, mise au « défi du numérique », essentiellement pour des raisons économiques. Pour nombre de (jeunes) lecteurs, l’accès à l’information se doit en effet d’être, sinon gratuit, du moins le plus rapide et réactif possible, et c’est le handicap majeur d’une presse papier qui ne peut par définition qu’être au mieux quotidienne et dans la plupart des cas hebdomadaire ou mensuelle.

 

 Deux situations-problèmes en découlent : un équilibre doit-il s’établir entre le format papier et le format numérique, l’un proposant le dossier construit et l’autre la vidéo, le forum ou des parties interactives avec les internautes. Où alors, le périodique payant doit-il basculer dans le tout internet totalement gratuit, site financé par la publicité et le nombre de visiteurs-lecteurs.

 

 Autre question de prime importance : l’assurance d’une déontologie. Car, entre le site d’un magazine professionnel reconnu, proposant des articles de qualité journalistique, et un blog lambda, il y a une marge que le jeune lecteur notamment aura bien du mal à reconnaitre… Récemment (en 2007), l’Etat lui-même se souciait de ce dernier point, posant la question légitime d’une labellisation des sites proposés (voir le rapport au Ministre de la Culture et de la Communication : www.culture.gouv.fr/culture/actualites/rapports/tessier/rapport-fev2007.pdf). Question qui pose pour beaucoup le problème annexe du rôle qualificatif de l’Etat, dans l’esprit fondamentalement libertaire d’Internet, ainsi que celui des subventions qui pourraient découler d’un label « Presse française d’origine contrôlée »…

 Quid dans cet environnement de la presse jeunesse ?

  Premier constat : les titres forts (L’Actu, Science et Vie Junior, Fan 2, Phosphore) se vendent bien, même si leurs chiffres de vente ne sont pas systématiquement communiqués, et qu’ils ne sont pas mis en rapport avec le temps moyen passé par un adolescent devant ce même magazine. On rappellera les chiffres de la « vie culturelle adolescente » : 850 heures à l’Ecole, 1500 heures devant les écrans, dont 40% de visionnage vidéo sur Internet (films, vidéo à la demande, clips et extraits divers) selon les données de Médiamétrie.

  Deuxième constat : des titres apparemment attractifs et très diffusés en établissement scolaire disparaissent : Lolie (ne subsistent plus qu’une version Théma et une Tests, sans formule d’abonnement) et plus récemment Starter en sont de bons exemples. Sans qu’on puisse parler d’évolution du lectorat ou de changements radicaux des modes et goûts du lecteur, des magazines plus adultes choisissent actuellement des voies numériques. Voir ainsi l’exemple du magazine de Bande Dessinée Bodoï qui ne reparaitra sous une forme papier qu’au prochain Festival d’Angoulême en Janvier 2009 (http://www.universbd.com/spip.php?article7454). Inversement, des parutions très populaires comme l’Equipe érigent un périodique jeunesse entièrement « internetisé » (http://www.lequipejunior.fr/). Intéressant phénomène à l’heure où ces deux secteurs aux revenus considérables (la Bande dessinée et le Sport) sont amenés à côtoyer le multimédia de manière plus en plus intrinsèque : l’un en permettant de voir l’auteur parler de son œuvre et de la réaliser, d’établir un lien avec l’actualité et l’Image animée (dessin animé, cinéma, jeu vidéo), l’autre en étayant une offre « visuelle » évidente (retransmissions de matchs, interviews, reportages divers).

 

 Plus qu’un rapport strictement financier ou de sponsoring médiatique, la presse actuelle se coule déjà dans le monde de l’hyper-accessibilité, moyennant une offre globalisée à Internet via l’ordinateur, la télévision, le téléphone portable, le smartphone, etc. Offre qui pose un nouveau rapport entre les procédés et les parcours de lecture, que ce soit en termes de qualités de contenus ou de qualités de visionnages.

 

Les CDI devraient donc être amenés à une réduction effective de leurs abonnements papiers, au profit d’une offre « virtuelle » de plus en plus affirmée, d’où un problème chronique d’accessibilité aux données. Solutions alternatives actuelles, les blogs, sites dynamiques, officiels ou non, personnels ou non, permettent assurément  un autre rapport aux médias, sinon à la presse. Reste encore à en  évaluer, comme signaler plus haut, la fiabilité et la pertinence, dans la mesure où le site internet de tel magazine/quotidien ne se contente pas d’en être le fac-similé mais bien plus une « vitrine médiatique » promotionnelle, exactement comme le site internet d’un film n’est pas le film.

 Presse papier, presse numérique : une « relation complémentaire », serait-on tenter de dire, puisque la seconde permettra de nouvelles prépublications couleurs, des dossiers réactifs, un forum ou un renouvellement plus rapide de l’actualité, d’où l’impact des formules gratuites  du style de 20 Minutes (http://www.20minutes.fr/) ou encore pour reprendre l’exemple de la Bande Dessinée, de Zoo, qui s’érige à juste titre en premier magazine culturel BD gratuit (http://www.zoolemag.com/lecteurs.html). On retiendra juste une chose, pour conclure : la presse actuelle, outre son statut, est désormais délimitée à suivre une évolution tracée non par Internet mais par la logique de l’accès gratuit à l’information, chose que les périodiques  publicitaires distribués au porte à porte chaque semaine, les catalogues d’éditeurs (exemple : http://www.editions-delcourt.fr/aller_plus_loin/dossiers_bd/planete_44)  ou les programmes de théâtre ou cinéma avait inauguré il y a déjà fort longtemps… Aux risques d’une peoplisation de ces titres, dans la droite ligne cette fois-ci des périodiques français les plus lus que sont les programmes TV.