“La vie n’est jamais terminée tant qu’on n’est pas dix pieds sous terre” Shaïne Cassim
23 05 201323 mai 2013 : C’est l’ultime étape du prix littéraire Délire de Lire, la rencontre avec l’auteur lauréat Shaïne Cassim qui a écrit Jolene. Tous les élèves des collèges et lycée du Saumurois ayant participé au prix présentent leur production : sketch “La liberté conditionnelle” où le participant doit énumérer les bonnes réponses sur le roman de Jean-Paul Nozières, Rien qu’un jour de plus dans la vie d’un pauvre fou“pour éviter la prison, une mise en scène de joueurs de foot avec un recruteur pour “je voudrais qu’ils me croient mort” d’Ahmed Kalouaz, quelques pages de Jolene de Shaïne Cassim mis en scène, notamment celui de la rencontre d’Aurélien avec Jolene, des petites annonces drôles et féroces dans un diaporama à la façon de “Cherche jeune fille pour baby-sitting”, annonce de la couverture du roman Premier Chagrin par Evia Kavian, des lectures d’extraits de romans, des couvertures revisitées comme celle du dernier Hiver de Jean-Luc Marcastel, des abécédaires. Puis s’amorce la rencontre avec Shaïne Cassim dans un échange passionné et passionnant.
-Pourquoi Jolene meurt-elle ?
- pour qu’Aurélien existe et que son égoïsme s’efface.
Je voulais cette rencontre fulgurante. . C’est un travail autour de la disparition, de la mort. Comment on survit, comment on avance, on poursuit le travail de vivre ou on poursuit son fardeau. L’écriture permet d’exorciser la douleur. La vie n’est jamais terminée tant qu’on n’est pas dix pieds sous terre.
Pour écrire on s’inspire toujours de son histoire ; on se sépare de soi. Ecrire, c’est faire quelque chose d’autre avec ce qui est arrivé, c’est pouvoir donner une ampleur afin de pouvoir la partager. L’écriture est un autre point de vue sur la vie
-Comment invente-t’on les personnages ?
- J’ai des visions mais je ne suis pas mystique. Plus sérieusement, je sortais d’un concert de blues, musique qui parle de l’âme. Cette mélancolie du concert m’a donné l’idée de créer le personnage d’Aurélien. Je me suis dit que ce serait chouette qu’il ait des santiags, un harmonica, mais que ce serait un personnage sombre et distant. Ce personnage pour changer soit faire une rencontre comme une météore et celle-ci doit lui permette de changer.J’ai pensé à l’ouragan Katrina, et l’ouragan serait Jolene.
- Pourquoi rencontre- t-il un autre jeune fille ?
-Il fallait que la vie continue pour lui. Il n’est pas amoureux de Perdita mais il a de la tendresse pour elle. Je ne voulais pas qu’il reste uniquement amoureux d’une morte mais de quelqu’un qui vit, qui se mette en colère. La vie doit continuer.
- Pourquoi la chanson Jolene de RayLa Montagne et Dolly Parton ?
-Je trouve cette chanson rocambolesque avec un côté très kitsch et très daté et l’histoire de la chanson est belle. Dolly Parton âgée était très amoureuse mais son mari était très attiré par une jeune serveuse. Cette chanson est une supplication “tu es jeune et belle, laisse moi mon amoureux”. Pour RayLaMontagne, c’est le type le plus séduisant de la planète, j’aime sa voix voilée mais avec une tonalité très pure. Sa voix constitue un univers à elle seule. Et puis il est trop sexy !
-Comment se déroule votre temps d’écriture ?
- pendant 6mois, 1 an, j’ai le roman en tête puis je démarre l’écriture. J’écris très rarement le jour, j’écris le soir, la nuit, pendant les week-end. La nuit est propice à l’écriture ; on se sent en intimité avec ses pensées et ses idées. Il m’est arrivé de ne pas écrire pendant plusieurs années même si je continue d’écrire un journal intime. Quand j’écris par contre je suis d’humeur assez misanthrope et je continue à vivre avec mes personnages.
- Y aura-il une suite à Jolene ?
Non, les personnages vont vivre leur vie. Parfois je pense à mes personnages comme à des personnes réelles. Où est-ce qu’ils sont en ce moment ?
- Ecrivez-vous un autre livre ?
J’ai un roman que j’ai terminé en mars et qui paraitra en septembre. C’est un livre qui me tient à cœur, qui parle d’une poétesse au bord du Mississippi à la fin de l’année 1967 aux États -Unis. Elle rencontre une poétesse confirmée. C’est un projet multiforme avec un carnet d’écriture mais aussi des poèmes de l’héroïne et d’autres poèmes également inventés de l’autre poétesse.
-Effectuez-vous un travail de recherche ?
- bien sûr, on vérifie nos informations comme les journalistes.
-Comment vous voyez-vous dans dix ans ?
- en train d’écrire.
- Comment étiez-vous quand vous étiez collégienne ?
- Je voulais écrire mais je savais que je n’en vivrai pas, car pour moi ce n’est pas un métier, c’est plus que cela , c’est ma joie de vivre, ma respiration, j’en rêve depuis que j’ai 7 ans.
Peut avoir un autre métier tout en étant écrivain ?
- Tout à fait, je suis éditrice d’une collection de littérature étrangère chez Albin Michel.
- Quelle musique écoutez-vous ?
- Pour me mettre dans l’ambiance de Jolene, j’ai beaucoup écouté de blues des années 50 voire des années 30, et Ray La Montagne bien évidemment. J’écoute aussi le très très grand Bach et j’ai une passion pour le quatuor de Fauré.
Travers Florence
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