Quels sont les procédés auxquels le critique a recours pour convaincre et amener le lecteur potentiel à lire l’ouvrage qu’il défend ?
A partir de quatre extraits de critiques parues en 2007 à l’occasion de la sortie du roman intitulé A l’abri de rien d’Olivier Adam, les élèves de seconde 4 (ISI/MPI) ont repéré un certain nombre de ces procédés :
Quatre exemples de critiques :
Critique 1
L’auteur de « Passer l’hiver » et de « Falaise » ne fait pourtant, cette fois encore, aucune concession. Le texte de son nouveau roman, à l’abri de rien, est taillé au plus court, les phrases sont sèches et rapides, l’émotion tenue à distance. Elle surgit pourtant d’un détail minuscule, d’un mouvement imperceptible, un signe ou un geste saisis en quelques mots…Clinique, tranchant, cruel parfois, A l’abri de rien n’est jamais grinçant ni complaisant. A l’affût de la moindre lueur, c’est l’humain que traque l’auteur au fond du précipice où sombre Marie, à l’exemple de nombre de ses personnages. Car c’est la vie qui intéresse olivier Adam, juste la vie entre chien et loup quand l’équilibre ne tient qu’à un fil entre lucidité et désespoir, révolte et tentation de disparaître, nostalgie de l’enfance et peur du temps qui s’use. Fatigue et courage de vivre.
Michel Abescat – Telerama du 22 aout 2007
Critique 2
Tout l’univers d’Olivier Adam y est : le fond de vent et de pluie, l’époux chauffeur de car scolaire au Smic, les courses chez Ed et les collections de tortues en porcelaine sur les étagères…Cette litanie de petits malheurs pourrait peser, mais par le naturel de la phrase , l’ensemble sonne étonnement juste. Une écriture à « ras d’homme », selon l’expression de Calet. « Si c’est beau cela ne peut pas être déprimant », disait déjà Richard Ford, auteur fétiche d’Olivier Adam. Une réflexion de Marier résume bien le destin de toutes ces vies minuscules : « C’était foutu d’avance ». On se gardera bien d’en dire autant pour le Goncourt.
Jérôme Dupuis – L’express du 31 aout 2007
Critique 3
Il est l’écrivain des fêlures, des émotions à fleur de peau. Ses livres montrent des héros à bout de souffle, prêts à basculer. Olivier Adam parvient comme personne à décrire des vies comme celles des autres, comme les nôtres. Avec l’étouffant et splendide « A l’abri de rien », le voici qui risque d’agrandir une audience déjà large. Certains verront là un roman sur Sangatte, le centre d’hébergement et d’accueil d’urgence humanitaire inauguré en septembre 1999, près de Calais et du tunnel sous la Manche – Sangatte où stationnèrent près de quatre-vingt mille réfugiés kurdes, afghans ou iraniens avant sa fermeture en 2002. D’autres liront dans l’histoire d’une femme qui fait l’expérience du don et de la compassion jusqu’à la folie mystique un pendant littéraire à Europe 51 de Rosselini…Austère et âpre, « A l’abri de rien » est un roman qui descend à pic vers les eaux les plus sombres et ne se laisse pas oublier. Sans conteste, la plus grande réussite d’un écrivain dont on sent qu’il n’a pas l’air de tricher.
Alexandre Fillon – Lire, septembre 2007
Critique 4
« A l’abri de rien » est écrit à la première personne du singulier féminin. Olivier Adam réussit l’impossible. Il se glisse dans la peau frigorifiée et la tête chavirée de cette suicidé de la société. Pendant 220 pages , pas une fausse note, pas le moindre artifice, pas trace de démagogie. « la graisse du quotidien et des emmerdes » n’est pas factice, elle imprègne vraiment les pages. La dépression il l’exprime en connaisseur. La solidarité des damnés de la terre , on a l’impression de la toucher du doigt. Marie c’est lui. J’ai lu dans « le Figaro » qu’on accusait méchamment Olivier Adam d’être « un romancier populiste ». C’est bien vite oublier Carco, Guilloux ou Dabit, qui rêvait de vivre assez longtemps pour « assister au triomphe des éternels vaincus ». Et c’est ajouter, aux malheurs de Marie, le vain mépris des gens heureux.
Jérôme Garcin – Le Nouvel Observateur du 8 novembre 2007
Définition :
Critique (n.f) : examen en vue de porter un jugement. Art de juger les ouvrages de l’esprit, les œuvres littéraires, artistiques.
Conseils pour écrire une critique littéraire :
Etudier le style de l’auteur, repérer ce qui fait la force ou l’originalité de son écriture, éventuellement les procédés d’écriture qu’il emploie (par exemple des « phrases sèches et rapides » dans la critique 1)
Faire référence à l’œuvre de l’auteur (ses autres livres, les prix éventuels qui lui ont été décernés…) à son « univers », aux thèmes qu’il aborde de façon privilégiée (critique 2) . On peut citer l’auteur, reprendre une phrase de son livre : « c’était foutu d’avance » (critique 2)
Faire allusion éventuellement au contexte historique et social : « certains verront-là un roman sur Sangatte… » (critique3)
Evoquer les différentes lectures que le livre propose : « certains verront là…d’autres liront…. » (critique 3)
Utiliser un style efficace : vous devez convaincre, inciter un autre élève à lire le livre que vous défendez… Pensez à utiliser des adjectifs précis, des phrases plutôt courtes (éventuellement nominales : « Fatigue et courage de vivre » dans la critique 1) et rythmées («Il est l’écrivain des fêlures, des émotions à fleur de peau » dans la critique 3), songez aussi à une « phrase d’accroche » qui va donner envie de lire la suite…
Le 10/03/2008
Murielle Gantelet
Professeur de lettres