Noël 1914

15 12 2007

lettre de Gustave Berthier, instituteur, à sa femme

Le 28 décembre 1914

Ma bien chère petite Alice

[...] Nos quatre jours de tranchées ont été pénibles à cause du froid et il a gelé dur, mais les Boches nous ont laissés tranquilles. Le jour de Noël, ils nous ont fait signe et nous ont fait savoir qu’ils voulaient nous parler. C’est moi qui me suis rendu à 3 ou 4 mètres de leur tranchée d’où ils étaient sortis au nombre de trois pour leur parler.

C’était le jour de Noël, jour de fête, et ils demandaient qu’on ne tire aucun coup de fusil pendant le jour et la nuit, eux-mêmes affirmant qu’ils ne tireraient pas un seul coup. Ils étaient fatigués de faire la guerre, disaient-ils, étaient mariés comme moi (ils avaient vu ma bague), n’en voulaient pas aux Français mais aux Anglais. Ils me passèrent un paquet de cigares, une boîte de  cigarettes bouts dorées, je leur glissai Le Petit Parisien en échange d’un journal allemand et je rentrai dans la tranchée française où je fus vite dévalisé de mon  tabac boche.

Nos voisins d’en face tinrent mieux leur parole que nous. Pas un coup de fusil. On put travailler aux tranchées, aménager les abris comme si on avait été dans la prairie Sainte-Marie. Le lendemain, ils purent s’apercevoir que ce n’était plus Noël, l’artillerie leur envoya quelques obus bien sentis en plein dans leur tranchée.

[...]  Gustave

Gustave Berthier fut tué le 7 juin 1915; il avait 28 ans.

extrait de Paroles de Poilus, recueil de lettres de soldats entre 1914 et 1918


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2 réponses à “Noël 1914”

18 12 2007
sophie (10:10:38) :

je trouve cet extrait très émouvant et bien à propos. merci de l’avoir mis en ligne. je le ferai connaître à mes élèves de collège.

18 12 2007
nolhac (19:35:18) :

Merci, Sophie!

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