Un joli texte du conteur Henri Gougaud (l’Almanach) pour célébrer le joli mois de mai….
“Le mai est le mois de l’amour, le mai est le mois de la femme. Avril était joyeux, vivace, mais semblable à l’adolescent. Il avait ses trébuchements, ses inquitétudes, ses gelées. Voici maintenant le beau temps. Plus aucune traîtrise à craindre.
On peut s’éjouir dans les prés, se déboutonner la chemise, lâcher la bride à ses désirs. Et l’on ne s’en est pas privé.
Déjà, à l’époque celtique, les filles avaient le droit, en mai, de choisir leur amant. Même licence au Moyen Age. Elles conduisaient des processions mi-catholiques mi-païennes hors des villages, dans les champs. Et l’on dansait sur l’herbe verte, et l’on allait cueillir des branches pour parer l’autel des églises. Et que faisaient les jeunes couples qui s’égaillaient dans les sous-bois? [...]
Les femmes élisaient leur reine, ce mois-là. La reine de mai. Elle ouvrait le bal en dansant avec le roi de la jeunesse, qui n’était jamais son mari. L’Eglise évidemment s’est beaucoup inquiétée de ces joyeusetés, de ces élans, de ces désordres. [...]
Au XVIIe siècle, les femmes n’eurent plus le droit aux fêtes, et les reines de mai ne furent plus, partout, que des petites filles trônant aux carrefours dans des niches fleuries. Moins de cent ans plus tard, ce mois des libertés fut offert à Marie, femme, certes, vierge surtout. Adieu folies, danses, plaisirs. On se rhabille, on se renferme, on baisse la tête et l’on prie, alors qu’il fait si beau dehors.
Aujourd’hui, nous vivons en ville, pour la plupart, bon an mal an. Une touffe d’herbe naissante dans une fente de béton suffit à nous dire que rien ne peut brider l’envie de vivre. On ne peut pas défendre aux arbres d’avoir des feuilles au mois de mai. On ne peut défendre d’aimer.”
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