Le boeuf et l’âne de la crèche
15 12 2007L’âne et le boeuf ont accompagné la Vierge et Joseph; l’enfant de Marie est né dans une étable; le boeuf et l’âne se demandent ce qu’ils pourraient bien faire pour aider le nouveau-né.
Une grande peur saisissait le boeuf à la pensée qu’il s’était tant rapproché de l’enfant pour le réchauffer. Et s’il lui avait donné par mégarde un coup de corne!
- Tu ne dois pas trop t’approcher du petit, dit l’âne, qui avait deviné la pensée de son compagnon. Il ne faut même pas y songer, tu le blesserais. Et puis tu pourrais laisser tomber sur lui un peu de ta bave que tu retiens mal et ce ne serait pas propre. Au reste, pourquoi baves-tu ainsi lorsque tu es heureux? Garde ça pour toi. Tu n’as pas besoin de le montrer à tout le monde.
- (Silence du boeuf).
- Mais moi je vais lui offrir mes deux oreilles. Tu comprends, ça remue, ça va dans tous les sens, ça n’a pas d’os, c’est doux au toucher. Ca fait peur et ça rassure tout à la fois. C’est juste ce qu’il faut pour amuser un enfant, et c’est instructif à son âge.
- Oui, je comprends, je n’ai jamais dit le contraire. Je ne suis pas stupide.
Mais comme l’âne avait l’air vraiment trop content, le boeuf ajouta:
- Mais ne va te mettre à lui braire dans la figure. Tu le tuerais.
la suite dans le recueil L’Enfant de la haute mer, de Jules Supervielle (1884-1960). Au CDI…
nolhac
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