La traversée du Mozambique par temps calme

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Le capitaine Belalcazar et son équipe, composée de personnages tous plus loufoques les uns que les autres, entreprend un long voyage en quête d’une mystérieuse cité inca : Païtiti. Là-bas dit-on, l’or coule à flots, ce qui ne manque pas de donner du courage à l’équipe qui traversera des paysages très divers, semés de multiples surprises, et affrontera pour notre plus grand plaisir de nombreuses embûches absolument improbables.
En nous faisant croire pendant les soixante-dix premières pages à un roman d’exploration quelque peu absurde mais réaliste, Patrice Pluyette s’amuse à nous surprendre en introduisant subitement un bateau fantôme, un pirate géant surgi de nulle part, ou encore en faisant disparaître mystérieusement une femme à bord, Malebosse, dont nous n’entendrons plus parler avant la dernière phrase du livre. Le récit bascule dans la science fiction tout en conservant un cadre réel. Cette combinaison de genres subtilement mesurée invite volontiers le lecteur à suivre le périple pour le moins singulier de personnages atypiques et sympathiques aux personnalités presque aussi désarçonnantes que leurs noms, tels qu’Hug-Gluq, Petit Pénis, Inyoudgito, ou tout simplement… Jean-Philippe !
S’inscrivant dans un univers proche du conte, La traversée du Mozambique fait également écho à Candide de Voltaire par sa structure déconstruite.
Ayant l’audace de décrire un détail moindre avec la plus grande intention, Pluyette se plaît tout autant à emporter le lecteur dans un délicieux voyage bien improbable, passant des glaces de la banquise à la chaleur humide de la jungle en quelques lignes seulement. Cette alternance incessante de la digression et de l’ellipse offre un rythme rebondissant, imprévisible, dynamique, appuyé sur une narration au présent délicatement parsemée de clins d’œil au lecteur, «sachant que la circonférence de ce nuage avoisine les deux cent mètres, vous calculerez approximativement la hauteur de la montagne», nous interpelle-t-il par exemple. Même si le suspense est parfois clairement aboli volontairement («Hug-Gluq disparaîtra dans une chute d’eau vertigineuse au chapitre 49 de ce livre», nous signale très naturellement l’écrivain), le lecteur n’est jamais au bout de ses surprises : l’équipage, toujours piégé dans des situations abracadabrantes dont on n’imagine pas l’issue possible, est finalement tiré d’affaire par une trappe secrète au beau milieu de l’Antarctique, ou encore par le retour à la vie inattendu d’un Jean-Philippe mort dix-neuf chapitres plus tôt. Le ton ironique de Patrice Pluyette ajoute une couleur alléchante à l’histoire ; impossible de s’ennuyer !
La plume légère de l’auteur glisse délicatement sur toutes les pages du roman, offrant un rythme mélodique à la lecture. «Escaladant l’ubac, bivouac au sommet, désescaladant l’adret, non sans adresse» en est une preuve magnifique, et résonnent ainsi les mots du jeune écrivain, choisis avec une attention particulière.
Sous cette épatante exploration du monde pas si calme que cela après tout, se cache une réelle réflexion sur le bonheur : on parvient à cueillir une belle morale à l’extrémité de ce bouquet multicolore.
Maëlle Teutsch