4 novembre, 2008
Goncourt des Lycéens
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Jean-Louis Fournier
Où on va, papa ?

Photo extraite de http://www.lefigaro.fr/livres/2008/11/04/03005-20081104ARTFIG00302-jean-louis-fournier-femina-singulier-.php
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Un père nous raconte avec humour sa vie en compagnie de ses deux fils handicapés.
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Jean-Louis Fournier dédie son livre à ses deux enfants handicapés. Il leur fait part de ses sentiments, de ses peines, de ses joies et de ses regrets.
Le titre « Où on va, papa ? » fait référence à une phrase que l’un de ses fils prononçait de façon permanente lorsque ce dernier se retrouvait en voiture.
C »est dans ce récit aux brefs chapitres et courtes scènes débordant d’anecdotes que Jean-Louis Fournier décrit à la fois sa culpabilité (« Pardon de vous avoir loupés« ) et ses remords (« ne pas les avoir conduits au musée, au concert « ). Il veut briser l’image des parents « malheureux » des handicapés : « Un père d’enfants handicapés n’a plus le droit de rire, ce serait du plus parfait mauvais goût. », ou encore cette obligation d’avoir « le physique de l’emploi, de prendre l’air malheureux. ».
Jean-Louis Fournier fait preuve de beaucoup d’humour assumé jusqu’au bout pour ses deux fils handicapés, « la tête pleine de paille« . Il utilise cet humour noir come une carapace, pour mieux gérer ses douleurs, en prenant de la distance. Cependant, il ne cherche pas à se plaindre, bien au contraire. Il dédramatise la situation et « ôte » la pitié que l’on peut parfois éprouver pour les handicapés. Le livre peut faire preuve d’amour et de tendresse, comme de moquerie, d’émotion bouleversante ou de cruauté.
Ces vérités, comme nos peurs face au handicap, ces propos très directs, d’une totale franchise, exprimés si simplement, peuvent surprendre le lecteur et montrent son incroyable cran, son courage et son talent. Il est capable d’exposer les sentiments les plus complexes et les plus confus. Il révèle des pensées qui peuvent toucher chacun mais que l’on n’ose pas dire, du fait de leur absurdité, et de ce fait, rassure les parents d’enfants handicapés qui pensent de même. Il nous présente la découverte d’une réalité, nous remet en question.
Il évoqie une belle leçon de vie dans ce livre où rien n’est pessimiste. C’est simple. Drôle. Emouvant. C’est Jean-Louis Fournier.
Rémi Bertrand
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Mais où va-t-on ? (Papa)

Mais où va-ton, Monsieur Fournier ? Voilà que vous plaisantez en parlant de jeunes handicapés mentaux et physiques (qui ne sont autres que vos enfants) ?
Que dire de ce livre sinon que c’est une violente gifle ? Jean-Louis Fournier nous parle de ses deux enfants handicapés, Mathieu et Thomas, de leur vie quotidienne, des malheurs, des déceptions, des projets d’avenir réduits à néant, de sa femme qui le quitte. On dirait que l’auteur se précipite dans le gouffre du mélodrame, mais non !
Voilà toute la magie de ce livre. L’auteur nous parle de ses enfants avec tendresse, regret et humour, oui, humour, vous m’avez bien compris. Jean-Louis Fournier m’a appris que l’on pouvait rire de tout : de soi, des handicapés, du regard des gens.
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Jean-Louis Fournier est âgé de 70 ans et fait partie des plus anciens de la sélection Goncourt. Il a commencé à écrire en 1992, avec son essai La grammaire française et impertinente. Il publie ensuite vingt-quatre récits et essais et Où on va, papa ? , sa deuxième sélection pour le Goncourt a déjà obtenu le Prix Femina.
Un mystérieux contributeur de 1ère LC (il peut se signaler, merci !)
4 novembre, 2008
Goncourt des Lycéens
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Un ennui(t) sous les ruines
Alain Jaubert tente de reconstituer une atmosphère antique qui tombe rapidement en poussières.
UNE NUIT A POMPEI – Alain Jaubert :
Ancré aux alentours du Vésuve, le roman d’Alain Jaubert alterne souvenirs historiques et culturels d’Italie et une fiction érotique au cœur de Pompéi. Celle-ci regroupe trois personnages (un narrateur sexagénaire, une actrice britannique et une archéologue italienne spécialisée dans l’érotisme antique) qui, au cours d’une fête, se prêtent à de multiples « jeux » au travers des rues de la ville antique. Ce sujet semble a priori fidèle au créateur de la série de la série Palettes et de multiples documentaires sur les divers héritages artistiques de l’Histoire. Mais Une nuit à Pompéi s’avère être une mauvaise surprise littéraire.
L’un des rares points positifs du livre est la connaissance culturelle et historique dont fait preuve Alain Jaubert au travers de ses souvenirs ou de ses lectures sur Pompéi. Cependant, les faits sont souvent exposés dans un style d’écriture classique, tenant plus du documentaire et partageant rarement un point de vue personnel. De même, les nombreuses descriptions visuelles des paysages d’Italie se succèdent telles des photographies, figées dans l’espace et dont la seule animation reste l’afflux de touristes. Alain Jaubert dénonce par ailleurs cette dégradation de l’héritage antique par toute forme de corruption (tourisme, pollution due notamment aux substances illicites). Ce parti pris, pourtant intéressant, reste néanmoins peu exploré (la présence de la Camorra, par exemple, aurait pu se manifester davantage dans les quartiers aussi mouvementés de Naples). Si certains chapitres impressionnent, comme l’épisode des seringues, second revêtement de sol semblant naturel malgré sa dangerosité, l’écrivain capte néanmoins peu d’ambiance dans cette Italie, pourtant chargée de mystères. Il n’insuffle pas ou peu de vie à son tableau et se répand en de longues descriptions répétitives. La dimension informative et culturelle trouve ainsi rapidement ses limites, notamment en raison d’un style d’écriture n’apportant aucune émotion au lecteur, restant banal et froid.
A l’inverse, le narrateur jouit d’une palette de sensations découvertes durant cette « nuit ». En effet, tout un pan du livre est consacré aux péripéties sexuelles du personnage principal. Dès le chapitre concernant la visite du musée, le lecteur est immergé par un univers au premier abord surprenant, se caractérisant par la prédominance du sexe et ses dérivés sur toute forme d’art (sculptures, gravures, bas-reliefs…). Cependant, cette visite s’avère rapidement agaçante en raison du voyeurisme désagréable du narrateur vis-à-vis de l’archéologue, situant le spectateur à une place qui ne lui procure que le malaise. De plus, ce chapitre, de même que les scènes ultérieures, devient lassant et répétitif, multipliant les synonymes et les positions lascifs.
Le narrateur, un certain Alain, s’éprend ensuite pour deux jeunes femmes aux attraits semblant le satisfaire. Le trio se lie tout d’abord par les noms, Alain, Marina, Anna Maria, proches de l’anagramme par les nombreuses similitudes dans le choix des lettres. La lettre « a » unifie les trois, pouvant se relier au terme « antique ». L’ambition d’Alain Jaubert est d’ainsi communier ces quatre termes le temps d’une nuit. De même, la durée induit la notion d’un moment éphémère, où toutes les limites sont repoussées. Les trois personnages s‘ébattent en conséquent dans de multiples jeux sexuels pendant plus du tiers du récit. Les personnages féminins sont étrangement sous le charme de l’homme, n’hésitant pas à exhiber leurs attraits et à se dénuder, répondant à ses fantasmes inassouvis. Par leur obéissance joyeuse, les personnalités de ces deux femmes s’avèrent creuses et incompréhensibles. Quant au personnage principal, par son obsession constante des formes féminines, et non des caractères ou sentiments, peut fortement inquiéter et rend la lecture plus pénible, le lecteur n’ayant peu ou pas d’attache au travers des personnages.
La recherche permanente de sensations sexuelles, en dépit des émotions humaines, se manifeste également par un amalgame de descriptions et d’observations de plus en plus grotesques et scrupuleusement détaillées. Ces scènes dénuées d’intérêt manquent cruellement de sensualité. L’érotisme antique que Jaubert prétend reconstituer se transforme, par son style morne et obsessionnel, en une démonstration uniquement pornographique. Jean-Baptiste Del Amo avait su, avec Une éducation libertine, donner à ses rares scènes sexuelles une atmosphère âcre et fascinante dans les bas-fonds de Paris. Une nuit à Pompéi est loin de la cruauté sexuelle de l’Antiquité, où l’ambiguïté des rapports entre les individus se manifestait, certes par la sexualité, mais aussi par le rang social, la position politique ou les richesses.
Ce livre pose évidemment la question de la place du lecteur dans une œuvre littéraire. Doit-il se reconnaître, s’identifier afin d’adhérer à l’œuvre ? L’écriture d’Alain Jaubert peut maintenir à distance le lecteur, voire le repousser au vu de sa position vis-à-vis des actions de ses personnages. Mais son parti pris est défavorisé par un style d’écriture ne traduisant aucune émotion, loin de l’effet éphémère et saisissant que cherche à obtenir Jaubert dans ce court laps de temps qu’est « une nuit à Pompéi ». Celle-ci tombe en ruines dont le souvenir ne subsistera pas.
Oriane Sidre
4 novembre, 2008
Goncourt des personnels
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Un « petit » livre qui va droit au but… touché-coulé. Le style est agréable, les formules ciselées et on a envie de relire des passages et, même, arrivé à la fin, de relire quelques pages du début. Il y a, dans l’histoire comme dans la formulation, une montée en puissance qui nous tient en haleine et nous fait nous identifier encore une fois à la narratrice, ou à tout le moins, éprouver de la compassion et du dégoût…
Dégoût pour cette violence, pour cette utilisation de la religion à des fins violentes, pour ce gâchis et pour toutes ces femmes battues, violentées et même violées dont seul le sang semble faire jouir ces hommes en mal de virilité…
Quelques notes positives tout de même : le beau-père que tout le monde croit fou parce qu’il est sage, la tante que tout le monde croit morte parce qu’elle est trop vivante et la libération progressive de la parole de la narratrice… jusqu’à la délivrance. Mais à quel prix ! Dérangeant, très dérangeant… LW
4 novembre, 2008
Goncourt des Lycéens
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Propriété privée
Qui touche à mon corps je le tue de Valentine Goby

De la victime au bourreau, ce roman aborde un thème dérangeant avec une crudité poétique.
♥♥♥♥
L’auteure retrace l’histoire tragique de trois vies réunies par le thème de l’avortement. Mais ce dernier n’est pas le sujet principal du roman. Effectivement, Valentine Goby a voulu développer dans son livre la difficulté des rapports à notre corps et à la liberté : « Dors, Lucie L., moi je choisis de te regarder depuis cette courbe de ton dos, depuis ce point du monde où tu es unique, où tu échappes à toute catégorie, à tout devoir, ni femme, ni fille, ni mère, seulement une silhouette aux contours fragiles, une personne, née d’un long, patient travail de reconquête. »
A l’âge de 34 ans, l’écrivain a déjà écrit cinq romans. Pour la première fois, elle fait partie de la sélection 2008 du Prix Goncourt. Auparavant, elle a reçu plusieurs prix littéraires : le prix de la fondation Hachette, le prix Méditerranée des jeunes, le prix du Premier de l’Université d’Artois, le prix Palissy et le prix René Fallet en 2003 pour son roman La note sensible. En 2007, elle publie L’échappée qui témoigne déjà d’un sens aigu de la souffrance.
Dans son nouvel ouvrage, Valentine Goby aborde le sujet difficile de l’avortement, avec une écriture viscérale et émouvante. Elle expose trois personnages : Marie G., une faiseuse d’anges, Lucie L., une femme qui avorte, et Henri D., l’exécuteur. Ces destins brisés, ces vies tourmentées et indirectement mêlées nous font partager leurs doutes, leur douleur, leur enfance et leurs souffrances. Le fait qu’il s’agisse de personnes ordinaires rend le roman plus poignant : « Demain, il sera l’exécuteur des hautes oeuvres, mais à l’instant, le corps passé dans un pyjama bleu aux genoux distendus, les joues rêches, l’haleine lourde, il est ce que les journaux nomment un homme ordinaire. »
Qui touche à mon corps je le tue est un titre en forme de menace, il nous percute. Mais on le ressent différemment après la lecture du récit de ces trois héros, qui sont touchés jusqu’au tréfond de leur intégrité physique. Ce livre est une lumière éblouissante qui jaillit d’un thème profondément sombre.
Vanessa Paget