Le rêve de Machiavel
5 novembre, 2008 Goncourt des personnels Aucun commentaire
Titre : Le rêve de Machiavel
Auteur : Christophe Bataille
Editeur : Grasset, 218 pages
Sujet : le personnage historique Machiavel au cœur d’une épidémie de peste qui a ravagé Florence et qui se répand dans la petite ville où il s’est réfugié.
Mode de narration : un récit premier à la troisième personne situé au cœur de la Renaissance. Le narrateur anonyme n’est pas omniscient, il épouse le point de vue confus et angoissé de Machiavel avec lequel le lecteur partage rêves et cauchemars.
Structure narrative : durée narrative sur quelques jours, ou semaines, c’est assez flou ; on suit le parcours de Machiavel dans cette ville de façon chronologique. Seules quelques analepses (retours en arrière) sur sa vie passée ou sur son départ de Florence viennent interrompre la linéarité du récit. Pour autant, le récit est loin d’être clair, confortable et attendu. Il est haché, de nombreuses ellipses le découpent, qui forment autant d’inconnues, de blancs. Car on suit le point de vue du personnage, son sommeil, ses confusions, ses malaises. Cette structure est globalement réussie et contribue à l’intérêt du récit.
Voix narrative : le narrateur est très effacé, voire délibérément absent derrière les émotions du personnage. Seules quelques remarques sur le personnage de Machiavel le signalent au lecteur. Cependant, à un moment donné vers la fin du roman, ce narrateur intervient et commente sa propre narration, comme si le romancier avait besoin ici de justifier ses choix narratifs. Intrusion un peu maladroite et artificielle me semble-t-il.
Personnages : tout tourne autour du personnage de Machiavel, comme figure intellectuelle et culturelle. L’idée est intéressante, car elle se double d’une interrogation du personnage lui-même, et de ceux qu’il rencontre, sur son statut d’homme déjà légendaire. Peut-être cette piste n’est-elle pas assez creusée ? Pour un lecteur qui ne connaît pas bien Machiavel (c’est mon cas), l’ensemble manque d’épaisseur.
Thèmes : amour, mort, pouvoir, richesse, savoir se mêlent dans un ballet assez fascinant car la peste vient tout chambouler : les certitudes, les corps, le statut social, les sentiments, les hommes, les animaux. L’ensemble est assez violent ; c’est ce qui fait l’intensité du roman.
Ecriture : écriture du morcellement et du blanc sur la page avec lequel l’auteur joue beaucoup. Cela convient bien au caractère onirique de l’ensemble.
Bilan général positif ; roman qui ne laisse pas indifférent ; à la fois très noir, très charnel, et très spirituel, voire métaphysique.
Note : 13/20
I. Lasfargue
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