Prix Goncourt des Personnels du Lycée : résultat du vote

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Prix Goncourt des Personnels

 Lycée Henri Poincaré

Vote du 20 Janvier 2009

 

 

 

Nous étions une quinzaine de fidèles mardi dernier, bien décidés à défendre nos coups de cœur, pour ce second tour de vote, autour d’un apéritif détendu et convivial.

Mme Martine Lalevée, directrice de la FNAC de Nancy nous a fait l’honneur de sa présence et a assisté à une partie des débats, qui, bien qu’informels, n’en furent pas moins riches et chaleureux.

Chacun des trois romans a été présenté dans un premier temps, ce qui a lancé les discussions. Puis nous avons procédé au vote, dans la joie et la bonne humeur.

 

 

  • Là où les tigres sont chez eux, de Jean-Marie Blas de Roblès  a séduit par son exigence et sa richesse… Richesse du contenu, de la documentation, richesse des registres différents, enfin richesse du jeu avec l’intelligence du lecteur, toujours sollicitée. On a aussi souligné l’intérêt du regard particulier et critique que peut avoir un transcripteur (Eleazard von Wogau) sur l’auteur qu’il étudie, cet Athanase Kircher, personnage étonnant, inconnu de tous, que nous découvrons avec beaucoup de plaisir. Les critiques négatives sont rares pour ce roman : l’une d’elles portait sur le grand nombre d’intrigues et la sensation d’éparpillement qui en résulte, mais un fervent défenseur nous a avoué que c’était avec une joie sans mélange qu’il retrouvait, chaque soir, durant les vacances de fin d’année, Athanase et ses compères. Enfin, la fin du roman et le pessimisme du dénouement ont déçu quelques-uns d’entre nous, mais c’est sans doute que la situation du Brésil d’aujourd’hui, hélas, ne porte pas à l’euphorie…

 

Par ailleurs, nous invitons ceux qui voudraient en savoir davantage à visiter le très beau site de cet auteur, à l’adresse  http://www.blasderobles.com/site.html . Là où les tigres sont chez eux a obtenu le Prix Médicis.

 

 

  • Pour ceux qui ont aimé le Blas de Roblès, Un brillant avenir de Catherine Cusset est bien pâle et insignifiant : certains, qui se sont attendus à lire un roman sur l’exil, ont été déçus du traitement des événements historiques, qui semblent « tourner autour des personnages » sans les atteindre. D’autres déplorent la grande platitude du style, le peu d’intérêt de l’écriture, qui s’ajoute à la mise en scène banale des personnages, argument qui n’est pas du goût d’autres lecteurs (lectrices) qui ont été touché(e)s par l’accès facile à l’univers de ce roman, la justesse du ton dans les thèmes abordés -le déracinement, les relations familiales. Et la platitude s’apparente, pour ces lecteurs-là, davantage à de la sobriété ou à de la simplicité ; ils ont au contraire apprécié la justesse dans la peinture des relations familiales. Et se souviennent que déjà, dans ses précédents romans, C. Cusset nous donnait à voir des personnages sur lesquels l’agitation extérieure semblait n’avoir aucune prise.

 

Rappelons qu’Un brillant avenir a obtenu le Prix Goncourt des Lycéens et que C. Cusset sera au forum de la FNAC de Nancy ce vendredi 30 janvier à 17 h 30.

(http://rendezvous.fnac.com/agenda_magasin.asp?shp=151&origin=fnacaff ).

 

 

 

·        Qui touche à mon corps je le tue de Valentine Goby est un roman qui n’a laissé personne indifférent ; s’il est le plus court des trois derniers en lice, sa structure n’est pas la moins poussée, ce qui (entre autres qualités) le rend favori pour certains d’entre nous. La force de l’écriture à trois niveaux de narration, le style sobre et percutant, le sujet terrible, nous ont souvent profondément touchés. L’une d’entre nous remarque d’ailleurs que les trois romans finalistes ont des structures narratives qui présentent des similitudes de construction – trois narrateurs (Goby) ou quatre histoires (Roblès) ou encore le va-et-vient des flash-back (Cusset) -, même si le traitement est différent. Et que le lecteur exigeant soit séduit est la preuve que le roman français et son lectorat se portent bien.

 

A l’issue de ces échanges, nous avons voté autour d’une part de quiche ou de galette, le temps également de se remémorer les coups de cœur de ce Goncourt, comme par exemple « Où on va, papa », de Jean-Louis Fournier, ou bien encore « Une éducation libertine » de Jean-Baptiste del Amo, qui a été choisi par les élèves. Mme Lalevée a remercié le groupe pour son investissement et son invitation, et souhaite conserver le contact avec le lycée pour notre prix de l’an prochain, dont les modalités restent à préciser (romans étrangers ? coups de cœur ?… ).

 

Ainsi que la ferveur des débats l’avait laissé présager, le résultat du vote a été très serré :

 

Nombre de suffrages exprimés (15 présents+3 procurations) : 18

Valentine Goby, Qui touche à mon corps je le tue : 5 voix

Catherine Cusset, Un brillant avenir  : 6 voix

Jean-Marie Blas de Roblès, Là où les tigres sont chez eux : 7 voix

 

 

Le vainqueur est Jean-Marie Blas de Roblès pour Là où les tigres sont chez eux.

 

*****

 

Merci à tous ceux qui ont participé à ce prix Goncourt des personnels du lycée, qui ont fait vivre les débats pendant les réunions et qui ont échangé leurs impressions, qui sur le blog, qui au CDI au moment du prêt, qui à la cantine…

Merci aux élèves de 1ère LC qui sont venus à deux de nos réunions, et qui ont couvert vitres et murs de petites phrases percutantes, pour nous rappeler que nous n’étions pas seuls avec nos lectures.

Merci à tous ceux qui au lycée nous ont facilité l’organisation et la vie au jour le jour de cette expérience, depuis l’inscription et la constitution du dossier jusqu’à la collation de ce 20 janvier.

 

L’équipe du Goncourt

cdipoinca@gmail.com

http://lewebpedagogique.com/cdipoinca/

 

Qui touche à mon corps je le tue (Fiche de lecture)

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Qui touche à mon corps je le tue

 Valentine Goby

 

 

Sujet : trois destins tragiques autour de l’avortement : l’avorteuse condamnée à mort, le bourreau, la femme qui avorte .

 

Mode de narration : trois récits alternés autour des trois destins

 

Structure narrative : durée narrative très resserrée, comme dans la crise tragique, d’un aube à une autre ; durée qui scelle ces trois destins, la mort subie, la mort donnée, la mort du fœtus. A cela s’ajoutent de nombreuses analepses qui relatent la vie passée des trois personnages, explication partielle et subjective de leur destin présent.

Voix narrative : récit premier à la troisième personne ; mais le narrateur absent cède la parole à ses personnages parfois, notamment à Lucie L.

Personnages : trois personnages magnifiques, de force et d’émotion ; trois destins à la fois très réalistes et nimbés d’une vraie dimension tragique, mais sans emphase , tout en retenue.

Thèmes : la mort omniprésente, la violence de la société, le droit de tuer, le regard des autres ; une époque intolérante et dure, celle de la première moitié du XXème siècle

Ecriture : très belle, très forte ; sans cesse dans l’émotion, dans la gravité, mais aussi dans la crudité et la violence

Bilan général très positif ; roman qui secoue, qui fait naître l’émotion, qui donne à méditer sur ces actes qui définissent à eux seuls une société : la peine de mort et le droit à l’avortement

 

Note : 15/20

 

I. Lasfargue

 

Délibérations régionales à Metz le 7 Novembre

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Hannelore, élue par la classe, a été défendre les trois romans choisis par la classe de 1ère LC :

  • Une éducation libertine (Jean-Baptiste del Amo)
  • Syngué Sabour, Pierre de patience (Atiq Rahimi)
  • La traversée du Mozambique par temps calme (Patrice Pluyette)

Les 11 établissements du Nord-Est ont retenu :

  • Syngué Sabour, Pierre de patience (Atiq Rahimi)
  • Un brillant avenir (Catherine Cusset)
  • Qui touche à mon corps, je le tue (Valentine Goby)

Malheureusement, notre déléguée, qui s’est bien battue, n’a pas été sélectionnée pour représenter le Nord-Est aux délibérations nationales de Rennes le 12 Novembre .

And the winner is…

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Aujourd’hui, le Prix Goncourt des Lycéens a été attribué à…

Catherine CUSSET

 pour son roman

Un brillant avenir

Pour info, nos élèves avaient élu Une éducation libertine

de Jean-Baptiste del Amo.

Le rêve de Machiavel

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Titre : Le rêve de Machiavel

Auteur : Christophe Bataille

Editeur : Grasset,  218 pages

 

 

Sujet : le personnage historique Machiavel au cœur d’une épidémie de peste qui a ravagé Florence et qui  se répand dans la petite ville où il s’est réfugié.

 

Mode de narration : un récit premier à la troisième personne situé au cœur de la Renaissance. Le narrateur anonyme n’est pas omniscient, il épouse le point de vue confus et angoissé de Machiavel avec lequel le lecteur partage rêves et cauchemars.

 

Structure narrative : durée narrative sur quelques jours, ou semaines, c’est assez flou ; on suit le parcours de Machiavel dans cette ville de façon chronologique. Seules quelques analepses (retours en arrière) sur sa vie passée ou sur son départ de Florence viennent interrompre la linéarité du récit. Pour autant, le récit est loin d’être clair, confortable et attendu. Il est haché, de nombreuses ellipses le découpent, qui forment autant d’inconnues, de blancs. Car on suit le point de vue du personnage, son sommeil, ses confusions, ses malaises. Cette structure est globalement réussie et contribue à l’intérêt du récit.

 

Voix narrative : le  narrateur est très effacé, voire délibérément absent derrière les émotions du personnage. Seules quelques remarques sur le personnage de Machiavel le signalent au lecteur. Cependant, à  un moment donné vers la fin du roman, ce narrateur intervient et commente sa propre narration, comme si le romancier avait besoin ici de justifier ses choix narratifs. Intrusion un peu maladroite et artificielle me semble-t-il.

 

Personnages : tout tourne autour du personnage de Machiavel, comme figure intellectuelle et culturelle. L’idée est intéressante, car elle se double d’une interrogation du personnage lui-même, et de ceux qu’il rencontre, sur son statut d’homme déjà légendaire. Peut-être cette piste n’est-elle pas assez creusée ? Pour un lecteur qui ne connaît pas bien Machiavel (c’est mon cas), l’ensemble manque d’épaisseur.

 

Thèmes : amour, mort, pouvoir, richesse, savoir se mêlent dans un ballet assez fascinant car la peste vient tout chambouler : les certitudes, les corps, le statut social, les sentiments, les hommes, les animaux. L’ensemble est assez violent ; c’est ce qui fait l’intensité du roman.

 

Ecriture : écriture du morcellement et du blanc sur la page avec lequel l’auteur joue beaucoup. Cela convient bien au caractère onirique de l’ensemble.

 

Bilan général positif ; roman qui ne laisse pas indifférent ; à la fois très noir, très charnel, et très spirituel, voire métaphysique.

 

 Note : 13/20

 

I. Lasfargue

Critiques : « Où on va, papa ? »

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Jean-Louis Fournier

 Où on va, papa ?

Jean-Louis Fournier, qui s'est toujours décrit comme «un petit écrivain rigolo» et qui prétend ne pas faire de la «haute littérature» , se retrouve désormais dans un palmarès où figurent quelques-unes des grandes plumes françaises.

Photo extraite de http://www.lefigaro.fr/livres/2008/11/04/03005-20081104ARTFIG00302-jean-louis-fournier-femina-singulier-.php 

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Un père nous raconte avec humour sa vie en compagnie de ses deux fils handicapés.

Jean-Louis Fournier dédie son livre à ses deux enfants handicapés. Il leur fait part de ses sentiments, de ses peines, de ses joies et de ses regrets.

Le titre « Où on va, papa ?  » fait référence à une phrase que l’un de ses fils prononçait de façon permanente lorsque ce dernier se retrouvait en voiture.

C »est dans ce récit aux brefs chapitres et courtes scènes débordant d’anecdotes que Jean-Louis Fournier décrit à la fois sa culpabilité (« Pardon de vous avoir loupés« ) et ses remords (« ne pas les avoir conduits au musée, au concert « ). Il veut briser l’image des parents « malheureux » des handicapés : « Un père d’enfants handicapés n’a plus le droit de rire, ce serait du plus parfait mauvais goût. », ou encore cette obligation d’avoir « le physique de l’emploi, de prendre l’air malheureux. ».

Jean-Louis Fournier fait preuve de beaucoup d’humour assumé jusqu’au bout pour ses deux fils handicapés, « la tête pleine de paille« . Il utilise cet humour noir come une carapace, pour mieux gérer ses douleurs, en prenant de la distance. Cependant, il ne cherche pas à se plaindre, bien au contraire. Il dédramatise la situation et « ôte » la pitié que l’on peut parfois éprouver pour les handicapés. Le livre peut faire preuve d’amour et de tendresse, comme de moquerie, d’émotion bouleversante ou de cruauté.

Ces vérités, comme nos peurs face au handicap, ces propos très directs, d’une totale franchise, exprimés si simplement, peuvent surprendre le lecteur et montrent son incroyable cran, son courage et son talent. Il est capable d’exposer les sentiments les plus complexes et les plus confus. Il révèle des pensées qui peuvent toucher chacun mais que l’on n’ose pas dire, du fait de leur absurdité, et de ce fait, rassure les parents d’enfants handicapés qui pensent de même. Il nous présente la découverte d’une réalité, nous remet en question.

Il évoqie une belle leçon de vie dans ce livre où rien n’est pessimiste. C’est simple. Drôle. Emouvant. C’est Jean-Louis Fournier.

Rémi Bertrand

Mais où va-t-on ? (Papa)

Mais où va-ton, Monsieur Fournier ? Voilà que vous plaisantez en parlant de jeunes handicapés mentaux et physiques (qui ne sont autres que vos enfants) ?

Que dire de ce livre sinon que c’est une violente gifle ? Jean-Louis Fournier nous parle de ses deux enfants handicapés, Mathieu et Thomas, de leur vie quotidienne, des malheurs, des déceptions, des projets d’avenir réduits à néant, de sa femme qui le quitte. On dirait que l’auteur se précipite dans le gouffre du mélodrame, mais non !

Voilà toute la magie de ce livre. L’auteur nous parle de ses enfants avec tendresse, regret et humour, oui, humour, vous m’avez bien compris. Jean-Louis Fournier m’a appris que l’on pouvait rire de tout : de soi, des handicapés, du regard des gens.

——-

Jean-Louis Fournier est âgé de 70 ans et fait partie des plus anciens de la sélection Goncourt. Il a commencé à écrire en 1992, avec son essai La grammaire française et impertinente. Il publie ensuite vingt-quatre récits et essais et Où on va, papa ? , sa deuxième sélection pour le Goncourt a déjà obtenu le Prix Femina.

Un mystérieux contributeur de 1ère LC (il peut se signaler, merci !)

Critique : « Une nuit à Pompéi »

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Un ennui(t) sous les ruines

Alain Jaubert tente de reconstituer une atmosphère antique qui tombe rapidement en poussières.

 

UNE NUIT A POMPEI – Alain Jaubert :

Ancré aux alentours du Vésuve, le roman d’Alain Jaubert alterne souvenirs historiques et culturels d’Italie et une fiction érotique au cœur de Pompéi. Celle-ci regroupe trois personnages (un narrateur sexagénaire, une actrice britannique et une archéologue italienne spécialisée dans l’érotisme antique) qui, au cours d’une fête, se prêtent à de multiples « jeux » au travers des rues de la ville antique. Ce sujet semble a priori fidèle au créateur de la série de la série Palettes et de multiples documentaires sur les divers héritages artistiques de l’Histoire. Mais Une nuit à Pompéi s’avère être une mauvaise surprise littéraire.

L’un des rares points positifs du livre est la connaissance culturelle et historique dont fait preuve Alain Jaubert au travers de ses souvenirs ou de ses lectures sur Pompéi. Cependant, les faits sont souvent exposés dans un style d’écriture classique, tenant plus du documentaire et partageant rarement un point de vue personnel. De même, les nombreuses descriptions visuelles des paysages d’Italie se succèdent telles des photographies, figées dans l’espace et dont la seule animation reste l’afflux de touristes. Alain Jaubert dénonce par ailleurs cette dégradation de l’héritage antique par toute forme de corruption (tourisme, pollution due notamment aux substances illicites). Ce parti pris, pourtant intéressant, reste néanmoins peu exploré (la présence de la Camorra, par exemple, aurait pu se manifester davantage dans les quartiers aussi mouvementés de Naples). Si certains chapitres impressionnent, comme l’épisode des seringues, second revêtement de sol semblant naturel malgré sa dangerosité, l’écrivain capte néanmoins peu d’ambiance dans cette Italie, pourtant chargée de mystères. Il n’insuffle pas ou peu de vie à son tableau et se répand en de longues descriptions répétitives. La dimension informative et culturelle trouve ainsi rapidement ses limites, notamment en raison d’un style d’écriture n’apportant aucune émotion au lecteur, restant banal et froid.

A l’inverse, le narrateur jouit d’une palette de sensations découvertes durant cette « nuit ». En effet, tout un pan du livre est consacré aux péripéties sexuelles du personnage principal. Dès le chapitre concernant la visite du musée, le lecteur est immergé par un univers au premier abord surprenant, se caractérisant par la prédominance du sexe et ses dérivés sur toute forme d’art (sculptures, gravures, bas-reliefs…). Cependant, cette visite s’avère rapidement agaçante en raison du voyeurisme désagréable du narrateur vis-à-vis de l’archéologue, situant le spectateur à une place qui ne lui procure que le malaise. De plus, ce chapitre, de même que les scènes ultérieures, devient lassant et répétitif, multipliant les synonymes et les positions lascifs.

Le narrateur, un certain Alain, s’éprend ensuite pour deux jeunes femmes aux attraits semblant le satisfaire. Le trio se lie tout d’abord par les noms, Alain, Marina, Anna Maria, proches de l’anagramme par les nombreuses similitudes dans le choix des lettres. La lettre « a » unifie les trois, pouvant se relier au terme « antique ». L’ambition d’Alain Jaubert est d’ainsi communier ces quatre termes le temps d’une nuit. De même, la durée induit la notion d’un moment éphémère, où toutes les limites sont repoussées. Les trois personnages s‘ébattent en conséquent dans de multiples jeux sexuels pendant plus du tiers du récit. Les personnages féminins sont étrangement sous le charme de l’homme, n’hésitant pas à exhiber leurs attraits et à se dénuder, répondant à ses fantasmes inassouvis. Par leur obéissance joyeuse, les personnalités de ces deux femmes s’avèrent creuses et incompréhensibles. Quant au personnage principal, par son obsession constante des formes féminines, et non des caractères ou sentiments, peut fortement inquiéter et rend la lecture plus pénible, le lecteur n’ayant peu ou pas d’attache au travers des personnages.

La recherche permanente de sensations sexuelles, en dépit des émotions humaines, se manifeste également par un amalgame de descriptions et d’observations de plus en plus grotesques et scrupuleusement détaillées. Ces scènes dénuées d’intérêt manquent cruellement de sensualité. L’érotisme antique que Jaubert prétend reconstituer se transforme, par son style morne et obsessionnel, en une démonstration uniquement pornographique. Jean-Baptiste Del Amo avait su, avec Une éducation libertine, donner à ses rares scènes sexuelles une atmosphère âcre et fascinante dans les bas-fonds de Paris. Une nuit à Pompéi est loin de la cruauté sexuelle de l’Antiquité, où l’ambiguïté des rapports entre les individus se manifestait, certes par la sexualité, mais aussi par le rang social, la position politique ou les richesses.

Ce livre pose évidemment la question de la place du lecteur dans une œuvre littéraire. Doit-il se reconnaître, s’identifier afin d’adhérer à l’œuvre ? L’écriture d’Alain Jaubert peut maintenir à distance le lecteur, voire le repousser au vu de sa position vis-à-vis des actions de ses personnages. Mais son parti pris est défavorisé par un style d’écriture ne traduisant aucune émotion, loin de l’effet éphémère et saisissant que cherche à obtenir Jaubert dans ce court laps de temps qu’est « une nuit à Pompéi ». Celle-ci tombe en ruines dont le souvenir ne subsistera pas.

Oriane Sidre

Critique : « Qui touche à mon corps je le tue »

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Propriété privée

 

Qui touche à mon corps je le tue  de Valentine Goby

 

De la victime au bourreau, ce roman aborde un thème dérangeant avec une crudité poétique.

♥♥♥♥

 

L’auteure retrace l’histoire tragique de trois vies réunies par le thème de l’avortement. Mais ce dernier n’est pas le sujet principal du roman. Effectivement, Valentine Goby a voulu développer dans son livre la difficulté des rapports à notre corps et à la liberté : « Dors, Lucie L., moi je choisis de te regarder depuis cette courbe de ton dos, depuis ce point du monde où tu es unique, où tu échappes à toute catégorie, à tout devoir, ni femme, ni fille, ni mère, seulement une silhouette aux contours fragiles, une personne, née d’un long, patient travail de reconquête. »

A l’âge de 34 ans, l’écrivain a déjà écrit cinq romans. Pour la première fois, elle fait partie de la sélection 2008 du Prix Goncourt. Auparavant, elle a reçu plusieurs prix littéraires : le prix de la fondation Hachette, le prix Méditerranée des jeunes, le prix du Premier de l’Université d’Artois, le prix Palissy et le prix René Fallet en 2003 pour son roman La note sensible. En 2007, elle publie L’échappée qui témoigne déjà d’un sens aigu de la souffrance.

Dans son nouvel ouvrage, Valentine Goby aborde le sujet difficile de l’avortement, avec une écriture viscérale et émouvante. Elle expose trois personnages : Marie G., une faiseuse d’anges, Lucie L., une femme qui avorte, et Henri D., l’exécuteur. Ces destins brisés, ces vies tourmentées et indirectement mêlées nous font partager leurs doutes, leur douleur, leur enfance et leurs souffrances. Le fait qu’il s’agisse de personnes ordinaires rend le roman plus poignant : « Demain, il sera l’exécuteur des hautes oeuvres, mais à l’instant, le corps passé dans un pyjama bleu aux genoux distendus, les joues rêches, l’haleine lourde, il est ce que les journaux nomment un homme ordinaire. »

Qui touche à mon corps je le tue est un titre en forme de menace, il nous percute. Mais on le ressent différemment après la lecture du récit de ces trois héros, qui sont touchés jusqu’au tréfond de leur intégrité physique. Ce livre est une lumière éblouissante qui jaillit d’un thème profondément sombre.

Vanessa Paget

Critique : « Un brillant avenir »

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Un brillant avenir

de

Catherine Cusset

♥♥♥♥

Catherine Cusset évoque le destin d’une Roumaine exilée aux Etats-Unis, à la fois attachante et troublante…

Elle s’appelle Elena. C’est une orpheline adoptée par son oncle et sa tante. Elle grandit en Roumanie communiste. Un jour, elle tombe éperdument amoureuse de Jacob, unjeune homme juif. Et malgré l’opposition de ses parents, elle l’épouse et parvient à fuir avec lui en Israël. Puis ils immigreront aux Etats-Unis avc leur fils Alexandru. A partir de ce moment, Elena n’existe que sous le nom d’Helen et promet à son fils un « brillant avenir »à Harvard. Mais devenu grand, celui-ci s’éprend d’une jeune Française appelée Marie. Il finit par l’épouser, contre l’avis de ses parents. Cette « peste » et « arrogante » belle-fille, Helen ne l’aime pas et craint que cette étrangère ne manipule son fils en l’emmenant de l’autre côté de l’Atlantique, loin de ses parents… Sans s’en rendre compte, elle reproduit le même schéma que ses parents qui lui interdisaient d’épouser Jacob de crainte de les voir s’installer en Israël.

 

Catherine Cusset retrouve le thème de la famille, qui lui est apparemment cher, car après avoir parlé de la relaon mère-fille dans La haine de la famille, elle met en scène une rivalité entre une mère et sa belle-fille. Tout oppose ces deux femmes : leur origine, leurs valeurs, leur façon de penser, tout, sauf l’amour qu’elles ont pour Alexandru qui va les réunir. En effet, quelque chose va naître entre ces deux femmes, quelque chose qui ressemble à de l’amour.

L’auteure, née à Paris en 1963, construit son livre en basculant du passé au présent, avec des aller-retour entre 1941 et 2006 sans que le lecteur se perde pour autant. Elle dévoile ainsi deux identités d’une femme  : Elena, l’orpheline roumaine et la jeune physicienne et Helen l’Américaine épanouie, la mère possessive mais vieillissante.

Le résultat ? Une histoire bouleversante et palpitante autour de personnages attachants et portée par une écriture sobre et touchante. Rien de plus brillant !

 Constance Erbstein

Réunion du 23 octobre (Prix Goncourt des personnels)

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Le 23 octobre a eu lieu la seconde réunion « Prix Goncourt des personnels ». Pour ceux qui n’ont nous rejoindre, en voici le bref résumé :

Cinq élèves de 1ère L C nous ont fait le plaisir de participer à la réunion qui a rassemblé en outre 10 membres du personnel enseignant, administratif et de l’intendance.

Quelques-uns des romans en lice ont été mis sur la sellette, et les discussions sont parties des impressions des élèves -impressions dont les adultes, il faut l’avouer, étaient fort curieux.

La traversée du Mozambique par temps calme de Patrice Pluyette est défendu par Orane pour les élèves, et par les adultes qui l’ont lu ; de lecture agréable, ludique, il reste l’un des favoris des jeunes. Lors de la rencontre du 13 octobre, l’auteur avait expliqué aux jeunes que son Païtiti à lui, c’était la littérature, et qu’il s’était senti l’âme d’un explorateur…

Syngué Sabour (Pierre de patience) de Atiq Rahimi a touché les jeunes dans la peinture de la femme que l’on y découvre. Certains lecteurs adultes ont ressenti un décalage entre la langue française, langue d’écriture du roman, et la « structure mentale » du livre. Lors de la rencontre avec l’auteur, celui-ci a raconté avoir écrit  ce livre à la suite du décès d’une de ses amies, poétesse, tuée par son mari… Si la mise en exergue dit « En Afghanistan ou ailleurs… », il ne semble pas faire de doute pour la plupart que l’histoire se passe dans un pays d’obédience islamique. Quant aux interprétations de la fin du roman, les avis sont partagés.

C’était notre terre de Mathieu Belezi en a gêné certains par l’absence de côté positif chez les personnages, qui au fond s’expriment tous de la même façon, avec le même regard. On peut y déplorer qu’il n’y ait pas de parole d’Algérien, voire que l’auteur, à qui ce roman a demandé plusieurs années de travail, ne soit jamais allé en Algérie.

Une éducation libertine de Jean-Baptiste del Amo a apporté aux jeunes un certain dépaysement historique au milieu des récits plus « modernes »(Hannelore). L’écriture de ce jeune auteur, qui a séduit son public au Livre sur la Place, a plu aux élèves par sa recherche, sa force et toutes les sensations qu’elle véhicule.

Jour de souffrance de Catherine Millet a été éliminé d’entrée et à l’unanimité par les élèves, dont certains ont évoqué la « masturbation intellectuelle » de l’auteure. « long », « lent », « Proust, mais sans Proust », autant d’avis peu positifs pour ce roman qui a du mal à trouver ses supporters.

Le silence de Mahomet de Salim Bachi est jugé de la même façon par les lecteurs, élèves ou adultes : deux parties très réussies, la première et la dernière -celles des femmes-, deux autres moins, d’où une impression mitigée pour l’ensemble.

Là où les tigres sont chez eux de Jean-Marie Blas de Roblès est un livre fascinant dans sa description du Brésil actuel et des Brésiliens de toute classe sociale, des plus aisées jusqu’aux estropiés des favelas comme Nelson, en passant par le monde de la drogue (Oriane). La fin peut paraître un peu frustrante, qu’arrive-t-il à tous ces héros si désespérés ? (Charline) Autre question : comment interpréter le titre, tiré d’une citation des Affinités électives de Goethe ?

La Beauté du monde de Michel le Bris, quoique très beau, en particulier dans les pages sur l’Afrique -où là encore, l’auteur n’est pas allé !- se lit très lentement, mais vraiment très lentement…

Bien qu’ayant beaucoup touché les élèves, les romans de Jean-Louis Fournier et de Valentine Goby n’ont pu être évoqués faute de temps ; la prochaine réunion est donc bel et bien indispensable et se déroulera le

Vendredi 14 novembre

à 13 h 15

en salle 1 du CDI

Venez nombreux !

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