Une nuit à Pompéi

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Une nuit à Pompéi, d’Alain Jaubert.

Gallimard, 304 p.

 

Sujet : un parcours culturel, affectif et érotique autour de la Campanie, Naples, le Vésuve et Pompéi.

 

Mode de narration : un récit premier à la première personne situé en l’an 2000 à l’occasion de l’ouverture du cabinet des secrets du Musée archéologique de Naples, entrecoupé par des récits rétrospectifs sur les diverses aventures du narrateur en Campanie depuis sa jeunesse sur le mode du parcours d’apprentissage ; puis à peu près aux 2/3 du roman, la narration se stabilise autour d’une nuit à Pompéi, mêlant scènes érotiques et mini-récits enchâssés sur le mode de Shéhérazade.

 

Structure narrative : les choix narratifs sont variés ; d’une proportion relativement agréable à suivre ; pas de transition, les ellipses et changements de cadre spatio-temporel sont scandés et assurés par les chapitres. La structure temporelle des récits rétrospectifs est non linéaire, ce qui donne à l’ensemble un montage quelque peu kaléidoscopique pas désagréable. L’ensemble est uni pas le cadre spatial, la région de Naples et ses lieux cultes. Le tempo narratif du récit premier est d’abord celui de la scène avec quelques ellipses, puis le cadre temporel est dilaté quand du séjour à Naples on passe à la nuit dans le site archéologique de Pompéi, nuit qui devient le fil conducteur du récit. Cela crée un déséquilibre dans le roman ; pourquoi pas ! cela nous conduit à la justification du titre, cette nuit à Pompéi devient finalement la clé de l’art de vivre du narrateur, art de l’instant, du plaisir et de l’amour de l’art !

 

Voix narrative : un narrateur cultivé, mais direct dans ses récits érotiques ; un double à peine voilé de l’auteur ; pas de style marqué, ni en bien, ni en mal.

 

Personnages : Le narrateur se veut très proche de l’auteur, par son prénom, sa profession. Le texte se donne quand même comme un roman. Ce narrateur apparaît comme un hédoniste dont la maturité est tempérée par les récits rétrospectifs qui lui donnent l’allure d’un personnage de roman d’apprentissage, ce qui n’est pas déplaisant. Deux personnages féminins , ensuite, viennent sur le devant de la scène quand commence la séquence de la nuit à Pompéi. Femmes réelles ou femmes rêvées , elles réunissent à l’évidence, à elles deux, toutes les qualités de l’idéal féminin de l’auteur, semble-t-il. Elles ne sont pas très fouillées psychologiquement, toutes campées pour susciter le désir du narrateur. D’autres silhouettes féminines apparaissent : une prostituée napolitaine, l’adolescente américaine, une  Lolita finalement effarouchée, la belle naïade- mariée- mère- inconnue, assez pittoresques ; cela contribue à  décorer cette galerie de femmes qui parcourent le roman au gré du désir du narrateur. Pour le reste, pas grand chose.

 

Thèmes : l’amour physique ; le désir ; les corps féminins ; l’amour à Rome ; l’amour de l’art ; l’art comme mode de vie ; un hymne à Naples, Pompéi ; un récit de voyage en fait, accompagné de descriptions d’objet d’art. On sent l’amateur de femmes et d’art.

 

Ecriture : rien à signaler ; c’est simple et correct, mais par là même assez terne et invisible. Mais il vaut mieux ça qu’un style raté et artificiel.

 

Bilan général assez positif ; lecture agréable ;ce qui m’a surtout plu c’est Naples, le Vésuve, Virgile, le latin, Pompéi et ses fresques, bref des choses qui me sont familières et que j’aime beaucoup. C’est une façon plaisante de revisiter cette culture napolitaine , si riche. Quand à la dynamique romanesque, elle m’a amusée ; ce gaillard de 60 ans si plein de désir pour les femmes comme pour l’art est finalement une espèce d’hymne à la vie. Pourquoi pas ?

 

 Note : 12/20

 

Fiche de lecture : Le silence de Mahomet

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Le silence de Mahomet

 

de Salim BACHI

Gallimard, 350 p.

  • Sujet : quatre biographies croisées de Mahomet
  •  Mode de narration : 4 récits, 4 narrateurs qui ont connu Mahomet, sa première femme, son premier successeur, l’un de ses généraux, sa dernière femme ;
  • Structure narrative : les 4 récits s’enchevêtrent +/- de façon chronologique, du plus ancien au plus récent ; on va ainsi du Mahomet avant l’Egire à la mort de Mahomet ; l’idée est bonne et évite une structure trop marquée, trop attendue ; en revanche à l’intérieur des récits, les enchaînements sont tous implicites, peu clairs ; choix apparent de la spontanéité, du subjectif comme si les souvenirs ressurgissaient de façon un peu anarchique, comme si l’émotion et l’affectif présidaient à l’ordre des souvenirs. L’idée est bonne mais peu réussie. Pour un lecteur néophyte l’enchaînement des faits, la superposition des chronologies obscurcissent la lecture.
  • Voix narrative : parti pris d’une oralité ; 4 conteurs au ton relativement familier ; mais là encore c’est peu réussi ; parfois la voix devient très neutre, on ne la sent plus derrière les faits racontés.
  • Personnages : l’idée de départ semblait intéressante, mais, même si on perçoit les différences de points de vue, les caractères variés, l’ensemble est peu creusé ; souvent ces personnages se ressemblent et se confondent quand ils se font les simples témoins du parcours du prophète.  Le biographique déborde du romanesque.
  • Thèmes : la voix des femmes est intéressante ; on comprend d’un peu plus près et de façon concrète les principales règles de la religion musulmane ; mais finalement on reste sur sa faim. 
  • Ecriture : si on reconnaît le ton des conteurs orientaux, si certains passages ne sont pas dénués de poésie, l’ensemble est assez fade et terne.
  • Bilan général assez négatif ; lecture difficile ; l’abondance de noms propres avec lesquels on est peu familier crée un obstacle et nuit à l’imprégnation. Le récit vire souvent à l’apologie de Mahomet et le romanesque est finalement peu présent. On n’atteint jamais la qualité des romans historiques d’un Amin Maalouf par exemple. Je n’ai pas accroché du tout.
  • Note : 8/20

I. Lasfargue