C’était notre terre, Mathieu Belezi
15 novembre, 2008 Goncourt des Lycéens Commentaires fermésCertes, c’est un livre de 475 pages, et il a pu être décrit comme l’un des « pavés » de la sélection.
15 romans en 2 mois. Et celui-ci en fait partie. Dans la classe, Il n’a apparemment pas fait l’unanimité des emprunts, c’est dommage pour les lecteurs qui n’en ont pas profité!
Cet ouvrage nous offre la possibilité de voir sous différents points de vue l’occupation des Français- les pieds noirs- en Algérie. Nous suivons pour cela les confessions d’une famille de colons, et de leur servante/nourrice.
Les parents sont nés à Cassagne, où ils ont vécu jusqu’à leur mort, ainsi que leurs enfants, dans le domaine de Montaigne, leur propriété. Ils étaient riches et influents.
Le père, « pur » colon, tient une entreprise dans laquelle il gère des terres et des ouvriers, exploités. Il émet un pouvoir autoritaire, de sortes que personne n’ose le défier. C’est ainsi que sa famille et ses employés sont protégés par son influence.
La mère possède elle aussi de la main-d’oeuvre, qui s’occupe des tâches ménagères, de son jardin et de ses enfants, lui laissant un temps libre pour organiser des fêtes où elle montre ses robes les plus coûteuses et « haute couture ».
Le fils, Antoine, se révèle être un résistant à la domination des colons – donc de son père- et se bat pour l’indépendance de l’Algérie. Il meurt d’ailleurs en héros, lors d’un interrogatoire de policiers violents. Il était l’aîné des 3 enfants, le grand frère qui rassurait et faisait rire ses petites soeurs.
Marie-Claire, la deuxième, la préférée de son père. Elle n’aime pas paraître fille, et avoue son attirance pour les femmes. Malgré l’amour qu’elle porte à son père, il se pourrait qu’elle ait été dégoûtée par ce comportement d’homme machiste colon. Ainsi, elle a vécu une idylle avec une artiste qui lui propose par la suite de s’engager dans un voyage jusqu’à Alger, où elles s’installeraient ensemble. Elle refuse, et gâchera 20 ans de sa vie dans un couvent.
Claudia, la cadette, se montre plus « libertine » que sa soeur, elle a toujours attiré l’attention des hommes, ce qui ne lui déplaisait pas. Elle s’est mariée, jurant fidélité, promesse transgressée une fois. Elle a eu deux enfants.
Après la mort de leur père, comprenant le danger qui rôdait désormais autour de Montaigne, les deux soeurs quittèrent leur pays natal pour la France, laissant leur mère mourir jour après jour, au côté de sa domestique. Celle-ci est le sixième narrateur. Fatima, une femme de ménage, éleveuse d’enfants, est là jusqu’à la fin, toujous soumise, auprès de sa maîtresse devenant folle.
Ainsi, on observe les nuances dans une même famille, chacun a son parti, le défend et tous en meurent, hormis les deux soeurs. Le fils décède sous les coups de « policiers »qui l’interrogent sur ses actions. Le père meurt dans un lit, en déshonorant son mariage, tout colon qu’il est. Et la mère, qui a toujours subi les infidélités de son mari, et a toujours manifesté du respect pour ses ancêtres, finit par rejoindre son grand-père … dans le tableau. Marie-Claire et Claudia, qui ont émigré en France, revivent réellement tous leurs bons moments, souvenirs de leur enfance à Montaigne, prises par la folie. Elles partent heureuses …
Roman remarquable!
Compteur