Phrase du 21 octobre 2008

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« La seule respiration d’un homme, silencieuse et profonde avant le chant, avant rien, vaut toutes les vocalises. »

Valentine GOBY – Qui touche à mon corps, je le tue

Un tableau de l’Apocalypse

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Un Tableau de l’Apocalypse

LE REVE DE MACHIAVEL – Christophe Bataille

Ancré dans le XVIème siècle, lors de l’épidémie de peste, le roman de Christophe Bataille s’avère être un véritable tableau de l’Apocalypse. Machiavel, ruiné et solitaire, arrive dans la ville de Sienne, où sévissent la maladie et les pires folies. En effet, l’histoire « agonisante » décrit la descente aux Enfers de ces êtres humains qui, gagnés par la folie et la peur, sombrent dans une cruauté et une barbarie sans limites. Aucune lueur d’espoir ne transparaît à travers le récit et les personnages. Ceux-ci s’accrochent au moindre sursaut de vie, au moindre indice pouvant les rassurer sur leur état. Machiavel s’inspecte tous les matins et enduit son corps de vinaigre. La mort et la maladie repoussent et terrifient le village.

Cependant, à cette peur permanente s’oppose une fascination, notamment par l’écriture, à l’égard des pestiférés. Le rêve de Machiavel décrit les tortures infligées à ceux qui sont atteints : femmes et jeunes filles considérées comme des « sorcières », mises au bûcher, écartelées, brulées, amputées… Malgré la répulsion qu’elle inspire, la mort, ou sa marque, est martyrisée par le reste de la population. Les facettes cruelles et perverses de la foule se dévoilent et se déchaînent.

Au milieu de cette furie, Machiavel tente de reconstituer son passé, de se reconstituer parmi cette ambiance morbide. Car c’est aussi le récit d’un combat, d’une lutte contre les signes de la mort qui courent les rues, d’un vivant parmi les morts. L’un des moyens d’en réchapper est l’amour, les femmes auxquelles se raccrochent Machiavel, mais aussi le rêve. Cependant, même ces deux échappatoires sont gagnés par la peste, la folie, la violence. La frontière entre rêve et réalité, entre inconscience et conscience se brouille de plus en plus, rendant le cheminement du personnage plus complexe et difficile à suivre. Mis à part les quelques personnages féminins et masculins, il reste difficile de s’accrocher à un élément « vivant », réel, palpitant d’énergie. Le roman est noyé dans la morbidité, la noirceur, la confusion. Cette errance perpétuelle dans le découpage déstabilise le lecteur, peut l’agacer ou le mettre mal à l’aise.

 Oriane