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 PONCTUATION 

Ce n’est pas pour me vanter,

Disait la virgule,

Mais, sans mon jeu de pendules,

Les mots tels des somnambules,

Ne feraient que se heurter. 

C’est possible, dit le point.

Mais je règne, moi,

Et les grandes majuscules

Se moquent toutes de toi

Et de ta queue minuscule. 

Ne soyez pas ridicules,

Dit le point-virgule,

On vous voit moins que la trace

De fourmis sur une glace.

Cessez vos conciliabules.

 Ou, tous deux, je vous remplace !

 Maurice CARÊME



L’escargot

 

Est-ce que le temps est beau ?

Se demandait l’escargot

Car, pour moi, s’il faisait beau

C’est qu’il ferait vilain temps.

J’aime qu’il tombe de l’eau,

Voilà mon tempérament.

Combien de gens, et sans coquille,

N’aiment pas que le soleil brille

Il est caché ? Il reviendra !

L’escargot ? on le mangera.

 

Robert Desnos

Chantefables,

 

 

 



Pour faire le portrait d’un oiseau

Peindre d’abord une cage
avec une porte ouverte
peindre ensuite
quelque chose de joli
quelque chose de simple
quelque chose de beau
quelque chose d’utile
pour l’oiseau
placer ensuite la toile contre un arbre
dans un jardin
dans un bois
ou dans une forêt
se cacher derrière l’arbre
sans rien dire
sans bouger…
Parfois l’oiseau arrive vite
mais il peut aussi mettre de longues années
avant de se décider
Ne pas se décourager
attendre
attendre s’il le faut pendant des années
la vitesse ou la lenteur de l’arrivée de l’oiseau
n’ayant aucun rapport
avec la réussite du tableau
Quand l’oiseau arrive
s’il arrive
observer le plus profond silence
attendre que l’oiseau entre dans la cage
et quand il est entré
fermer doucement la porte avec le pinceau
puis
effacer un à un tous les barreaux
en ayant soin de ne toucher aucune des plumes de l’oiseau
Faire ensuite le portrait de l’arbre
en choisissant la plus belle de ses branches
pour l’oiseau
peindre aussi le vert feuillage et la fraîcheur du vent
la poussière du soleil
et le bruit des bêtes de l’herbe dans la chaleur de l’été
et puis attendre que l’oiseau se décide à chanter
Si l’oiseau ne chante pas
C’est mauvais signe
signe que le tableau est mauvais
mais s’il chante c’est bon signe
signe que vous pouvez signer
Alors vous arrachez tout doucement
une des plumes de l’oiseau
et vous écrivez votre nom dans un coin du tableau.

Jacques Prévert



Bonne année

Bonne année à toutes les choses,
Au monde, à la mer, aux forêts.
Bonne année à toutes les roses
Que l’hiver prépare en secret.

Bonne année à tous ceux qui m’aiment
Et qui m’entendent ici-bas.
Et bonne année aussi, quand même,
À tous ceux qui ne m’aiment pas.

Rosemonde Gérard (1871-1953)



Deux petits éléphants…

C’était deux petits éléphants,
Deux petits éléphants tout blancs.
Lorsqu’ils mangeaient de la tomate,
Ils devenaient tout écarlates.
Dégustaient ils un peu d’oseille
On les retrouvait vert bouteille.
Suçaient-ils une mirabelle,
Ils passaient au jaune de miel.
On leur donnait alors du lait,
Ils redevenaient d’un blanc tout frais. 
Mais on les gava, près d’Angkor,
Pour le mariage d’un raja,
D’un grand sachet de poudre d’or,
Et ils brillèrent, ce jour là,
D’un tel éclat que plus jamais, 
Même en buvant des seaux de lait,
Ils ne redevinrent tout blancs,
Ces jolis petits éléphants.

Maurice Carême



On voit tout le temps, en automne
Quelque chose qui vous étonne,
C’est une branche tout à coup,
Qui s’effeuille dans votre cou ;
C’est un petit arbre tout rouge,

Un, d’une autre couleur encor,
Et puis partout, ces feuilles d’or
Qui tombent sans que rien ne bouge.

Nous aimons bien cette saison,
Mais la nuit si tôt va descendre !
Retournons vite à la maison
Rôtir nos marrons dans la cendre.

Lucie Delarue Mardrus



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Le Lièvre et la Tortue

Rien ne sert de courir ; il faut partir à point.
Le Lièvre et la Tortue en sont un témoignage.
Gageons, dit celle-ci, que vous n’atteindrez point
Sitôt que moi ce but. – Sitôt ? Etes-vous sage ?
Repartit l’animal léger.
Ma commère, il vous faut purger
Avec quatre grains d’ellébore.
- Sage ou non, je parie encore.
Ainsi fut fait : et de tous deux
On mit près du but les enjeux :
Savoir quoi, ce n’est pas l’affaire,
Ni de quel juge l’on convint.
Notre Lièvre n’avait que quatre pas à faire ;
J’entends de ceux qu’il fait lorsque prêt d’être atteint
Il s’éloigne des chiens, les renvoie aux Calendes,
Et leur fait arpenter les landes.
Ayant, dis-je, du temps de reste pour brouter,
Pour dormir, et pour écouter
D’où vient le vent, il laisse la Tortue
Aller son train de Sénateur.
Elle part, elle s’évertue ;
Elle se hâte avec lenteur.
Lui cependant méprise une telle victoire,
Tient la gageure à peu de gloire,
Croit qu’il y va de son honneur
De partir tard. Il broute, il se repose,
Il s’amuse à toute autre chose
Qu’à la gageure. A la fin quand il vit
Que l’autre touchait presque au bout de la carrière,
Il partit comme un trait ; mais les élans qu’il fit
Furent vains : la Tortue arriva la première.
Eh bien ! Lui cria-t-elle, n’avais-je pas raison ?
De quoi vous sert votre vitesse ?
Moi, l’emporter ! Et que serait-ce
Si vous portiez une maison ?

Jean de La Fontaine



récité par Jean Rochefort:

http://www.dailymotion.com/video/x9qsdc


Un peintre

Les blancs nuages
Dans le ciel bleu
Les bords sableux
Du blond rivage

Les rayons d’or
Le sombre orage
Le vert feuillage
Où l’oiseau dort.

La belle rose
Charmant décor
Où l’ombre encor’
Tremble et se pose.

Le ru d’argent
Vif ou morose
Qui court … arrose
Les prés changeants.

D’une main sûre
Depuis longtemps
Monsieur printemps
Peint la nature.

Michel BEAU



Bonjour

Comme un diable au fond de sa boîte,
le bourgeon s’est tenu caché…
mais dans sa prison trop étroite
il baille et voudrait respirer.
Il entend des chants, des bruits d’ailes,
il a soif de grand jour et d’air…
il voudrait savoir les nouvelles,
il fait craquer son corset vert.
Puis, d’un geste brusque, il déchire
son habit étroit et trop court
« enfin, se dit-il, je respire,
je vis, je suis libre… bonjour ! »

Paul Geraldy





L’artiste

Il voulut peindre une rivière ;
Elle coula hors du tableau.

Il peignit une pie-grièche ;
Elle s’envola aussitôt.

Il dessina une dorade ;
D’un bond, elle brisa le cadre.

Il peignit ensuite une étoile ;
Elle mit le feu à la toile.

Alors, il peignit une porte
Au milieu même du tableau.

Elle s’ouvrit sur d’autres portes,
Et il entra dans le château.

- – -

Maurice Carême



Le mardi fou

C’est Mardi Gras dans notre école,
Comme on s’amuse! Comme on rigole !
Avec nos masques et nos grimaces
Dans le défilé qui passe.

Joues rouges, cheveux verts,
Pantalons lâches et chapeaux de paille,
Sur les enfants tout fiers
Qui se tortillent et qui piaillent !

Sifflets, flûtes et tam-tams
Cognent, roulent, secouent,
Pour fêter le jour fou
Que tout le monde acclame!

Comme on s’amuse! Comme on rigole !
Dans notre école !

Un poème écrit par H. Jamy de l’Ile de la Réunion



Les CE2 ont recopié  la grève des sapins

Les CE1 avaient le choix entre plusieurs poésies:

J’ai d’mandé au Père Noël

Je serai Père Noel de  Corinne Albaut

Et dans mes bottes de  Corinne Albaut



J’enrage

Il pleut, il pleut, il mouille.
J’en veux à la grenouille
A la mésange bleue
Qui chantent quand il pleut.

Je donnerais mes billes,
Ma balle et mes groseilles
Pour qu’un peu de soleil
Sorte sur ses béquilles.

Mais que peut un enfant
Sinon montrer les dents
Sans jamais oser mordre !

Depuis l’aube, j’enrage
Ah ! si je pouvais tordre
Le cou à ces nuages.

Maurice CAREME




Deux petits ronds dans un grand rond

Pour le nez, un trait droit et long

Une courbe dessous, la bouche

Et pour chaque oreille, une boucle


Sous le beau rond, un autre rond

Plus grand encore et plus oblong

On peut y mettre des boutons :

Quelques gros points y suffiront


Deux traits vers le haut pour les bras

Grand ouverts en signe de joie

Et puis, deux jambes dans le bas

Qu’il puisse aller où il voudra


Et voici un joli bonhomme

Rond et dodu comme un pomme

Qui rit d’être si vite né

Et de danser sur mon papier

Maurice CARÊME




A l’enterrement d’une feuille morte
Deux escargots s’en vont
Ils ont la coquille noire
Du crêpe autour des cornes
Ils s’en vont dans le noir
Un très beau soir d’automne
Hélas quand ils arrivent
C’est déjà le printemps
Les feuilles qui étaient mortes
Sont toutes ressuscitées
Et les deux escargots
Sont très désappointés
Mais voilà le soleil
Le soleil qui leur dit
Prenez prenez la peine
La peine de vous asseoir
Prenez un verre de bière
Si le coeur vous en dit
Prenez si ça vous plaît
L’autocar pour Paris
Il partira ce soir
Vous verrez du pays.

suite de la poésie:

Mais ne prenez pas le deuil
C’est moi qui vous le dis
Ça noircit le blanc de l’œil
Et puis ça enlaidit
Les histoires de cercueils
C’est triste et pas joli
Reprenez vos couleurs
Les couleurs de la vie
Alors toutes les bêtes
Les arbres et les plantes
Se mettent à chanter
A chanter à tue-tête
La vraie chanson vivante
La chanson de l’été
Et tout le monde de boire
Tout le monde de trinquer
C’est un très joli soir
Un joli soir d’été
Et les deux escargots
S’en retournent chez eux
Ils s’en vont très émus
Ils s’en vont très heureux
Comme ils ont beaucoup bu
Ils titubent un petit peu
Mais là-haut dans le ciel
La lune veille sur eux.

Jacques PRÉVERT, Paroles (1945)
©1972 Editions Gallimard


Le jour, la nuit

C’est le soleil
Qui me réveille,
Vive le soleil !
Il monte dans le ciel
Jusqu’à midi...
Et redescend
Tout l’après-midi.
On dit qu’il va se coucher
De l’autre côté...
Moi je sais déjà
Qu’il ne se couche pas :
Le soleil éclaire
L’autre côté de la Terre
Là-bas c’est le jour,
Ici c’est la nuit...
Bonne nuit ! 


C’est la rentrée!


Vite, vite, il faut se presser,

Le réveil a déjà sonné!

Un peu raplapla, toilette de chat.

Petit déjeuner,

très vite avalé.

Cheveux en pétard,

un peu dans le brouillard.

On file comme l’éclair,

chaussettes à l’envers.

Vite, vite, il faut se presser,

c’est la rentrée !

Sylvie Poillevé

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