Ingénierie linguistique et apprentissage des sciences
Réflexions didactiques et pédagogiques 26 avril 2008, 15:07Deux échanges, hier, l’un avec un élève rencontrant des difficultés dans la maîtrise de la langue française qui n’est pas sa langue maternelle et l’autre avec son professeur d’histoire-géographie, mon collègue, sur l’importance du questionnement dans l’acte pédagogique, me conduisent aujourd’hui à m’interroger sur la nécessité d’une ingénierie linguistique de l’apprentissage des sciences.
La linguistique est la science qui étudie le langage. L’ingénierie linguistique est, selon le lexique du Réseau International Francophone d’Aménagement Linguistique (RIFAL), l’application de la connaissance des langues à l’élaboration de systèmes informatiques capable de reconnaître, comprendre, d’interpréter et de produire du langage humain sous toutes ses formes.
Dans la page “Raisonnements”, je traite des types de démarches raisonnées que doivent savoir produire les scientifiques et les citoyens soucieux de comprendre leur travail. Ces démarches sont suscitées par un questionnement initial. Celui-ci doit donc être le plus efficace possible pour que la démarche soit elle aussi efficace afin que la réponse soit, au final, la plus exacte, complète, pertinente et cohérente possible.
La question que je me pose est la suivante. Ne faudrait-il pas réfléchir à une ingénierie linguistique propre à l’éducation scientifique ? C’est à dire en reprenant la définition précédente : une application de la langue à l’élaboration de productions écrites ou orales raisonnées au cours de l’apprentissage des sciences ?
En quoi pourraient consister ces outils ?
1/Une typologie des questions relevant du champ “scientifique et citoyen” réalisée à partir de l’identification des champs lexicaux des verbes d’action utilisés pour exprimer une démarche de résolution scientifique (explication, argumentation…) Questions exprimées, par ailleurs, en y intégrant la nature de la source d’information permettant d’accéder à la réponse (connaissances, documents…)
2/Une identification des critères de réalisation de la réponse à ces questions obligatoirement complexes. Critères qui ne relèveraient pas d’une méthode stérilisante et avilissante de la pensée et de la réflexion mais, au contraire, d’une démarche respectueuse de l’originalité de chacun.
C’est déjà le sens, me semble-t-il, pris par le questionnement dans les évaluations qualificatives en SVT (cf sujets du bac L, ES et S) et c’est aussi ce qu’ont commencé à produire des équipes de professeurs de SVT dans l’académie de Rouen, au Collège comme au Lycée, ici ou là, en travaillant sur ce questionnement afin d’identifier les critères de réalisation des démarches de résolution découlant de ces questions souvent complexes (tâches). Critères pouvant être attachés à des compétences au sens de savoirs utilisables dans une diversité de situations, tel que défini par le Socle commun de connaissances et de compétences dont la maîtrise est exigée au terme du Collège.
Cette ingénierie établie dans son unité et maîtrisée par les enseignants, il devient alors aisé d’aider les élèves en difficulté dans la pratique de la langue française en s’y référant. Ainsi, pour exemple, peut-on s’interroger sur le verbe “expliquer”, utilisé comme injonction, et la diversité de ses sens quand lui est apposé les adverbes “pourquoi”, “comment” ou “en quoi”. Ainsi peut-on aussi identifier les pistes de recherche à partir du moment où celles-ci, exprimées dans la question, renvoient à des connaissances ou à telles ou telles sources documentaires. Ainsi, enfin, peut-on réfléchir aux connecteurs logiques les plus appropriés pour construire une réponse raisonnée, c’est à dire logique, pertinente et exhaustive.
L’apprentissage s’effectuant alors, au fil des années, avec une progressivité basée sur la complexification d’un questionnement qui toujours fait sens plutôt que sur sa complication graduelle, d’une somme de plus en plus importante de questions simples à une question complexe.
Finalement répondre à une telle question complexe “c’est comme un rubik’s cube, m’a dit un jour un élève très justement, il faut trouver une bonne combinaison”. Il avait raison, la métaphore est excellente.
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