mar 30 2012

L’ENJEU (STATE OF THE UNION) 1948

Publié par Caroline dans films années 1940      

de Frank Capra (1897 – 1991)

avec Spencer Tracy, Katharine Hepburn, Angela Lansbury, Van Johnson

(125 mn)

Kay Thorndyke vient de perdre son père, magnat de la presse. Avide de pouvoir, elle décide de contrôler le parti républicain en choisissant un candidat « anonyme » qu’elle espère pouvoir manipuler dans la course à la présidence : Grant Matthews, homme d’affaires irréprochable, marié et père de famille. Mais le succès de sa campagne politique dû au départ à son honnêteté et son charisme, va peu à peu changer l’homme, rapidement manipulé par quelques rapaces du monde de la finance. Malgré le soutien de sa femme, G. Matthews perd de vue les raisons de son engagement.

Ma critique :

Voici un film d’actualité…datant de 1948 ! Génie de Monsieur Capra, qui tout en gardant sa belle idéologie développée une dizaine d’années plus tôt avec « M. Smith goes to Washington » expose ici ses désillusions, non pas sur l’homme lui-même, mais sur son pays et les hommes qui le gouvernent. Peu importe qu’ils soient de droite ou de gauche, Démocrates ou Républicains, Capra va à l’essentiel : la corruption des milieux politiques et la quête de pouvoir individuel au détriment du bien public.

Spencer Tracy, très inspiré semble-t-il par son rôle, est au mieux de sa forme, et nous entraine avec lui dans le tourbillon de sa campagne électorale. Le film, pourtant très long (un peu plus de 2h !), ne nous laisse pas souffler une minute, sauf au moment des rares scènes d’intimité entre S. Tracy et K. Hepburn, parfaites de complicité et d’émotion. Il s’agit de la 5ème collaboration du couple à l’écran, et leur entente est palpable.

Les autres acteurs sont tout aussi spontanés et brillants. Angela Lansbury, dans le rôle de la journaliste sans scrupule, me fait penser à Bette Davis. A noter que cette bonne actrice devra attendre l’âge de 40 ans, et son succès avec la série « Arabesque », pour que son talent soit vraiment reconnu. Van Johnson, nous offre un bon directeur de campagne, enthousiaste et parfois un peu naïf, mais assez touchant au final.

Ainsi, rien n’a vraiment changé, aux Etats-Unis ou bien plus près de nous… Les hommes politiques sont littéralement hypnotisés par leur propre quête (de pouvoir, et même, aujourd’hui, de célébrité), oubliant bien souvent les hommes qu’ils gouvernent, leur pays, l’écologie, et les idéaux.

Du grand Capra, qui sait malgré tout conserver sa dose d’optimisme et la partager pour notre plus grand bonheur de cinéphile.

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mar 27 2012

FINI DE RIRE (HIS KIND OF WOMAN) 1951

Publié par Caroline dans films années 1950      

de John Farrow (1904 – 1963)

avec Robert Mitchum, Jane Russell, Vincent Price

(115 mn)

Joueur invétéré, Dan Milner, faute de ressources, se plie à la demande d’inconnus qui, contre une forte somme, lui demandent de se rendre au Mexique. Là, il rencontre Léonore Brent, une jeune artiste qui prétend être riche. Dan en tombe amoureux, mais Léonore est aussi courtisée par une vedette de cinéma, Mark Cardigan.

Ma critique :

« Fini de rire » ? Comment a-t-on pu trouver un titre de film aussi éloigné du titre anglais et du film lui-même. Je dirais plutôt « Réjouissez vous! » car ce film est incontestablement digne de figurer parmi les classiques hollywoodiens !

Heureux temps où gangsters et policiers se battaient en costume – cravate, où les hommes avaient la démarche de Mitchum et l’humour de Vincent Price, les femmes la volupté et la silhouette de Jane Russell, où l’intrigue d’un film valsait entre suspens, humour et romance, au rythme d’une caméra renversante, maniant plans vertigineux et portraits avec habileté et ingéniosité (je pense notamment à une scène de bagarre sur le yacht, vers la fin, époustouflante de virtuosité filmistique : vues plongeantes, gros plans sur un poing, une épaule, un dos….).

Des acteurs magnifiques : Jane Russell, protégée de Howard Hugues, alors propriétaire des studios RKO, est idéalement mise en valeur par un noir et blanc particulièrement brillant, Robert Mitchum, star montante, met en place toutes les facettes de son personnage, Vincent Price, magnifique en acteur shakespearien et cabotin, sans oublier Raymond Burr en malfrat, à la voix profonde et ténébreuse, parfait pour l’emploi !

« His kind of woman » est l’exemple parfait du film classique, maniant tous les genres, sans jamais tomber dans la caricature ou le pathos. Un trésor de la RKO à (re)découvrir…

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mar 26 2012

COWBOY (1958)

Publié par Caroline dans films années 1950      

de Delmer Daves (1904 – 1977)

avec Glenn Ford, Jack Lemmon, Anna Kashfi                            

(90 mn)

Réceptionniste dans un grand hôtel de Chicago, Frank Harris est fasciné par la vie itinérante des vachers. Souhaitant rejoindre au Mexique la jeune femme qu’il aime, il profite de l’état d’ébriété de Reece, un cow-boy descendu à l’hôtel avec ses hommes, pour s’associer avec lui et se faire embaucher dans son équipe. En effet, Reece doit précisément se rendre au Mexique pour acheter de nouvelles têtes de bétail. Frank démissionne alors de son poste pour suivre les cow-boys. Il découvre rapidement une vie non pas telle qu’il l’avait rêvé mais au contraire pénible, laborieuse, émaillée de quelques joies mais aussi de beaucoup de douleurs.

Ma critique :

Beaucoup de (mauvaises) critiques au sujet de ce western au titre sans surprise. Certes, l’émotion, le suspens, l’intensité dramatique peuvent sembler fades à côté d’un « 3h10 pour Yuma » ou « La flèche brisée » auxquels Delmer Daves nous a habitué.

Pourtant, c’est un film remarquable sur bien des points. Glenn Ford est parfait, comme toujours, Jack Lemmon totalement inattendu et surprenant (bien que légèrement mal à l’aise dans le rôle du cowboy impitoyable, mais tellement extraordinaire dans les scènes plus sentimentales ou fantaisistes), l’usage du Technicolor absolument splendide, avec parfois une tonalité sépia qui reflète parfaitement les paysages, et des images magnifiques, une caméra parfaite, qui nous fait littéralement voyager à cheval parmi ces ranchers.

 

C’est vrai que le scénario semble partir un peu dans tous les sens, avec une histoire romantique au départ qui aurait peut-être mérité plus d’étoffe, mais qui passe rapidement au second plan, pour mettre en avant le sujet même du film, qui est la vie de ces « vrais » cowboys, le travail de vacher aux Etats-Unis à cette époque. Habilement filmée à travers la découverte de cette vie par un jeune citadin, rêvant de grands espaces et de chevaux sauvages. Dur apprentissage auprès d’un « vieux cowboy » endurci et bougon (Glenn Ford, je le répète, parfait), qui va toutefois se laisser attendrir et entrainer malgré lui dans un rôle d’éducateur paternel, face à l’enthousiasme et au courage de son élève.

C’est donc un beau film, que tout amateur de Western devrait avoir vu, ne serait-ce que pour son côté « documentaire ».

(A noter, pour les initiés, la présence du jeune Dick York (Charlie), le premier Darrin Stephens de la série « Bewitched », assez peu crédible en cowboy sans scrupule !)

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fév 29 2012

Coup de gueule!!!

Publié par Caroline dans Divers      

Si j’avais eu besoin d’une confirmation, la voici.
Hollywood est bel et bien mort.


La consécration de Monsieur Dujardin en est la preuve! Et sa réaction à l’annonce de sa victoire représente parfaitement la honte que je ressens d’être française chaque fois que je vais aux États Unis. Notre image n’a pas été améliorée ce soir là.

Mais au-delà de ce constat, je me sens en colère quand certains croient pouvoir comparer Dujardin à des acteurs comme Cary Grant, Gregory Peck, ou autre géant de l’âge d’or hollywoodien. Il n’en a ni le talent, ni la classe. 

Dimanche soir, Jean Dujardin a peut-être reçu un Oscar. Mais il n’est certainement pas devenu une star….


jan 23 2012

LA BLONDE OU LA ROUSSE (PAL JOEY) 1957

Publié par Caroline dans films années 1950      

de George Sidney (1916 – 2002)

avec Frank Sinatra, Kim Novak, Rita Hayworth

(95 mn)

Joey, séducteur notoire, est particulièrement apprécié dans le cabaret qu’il vient juste d’intégrer. Il remarque une voix douce et un corps de jeune déesse, Linda English, mais succombe à l’argent et au renom dans les bras de Mrs Simpson, ancienne strip-teaseuse ayant fait un riche mariage. Grâce à elle, il peut donc s’offrir le cabaret de ses rêves mais la rousse encore flamboyante voit d’un mauvais œil l’ingénue Linda…

Ma critique :

Adapté d’un show à Broadway, le personnage de Pal Joey avait été crée pour Gene Kelly, ce film est une prodigieuse réussite dans le registre de la « Comédie Musicale » (mais le titre en français est une fois de plus complètement stupide).

A sa sortie, les critiques y ont surtout vu une sorte d’allégorie du déclin d’Hollywood, et plus particulièrement du genre « musical ». Il faut plutôt y voir un rite de passage…

L’âge d’or hollywoodien est évidemment incarné par la magnifique Rita Hayworth, dont le choix n’est pas dû au hasard, mais précisément pour souligner ce côté du cinéma encore très étincelant, brillant (chevelure rousse flamboyante) mais qui vieillit doucement (même si Rita Hayworth reste sublime dans le rôle de cette star vieillissante !), et s’oppose à un nouveau style plus moderne, plus désinvolte, incarné par la jeune Kim Novak, à la beauté blonde et plus froide, qui montre déjà un féminisme naissant, une modernité annonçant la « nouvelle vague ».

 

Mais « Pal Joey » doit être regardé avant tout pour ce qu’il est : une superbe comédie musicale. Tous les « ingrédients » sont en place pour le plaisir des yeux et des oreilles… Avec la présence du crooner à la voix d’or, qui nous offre un véritable récital de ses plus belles chansons : « The lady is a tramp » – « My funny Valentine » – « What do I care for a dame » –   ♫ Bewitched  ♫…

Rita Hayworth, Kim Novak, Frank Sinatra… sous la houlette de George Sidney : à ne manquer sous aucun prétexte !

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jan 21 2012

VERTES DEMEURES (GREEN MANSIONS) 1959

Publié par Caroline dans films années 1950      

de Mel Ferrer (1917 – 2008)

avec Audrey Hepburn, Anthony Perkins, Lee J. Cobb

(115 mn)

 

Un jeune homme, Abel, fuyant la révolution qui ensanglante son pays, se réfugie au coeur de la forêt amazonienne, dans l’espoir de trouver la force de se venger. Il est accueilli par une tribu tribu d’Indiens qui croient qu’une sorcière blanche hante la contrée. Ils demandent donc au jeune Abel, en échange de l’hospitalité, d’aller la tuer. Mais Abel découvre une jeune femme, Rami, vivant cachée avec son grand père, et en tombe amoureux

Ma critique :

Ce film réalisé par Mel Ferrer, le mari d’Audrey Hepburn, est essentiellement connu pour…son immense fiasco. Dans l’ensemble, il fut jugé insipide, sommet du kitsch, frôlant le ridicule, et sera un désastre au box-office.

Mais en le regardant, je me suis dit que ce n’était pas réellement un « film ». J’y ai vu une série de tableaux magnifiques, un conte, une allégorie. Cette « sorcière blanche » nous invite à la suivre dans la magie et l’innocence de son existence. Et Audrey Hepburn (jugée là aussi déjà trop « âgée » pour incarner cette très jeune fille) transforme la « sorcière » en Fée, charmante, gracile. Elle tombe inévitablement sous le charme de ce jeune homme désinvolte, et le guide sur son chemin vers un apaisement intérieur, le repos de l’âme, le retour à une certaine innocence qu’il avait perdue dans son désir aveugle de vengeance.

Ce film est un « enchantement », au sens littéral. Il faut vouloir se laisser envoûter, ou ne pas regarder.

Ainsi, Green Mansions n’est peut-être pas un film. Juste un songe. Mais certainement tout à fait « hors catégorie ».

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déc 24 2011

IT HAPPENED ON 5TH AVENUE – 1947

Publié par Caroline dans films années 1940      

de Roy Del Ruth (1893 – 1961)

avec Victor Moore, Ann Harding, Charles Ruggles, Don De Fore

(115 mn)

Chaque année, en période hivernale, un clochard trouve « refuge » dans l’immense hôtel particulier d’un millionnaire à New-York, celui-ci passant ses hivers en Floride. Cette fois, il héberge un jeune homme (et ses amis), venu à NY pour trouver travail et logement. Il les invite tous à « partager » son logement! Les choses se compliquent quand la fille du millionnaire, ayant fuit sa pension, vient se cacher dans la demeure de son père… Elle se fait également passer pour une jeune fille sans foyer ni travail. Tous vont ainsi passer un Noël inattendu et chaleureux! 

Ma critique :

Une charmante comédie… qui ressemble à du Capra, enchante comme du Capra, mais est simplement une charmante comédie de Noël, que je conseille vivement à tous ceux qui ont envie de renouer avec « l’esprit de Noël » !

Grâce à un homme espiègle et plein d’optimisme, des destins vont se croiser et s’unir autour du sapin. Chacun va réfléchir sur sa présence en ce lieu étrange, tenter de réparer les erreurs du passé, et tous vont former pour quelques heures une grande et belle famille…

C’est plein de « bons sentiments », d’émotion, de douceur. Certains diront que c’est trop conventionnel et bourré de clichés ? N’est ce pas précisément ce qui fait cet esprit de Noël ? Car derrière tous ces clichés, se cache une jolie morale, qui réchauffe les cœurs et nous fait sourire avec bienveillance.

Le rêve est là, sur notre écran, et durant quelques heures d’évasion, la magie opère… le Père Noël est passé !

 

Joyeux Noël et Bonnes Fêtes à tous les cinéphiles….

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nov 29 2011

LES LIAISONS SECRÈTES (STRANGERS WHEN WE MEET) 1960

Publié par Caroline dans films années 1960      

de Richard Quine  (1920 – 1989)

avec Kim Novak, Kirk Douglas, Walter Matthew

(120 mn)

Larry Coe, un architecte révolutionnaire, traverse une grave crise conjugale. Il fait alors la connaissance de sa voisine, Maggie, qui vit une situation similaire à la sienne. Ces deux personnages se rapprochent peu à peu, tissent des liens amoureux, apprennent à se connaitre tout en affrontant les commérages, les doutes, et leurs propres peurs.

Ma critique :

Le couple Kim Novak / Kirk Douglas, dirigé par Richard Quine, est littéralement fascinant. L’alchimie entre les 2 acteurs crève l’écran d’un bout à l’autre du film, et même Kirk Douglas montre ici une fragilité, une sensibilité, qui nous étonnent.

Par certains aspects, « Les liaisons secrètes » m’a beaucoup ému car il m’a rappelé certains films de Douglas Sirk (« Tout ce que le ciel permet » ou « Le Secret magnifique »). Il contient tout ce côté « mélodrame » dans le beau sens du terme, souligné par les couleurs, splendides, des plans de caméra très statiques, de superbes gros plans sur les regards, les expressions, pouvant se passer de dialogues. Mais à la différence de Sirk, R. Quine travaille ici au début des années 60, qui marque un tournant dans le cinéma, et aborde plus directement des sujets « dérangeants » (pour l’époque), que Sirk ne faisait qu’évoquer en filigrane.

Derrière une histoire finalement assez banale, se cache toute une réflexion sur la solitude, les remises en question rencontrées au cours d’une vie, aussi bien sur le plan sentimental, familial, que professionnel en ce qui concerne le personnage de K. Douglas, architecte qui souhaite sortir de la routine purement technique de son métier pour aborder son côté plus artiste, créatif et innovateur. La remise en question dans sa vie concerne tous ses aspects, et ne se limite pas à la seule anecdote sentimentale.

Kim Novak, une nouvelle fois dirigée par Quine est confiante, donc parfaite…en femme mystérieuse, toujours, mais touchante, hésitante, fragile et tiraillée. En un mot, sublime.

Le film soulève également (tout comme chez Douglas Sirk) l’intolérance et l’esprit étroit de ces banlieues bourgeoises de l’époque aux Etats-Unis (mais cela a-t-il vraiment changé ? je pense ici à l’excellente série « Desperate Housewives » notamment !).

Et si l’on devait ne regarder ce film que pour une seule scène, ce serait pour celle de la fin, magnifique à tous points de vue.

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nov 5 2011

LES PASSAGERS DE LA NUIT (DARK PASSAGE) 1947

Publié par Caroline dans films années 1940      

de Delmer Daves  (1904 – 1977)

avec Humphrey Bogart, Lauren Bacall, Agnes Moorehead  

(105 mn)

Vincent Parry s’évade de prison où il était enfermé pour un meurtre qu’il n’a pas commis : celui de sa femme. Souhaitant lui-même découvrir le véritable coupable, il rencontre sur son chemin la belle Irene Jansen qui décide de lui venir en aide parce que son propre père a autrefois subi la même injustice. Traqué sans relâche par la police, traîné dans la boue par une presse qui se gargarise de sensationnalisme, l’homme est amené à subir une opération de chirurgie esthétique pour tenter paradoxalement de redevenir lui-même..

Ma critique :

Film noir, couple mythique, de bons ingrédients…

Mais ce film, pourtant moins connu que « Le port de l’angoisse » (1945) ou « Le Grand Sommeil » (1946), a la particularité d’introduire, dans l’histoire du cinéma, une méthode appelée la « caméra subjective ». Et c’est au réalisateur Delmer Daves que l’on doit cette trouvaille. Ainsi, durant toute la 1ère heure, Bogart est là, sa voix, son regard nous invitent et nous guident au cœur de l’histoire. Mais le regard de Bogart est le nôtre. Il est à la fois acteur et spectateur.  La caméra habile de Daves suit des plans inattendus : tantôt les pieds, tantôt les mains dévoilent la présence du personnage. Jamais son visage, qui n’apparaitra (à la suite d’une transition très symbolique, que je vous laisse découvrir) que durant la dernière demi heure du film !

Le génie de Daves, surtout connu pour ses westerns humanistes (je pense aux merveilleux « 3 :10 pour Yuma » ou « La flèche brisée ») consiste ici à déguiser le sujet difficile de l’identité en une simple enquête policière (enquête menée par le condamné), et à le filmer de manière très symbolique, puisque le personnage central ne deviendra lui même qu’après avoir changé son apparence physique.

Ainsi, chaque personnage a son importance, puisque chacun d’eux nous renvoie une image du « héros ». Et il faut reconnaitre qu’ils se sont tous surpassés. Coup de chapeau à Agnes Moorehead (la fameuse Endora de la série « Bewitched », essentiellement connue pour ce rôle, alors qu’elle a joué des personnages nombreux et variés, avec beaucoup de talent), qui est parfaite en femme jalouse, fourbe et finalement lâche… rôle peu flatteur, qu’elle mène avec brio.

Comme toujours chez Delmer Daves, les images sont pleines de poésie. Il filme ici la brume et l’obscurité de San Francisco dans un noir et blanc qui s’accorde aussi parfaitement avec le sujet.

A l’écran pour la 3ème fois, marié depuis peu, le couple mythique Bogart / Bacall traverse les épreuves avec force et élégance. La fusion entre eux est la même d’un côté ou de l’autre de la caméra.

« Dark passage » n’est peut-être pas un « grand » film, mais c’est un très bon film, abordant de façon originale des sujets graves et difficiles comme l’injustice, la perte d’identité, devenir soi-même en dehors du regard des autres, en faisant tomber les masques.

A voir absolument ! (le « trailer » est médiocre… mais il a le mérite de ne pas dévoiler l’histoire!)

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oct 25 2011

UN MARIAGE COMPLIQUÉ (HOLIDAY AFFAIR) 1949

Publié par Caroline dans films années 1940      

de Don Hartman  (1900 – 1958)

avec Robert Mitchum, Janet Leigh

(90 mn)

 

Jeune et ravissante veuve, Connie élève seule Timmy, son fils de six ans. Au moment de Noël, elle se rend dans un grand magasin pour faire de l’espionnage commercial. Steve, un des vendeurs, tombe sous le charme de sa cliente. Conscient de son attitude suspicieuse, il accepte malgré tout de lui rendre service au détriment de son poste.

Ma critique :

Une jolie histoire, des acteurs talentueux et charmants, Hollywood 1949… rien à ajouter, si ce n’est que les comédies romantiques d’aujourd’hui n’arriveront jamais à rivaliser !!

Le réalisateur Don Hartman n’a pas laissé un souvenir particulier dans l’histoire du cinéma (il n’a réalisé que 5 films), il était plutôt un homme de Broadway, mais cette comédie est vraiment brillante.

L’histoire veut que le film ait été une commande spéciale et urgente afin de « sauver » l’image de Robert Mitchum, alors impliqué dans une histoire de trafique de marijuana et menacé de prison. Il lui fallait donc un rôle de « gentil » (ce qui n’est pas si fréquent dans sa carrière), qu’il incarne avec tout son talent et sa désinvolture. Il adopte une attitude humble, paternaliste, tout en restant le beau Mitchum bourru légendaire !

Il faut dire qu’il est accompagné de l’adorable Janet Leigh, âgée de 22 ans (future épouse de Tony Curtis), ingénue et séduisante à souhait, et désarmante même pour un « macho » comme Robert Mitchum ! C’est d’ailleurs le succès de ce film qui lancera sa carrière… qui atteindra son apogée avec sa performance dans « Psychose » d’Hitchcock.

Le tout est donc vraiment distrayant, joli à regarder, sentimental sans pathos… Un bon petit moment de cinéma.

DVD aux Editons Montparnasse, EXTRAIT VIDEO