DOUGLAS SIRK

Cinéaste américain d’origine allemande, né le 26 avril 1897 et décédé en Suisse en 1987.

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Aujourd’hui considéré comme le maitre incontesté du mélodrame américain, il a influencé après une longue période d’oubli toute une génération de réalisateurs tels que Fassbinder (très grand admirateur de Sirk), Almodovar, John Waters, Todd Haynes, François Ozon…
Je viens tout juste d’en parler avec « Le secret magnifique », et vais avoir l’occasion de citer la plupart de ses autre films puisque c’est dans les années 50 qu’il produit ses plus grands chef-d’œuvre.
Et je reprends la phrase qui le définit : cinéaste du regard. Sirk fait appel à l’illusion, à l’artifice pour « approcher » la réalité, mais il ne pensait pas qu’il suffisait de « dire » la vérité pour qu’elle surgisse à l’écran. Il a la volonté d’analyser certains aspects de la société américaine (qu’il avait parfaitement intégré), en s’inspirant généralement d’une littérature très populaire, de vrais « romans de gare » qu’il sublime et transforme en œuvre d’art. Sans jamais avoir recours à une approche intellectuelle pesante, il se situe dans le même courant d’abstraction lyrique qusirk-couleurs.jpge la peinture.


Tous ses films ne sont peut-être pas de « grands » films, mais quelle importance puisqu’ils sont BEAUX. Il a une manière étonnante d’utiliser les couleurs pour refléter les émotions des personnages et les situations. Il mélange dans sa mise en scène moyen-âge et modernisme, sentimentalité et raffinement, cadrages anodins et cinémascope endiablé, à la limite du baroque.

Drame, magie et désespoir jaillissent de l’écran alors que les situations sont apparemment quotidiennes et banales. Il faut bien comprendre que le mélodrame se distingue des autres genres cinématographiques parce qu’il s’intéresse aux faibles. Et Douglas Sirk excelle dans cet intérêt pour les plus faibles (je cite Fassbinder : « en tant que spectateur des films de Sirk, je suis sur les traces du désespoir de l’être humain. ») : ce sont de simples gens prisonniers de leur maison et d’une morale étriquée. Jamais de « héros », en ce sens qu’ils ne triomphent pas : juste des victimes. Les films de D. Sirk sont des films désespérés, et se basent sur des antithèses permettant de souligner le pathétique des situations : c’est la ville hypocrite contre la campagne naturelle – l’individu contre la société – blancs contre noirs – riches contre pauvres – et même hommes contre femmes. Afin d’accentuer encore ces oppositions, il use de toute une symbolique de décors : des escaliers pour montrer le désir de s’élever, des miroirs devant lesquels les masques tombent et la solitude multipliée, des fenêtres comme ponctuation souvent pathétique dans le récit, monde clos, intérieur derrière lequel on ne peut que contempler une idée de la liberté.

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Il pourrait être intéressant de faire une sorte de parallèle entre Sirk et Hitchcock (tous deux d’origine européenne et ayant parfaitement intégré la psychologie américaine), dans le sens où le mélodrame et le thriller, deux genres bien différents, ont une chose en commun : ils vont toujours « trop loin ». Ces « genres » poussent le public dans ses derniers retranchement ; le thriller utilise la peur, le mélodrame (et Sirk en particulier) utilise la beauté et l’émotion. Chez l’un comme chez l’autre, il s’agit donc de repousser les limites de la réalité, de la sensation.

Pour conclure, je dirais que Douglas Sirk, à travers ces films magiques, cherche à nous faire prendre conscience de la brièveté du bonheur. Mais aussi (et surtout) qu’il faut croire en ce bonheur, justement parce qu’il peut être détruit. Sirk a un jour écrit :
« Un amour sans nuage serait comme un poème mal écrit ». Pourtant, chez Sirk, aucune cause n’est jamais totalement perdue, et le combat reste perpétuellement à mener.

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FILMOGRAPHIE (sélective) :

Entre 1934 et 1937, tourne plusieurs films allemands

puis carrière américaine :
Des filles disparaissent (Lured) – 1947
No room for the groom – 1952
Le secret magnifique (The magnificient obsession) – 1954
Tout ce que le ciel permet (All that heaven allows) – 1955
Demain est un autre jour (There’s always tomorrow) – 1956
Ecrit sur du vent (Written on the wind) – 1956
Les ailes de l’espérance (Battle hymn) – 1957
Le temps d’aimer et le temps de mourir (A time to love and a time to die) – 1958
Mirage de la vie (Imitation of life) – 1959


2 commentaires pour “DOUGLAS SIRK”

  • Jacques dit:

    Ouahhh… Début d’une future thèse sur D. Sirk ?
    Comment se fait-il qu’il ait fini ses jours en Suisse ?
    Un grand cinéaste à (re)découvrir (ainsi que la brièveté du bonheur toujours à renouveler…)

  • Clém dit:

    WAOUH…….très très beau!
    Je crois qu’il n’y a rien à ajouter, tout a été parfaitement dit.
    A part peut-être qu’il est né un 26 avril….;)

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