TOUT CE QUE LE CIEL PERMET (ALL THAT HEAVEN ALLOWS) 1955
de Douglas Sirk (1897 – 1987)
avec Jane Wyman , Rock Hudson , Agnes Moorehead
(95mn)

Veuve d’âge mûr, Cary Scott mène une vie terne et sans histoire dans une petite localité de Nouvelle-Angleterre, se consacrant au bonheur de ses deux enfants Ned et Kay, qui viennent d’entrer à l’Université. Souhaitant qu’elle ne termine pas ses jours en solitaire, ses enfants et son amie et confidente Sara Warren la poussent dans les bras de Harvey, quinquagénaire aisé auprès de qui elle trouverait la tendresse et la sécurité. Mais Cary rêve encore d’un grand amour. C’est dans cette disposition d’esprit qu’elle rencontre Ron Kirby, le séduisant pépiniériste – de quinze ans plus jeune qu’elle – engagé par ses soins pour s’occuper de son jardin. Ron Kirby ne tarde pas à lui faire partager sa passion et ils tombent amoureux.
Ma critique :
Première image du film (encore l’importance du générique!) : prise de vue symbolique du clocher d’une petite ville américaine… Et « All that heaven allows » n’est rien d’autre qu’une forte critique sociale. Il reflète parfaitement (et avec la « touche » de Sirk), la mentalité de cette époque, se voulant proche de la nature mais pleine de préjugés et de… »ragots de clocher »!

Selon Douglas Sirk, le succès remporté par ce film aux Etats-Unis vient essentiellement du fait qu’il est fondé sur la philosophie typiquement américaine, inspirée du grand philosophe Emerson et son disciple Thoreau (on aperçoit d’ailleurs à plusieurs reprises le livre « Walden » de Thoreau), qui prônaient un anticonformisme spirituel et un retour à la Nature. Or, le héros du film, incarné à la perfection par Rock Hudson est littéralement cet idéal américain : un homme sain, qui veut juste vivre parmi les arbres, méprisant l’argent et la mesquinerie bourgeoise.
C’est à mon avis le film de Sirk le plus époustouflant sur le plan strictement visuel. L’amour, la souffrance, la force des conventions sociales sont évoqués dans ce langage iconographique et symbolique très particulier à Sirk (cf. biographie). Et pour illustrer ce propos je n’évoquerai qu’une scène, magistrale (mais il y en aurait beaucoup d’autres!) : les enfants de Cary lui offrent pour Noël un poste de télévision, croyant compenser le sacrifice qu’elle fait de son amour pour Ron, la perte de sa vie réelle étant ainsi relayée par des réalités virtuelles. Lorsqu’elle découvre le poste, l’écran reflète alors seulement sa propre silhouette… comme si elle venait d’être enterrée vivante, dans sa propre maison!
Et comme toujours, en vrai poète du cinéma, Douglas Sirk nous offre une fin dont on ne sait que penser. Est-elle vraiment un « happy end »? car lorsque l’amour vient à ce point compliquer la vie, peut-on être heureux? Il va même encore plus loin et l’on se pose la question de savoir si deux êtres peuvent réellement « être ensemble », se rejoindre. Car Cary (admirablement interprétée par Jane Wyman) sortira pratiquement brisée de son combat contre l’intolérance et l’hypocrisie.
Encore une fois, immense Douglas Sirk, intellectuel du cinéma aimant les grands sentiments, et nous adressant son message dans un langage cinématographique unique en son genre.
Visiteurs
28 juin 2008 à
Ah, Emerson et Thoreau ! Un film qui a l’air très beau, peut-être le regarderai-je un jour ?
28 juin 2008 à
Grrr… je ne me souviens, bien sûr, plus de la fin !!!
C’est ça l’art des bons critiques de films…
Et « Endora » joue la bonne copine, il me semble ?
Pas facile de faire fi des « qu’en dira-t-on » et des préjugés de sa propre famille… Est-ce c’est mieux de nos jours que dans une petite ville américaine des années 50 ??
Super article… Merci !!
30 juin 2008 à
Les années 50…..et pourtant toujours les mêmes problèmes et les mêmes questions que de nos jours! A croire que cela ne changera jamais!
Petit clin d’oeil : « retour à la nature »…..de là ta recherche sur les Amish lol?