MADAME BUTTERFLY (1932)
de Marion Gering (1901 – 1977)
avec Cary Grant , Sylvia Sidney , Louise Carter
(95 mn)
Nagasaki, 1904. Un lieutenant américain en séjour au Japon s’éprend de Cho-Cho San, une jolie geisha qu’il baptise Madame Butterfly. Malgré les lois en vigueur qui leur interdisent de quitter le pays, les deux amants se marient. Mais un jour, le lieutenant Pinkerton doit partir. Il demande à sa bien-aimée d’attendre son retour.
Ma critique :
Le thème du roman de Pierre Loti (Madame Chrysanthème, 1887) a inspiré de nombreux artistes, dont le plus connu est certainement Puccini avec son sublime opéra « Madame Butterfly », crée en 1904.
Ce film au charme suranné est fidèle à l’atmosphère même du roman de Loti, dans ses descriptions courtes, émues, de la « vie japonaise » dans toute sa pureté, ses rituels, sa sobriété (c’est presque plus une succession de photos qu’un véritable film), et dans le paysage, avec ses arbres en fleurs, ses jardins très dessinés, son aspect cloisonné, le tout nimbé d’une lumière filtrée (je pense notamment à la superbe scène, que vous pouvez voir dans ma vidéo, durant laquelle le Lieutenant Pinkerton aperçoit pour la première fois Madame Butterfly, dansant, en ombre chinoise !).
Atmosphère poétique, rythme lent, parfois très proche du cinéma muet, les dialogues étant courts, secondaires, et tout au profit d’une mise en image élégante et charmante.
Le thème lyrique de Puccini est bien entendu présent tout au long du film, en trame de fond, et nous entraine dans cette impression d’envoûtement et d’enchantement.
J’avais vu le film une première fois, il y a longtemps, et j’avais été déçue, le trouvant démodé. En le revoyant ces jours-ci, j’ai aussitôt pensé aux films d’Ozu, grand cinéaste japonais du 20ème siècle, et décrivant si bien la société de son pays après guerre. Malgré tout l’aspect « moderne » qu’Ozu a cherché à montrer, je ne peux m’empêcher de constater qu’il n’y a finalement pas beaucoup de différences = goût de l’esthétisme, rythme, dialogues, retenue des mouvements… Le Japon, dans toute sa dualité, avec son modernisme surprenant et son attachement aux traditions ancestrales.
Cary Grant joue là un de ses premiers rôles hollywoodiens, il est âgé de 28 ans, et déjà, tout son personnage se dessine. Le Lieutenant Pinkerton de 1932 n’est pas très différent du Lieutenant Sherman (« Opération jupons » 1959), si ce n’est dans la dose d’humour apportée au fil des années !


Visiteurs
13 janvier 2011 à
Cary Grant en superbe jeune premier dans une adaptation de l’exotique histoire de Pierre Loti sublimée par la musique tragique de Puccini (dont l’héroïne d’opéra n’est pas non plus souvent interprétée par une japonaise…comme ici Sylvia Sidney…) !! Et l’atmosphère d’Ozu en sus ? A voir d’urgence… Merci une nouvelle fois !!
27 janvier 2011 à
Cary Grant fait tout jeune dans la vidéo ! Mais que dire d’un film que je n’ai pas vu ? Tout semble très beau du moins. Et Jacques, je n’aurais jamais deviné que Sylvia Sidney n’était pas japonaise !