SUR LA PISTE DES MOHAWKS (DRUMS ALONG THE MOHAWK) 1939

de John Ford (1894 – 1973)

avec Henry Fonda, Claudette Colbert, John Carradine,  Edna May Oliver

(100mn)

1776, les treize colonies anglaises d’Amérique du Nord se sont déclarées indépendantes et sont entrées en guerre contre l’Angleterre. La vie n’en continue pas moins : Gil Martin, un jeune colon de Deerfield, dans la vallée de Mohawk (État de New York), épouse Lana Borst. Après la cérémonie, qui a lieu à Albany, le jeune couple part en chariot vers la ferme de Gil. Les conditions de vie sont difficiles, et les pionniers doivent affronter les  attaques des indiens, que les anglais (les Tories), dressent contre les colons… Mais une petite communauté s’installe peu à peu, faisant preuve de solidarité et de courage.

Ma critique :

1939 = John Ford réalise 4 films ! Et non des moindres, puisqu’il s’agit de « La chevauchée fantastique », « Young M. Lincoln », « Sur la piste des Mohawks » et « Les raisins de la colère ».

« Drums along the Mohawk » est considéré comme mineur par rapport aux 3 autres, véritables monuments du cinéma hollywoodien ! Pourtant, il est le 1er film en couleur de Ford, et vient s’intégrer dans une Trilogie (dont la Chevauchée fantastique ne fait pas partie) de l’Histoire de la naissance de la Nation américaine, vue par le grand John Ford. Mais plus encore, l’Amérique telle que Ford voudrait qu’elle soit.

A mes yeux, ce film est le plus intimiste, nous montrant cette Amérique des pionniers, celle où tout est à découvrir, à construire.

Grâce à la couleur, Ford peut enfin employer dans toute sa splendeur la symbolique du feu, qui lui est particulièrement chère. Cela va du simple « foyer », qui réchauffe les jeunes mariés enfin arrivés dans leur modeste cabane, mais qui éclaire de façon effrayante l’apparition de l’indien devant Claudette Colbert, restée seule, jusqu’à cette scène splendide, du début de la course de Fonda pour aller chercher des renforts, sur fond de ciel embrasé par le soleil levant.


Il y a des scènes franchement extraordinaires, fascinantes, qui s’étirent dans la durée. Celle de cette fameuse « bataille », notamment, où le génie de Ford consiste à ne pas filmer cette bataille, comme tout réalisateur l’aurait fait. Elle se passe en ellipse : le départ des soldats, en plein jour, bien équipés et décidés, puis leur retour, de nuit, sous la pluie, épuisés et blessés. Lana (Claudette Colbert) cherche son mari Gil (Henry Fonda), que l’on croit mort, le trouve au détour d’une route, dans la boue, délirant de fièvre. Et c’est le récit de Fonda qui va nous faire vivre la vraie bataille. Un récit désordonné, incohérent, mais poignant, décrivant les atrocités vécues, révélant tout le côté monstrueux de cette tuerie. Fonda est absolument prodigieux à cet instant. Il incarne parfaitement le héros en position de faiblesse, un héros humanisé, fragile.

Je pense aussi à cette autre scène marquante, très longue et très symbolique, de la naissance du fils de ce couple de pionniers. Ford, en fervent catholique, montre toute l’importance de la Nativité. Mais au milieu du désordre qui règne, de l’inquiétude de Fonda, le réalisateur va introduire une note inattendue et pleine d’humour : d’abord, très classiquement, on entend un cri de bébé (comme dans tous les films, pour prévenir le spectateur que tout va bien, l’enfant est né..). Fonda est stoppé net dans son activité, hésite, puis son regard tombe sur un jeune veau dans le champ voisin… et il reprend sa taille de bois, déçu !


Il y aurait encore beaucoup à dire sur ce film. C’est un vrai moment historique : 1776. La scène finale est, bien que très critiquée, splendide à mes yeux. Les « rescapés » du Fort découvrent soudain le drapeau et l’un d’eux s’écrit : « C’est donc pour ça que nous nous sommes battus ? Il est plutôt joli ce drapeau, avec ses 13 lignes pour les colonies et 13 étoiles pour les Etats de l’Union ». Aussitôt, la caméra balaye la cour du Fort, et s’arrête sur une femme noire, le regard levé vers ce drapeau, puis sur un couple d’artisans, blancs, et enfin sur l’indien catholique… Puis, on voit le couple Fonda – Colbert, lui tournant le dos à toute cette scène et disant à sa femme : « Partons, veux-tu, il reste encore beaucoup à faire ! » (scène de fin heureuse, assez exceptionnelle chez Ford).


Pas de vidéo pour cette fois, YouTube ayant interdit la diffusion de celle que je vous avais concocté …« dans le monde entier » ! (La FOX est très protectrice de ses droits d’auteur). C’est ironique, à la fois parce que toutes mes vidéos ou images sont en général tirées de ma collection personnelle (environ 700 DVD, donc pas de piratage), mais surtout au regard de ce film, précisément, et à l’heure du discours d’Obama qui ne change guère de celui de 1776, et prône la tolérance, l’ouverture, dans une Amérique « pays de la liberté » !


5 commentaires pour “SUR LA PISTE DES MOHAWKS (DRUMS ALONG THE MOHAWK) 1939”

  • Jacques dit:

    John Ford était une force de la nature pour faire 4 films de cette stature en une seule année !!! Ce n’est donc pas un western à la John Wayne, mais plutôt à la Fenimore Cooper que tu nous fait découvrir cette fois-ci…avec aussi de belles photos, faute de vidéo à cause de ces réactionnaires de la Fox (pas vraiment pro-Obama…grrr…)!

  • Angie dit:

    Encore un film que je dois regarder, surtout que si je ne m’abuse, j’ai vu les deux autres faisant partie de la Trilogie ! Et ils sont tous avec Henry Fonda, que j’aime bien ;) Ce n’est pas aujourd’hui que l’on voit un réalisateur faire quatre films en un an…

    Quant à la FOX et à ses droits d’auteurs, on ne peut lui en vouloir que peu de temps, car sans elle, combien de superbes films et irremplaçables séries n’auraient pas vu le jour !

  • Avatar de Caroline Caroline dit:

    Tu as tout à fait raison… sans la Fox, le film lui même n’existerait peut-être pas! Merci de rappeler tout ce travail des studios, pour notre plus grand plaisir.

  • Jacques dit:

    Ok of course pour les mythiques studios de la 20th Century Fox, par contre moins OK pour Rupert Murdoch (le propriétaire du groupe) et Fox News Channel :
    http://fr.wikipedia.org/wiki/FOX_News_Channel

  • Avatar de Caroline Caroline dit:

    C’est justement TOUTE la différence entre le cinéma et l’info!!! Le premier a pour « mission » de nous faire rêver et de nous permettre une évasion, le second nous plonge dans la réalité, et cherche à nous y noyer!

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