déc 24 2011

IT HAPPENED ON 5TH AVENUE – 1947

Publié par Caroline dans films années 1940      

de Roy Del Ruth (1893 – 1961)

avec Victor Moore, Ann Harding, Charles Ruggles, Don De Fore

(115 mn)

Chaque année, en période hivernale, un clochard trouve « refuge » dans l’immense hôtel particulier d’un millionnaire à New-York, celui-ci passant ses hivers en Floride. Cette fois, il héberge un jeune homme (et ses amis), venu à NY pour trouver travail et logement. Il les invite tous à « partager » son logement! Les choses se compliquent quand la fille du millionnaire, ayant fuit sa pension, vient se cacher dans la demeure de son père… Elle se fait également passer pour une jeune fille sans foyer ni travail. Tous vont ainsi passer un Noël inattendu et chaleureux! 

Ma critique :

Une charmante comédie… qui ressemble à du Capra, enchante comme du Capra, mais est simplement une charmante comédie de Noël, que je conseille vivement à tous ceux qui ont envie de renouer avec « l’esprit de Noël » !

Grâce à un homme espiègle et plein d’optimisme, des destins vont se croiser et s’unir autour du sapin. Chacun va réfléchir sur sa présence en ce lieu étrange, tenter de réparer les erreurs du passé, et tous vont former pour quelques heures une grande et belle famille…

C’est plein de « bons sentiments », d’émotion, de douceur. Certains diront que c’est trop conventionnel et bourré de clichés ? N’est ce pas précisément ce qui fait cet esprit de Noël ? Car derrière tous ces clichés, se cache une jolie morale, qui réchauffe les cœurs et nous fait sourire avec bienveillance.

Le rêve est là, sur notre écran, et durant quelques heures d’évasion, la magie opère… le Père Noël est passé !

 

Joyeux Noël et Bonnes Fêtes à tous les cinéphiles….

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nov 5 2011

LES PASSAGERS DE LA NUIT (DARK PASSAGE) 1947

Publié par Caroline dans films années 1940      

de Delmer Daves  (1904 – 1977)

avec Humphrey Bogart, Lauren Bacall, Agnes Moorehead  

(105 mn)

Vincent Parry s’évade de prison où il était enfermé pour un meurtre qu’il n’a pas commis : celui de sa femme. Souhaitant lui-même découvrir le véritable coupable, il rencontre sur son chemin la belle Irene Jansen qui décide de lui venir en aide parce que son propre père a autrefois subi la même injustice. Traqué sans relâche par la police, traîné dans la boue par une presse qui se gargarise de sensationnalisme, l’homme est amené à subir une opération de chirurgie esthétique pour tenter paradoxalement de redevenir lui-même..

Ma critique :

Film noir, couple mythique, de bons ingrédients…

Mais ce film, pourtant moins connu que « Le port de l’angoisse » (1945) ou « Le Grand Sommeil » (1946), a la particularité d’introduire, dans l’histoire du cinéma, une méthode appelée la « caméra subjective ». Et c’est au réalisateur Delmer Daves que l’on doit cette trouvaille. Ainsi, durant toute la 1ère heure, Bogart est là, sa voix, son regard nous invitent et nous guident au cœur de l’histoire. Mais le regard de Bogart est le nôtre. Il est à la fois acteur et spectateur.  La caméra habile de Daves suit des plans inattendus : tantôt les pieds, tantôt les mains dévoilent la présence du personnage. Jamais son visage, qui n’apparaitra (à la suite d’une transition très symbolique, que je vous laisse découvrir) que durant la dernière demi heure du film !

Le génie de Daves, surtout connu pour ses westerns humanistes (je pense aux merveilleux « 3 :10 pour Yuma » ou « La flèche brisée ») consiste ici à déguiser le sujet difficile de l’identité en une simple enquête policière (enquête menée par le condamné), et à le filmer de manière très symbolique, puisque le personnage central ne deviendra lui même qu’après avoir changé son apparence physique.

Ainsi, chaque personnage a son importance, puisque chacun d’eux nous renvoie une image du « héros ». Et il faut reconnaitre qu’ils se sont tous surpassés. Coup de chapeau à Agnes Moorehead (la fameuse Endora de la série « Bewitched », essentiellement connue pour ce rôle, alors qu’elle a joué des personnages nombreux et variés, avec beaucoup de talent), qui est parfaite en femme jalouse, fourbe et finalement lâche… rôle peu flatteur, qu’elle mène avec brio.

Comme toujours chez Delmer Daves, les images sont pleines de poésie. Il filme ici la brume et l’obscurité de San Francisco dans un noir et blanc qui s’accorde aussi parfaitement avec le sujet.

A l’écran pour la 3ème fois, marié depuis peu, le couple mythique Bogart / Bacall traverse les épreuves avec force et élégance. La fusion entre eux est la même d’un côté ou de l’autre de la caméra.

« Dark passage » n’est peut-être pas un « grand » film, mais c’est un très bon film, abordant de façon originale des sujets graves et difficiles comme l’injustice, la perte d’identité, devenir soi-même en dehors du regard des autres, en faisant tomber les masques.

A voir absolument ! (le « trailer » est médiocre… mais il a le mérite de ne pas dévoiler l’histoire!)

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oct 25 2011

UN MARIAGE COMPLIQUÉ (HOLIDAY AFFAIR) 1949

Publié par Caroline dans films années 1940      

de Don Hartman  (1900 – 1958)

avec Robert Mitchum, Janet Leigh

(90 mn)

 

Jeune et ravissante veuve, Connie élève seule Timmy, son fils de six ans. Au moment de Noël, elle se rend dans un grand magasin pour faire de l’espionnage commercial. Steve, un des vendeurs, tombe sous le charme de sa cliente. Conscient de son attitude suspicieuse, il accepte malgré tout de lui rendre service au détriment de son poste.

Ma critique :

Une jolie histoire, des acteurs talentueux et charmants, Hollywood 1949… rien à ajouter, si ce n’est que les comédies romantiques d’aujourd’hui n’arriveront jamais à rivaliser !!

Le réalisateur Don Hartman n’a pas laissé un souvenir particulier dans l’histoire du cinéma (il n’a réalisé que 5 films), il était plutôt un homme de Broadway, mais cette comédie est vraiment brillante.

L’histoire veut que le film ait été une commande spéciale et urgente afin de « sauver » l’image de Robert Mitchum, alors impliqué dans une histoire de trafique de marijuana et menacé de prison. Il lui fallait donc un rôle de « gentil » (ce qui n’est pas si fréquent dans sa carrière), qu’il incarne avec tout son talent et sa désinvolture. Il adopte une attitude humble, paternaliste, tout en restant le beau Mitchum bourru légendaire !

Il faut dire qu’il est accompagné de l’adorable Janet Leigh, âgée de 22 ans (future épouse de Tony Curtis), ingénue et séduisante à souhait, et désarmante même pour un « macho » comme Robert Mitchum ! C’est d’ailleurs le succès de ce film qui lancera sa carrière… qui atteindra son apogée avec sa performance dans « Psychose » d’Hitchcock.

Le tout est donc vraiment distrayant, joli à regarder, sentimental sans pathos… Un bon petit moment de cinéma.

DVD aux Editons Montparnasse, EXTRAIT VIDEO


juin 23 2011

ESCALE A HOLLYWOOD (ANCHORS AWEIGH) 1945

Publié par Caroline dans films années 1940      

de George Sidney (1916 – 2002)

avec Gene Kelly, Frank Sinatra,  Kathryn Grayson

120 mn

Les deux amis Clarence Doolittle et Joseph Brady se ressemblent peu : Joseph passe pour un  » Don Juan « , alors que Clarence, trop timide, n’ose rien entreprendre. Pendant leur service militaire dans la marine, ils obtiennent une permission à Hollywood. Ils font la connaissance de Susan Abbott, une chanteuse qui travaille aux studios comme figurante pour payer ses leçons de chant et permettre à son neveu Donald, petit garçon rêvant de s’engager dans l’armée, de subsister. Clarence croit avoir trouvé en elle la femme de sa vie et, pour l’aider, Joseph met son ami en valeur.

Ma critique :

Une perle parmi les comédies musicales hollywoodiennes (malgré quelques lacunes dans le scénario), et pour beaucoup, le meilleur film de Gene Kelly, qui excelle dans tous les numéros de danse.

Une chorégraphie parfaite, orchestrée par Stanley Donen et Gene Kelly, et une musique qui remporte l’Oscar en 1946.


C’est avec ce film que Gene Kelly se fait réellement une place à Hollywood. Jusque là, il se produisait essentiellement sur les planches de Broadway, où il remportait un vif succès. En 1944, il fait ses débuts de chorégraphe pour Rita Hayworth. Avec « Escale à Hollywood » il obtient sa première nomination aux Oscars en tant que Meilleur Acteur. Chaque scène de danse du film est parfaite. Non seulement, Kelly est le danseur prodigieux que l’on connaît, mais il semble entrainer avec lui chacun de ses partenaires. Depuis la petite fille, au cours de cette charmante scène près de la fontaine, jusqu’à Sinatra, qu’il fait sauter de lit en lit dans le dortoir de l’armée, en passant par la mythique séquence de danse avec la souris Jerry. Cet épisode est une référence du genre, et a nécessité une année de travail ! Au départ, elle avait été refusé par la MGM, précisément en raison de la difficulté de synchronisation (et parce que Kelly souhaitait Mickey Mouse mais Disney avait refusé). Gene Kelly transforme en danseur tout ce qui bouge à ses côtés. Avec grâce et talent.


Et c’est aussi cette comédie musicale qui va révéler Sinatra au cinéma. Il vient tout juste de signer son 1er contrat avec la MGM. Agé de 30 ans, on est émerveillé et surpris par son physique de jeune premier, plutôt timide et maladroit. Mais on reconnaît déjà ses yeux bleus et sa voix qui deviendront légendaires. Frank Sinatra dira plus tard à propos de ce film : « Quand je suis arrivé à la MGM, je n’étais rien dans le monde du cinéma. J’étais un crooner, avec 2 pieds gauches. Gene Kelly m’a appris tout ce que je sais (c’était un vrai bourreau de travail) et c’est en partie grâce à lui que je suis devenu une star ».


Le duo Kelly – Sinatra fonctionne parfaitement, et « Escale à Hollywood » est un modèle du genre « musical », même si son succès reste inférieur aux futures « Un Américain à Paris » ou encore « Chantons sous la pluie ». A mes yeux, c’est dans ce rôle que Gene Kelly me semble le plus authentique et naturel derrière la perfection de ses interprétations.


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Et pour le plaisir d’écouter Sinatra :

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mai 28 2011

LE CHÂTEAU DU DRAGON (DRAGONWYCK) 1946

Publié par Caroline dans films années 1940      

de Joseph L.Mankiewicz (1909 – 1993)

avec Gene Tierney, Vincent Price, Walter Huston

(100 mn)


1844. Miranda, une fille de fermiers du Connecticut, est appelée au château de Dragonwyck, où vit un cousin éloigné de sa mère, Nicholas Van Ryn, afin de tenir compagnie à sa femme, malade, et à leur fille. Elle tombe amoureuse de Van Ryn, qui, à peine devenu veuf, l’épouse. Mais lorsque le fils de cette union meurt peu de temps après sa naissance, Miranda va découvrir les secrets de son mari…

Ma critique :

Premier film de Mankiewicz en tant que réalisateur, un peu malgré lui puisque le scénario était confié à Lubitsch. Mais victime d’une crise cardiaque, celui-ci demande à son « élève » de relever le défi au dernier moment.

Début prometteur, et annonciateur de la grande carrière que l’on connaît, avec, entre autres, « L’Aventure de Mme Muir » en 1947, « All about Eve » en 1950 ou « La Comtesse aux pieds nus » en 1954.

« Dragonwyck » fait aussitôt penser aux films « gothiques » tels que « Rebecca » (1940 – Hitchcock) ou « Jane Eyre » (1944 – Stevenson), sans toutefois atteindre la tension psychologique ou la dimension sentimentale de ces 2 immenses films !

« Mme Muir », l’année suivante, dans la même lignée, sera plus abouti, plus personnel, avec la même Gene Tierney dans le rôle principal.

Ce qui frappe ici avant tout, c’est l’opposition entre liberté et enfermement, entre rêve et réalité. Liberté dès la 1ère image du film, avec Gene Tierney courant à travers champs dans son Connecticut natal. Enfermement, bien entendu, entre les murs du château, avec un passage saisissant : la jeune fille, toute à son excitation, contemple depuis le bateau, à travers une longue vue, sa future « prison dorée » ! Ainsi, la vue se rétrécit dans le champ de la lunette, à l’image de son rêve qui va fondre au contact d’une réalité quotidienne effrayante.

La beauté irréelle et lumineuse de Gene Tierney est fascinante, mais son jeu reste toujours, à mon goût, un peu froid, comme si elle mettait une certaine distance avec son personnage de peur de trop se révéler. Esthétiquement parfaite, on peut lui reprocher un manque de passion…


Vincent Price entame ici sa longue carrière « horrifico-gothique » en incarnant ce châtelain terrifiant . Carrière qui se terminera peu avant sa mort, en 1990, avec le rôle du créateur d’Edwards, dans « Edwards aux mains d’argent » de Tim Burton. A sa façon, le Seigneur du Château poursuit lui aussi son rêve, attaché aux traditions ancestrales et prêt à tout pour assurer sa descendance !

Un film qui reste captivant malgré les années, même si la version que nous offre le DVD des éditions Carlotta, parfaite du point de vue restauration de l’image, est déplorable au niveau des sous-titres français, qui nous privent de la moitié des dialogues !

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mar 8 2011

MADAME BOVARY (1949)

Publié par Caroline dans films années 1940      

de Vincente Minnelli (1903 – 1986)

avec Jennifer Jones , James Mason , Van Heflin , Louis Jourdan , Christopher Kent

(115mn)



Gustave Flaubert, l’auteur de  » Madame Bovary « , doit défendre son roman devant le tribunal. Dans le but de sauver son héroïne, l’écrivain raconte l’histoire de celle-ci en démontrant que la véritable culpabilité revient à la société. Emma Rouault, la future Madame Bovary, a vécu une adolescence plutôt sordide. Partagée entre le couvent et la ferme familiale, la jeune fille, d’une éblouissante beauté, se réfugie dans la lecture de romans qui ne font qu’attiser sa nature ardente. Alors qu’elle désespère de rencontrer le grand amour que lui ont vanté tant de fois ses lectures, elle fait la connaissance d’un agréable jeune médecin, Charles Bovary, sous les traits duquel elle pense avoir découvert l’objet de ses passions intimes.

Ma critique :

« Si la beauté existe, l’homme que deviendrait mon fils serait libre de parcourir le monde à sa recherche ».

Cri du cœur d’Emma Bovary, enfermée dans sa condition de femme du 19è siècle, et dans une société provinciale française.

La grande originalité du film de Minnelli repose sur le simple fait qu’il ne s’agit pas d’une banale adaptation de roman : Minnelli part du procès de Gustave Flaubert à la sortie de son livre, et c’est son réquisitoire qui sert de trame narrative (avec la voix off merveilleuse du grand James Mason).

Le « lecteur » découvre ainsi une image d’Emma Bovary bien différente, vulnérable, victime de toute une société. Ce sont les paroles de l’auteur : elle était une femme dont la vie ne pouvait être qu’une prison. Sa liberté, elle la trouvait au-delà de l’horizon, dans ses rêves…

C’est aussi une Emma qui ne peut trouver le bonheur. Et c’est ici le sujet favori de Minnelli : le rêve se heurtant sans cesse à la réalité. Du coup, le personnage devient plus sensible (même si l’actrice, Jennifer Jones, reste un peu froide et hautaine, ne suscitant guère l’empathie du spectateur), et passe de cette image « diabolisée » que peut avoir le lecteur au premier degré, à cet être vulnérable, sans cesse déchiré, ne se reconnaissant dans aucun de ses rôles, ni celui d’épouse, de mère, ou même de maîtresse passionnée. Image littéralement renversante que celle du bal, quand Emma se voit soudain dans l’immense miroir, belle, adulée, entourée d’un luxe éclatant… Vie dont elle a toujours rêvé, mais qui n’est finalement qu’un reflet ! Vient ensuite la longue valse de sa rencontre avec Rodolphe (superbe Louis Jourdan, incarnant un Rodolphe moins cruel que dans le livre), qui se termine en vertige…

Van Heflin (cf « 3 :10 to Yuma ») incarne avec justesse le rôle de ce mari en adoration devant la beauté de sa femme mais lucide sur sa « fragilité » mentale comme tout bon scientifique qu’il est ! Impuissant cependant à faire son bonheur, et même, en tant que médecin, à la sauver.

Jusqu’à la scène finale d’Emma, Minnelli maitrise son art, baroque mais d’une sobriété sublime (nous sommes ici bien loin de laversion de Claude Chabrol !).

En conclusion, un passage du livre de Flaubert, illustrant la version de Minnelli, qui cherche à souligner dans son film toute la dualité et la souffrance portées par une femme poursuivant ses rêves, telle qu’une Emma Bovary :

« Que d’impossibilités ! Rien d’ailleurs ne valait la peine d’une recherche ; tout mentait ! Chaque sourire cachait un baillement d’ennui, chaque joie une malédiction, tout plaisir un dégoût, et les meilleurs baisers ne vous laissaient sur la lèvre qu’une irréalisable envie d’une volupté plus grande ».

Et un trailer qui est loin de rendre hommage au film… =

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jan 16 2011

A SCANDAL IN PARIS (1946)

Publié par Caroline dans films années 1940      

De Douglas Sirk (1897 – 1987)

avec George Sanders, Signe Hasso, Carole Landis

(95 mn)


« Vidocq » naît en prison en 1775. Après une jeunesse faite d’expédients, il devient, grâce à une bande d’escrocs, sous-lieutenant dans l’armée de Bonaparte. Le nom de Vidocq est d’ailleurs emprunté à une pierre tombale. Séducteur par tempérament, escroc par hérédité, sa connaissance du crime en faisait le préposé idéal aux fonctions de Chef de la Sûreté. Le film suit la progression nonchalante de la période depuis le bagne, puis dans l’armée de Napoléon jusqu’au poste de chef de la police.

Ma critique :

Vidocq vu par Douglas Sirk, « chef-d’œuvre du cinéma de l’ironie » !

Troisième film américain du réalisateur (et je dis bien « américain », pas encore hollywoodien, car assemblé hors des studios, ce qui explique d’ailleurs la difficulté de trouver, aujourd’hui encore, une copie à peu près lisible), dans lequel l’influence européenne est encore sensible. Un merveilleux mélange d’Ophüls  et de Guitry : Ophüls pour le côté surréaliste, et Guitry pour les dialogues.

Mais il s’agit bien, déjà, de Sirk dans toute sa splendeur : par toute l’imagerie mise en place et qui se prolongera dans toute son œuvre, imagerie de l’illusion, de l’artifice poétique, et je cite Sirk lui-même : « Voir dans un miroir obscurément. On n’attrape que des reflets. On se heurte à une paroi de verre ».

Par les thèmes abordés, également :

-       le retour du passé, ou le passé rattrapant ses personnages, ce fameux « cercle » cher à Sirk. Mais le miracle, dans ses films, c’est que tout semble toujours possible. Les ténèbres n’existent pas par elles-mêmes, la cause n’est jamais perdue et le combat reste toujours à mener (troublant, d’ailleurs, quand on sait que Sirk devint aveugle à la fin de sa vie).

-       L’ambivalence des êtres et leur situation, Sirk choisissant ici très précisément le moment de la vie de Vidocq se situant dans l’oscillation, le flottement entre sa vie de voleur et sa vie de policier.

Surréalisme, symbolisme, poésie. Les images, les décors nous guident tout au long de ce récit, depuis le tableau de « Saint Georges terrassant le dragon » (trame de l’histoire sur tous les plans) jusqu’à l’extraordinaire manège nous entrainant dans ce fameux cercle.

George Sanders était l’interprète idéal (selon Sirk, et pour notre plus grand plaisir), désinvolte, élégant, caustique. C’est de loin le rôle dans lequel je l’ai le plus apprécié

Une mention spéciale pour le petit singe, nommé Satan, véritable « cerise sur le gâteau » de tout ce symbolisme poétique et ironique…


DÉSOLÉE POUR LA QUALITÉ AFFREUSE DE MA VIDÉO…. JE N’AI PAS PU FAIRE MIEUX, COMPTE TENU DU SUPPORT! Juste pour vous faire une petite idée de l’histoire délirante de Vidocq vue par le grand SIRK!

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juil 13 2010

LES DÉSEMPARÉS (THE RECKLESS MOMENT) 1949

Publié par Caroline dans films années 1940      

de Max Ophuls (1902 – 1957)

avec James Mason , Joan Bennett , Geraldine Brooks , David Bair , Henry O’neill , Shepperd Strudwick

(85mn)


Lucia Harper vit avec ses deux enfants et son beau-père dans leur jolie maison de Balboa. Avec son mari souvent absent, elle doit veiller seule à la bonne organisation du foyer. Lorsqu’elle apprend que sa fille, Bea, a une liaison avec l’escroc Ted Darby, elle lui ordonne d’y mettre fin immédiatement. Mais l’entrevue entre les deux jeunes gens tourne mal et Darby est tué. Lucia retourne sur les lieux et se débarrasse du corps…

Ma critique :

Film « noir » doublé de mélodrame, très surprenant sur bien des points, car toute l’intrigue se déroule sur fond d’atmosphère familiale typiquement américaine (le père en voyage, la mère secondée par une gentille domestique noire, une fille qui fait des bêtises, un petit garçon espiègle, et le grand-père que personne n’écoute), dans une banlieue « semi chic » de Los Angeles, Balboa. De plus, c’est un film « noir » très féminin, puisque la mère de famille va mener tout le jeu d’un bout à l’autre, aussi bien au foyer qu’avec les « malfrats », qu’elle va affronter seule et avec beaucoup d’aplomb. Ophüls mérite une fois de plus le titre qui lui est accordé de « grand cinéaste d ‘héroïnes ».

Ainsi, toute l’intrigue policière se déroule en second plan des occupations banales et quotidiennes de cette famille, mais l’atmosphère est tout de suite étouffante, essentiellement en raison de ces espaces très délimités dans lesquels l’action évolue : l’intérieur de la maison, de la voiture, d’une cabine téléphonique. Et la seule scène qui pourrait être plus « aérée », celle au cours de laquelle la mère va faire disparaître le cadavre laissé par sa fille sur la plage, est tournée sans aucune parole ni musique et dure…5 minutes ! C’est très long, au cinéma, une scène silencieuse de 5 minutes, et Ophüls a dû se battre pour la conserver au montage, car personne n’en voulait (voir extrait).

Le spectateur est dérouté, embrouillé, dès le début, pas par l’intrigue policière, mais par les sentiments intérieurs des deux principaux personnages, tous deux très différents mais coincés dans leurs « univers prison », cherchant à se débattre, se protéger, mais ne trouvant jamais d’issue : d’un côté, la ménagère modèle « middle-class », dont toute la vie est centrée sur son foyer, faisant tout pour lui épargner le scandale ou la peine, mais qui réalise n’avoir aucune vie privée ; et le « maître chanteur », d’un milieu totalement opposé, très solitaire, mais tout aussi prisonnier de son système. C’est cet enfermement qui va finalement les rapprocher, et qui crée tout le suspens… Max Ophüls nous entraine et nous déstabilise dans le jeu des apparences trompeuses !

Œuvre magnifique, oubliée, de la courte période hollywoodienne du réalisateur français (d’origine allemande) : après « Lettre d’une inconnue » en 1948 et « Caught » en 1949, c’est son 3è et dernier film américain.

Et début de l’immense carrière de James Mason, qui donne ici, à mon avis, le meilleur de lui-même, en étant encore d’une grande humilité.

Un très grand et beau film…

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avr 29 2010

LE FAUCON MALTAIS (THE MALTESE FALCONE) 1941

Publié par Caroline dans films années 1940      

De John Huston (1906 – 1987)

avec Humphrey Bogart, Mary Astor, Peter Lorre

(95 mn)


A San Francisco, Archer, l’associé du détective Sam Spade, est assassiné. Fou de rage, Sam se lance à la recherche du meurtrier, dans un monde de faux-semblants peuplé de louches personnages. Ses recherches l’entraîneront vers une mystérieuse statuette, « de l’étoffe dont sont faits les rêves »…..

Ma critique :

« Film noir » par excellence, le « Faucon Maltais » est LE film référence ! C’est un polar excentrique, mené de mains de maitre par John Huston d’une part, qui privilégie le « quoi » au « comment », les dialogues à l’action, et par Humphrey Bogart, d’autre part, qui ne fait qu’un avec son personnage de Spade. C’est d’ailleurs le 1er rôle de Bogart en tant que détective, et le début de son immense succès puisqu’il va tourner 10 chefs d’œuvre durant les 15 années suivantes. Tout ce qui va faire le « grand » Bogart est déjà là : mimiques, voix, gestuelle minimale, et le fameux « look » détective, imperméable beige, chapeau, costume sombre… image totalement intemporelle de Bogart.

Dès les premières images, nous sommes plongés dans un monde de mensonge, de trahison, de meurtre. Mais sous la direction de Huston, le polar devient plus bavard que violent. Les dialogues ne nous laissent pas une minute pour souffler (et les sous-titres français ont d’ailleurs bien du mal à suivre !). Le dénouement surprend un spectateur épuisé d’avoir essayé, avec Spade, de résoudre les énigmes qui s’enchainent à un rythme haletant, et le suspens est évidemment intense jusqu’à la dernière minute.

Il faut évoquer aussi Peter Lorre, parfait, Sydney Greenstreet… mais je poserais une critique sur le personnage de femme fatale, incarné par Mary Astor, ancienne star du muet, un peu raide et maladroite, et finalement peu crédible. On pourrait imaginer plus facilement une Rita Hayworth, une Bette Davis (les stars ne manquaient pas à Hollywood…) ou même, déjà, Lauren Bacall !

A signaler que l’histoire est tirée d’un roman policier de Dashiell Hammett, lui-même détective pendant 6 ans , et « père » du roman noir moderne (avec le très connu Raymond Chandler).

Indiscutablement, l’influence d’un film tel que « Le faucon Maltais » se fait encore sentir aujourd’hui. Ce sont des films qui marquent toute l’histoire cinématographique = incontournable.

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jan 19 2010

LA POURSUITE INFERNALE (MY DARLING CLEMENTINE) 1946

Publié par Caroline dans films années 1940      

De John Ford (1894 – 1973)

avec Henry Fonda, Victor Mature, Linda Darnell

(100 mn)

En 1881, les quatre frères Earp ( Wyatt, Virgil, Morgan et James) accompagnent leur bétail de Boston jusqu’en Californie. A la nuit tombée, les trois frères décident de s’arrêter près de la petite ville de Tombstone, en Arizona, et laissent le soin au plus jeune d’entre eux de garder le troupeau. A leur retour, ils découvrent le jeune James assassiné et leurs bêtes volées. Wyatt Earp n’a  plus qu’une seule idée en tête : venger James. Il devient alors shérif et engage ses frères auprès de lui. Mais sa quête de justice sera difficile car il devra affronter le clan Clayton faisant régner la terreur et dominer le caïd de la ville, Doc Holliday.

Ma critique :

Première grande « découverte » de ce début 2010…grâce à la sortie du DVD, version « remastérisée », très bien documenté (un reproche cependant : les sous-titres sont parfois inexistants et souvent approximatifs !).

La caméra de John Ford, la démarche nonchalante de Henry Fonda et la « gueule » de Victor Mature = un Western magnifique.

Le titre français, encore une fois, ne laisse en rien présager du film : on s’attend à un de ces westerns impitoyables, essoufflés, envahis de toute la poussière du Far West (que j’aime d’ailleurs aussi beaucoup !). On découvre en fait « My Darling Clementine », une œuvre admirable à bien des égards, western crépusculaire, qui fait de John Ford le maître incontesté du genre.

Ford choisit le récit d’un épisode réel et célèbre, le duel d’OK Corral à Tombstone entre les Earp et les Clanton, qui eut lieu en 1881, pour en faire à l’écran une vraie page d’histoire : la mise en place d’une civilisation et d’un pays tout entier. Les mythes américains (liberté, force de la loi, enseignement, religion, démocratie) sont tous exprimés avec une habileté pudique, et la petite ville de Tombstone représente une société en train de se créer, autour de l’unique Wyatt Earp, temporairement shérif, se battant tout en finesse et élégance pour le respect de la Loi et pour la paix (précisons que John Ford avait eu l’occasion de rencontrer le « vrai » Wyatt Earp à plusieurs reprises).

Symbolique, la nature sauvage, indomptable, est filmée par le réalisateur au cœur de la Monument Valley, sommet stylistique de Ford.

Plus tard, en 1957, John Sturges tournera « Règlement de comptes à OK Corral » (avec Burt Lancaster et Kirk Douglas), inspiré du même récit et sans doute bien plus célèbre dans l’histoire du cinéma, mais n’atteignant pas la grandeur et la magie d’une oeuvre comme celle de Ford.

Caméra fixe (même dans les poursuites), gros plans, noir et blanc très sombre, longs silences : le « western » devient ici une fable profondément humaniste, où les cowboys récitent du Shakespeare (Victor Mature, époustouflant !), où la justice l’emporte au rythme de la démarche tranquille du merveilleux Henry Fonda, avec, ça et là, la touche d’humour très « fordienne »… par exemple lorsque Wyatt / Fonda demande à Mac, le barman « Mac, tu as déjà été amoureux ? » « Non, j’ai été barman toute ma vie ! ».

N’oublions pas les deux personnages féminins, très symboliques aussi, caractères et physiques opposés… dont l’une s’appelle Chihuahua et l’autre Clementine (je vous laisse deviner laquelle est la plus diabolique).

Ainsi, pas vraiment de « poursuite infernale », mais la poursuite éternelle du combat entre Bien et Mal, culture contre ignorance…et la richesse du film est précisément là, dans la diversité de ces combats.

Touche finale de ce grand réalisateur : le film ne se termine pas sur le classique duel, mais sur une phrase complètement inattendue, improbable… que je laisse découvrir aux chanceux qui pourront regarder prochainement « My Darling Clementine ».

Bien plus qu’un Western = un grand chef-d’œuvre hollywoodien !

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Excusez mes sous-titres à moitié coupés (je critiquais déjà ceux du film!), j’ai eu bien du mal à faire cette vidéo!