LA POURSUITE INFERNALE (MY DARLING CLEMENTINE) 1946
Publié par Caroline dans films années 1940De John Ford (1894 – 1973)
avec Henry Fonda, Victor Mature, Linda Darnell
(100 mn)

En 1881, les quatre frères Earp ( Wyatt, Virgil, Morgan et James) accompagnent leur bétail de Boston jusqu’en Californie. A la nuit tombée, les trois frères décident de s’arrêter près de la petite ville de Tombstone, en Arizona, et laissent le soin au plus jeune d’entre eux de garder le troupeau. A leur retour, ils découvrent le jeune James assassiné et leurs bêtes volées. Wyatt Earp n’a plus qu’une seule idée en tête : venger James. Il devient alors shérif et engage ses frères auprès de lui. Mais sa quête de justice sera difficile car il devra affronter le clan Clayton faisant régner la terreur et dominer le caïd de la ville, Doc Holliday.
Ma critique :
Première grande « découverte » de ce début 2010…grâce à la sortie du DVD, version « remastérisée », très bien documenté (un reproche cependant : les sous-titres sont parfois inexistants et souvent approximatifs !).
La caméra de John Ford, la démarche nonchalante de Henry Fonda et la « gueule » de Victor Mature = un Western magnifique.

Le titre français, encore une fois, ne laisse en rien présager du film : on s’attend à un de ces westerns impitoyables, essoufflés, envahis de toute la poussière du Far West (que j’aime d’ailleurs aussi beaucoup !). On découvre en fait « My Darling Clementine », une œuvre admirable à bien des égards, western crépusculaire, qui fait de John Ford le maître incontesté du genre.
Ford choisit le récit d’un épisode réel et célèbre, le duel d’OK Corral à Tombstone entre les Earp et les Clanton, qui eut lieu en 1881, pour en faire à l’écran une vraie page d’histoire : la mise en place d’une civilisation et d’un pays tout entier. Les mythes américains (liberté, force de la loi, enseignement, religion, démocratie) sont tous exprimés avec une habileté pudique, et la petite ville de Tombstone représente une société en train de se créer, autour de l’unique Wyatt Earp, temporairement shérif, se battant tout en finesse et élégance pour le respect de la Loi et pour la paix (précisons que John Ford avait eu l’occasion de rencontrer le « vrai » Wyatt Earp à plusieurs reprises).
Symbolique, la nature sauvage, indomptable, est filmée par le réalisateur au cœur de la Monument Valley, sommet stylistique de Ford.

Plus tard, en 1957, John Sturges tournera « Règlement de comptes à OK Corral » (avec Burt Lancaster et Kirk Douglas), inspiré du même récit et sans doute bien plus célèbre dans l’histoire du cinéma, mais n’atteignant pas la grandeur et la magie d’une oeuvre comme celle de Ford.
Caméra fixe (même dans les poursuites), gros plans, noir et blanc très sombre, longs silences : le « western » devient ici une fable profondément humaniste, où les cowboys récitent du Shakespeare (Victor Mature, époustouflant !), où la justice l’emporte au rythme de la démarche tranquille du merveilleux Henry Fonda, avec, ça et là, la touche d’humour très « fordienne »… par exemple lorsque Wyatt / Fonda demande à Mac, le barman « Mac, tu as déjà été amoureux ? » « Non, j’ai été barman toute ma vie ! ».
N’oublions pas les deux personnages féminins, très symboliques aussi, caractères et physiques opposés… dont l’une s’appelle Chihuahua et l’autre Clementine (je vous laisse deviner laquelle est la plus diabolique).
Ainsi, pas vraiment de « poursuite infernale », mais la poursuite éternelle du combat entre Bien et Mal, culture contre ignorance…et la richesse du film est précisément là, dans la diversité de ces combats.
Touche finale de ce grand réalisateur : le film ne se termine pas sur le classique duel, mais sur une phrase complètement inattendue, improbable… que je laisse découvrir aux chanceux qui pourront regarder prochainement « My Darling Clementine ».
Bien plus qu’un Western = un grand chef-d’œuvre hollywoodien !
Excusez mes sous-titres à moitié coupés (je critiquais déjà ceux du film!), j’ai eu bien du mal à faire cette vidéo!













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