jan 19 2010

LA POURSUITE INFERNALE (MY DARLING CLEMENTINE) 1946

Publié par Caroline dans films années 1940      

De John Ford (1894 – 1973)

avec Henry Fonda, Victor Mature, Linda Darnell

(100 mn)

En 1881, les quatre frères Earp ( Wyatt, Virgil, Morgan et James) accompagnent leur bétail de Boston jusqu’en Californie. A la nuit tombée, les trois frères décident de s’arrêter près de la petite ville de Tombstone, en Arizona, et laissent le soin au plus jeune d’entre eux de garder le troupeau. A leur retour, ils découvrent le jeune James assassiné et leurs bêtes volées. Wyatt Earp n’a  plus qu’une seule idée en tête : venger James. Il devient alors shérif et engage ses frères auprès de lui. Mais sa quête de justice sera difficile car il devra affronter le clan Clayton faisant régner la terreur et dominer le caïd de la ville, Doc Holliday.

Ma critique :

Première grande « découverte » de ce début 2010…grâce à la sortie du DVD, version « remastérisée », très bien documenté (un reproche cependant : les sous-titres sont parfois inexistants et souvent approximatifs !).

La caméra de John Ford, la démarche nonchalante de Henry Fonda et la « gueule » de Victor Mature = un Western magnifique.

Le titre français, encore une fois, ne laisse en rien présager du film : on s’attend à un de ces westerns impitoyables, essoufflés, envahis de toute la poussière du Far West (que j’aime d’ailleurs aussi beaucoup !). On découvre en fait « My Darling Clementine », une œuvre admirable à bien des égards, western crépusculaire, qui fait de John Ford le maître incontesté du genre.

Ford choisit le récit d’un épisode réel et célèbre, le duel d’OK Corral à Tombstone entre les Earp et les Clanton, qui eut lieu en 1881, pour en faire à l’écran une vraie page d’histoire : la mise en place d’une civilisation et d’un pays tout entier. Les mythes américains (liberté, force de la loi, enseignement, religion, démocratie) sont tous exprimés avec une habileté pudique, et la petite ville de Tombstone représente une société en train de se créer, autour de l’unique Wyatt Earp, temporairement shérif, se battant tout en finesse et élégance pour le respect de la Loi et pour la paix (précisons que John Ford avait eu l’occasion de rencontrer le « vrai » Wyatt Earp à plusieurs reprises).

Symbolique, la nature sauvage, indomptable, est filmée par le réalisateur au cœur de la Monument Valley, sommet stylistique de Ford.

Plus tard, en 1957, John Sturges tournera « Règlement de comptes à OK Corral » (avec Burt Lancaster et Kirk Douglas), inspiré du même récit et sans doute bien plus célèbre dans l’histoire du cinéma, mais n’atteignant pas la grandeur et la magie d’une oeuvre comme celle de Ford.

Caméra fixe (même dans les poursuites), gros plans, noir et blanc très sombre, longs silences : le « western » devient ici une fable profondément humaniste, où les cowboys récitent du Shakespeare (Victor Mature, époustouflant !), où la justice l’emporte au rythme de la démarche tranquille du merveilleux Henry Fonda, avec, ça et là, la touche d’humour très « fordienne »… par exemple lorsque Wyatt / Fonda demande à Mac, le barman « Mac, tu as déjà été amoureux ? » « Non, j’ai été barman toute ma vie ! ».

N’oublions pas les deux personnages féminins, très symboliques aussi, caractères et physiques opposés… dont l’une s’appelle Chihuahua et l’autre Clementine (je vous laisse deviner laquelle est la plus diabolique).

Ainsi, pas vraiment de « poursuite infernale », mais la poursuite éternelle du combat entre Bien et Mal, culture contre ignorance…et la richesse du film est précisément là, dans la diversité de ces combats.

Touche finale de ce grand réalisateur : le film ne se termine pas sur le classique duel, mais sur une phrase complètement inattendue, improbable… que je laisse découvrir aux chanceux qui pourront regarder prochainement « My Darling Clementine ».

Bien plus qu’un Western = un grand chef-d’œuvre hollywoodien !

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Excusez mes sous-titres à moitié coupés (je critiquais déjà ceux du film!), j’ai eu bien du mal à faire cette vidéo!


déc 19 2009

HONNI SOIT QUI MAL Y PENSE (THE BISHOP’S WIFE) 1947

Publié par Caroline dans films années 1940      

de Henry Koster (1905 – 1988)

avec Cary Grant, David Niven, Loretta Young

(115 mn)

Préoccupé par son désir de collecter des fonds pour la construction d’une cathédrale, le pasteur Henry Brougham perd de plus en plus le contact avec ses fidèles et avec sa famille, sa femme Julia et sa fille Debby. En outre, il doit faire face aux caprices de l’arrogante Mrs. Hamilton, une riche donatrice qu’il doit ménager s’il veut que son projet aboutisse. Alors que son mariage est sur le point de sombrer, Henry Brougham adresse au ciel une prière désespérée. Et le ciel lui répond en envoyant à son secours un ange débonnaire qui répond au prénom de Dudley. Avec lui, Dudley ramène la joie de vivre dans la maison du pasteur en consolant Julia et en persuadant Henry que Dieu serait aussi bien servi s’il consacrait l’argent destiné à la cathédrale à soulager les nécessiteux.

Ma critique :

Croyez vous aux Anges ? peu importe… après ce film, vous aurez envie d’y croire !

Pour les vacances de Noël, j’ai eu envie de vous offrir la découverte de ce film très peu connu, n’entrant pas dans la catégorie des « chefs-d’oeuvre », mais que j’aime personnellement beaucoup, car « l’esprit de Noël » dépasse la religion pour devenir accessible à tous.

C’est un film qui se situe dans la lignée d’un « Harvey » ou encore de « Life is wonderful » (Frank Capra), sorti juste un mois après « The bishop’s wife », et ayant probablement un peu étouffé celui-ci !

Dès le départ, nous tombons sous le charme de cet Ange venu sur la Terre pour « aider » un Evêque quelque peu désorienté ! Car cet Ange n’est autre que Cary Grant… parfait, à mi-chemin entre humour et profonde humanité.

Et c’est bien de cela qu’il s’agit : savoir en tant qu’être humain, répandre un peu de joie autour de soi, être à l’écoute, tout en restant simple et sincère.

Le pauvre évêque (David Niven, tout aussi parfait dans son rôle…. Pour l’anecdote, sachez qu’au départ, la distribution des rôles était inversée, et que C. Grant tout comme Niven ont été furieux de devoir interchanger !) est évidemment le seul à savoir qu’il a réellement un Ange en face de lui… et en perd bien souvent son latin !

Je vais me contenter de vous citer 2 répliques qui me semblent à elles seules refléter assez bien l’esprit du film, puis vous laisser regarder ma vidéo perso (mais vous n’êtes pas obligés d’aller jusqu’au bout… elle dure 9 mn, je n’ai pas réussi à faire moins… !). Car une fois encore, c’est un film simple, accessible et cherchant juste à nous ouvrir les yeux sur une foi que nous devrions tous avoir : la foi en l’être humain.

« Vous savez ce qui ne va pas dans ce pays ? Trop de gens ne savent pas où ils vont, et veulent y arriver trop vite ! »

Et le sermon final de l’évêque (écrit en fait par l’Ange) :

« Tout le monde célèbre Noël avec des cadeaux. Mais peut-être oublie-t-on l’essentiel : si chacun donnait simplement SA part d’humanité ? âmes généreuses, mains tolérantes tendues vers les autres… des cadeaux étincelants qui apporteraient la Paix sur Terre ».

sapinJoyeux Noël à tous !

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nov 28 2009

PASSION FATALE (THE GREAT SINNER) 1949

Publié par Caroline dans films années 1940      

De Robert Siodmak (1900 – 1973)

avec Gregory Peck, Ava Gardner, Melvyn Douglas

(105 mn)

Parti pour effectuer un long séjour à Paris, Fédor, un écrivain russe, rencontre dans le train la fascinante Pauline Ostrovski. Il décide d’interrompre son voyage initialement prévu afin de ne pas la quitter à Wiesbaden. Pauline y retrouve bientôt son père, le général Ostrovski, qu’une dévorante passion du jeu enchaîne tous les soirs au casino de la ville. Le militaire, presque ruiné, est pour ainsi dire contraint d’accorder la main de sa fille au directeur du casino, Armand de Glasse. Bien résolu à sauver Pauline de ce triste sort, Fédor tente lui aussi sa chance au jeu. Il se trouve rapidement pris par la fatale et infernale passion.

Ma critique :

En ce mois de novembre durant lequel une chaine du câble diffuse « une Intégrale dédiée à un pur héros », c’est-à-dire une « rétrospective Gregory Peck » très lacunaire (Peck ayant tourné une 50aine de films) et bien tardive pour un hommage digne de ce nom puisque son décès remonte à juin 2003… (http://tcmcinema.fr/programmes/2009/10/28/integrale-gregory-peck/) je reviens, le temps d’un film, aux années 40 !

Très peu diffusé, jamais sorti en DVD en France, « The Great Sinner » est pourtant un film qui ne laisse pas indifférent.

Automne 1948. La MGM est en pleine gloire, et veut célébrer dignement ses « 25 ans » en produisant un film fastueux. Elle engage 2 scénaristes pour imaginer une histoire (très) librement inspirée du roman de Dostoïevski « Le joueur », et charge Robert Siodmak (plutôt spécialisé dans le « film noir ») pour le mettre en scène.

Gregory Peck accepte immédiatement le rôle de Fédor (Dostoïevski !), romancier fasciné, et rapidement possédé, par l’univers du jeu. Ava Gardner, d’une beauté prodigieuse lui donne la réplique en interprétant Pauline, ange et démon.


Le couple est sublime, les décors très kitsch valorisés par une belle photographie, les scènes romantiques complètement surréalistes et la passion du jeu (mise en parallèle avec l’histoire d’amour) parfaitement transposée à l’écran, à tel point que nous sommes parfois surpris par cette fièvre qui nous prend et nous emmène dans l’univers des « jeux sont faits », attendant nous aussi l’annonce du croupier avec intensité !

4 heures de pellicule… un massacre au montage, pour atteindre 110 minutes : Siodmak était le bon réalisateur, mais la MGM pas le bon studio ! La sortie est un « flop ».

Pourtant, tous les ingrédients étaient là… et Gregory Peck nous montre son grand talent, passant du gentleman à l’homme déchu, puis au cours d’une scène magnifique, au pécheur repenti.

A noter, la présence assez extraordinaire d’Agnès Moorehead (future Endora dans « Bewitched »), déjà un peu sorcière en tenancière du « Mont de Piété » !!!

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jan 31 2008

UN MILLION CLES EN MAIN (M.BLANDINGS BUILDS HIS DREAM HOUSE) 1948

Publié par Caroline dans films années 1940      

de H.C Potter

avec Cary Grant , Myrna Loy , Melvyn Douglas  

(95 mn)

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Jim Blandings, sa femme Muriel et leurs deux filles vivent à l’étroit dans leur appartement new yorkais. Sans demander conseil à leur ami Bill Cole, ils achètent une propriété dans le Connecticut… Hélas, l’agent immobilier les a escroqués : la maison est une ruine.

Ma critique :

Dès la première scène du film, tout le processus comique est basé sur la banalité du quotidien, et son lot de malchances et fatalités. Pas de dialogues durant ces 1ères minutes, véritable morceau d’anthologie !
Cary Grant joue différemment son rôle de comique dans ce film : derrière sa façade fondée sur le charme, la dérision, voire le cynisme, se révèle un personnage soumis au doute, à la remise en cause de tout son univers, et d’une certaine perte de ses repères et de sa confiance gagnant peu à peu tous les domaines.
Mais cela reste un film vraiment hilarant, et la scène où Cary Grant se laisse enfermer sur le chantier, malgré tous les clichés que certains pourront y trouver, est littéralement jubilatoire.


jan 30 2008

LE TROISIEME HOMME (THE THIRD MAN) 1949

Publié par Caroline dans films années 1940      

de Carol Reed (1906 – 1976)

avec Orson Welles, Trevor Howard, Joseph Cotten, Alida Valli

(95 mn)

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La Vienne de l’immédiat après-guerre, dévastée par les bombardements, divisée en secteurs d’occupation alliée, avec ses rues désertes, ses mendiants aux aguets, ses trafics sordides. Holly Martins, un minable écrivain américain est venu y retrouver son vieil ami Harry Lime. Mais ce dernier a été tué dans un bizarre accident de voiture alors que la police semblait beaucoup s’intéresser à lui et à ses activités. Désireux d’en savoir davantage, Martins mène sa propre enquête, rencontre le major Calloway, le chef de la police de la zone britannique et Anna Schmidt, la maîtresse de Harry dont il s’éprend…

 

Ma critique :

Ecrit pour l’écran par Graham Greene, ce célèbre thriller britannique est presque aussi parfait que les plus grands d’Hollywood.
Tourné dans les décors authentiques d’une Vienne dévastée, en ruine mais gardant encore toute sa beauté, la caméra nous donne le vertige, tout autant que la musique (d’Anton Karras) qui l’accompagne et nous font vaciller : tous les plans sont filmés en oblique, comme si tout allait basculer, s’effondrer. Et la cithare souligne sans cesse l’intrigue, lancinante, envoûtante, se faisant tantôt discrète tantôt primordiale.
Orson Welles est présent quelques minutes seulement, mais c’est évidemment lui que l’on retient. Et sa phrase mémorable (ajoutée par lui, sous l’impulsion du moment) mérite d’être notée :
« L’Italie a connu 30 ans de terreur sous les Borgia, mais ça a donné Michel-Ange, Leonardo da Vinci, la Renaissance. La Suisse a connu la fraternité et 500 ans de démocratie et de paix. Et ça a donné quoi ? the coucou clock !!! » ; toute la personnalité, tout le jeu du héros se trouvent révélés par cette phrase.
Un film au mystère gothique et au romantisme mélancolique, déroûtant et fascinant.



jan 29 2008

MME PORTE LA CULOTTE (ADAM’S RIB) 1949

Publié par Caroline dans films années 1940      

de George Cukor (1899 – 1983)

avec Spencer Tracy , Katharine Hepburn , Judy Holliday , Tom Ewell , David Wayne   

(100mn)

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Une jeune femme suit un homme dans les rues de New York. Elle s’appelle Doris Attinger. L’homme est son mari, Warren, qui va rejoindre sa maîtresse, Beryl Caighn. Doris surprend le couple enlacé, sort un revolver et fait feu ; Warren est blessé et Doris arrêtée. L’affaire Attinger va bouleverser la vie d’un autre couple, celui d’Adam et Amanda Bonner, Pinky et Pinkie dans l’intimité. Lui est procureur, elle est avocate. Leur vie conjugale est sans nuages même si, parfois, Amanda se prend à soutenir des théories féministes qu’Adam écoute avec indulgence. Et c’est au nom de ces théories qu’Amanda va prendre la défense de Doris au cours d’un procès qui l’opposera à Adam, chargé, lui, de représenter la Loi et la Société, donc de faire condamner l’accusée.

 

Ma critique :

Couple légendaire dans la vie comme à l’écran, Katharine Hepburn et Spencer Tracy sont probablement dans ce film (ils tournent ensemble 9 films entre 1942 et 1967) au mieux de leur forme, et de leur complicité. Ironie poussée d’ailleurs très loin puisque ce n’est qu’à partir de ce film qu’ils « officialisent » leur relation (commencée dès le tournage de « La femme de l’année » en 1942). Le scénario semble avoir été écrit pour eux (et pour embellir encore leur histoire d’amour qui compte parmi les plus grandes d’Hollywood), et Cukor révèle une fois encore sa subtile observation de la délicieuse perfidie féminine !!!
« Adam’s Rib » est une comédie de grande classe (avec toutefois, à mon goût des scènes de procès un peu longues), qui aborde avec humour des questions sérieuses comme l’inégalité des sexes…. La réponse en fin de film à ces questions peut d’ailleurs ne pas faire l’unanimité !


jan 27 2008

NOBLESSE OBLIGE (KIND HEARTS AND CORONETS) 1949

Publié par Caroline dans films années 1940      

de Robert Hamer

avec Joan Greenwood , Alec Guinness , Dennis Price , Valerie Hobson  

(115 mn)

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Du fond de sa cellule, Louis d’Ascoyne Mazzini, renié par sa famille aristocratique à cause d’une mésalliance de sa mère, en attendant son exécution, raconte son passé criminel, sous forme de journal intime. La première partie des  » Mémoires  » évoque la jeunesse du héros, le mariage de sa mère avec un chanteur italien, ses débuts difficiles comme vendeur dans un magasin, la mort de sa mère et la visite du château de ses ancêtres. Arbre généalogique, à nous deux… Les héritiers qui le précèdent dans l’ordre de succession vont périr de façon aussi spectaculaire qu’inattendue. Tués par leur plaisir favori et par le coup de pouce que Louis sait donner au destin. Après sept crimes savamment  » accidentels  » (et une mort naturelle), Louis devient enfin Duc de Chalfont….

 

Ma critique:

Prototype des comédies d’humour noir britannique, mariant cynisme et élégance ! Véritable satire sociale, soulignée par cette phrase du film : « C’est si difficile de tuer proprement les gens avec qui on est pas en de bons termes ! ».
Alec Guiness atteint ici le sommet de sa gloire en incarnant tous les membres d’une seule et même famille (hommes et femmes), ce qui lui vaudra le surnom de « l’homme aux mille visages ».
A mon avis, tout l’art du film repose dans sa fin…car c’est à cet instant que l’on doit se rendre à l’évidence : cette méchanceté qui nous fait rire de si bon cœur, ce n’est pas celle des protagonistes sur la pellicule, mais surtout celle qui sommeille en chacun de nous !!!


jan 23 2008

LETTRE D’UNE INCONNUE (LETTER FROM AN UNKNOWN WOMAN) 1948

Publié par Caroline dans films années 1940      

de Max Ophuls (1902 – 1957)

avec Joan Fontaine , Louis Jourdan

(90mn)

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Un pianiste célèbre et vieillissant, Stefan Brand, reçoit un soir une lettre adressée par une inconnue, Lisa Berndle. Celle-ci lui révèle qu’elle lui voua, dès son adolescence, un amour exclusif, sans qu’il s’en aperçût jamais. Elle lui raconte comment, toute jeune encore, elle assista en cachette à son emménagement dans l’appartement voisin de celui de ses parents; comment elle rompit ses fiançailles qui s’annonçaient brillantes, afin de ne pas s’éloigner de lui; comment elle dut travailler pour assurer sa subsistance. Quelques rencontres furtives, à plusieurs années d’intervalle, une brève idylle ébauchée une nuit au Prater, une ultime étreinte un soir de fête, aussitôt oubliées par l’inconstant, furent les seuls moments de bonheur qu’elle goûta auprès de son volage amant…


Ma critique :

Tiré d’une nouvelle de Stefan Zweig, publiée en 1927, Max Ophuls signe ici LE film parfait.
L’entrée en matière est en elle-même exceptionnelle puisque le film commence par ces mots « quand vous lirez ceci, je serai morte… ». C’est non seulement le chef-d’œuvre d’Ophuls, mais aussi le sommet du mélodrame dans l’histoire du cinéma !
J’ai dû voir ce film une dizaine de fois et l’émotion est toujours aussi intense mais à chaque fois différente : c’est tout l’art de Max Ophuls. Nous permettre une lecture différente grâce aux richesses du film.
« Lettre d’une inconnue » est l’apothéose de l’amour impossible, et nous sommes déchirés : Ophuls est impitoyable dans sa façon de faire tomber peu à peu toutes les illusions de Lisa, interprétée magistralement par Joan Fontaine (encore elle….).
Le NY Times a écrit, lors de la sortie du film :
« Imaginez une belle Joan Fontaine au regard triste, esseulée, se tenant dehors dans une tempête de neige, le nez écrasé contre une vitre, dévorant de ses yeux affamés la chaleur d’un amour qui ne verra jamais le jour, et vous aurez une idée assez claire de la nature et de l’atmosphère du film. »


jan 23 2008

L’AVENTURE DE MME MUIR (THE GHOST AND MME MUIR) 1947

Publié par Caroline dans films années 1940      

de Joseph L. Mankiewicz (1909 – 1993)

avec Gene Tierney, Rex Harrison, George Sanders  

(105 mn)

©

 

Au début du siècle, Lucy Muir, une jeune veuve, mère d’une fillette de huit ans, Anna, quitte Londres et achète au bord de la mer une maison que l’on dit hantée par son précédent propriétaire, le capitaine Gregg. Dès les premiers jours, plusieurs manifestations révèlent à Lucy une présence inamicale. Bientôt, le fantôme du capitaine lui apparaît et la prévient qu’il l’importunera jusqu’à ce qu’elle parte : sa maison doit loger un marin ! De curieuses relations s’instaurent alors entre Gregg et Lucy : ils se disputent sur la manière de conduire le ménage, mais quand la jeune femme ne peut plus payer son loyer, il lui offre le moyen de gagner de l’argent en lui dictant ses mémoires. Et Lucy tombe amoureuse du fantôme.

Ma critique :

Mankiewickz signe ici son 3ème film, et un de ses plus grands chef-d’œuvre. Ce n’est pas seulement une amusante et romantique histoire de fantômes, c’est une des plus belles histoires de fantôme du cinéma !
Il nous offre une réflexion subtile (et parfois effrayante) sur la parenté entre sommeil, rêve et mort. Une histoire poètique, au charme « aérien » magnifiquement servi par Gene Tierney, sans toutefois tomber dans la sensiblerie.
C’est aussi, d’une certaine façon, une « leçon » sur un art de vivre en harmonie avec soi-même, en accord avec la nature, et sur la solitude qui peut parfois ouvrir la voie vers une forme immatérielle et lointaine d’un certain bonheur. Et sur la supériorité mélancolique du rêve sur la réalité !


jan 18 2008

LE MUR INVISIBLE (GENTLEMAN’S AGREEMENT) 1947

Publié par Caroline dans films années 1940      

de Elia Kazan (1909 – 2003)

avec Gregory Peck , Dorothy Mcguire , John Garfield , Celeste Holm , Anne Revere

(120mn)

©

Phil Green, journaliste, est chargé d’une enquête sur l’antisémitisme aux États-Unis. Veuf depuis sept ans, il a un fils et vit avec sa mère. Il fait la connaissance de Kathy, nièce du directeur de son journal, divorcée. Ils se plaisent et décident de se marier. Pour son enquête, Phil décide de se faire passer pour juif durant six mois. Personne ne le connaît à New York, son nom est presque juif, il pourrait être juif. Cette expérience lui fait faire des découvertes inattendues : sa secrétaire, juive, a dû changer son nom pour être acceptée dans son travail. Son concierge s’oppose à ce qu’il écrive le nom de Greenberg sur sa boîte à lettres; son fils est en proie aux vexations et injures de ses camarades.

Ma critique :

Elia Kazan, dont c’est le 4ème film, obtient l’Oscar du Meilleur Réalisateur et du Meilleur film pour l’année 1947. Son talent est en place, et notons qu’il réalisera plus tard des chefs-d’œuvres comme « Un tramway nommé désir » (1952), « Sur les quais » (1954), et le grand « A l’est d’Eden »(1955) pour ne citer qu’eux !
« Le mur invisible » est un film à risque puisqu’il traite de l’antisémitisme dans la société américaine. Gregory Peck savait qu’il risquait beaucoup pour sa popularité en acceptant ce rôle, mais il incarne à merveille ce journaliste humain et vulnérable ; aujourd’hui, le film peut sembler trop schématique et plein de clichés, mais il nous touche malgrè tout par sa sincérité, et des personnages attachants (sauf, à mon goût, le rôle de Kelly interprété par Dorothy Mc Guire, guindée et peu sympathique). Coup de chapeau particulier à l’actrice Anne Revere, qui incarne le rôle de la mère de G. Peck, et qui est tout simplement bouleversante d’humanité.