jan 7 2011

INTERLUDE (1957)

Publié par Caroline dans films années 1950      

De Douglas Sirk (1897 – 1987)

avec June Allyson, Rossano Brazzi, Marianne Cook

(90 mn)


Helen Banning arrive à Munich pour travailler aux services d’information. L’organisation d’un concert lui fait rencontrer Tonio Fisher, chef d’orchestre renommé. Bien que le docteur Dwyer, un de ses compatriotes, lui fasse une cour assidue, Helen s’éprend de Tonio dont elle accepte les invitations et suit les concerts en coulisse.

Ma critique :

« Voilà ce qui m’enchante chez Douglas Sirk, ce délirant mélange : classicisme et modernisme, sentimentalisme et raffinement, cadrages anodins et Cinémascope endiablé. Tout ça, on le voit bien, il faut en parler comme Aragon des yeux d’Elsa, en délirant beaucoup… Peu importe, la seule logique dont Sirk s’embarrasse, c’est le délire ». (Godard)

J’ouvre donc 2011 avec mon réalisateur « fétiche », Sirk, dans un film mineur sur le plan du succès, des acteurs et de l’influence, mais un film tellement sirkien malgré tout !

Dès l’entrée, nous sommes projetés dans une sorte de « roman photo », guidés par June Allyson, que l’on découvre à son arrivée en Europe, jeune américaine émerveillée, que l’on devine à la recherche d’un rêve, au coeur de cette « vieille Europe » symbolique pour tant d’américains (et plus symboliquement encore, au sein du Romantisme allemand, retour à son pays « d’origine » pour le réalisateur, avec un tournage en décor naturel).

Tout semble factice, tout droit sorti des clichés et d’un décor d’Opéra, mais la magie du Maître opère : Sirk et ses cadrages, ses couleurs, son côté « too much », mais tellement esthétique et étudié, que chaque image est un petit chef d’œuvre en elle-même (et je pense notamment à la première apparition de la femme du musicien, dont le visage se reflète dans le piano, sublime tableau).

Les interprètes ne sont certes pas les plus talentueux ni les plus charismatiques que Sirk ait pu diriger (pour ma part, j’éprouve une antipathie particulière pour J. Allyson), mais ils deviennent secondaires (ce qui peut sembler contradictoire pour un film !). Douglas Sirk, une fois de plus, magnifie tout…

Comme dans tous ses films, pas de « happy end »… Plutôt un retour à la Réalité pour tout le monde : la jeune américaine, et le spectateur. Une manière, pour Sirk, de nous tirer du Rêve en technicolor dans lequel il nous a si délicieusement entrainé, et de nous mettre en garde « attention, les projecteurs vont s’éteindre, vous allez retourner à la lumière crue de vos réalités quotidiennes ! ».

Mais, assis dans notre fauteuil de cinéphile, on se sent rassasié, ébloui, nourri de toute cette opulence de décors, de musique, ce foisonnement de couleurs, de sentiments, et ainsi, apaisé, avec cette certitude de savoir où se trouve la vraie beauté des choses.

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oct 29 2010

LA RONDE DE L’AUBE (THE TARNISHED ANGELS) 1957

Publié par Caroline dans films années 1950      

de Douglas Sirk (1897 – 1987)

avec Robert Stack, Dorothy Malone, Rock Hudson

(95 mn)

Le journaliste Burke Devlin (Rock Hudson) se passionne pour le meeting d’acrobaties aériennes qui doit avoir lieu durant le Carnaval de la Nouvelle Orléans. Fasciné par l’ancien pilote de chasse, Roger Schumann (Robert Stack) reconverti en cascadeur aérien, et par sa femme Laverne (Dorothy Malone), Devlin décide de les loger chez lui, avec leur fils et leur mécanicien, Jiggs. Il veut écrire l’article de sa vie en entrant dans leurs vies et en essayant de comprendre les motivations de chacun. Mais la première session d’acrobaties tourne au drame, et le journaliste est congédié par son patron…

Ma critique :

« Douglas Sirk contemple ces êtres avec tant de tendresse et de splendeur. J’ai rarement éprouvé autant de crainte et de solitude que dans ce film. » R.W. Fassbinder.

On pourrait ne rien ajouter à cette phrase de Fassbinder, grand admirateur de Sirk, tant elle résume parfaitement l’atmosphère du film.

Tiré d’un roman de Faulkner « Pylon », Sirk magnifie encore une fois à l’écran les thèmes qui lui sont chers. Faulkner prétendait que « The tarnished angels » était la meilleure adaptation de tous ses romans portés à l’écran !

Tourné en noir et blanc et entièrement en studio, ce qui convenait parfaitement à Sirk, car il aimait cette atmosphère « marginale », hors de la réalité, qui lui permettait d’avoir recours à « l’artifice », dans tout son sens cinématographique… ce film est un exemple parfait du courant mélodramatique hollywoodien des années 50.

L’histoire de ce trio de personnages, présentée sur fond de Fête Foraine carnavalesque, est magnifiée par la façon de filmer de Sirk. Il montre les failles, la médiocrité de chacun, mais aussi l’envie « d’aller plus haut, plus loin ». Comme toujours chez lui, ses personnages sont les reflets de modèles qu’ils n’atteindront jamais… Malgré leur élan, ils restent tragiquement et tristement à leur niveau « moyen ». Le Carnaval souligne encore mieux tout ce côté « pacotille », grotesque et dérisoire de leur quête. Car ici, le héros (incarné par Robert Stack) ne cherche rien d’autre que de réussir ce qu’il a raté durant la guerre : mourir en héros !

Et là encore, la question de la « happy end » reste posée : le symbolique roman de W. Cather « My Antonia », qui apparaît à 3 reprises au long du film, ne livre-t-il pas une réponse ? Habilement introduite, d’ailleurs, par Rock Hudson dès le début , puisqu’il en donne son interprétation : « fermes en ruines et amours perdues »…

Pour conclure, les mots de Douglas Sirk :

« Ce type qui cherche son identité, un homme qui se tient debout sur des sables mouvants. La terre ferme ne lui procure aucun sentiment de sécurité, c’est dans les airs qu’il cherche ses certitudes. C’est une idée folle de Faulkner, et magnifique, je crois. »

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oct 3 2010

OPERATION JUPONS (OPERATION PETTICOAT) 1959

Publié par Caroline dans films années 1950      

de Blake Edwards (1922 – )

avec Tony Curtis, Cary Grant, Joan O’Brien

120 mn


Au début de la Seconde Guerre Mondiale, un sous-marin le « Sea Tiger » est endommagé par les Japonais. Le capitaine Matt Sherman veut le remettre en état, mais la guerre a désorganisé les services d’intendance. La situation parait bloquée, jusqu’au jour où le Lieutenant Nick Holden, jeune et débrouillard, est affecté au Sea Tiger. Mais durant le voyage, à vitesse très ralentie, qui doit ramener le sous-marin au chantier naval ils récupèrent des infirmières de l’armée qui auront tôt fait de mettre le navire sens dessus-dessous…

J’avais publié cet article pour les 85 ans de Monsieur Tony Curtis.

Depuis le 29 septembre, il continue de vivre parmi nous grâce à tous ces films, son talent, son humour… Il restera cette star irremplaçable, marquant les années hollywoodiennes.

Goodbye Mister Curtis….


Ma critique :

Aujourd’hui, 3 juin 2010, Monsieur Tony Curtis fête ses 85 ans. J’ai eu envie de célébrer cet anniversaire avec « Operation petticoat », comédie légère et disjonctée, hilarante à la « Blake Edwards », et film symbolique pour Tony Curtis puisqu’il joue aux côtés de son idole : Cary Grant. Curtis a souvent insisté sur le rôle important de Grant pour sa vocation d’acteur : « I became an actor because I admire Cary Grant ».

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En 1959, juste après le tournage de « Some like it hot » (tournage épuisant d’après les récits de Curtis lui-même, que vous pouvez lire dans son livre   écrit de manière intéressante et vraiment spontannée), la carrière de Tony Curtis démarre en flèche. Et il enchaine aussitôt sur la proposition de Blake Edwards… qu’il ne pouvait pas refuser puisqu’il allait donner la réplique à son idole !

Certes, 2 heures pour une comédie, même aussi sophistiquée que peuvent l’être celles de Blake Edwards, cela peut sembler un peu long. Pourtant, je vous assure que l’on ne s’ennuie pas une seconde auprès de ces joyeux compères ! L’humour « pince sans rire » de Cary Grant, le talent « tout terrain » de Tony Curtis… un duo qui fonctionne à merveille.

Par la suite, Tony Curtis va pouvoir montrer ses talents d’acteur plus « sérieux » voire dramatique (j’en avais d’ailleurs déjà parlé pour « la Chaine » tourné en 58): des films comme « Spartacus » (61), ou plus tard « L’étrangleur de Boston » (68) prouvent qu’il est digne de figurer dans la lignée des « géants d’Hollywood », titre qu’il a toujours hésité à porter…


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Happy Birthday, Mister Curtis !


mar 1 2010

LA CAPTIVE AUX YEUX CLAIRS (THE BIG SKY) 1952

Publié par Caroline dans films années 1950      

de Howard Hawks (1896 – 1977)

avec Kirk Douglas, Dewey Martin, Elzabeth Threatt

(120 mn)

En 1832, deux jeunes trappeurs rejoignent l’expédition du capitaine français Jourdonnais. A bord du « Mandan », ils remontent la rivière Missouri depuis Saint Louis vers le territoire des Indiens Pieds-Noirs. Une telle expédition n’a jamais été tentée. Son but : favoriser les échanges commerciaux avec les indiens (et se procurer les plus belles peaux pour concurrencer une autre expédition). Fait également partie du voyage la jeune et belle princesse indienne Teal Eye, précieux « sauf-conduit » pour la réussite de l’aventure..

Ma critique :

Le réalisateur de « L’impossible M. Bebe » (1938) et du « Grand Sommeil » (1945), pour ne citer qu’eux, nous prouve ici qu’il est capable d’aborder tous les genres !

Western kitsch pour certains, philosophique ou « initiatique » pour d’autres : dans tous les cas, franchement atypique.

Dans les années 50, le Western à Hollywood s’interroge… et aborde le sujet délicat de l’identité de l’Indien. Avec « La flèche brisée » de Delmer Daves en 1950, ce genre « western  humaniste » avait été magnifiquement porté à l’écran. Avec Hawks, l’approche est plus sentimentale et sympathique, mais pousse autant à réfléchir. D’ailleurs, Hawks aborde avec humour les différences raciales et les problèmes de communication engendrés par la langue, en ne les limitant pas seulement aux rapports indiens / blancs, mais aussi entre blancs eux-mêmes, puisque sur le bateau qui remonte la rivière Missouri se côtoient français et américains, ayant bien du mal à se comprendre ! Hawks nous offre quelques dialogues et chansons françaises aussi inattendues que drôles (d’où l’importance de regarder ce film dans sa version originale).

Au bout du compte, l’Indien est ici celui qui vient au secours des blancs (contre d’autres blancs !), et Hawks nous oblige à envier la « sagesse » de leur mode de vie.

Au départ, les 2 rôles principaux devaient être confiés à Robert Mitchum et Marlon Brando. Mais ces deux acteurs auraient coûté trop cher aux Studios, et Hawks doit se « rabattre » sur un jeune encore peu connu, mais qui ne le restera guère : Kirk Douglas !

Ce western très lent (et long, puisqu’il dure plus de 2 heures), montrant peu de véritables scènes « d’action » selon les codes du Western, ne remporte pas un grand succès auprès du public. Il n’en reste pas moins une œuvre attachante, atteignant son but : nous faire réfléchir sur l’acharnement des blancs à conquérir les Terres occupées par les Indiens d’Amérique, peuple qui a dû se défendre selon ses propres moyens, et qui retrouve ici sa « noblesse » candide.

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avr 4 2009

HARVEY 1950

Publié par Caroline dans films années 1950      

de Henry Koster (1905 – 1988)

avec James Stewart, Josephine Hull, Victoria Horne, Charles Drake

(105 mn)

Elwood P Dowd ne fait de mal à personne. Ce doux rêveur a décidé une fois pour toutes qu’un lapin géant l’accompagnait partout (un « pooka » nommé Harvey). Il tire de cette amitié imaginaire la joie et la poésie que son quotidien lui refuse par ailleurs. Sa soeur, Veta Louise décide de faire enfermer Elwood dans un hopital psychiatrique. Mais c’est une suite d’embrouilles et de quiproquos, dont seuls Elwood (et Harvey,) grâce à leur philosophie, pourront « tirer les ficelles »!

Ma critique…

….sera courte : si vous n’avez jamais vu ce film – ou devrais-je dire ce conte philosophique – précipitez vous pour le regarder. Et si vous l’avez déjà vu, recommencez, encore et encore. Car durant 100 minutes, vous allez échapper à la réalité, vivre un enchantement dans le sens magique du terme (et plein d’humour). Et cet état durera ensuite autant que vous le souhaiterez…

«  – Harvey est très doué. Saviez-vous qu’il pouvait arrêter les pendules ?
-    Mais, dans quel but ?
-    Vous connaissez l’expression « tuer le temps » ? Pour « tuer le temps », Harvey regarde les pendules. Et elles s’arrêtent. Et vous pouvez aller n’importe où, avec qui vous voulez, aussi longtemps que vous le voulez… ».

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Merveilleux et irremplaçable James Stewart…..


mar 28 2009

LA CHAÎNE (THE DEFIANT ONES) 1959

Publié par Caroline dans films années 1950      

de Stanley Kramer (1913 – 2001)

avec Tony Curtis, Sidney Poitier

(95 mn)

Profitant d’un accident providentiel, deux prisonniers de droit commun, John Jackson et Noah Cullen, s’évadent d’un fourgon de l’administration pénitentiaire, reliés l’un à l’autre par une chaîne d’acier. Victimes des préjugés raciaux, ils se haïssent : car John est Blanc et Noah, Noir… La poursuite s’organise sous la direction du shérif Max Muller; des paysans volontaires se joignent aux policiers. Tous escomptent que l’hostilité réciproque des deux fuyards voue leur entreprise à l’échec. Pourtant, les circonstances finissent par les rapprocher. Noah sauve John de la noyade; un peu plus tard, tombés dans une fosse inondée, ils parviennent à s’échapper en s’aidant mutuellement.

Ma critique :

Retour vers les années 50 avec ce très beau film que je viens de découvrir. Le réalisateur tournera l’année suivante le très étrange et atypique « Dernier rivage », puis le fameux « Devine qui vient dîner ? » en 1967.
Dès le début des années 50 (avec le très émouvant « La porte s’ouvre » de J. Mankiewicz), les films « plaidoyers » anti racistes, dont le principal interprète est Sidney Poitier, se multiplient. Ce sont des films qui se veulent polémiques, qui soulèvent LE sujet tabou à Hollywood.
Stanley Kramer est connu, parmi les réalisateurs hollywoodiens, pour matérialiser de façon remarquable, discrète mais très explicite, son engagement politique et intellectuel. Et par rapport à des films comme « Mirage de la vie » (voir article du blog), ce « tabou » est ici abordé directement, décrit de manière plus réaliste. Il n’y a pas d’apitoiement, pas de faux sentiments : deux fugitifs que tout oppose au départ, y compris la couleur de leur peau, et qui deviennent au fur et à mesure du film simplement deux êtres humains luttant pour survivre.

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C’est un film méconnu et trop peu diffusé, mais pourtant très symbolique, et franchement admirable. Symbolique du noir et blanc, du choix des acteurs (Tony Curtis était alors plutôt connu pour ses rôles de beaux garçons… et c’est lui qui insista pour tourner avec Sidney Poitier).
Symbole et réalité sont donc étroitement mêlés tout au long du film, dans une grande sobriété de décor, d’intrigue et même de jeu des acteurs. Le générique lui-même annonce le ton : chant plaintif et douloureux des planteurs de coton (ici du bagnard), et pas d’autre artifice que le camion transportant les prisonniers sur une route nocturne et pluvieuse.

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« The defiant ones » est un film courageux, magnifique. Et la scène finale admirablement bouleversante.


déc 14 2008

BEN HUR (1959)

Publié par Caroline dans films années 1950      


de William Wyler (1902 – 1981)

avec Charlton Heston , Jack Hawkins , Stephen Boyd , Haya Harareet, , Hugh Griffith

(210 mn)


Judas Ben-Hur, prince de Judée, et sa famille accueillent dans leur demeure un ami d’enfance, Messala, venu prendre la tête de la garnison de Jérusalem. Ben-Hur et Messala, tout à la joie de se retrouver, boivent ensemble à leur amitié. Mais leurs caractères se heurtent : Ben-Hur ne pense qu’à la liberté pour son peuple, Messala ne voit que l’incomparable grandeur de Rome. Quelques jours plus tard, la soeur de Ben-Hur fait tomber accidentellement une tuile sur le cortège du nouveau gouverneur romain. Ben-Hur et sa famille sont emprisonnés sur ordre de Messala. Envoyé aux galères, Ben-Hur sauve, au cours d’un abordage la vie du capitaine Quintus Arrius qui décide, pour le remercier, de le prendre sous sa protection.

Ma critique :

Je termine la « décennie » 1950, comme il se doit, par LE monument cinématographique : le gigantesque « BEN HUR » !
Le film aux 11 Oscars, le plus cher (15 millions de dollars), le plus long (3h20) et sans aucun doute le plus célèbre.
Fin des années 50 : les studios MGM sont au bord de la faillite (la télévision  commençait alors à détrôner le cinéma). Il fallait absolument trouver une solution. La tradition des studios voulait alors que l’on « reprenne » un grand succès antérieur. Ce sera donc Ben Hur, déjà tourné en 1926.
Beaucoup pensent que le personnage de Ben Hur vient de la Bible, mais il fut inventé par un général de la guerre de Sécession qui écrivit un roman en 1876 intitulé « Ben Hur, a tale of the Christ ». Il invente ce prince de Judée, et la trame de l’histoire devient en fait une guerre entre deux êtres : l’un juif, l’autre romain.

La MGM se tourne vers William Wyler, qui a tourné dans les années 50 « Roman Holiday » et « The big country » (entre autres !), et qui rêvait alors de faire un film « à la Cecil B. DeMille » (« Les 10 commandements »), un film large public. Il se lance dans l’aventure avec enthousiasme et toute l’équipe part pour Rome, avec pour mission de sauver la MGM !
On ne peut, aujourd’hui, imaginer le gigantisme que représentait le tournage d’un tel film (on ne possédait pas alors les moyens numériques employés actuellement pour les trucages et montages !). Et le perfectionnisme de Wyler ne laissait rien au hasard. Certains décors demandèrent un an de travail avant de pouvoir tourner une scène. La reconstitution de la ville de Jérusalem couvrait plusieurs milliers d’hectares.
Le choix de Charlton Heston fut aussi celui de Wyler, qui venait de tourner « Les grands espaces » avec lui. La MGM voulait au départ Paul Newman, puis Marlon Brando, et même Rock Hudson qui refusèrent. Aujourd’hui, on ne peut imaginer un autre visage que celui de C. Heston pour incarner magnifiquement Ben Hur.
Aussi perfectionniste que Wyler, on raconte qu’Heston s’entraina pendant une année, chaque matin, pour la scène de la course de chars. Si bien qu’à la fin, il savait manœuvrer un char romain (350 kg !) aussi bien qu’un professionnel, et ne sera doublé que pour quelques scènes jugées trop dangereuses.
La pression était énorme sur ce tournage, pas uniquement parce qu’il s’agissait de « sauver » hollywood, mais aussi d’un point de vue religieux, car les ligues de censure surveillaient de près le tournage. Dans cette version de 1959, la conversion de Ben Hur au catholicisme reste plus vague que dans le livre ou dans la version filmée de 1926. Wyler l’a voulu plus implicite et a préféré souligner la fraternité entre les hommes.
Il attribua cependant beaucoup d’importance à la représentation du Christ. Il disait que c’était un réel défi à relever, et comme en toutes choses, W.Wyler relève ce défi avec toute sa dignité :
« Dans les scènes où doit apparaître le Christ, le meilleur des hommes, j’ai fait en sorte qu’on le voit de dos et que ce soit plutôt la réaction des autres personnes à son égard qui soit filmée. On croit Le voir, entendre Sa voix, mais ce n’est pas le cas. »

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(probablement la plus belle scène, à mes yeux, du film…)

Le succès fut tel que nous le connaissons encore maintenant (les 15 millions de budget rapportèrent au final 80 millions de dollars….la MGM était sauvée !).
Grâce à William Wyler, « Ben Hur » n’est pas seulement un grand Péplum de fiction : il est plein de vie, d’humanité, et comme dans tous ses films, les personnages sont poussés pas des émotions fortes. Il demeure à ce jour une des plus grandes réussites des studios hollywoodiens, par sa splendeur envoûtante et sa majesté.


déc 12 2008

UN MATIN COMME LES AUTRES (BELOVED INFIDEL) 1959

Publié par Caroline dans films années 1950      

De Henry King (1886 – 1982)

avec Gregory Peck, Deborah Kerr, Eddie Albert, John Sutton

(120mn)


Sheilah Graham, journaliste, arrive à Hollywood dans l’espoir d’y trouver le succès. Elle rencontre l’écrivain F. Scott Fitzgerald et ils s’éprennent l’un de l’autre. Mais Scott a une femme internée dans un asile et s’est endetté pour la faire soigner. Ayant beaucoup de mal à écrire « sur commande » pour Hollywood, il trouve du réconfort auprès de Sheilah qui l’accepte tel qu’il est, mais ne peut l’empêcher de sombrer dans l’alcool.

Ma critique :

En 1959, Gregory Peck retrouve son complice Henry King (ils venaient de tourner « Bravados », superbe western psychologique, et « Les neiges du Kilimandjaro ») pour le tournage d’un film inspiré du livre de Sheila Graham, dernière compagne du grand écrivain F.S Fitzgerald.
Echec commercial à sa sortie, ce film peut effectivement paraître au premier abord maladroit et fade. Pourtant, l’histoire ne manque pas de nous émouvoir. C’est la rencontre de deux âmes perdues, qui tentent de se soutenir, qui pensent et croient que l’amour pourra les sauver de leurs démons.
Mais c’est aussi une critique de la mentalité hollywoodienne de l’époque, prête à tourner « n’importe quoi », et à réduire de grands écrivains ruinés à l’écriture de scénarios médiocres pour survivre… Il y a réellement quelque chose de pathétique dans la révolte de Fitzgerald, et sa chute devient presque noble.
Le choix de Gregory Peck pour incarner Fitzgerald est surprenant (l’acteur lui-même l’avoue !), car leurs personnalités et leurs physiques étaient radicalement différents. Pourtant Peck relève le défi. Et il se montre parfait dans le rôle de cet homme dont la dignité naturelle est compromise par des forces qu’il ne peut contrôler. Nettement moins à l’aise dans les scènes où il est ivre, il parvient tout de même à faire passer, au cœur même de sa maladresse, une émotion qui le rend attachant.
Le personnage de Sheilah est interprété par Deborah Kerr. En plein divorce dans sa vie privée, son aspect particulièrement tendu tout au long du film dépasse largement le rôle.
Ainsi, « Beloved infidel » mérite sa place au sein de ce blog, ne serait ce que par la réunion de ces 3 grands noms hollywoodiens (G.Peck – D.Kerr – H. King), qui dans leur retenue et leur dignité évitent au film de tomber dans le sentimentalisme médiocre ou le « mélo » de mauvais goût. Peck et Kerr jouent avec leur classe habituelle des êtres torturés, vulnérables, unis par un amour sincère.

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déc 5 2008

CERTAINS L’AIMENT CHAUD (SOME LIKE IT HOT) 1959

Publié par Caroline dans films années 1950      

de Billy Wilder (1906 – 2002)

avec Marilyn Monroe , Tony Curtis , Jack Lemmon

(120mn)

À Chicago, pendant la Prohibition en 1929, la police fait une descente dans le cabaret clandestin . Le saxophoniste Joe et son ami contrebassiste Jerry s’enfuient par les toits. Alors qu’ils empruntent la voiture d’une amie , ils sont témoins du meurtre de Charlie Cure-dent par la bande de Spats Colombo. Poursuivis par ce dernier, les deux amis profitent de ce qu’un orchestre de femmes recherche une contrebasse et un saxo et se travestissent pour être engagés, Joe devenant Joséphine et Jerry Daphnée. Dans le train qui mène l’orchestre en Floride, ils rencontrent la chanteuse, et joueuse d’ukulélé, Sugar, qui, lasse des saxophonistes volages, rêve d’épouser un millionnaire. Devenus les « amies » de la jeune femme, ils recueillent ses confidences, en particulier sa déception concernant les hommes.

Ma critique :

Billy Wilder dépasse ici largement le cadre de la « Comédie hollywoodienne » pour atteindre un sommet cinématographique, et là où certains n’ont vu que de la parodie, j’y vois un merveilleux hommage ! « Some like it hot ! » est un hommage rendu par Wilder aux débuts du cinéma, aux comédies loufoques des années 40 (et aux Marx Brothers !), enveloppé dans tout l’humour dont Wilder peut faire preuve. Et si quelqu’un en doute, regardez cette photo de la tombe de Billy Wilder et lisez attentivement son épitaphe :

Quel grand génie loufoque ! Car cette phrase « Nobody’s perfect » est probablement la meilleure « chute » que je connaisse de l’histoire du cinéma !
Le film a volontairement été tourné en noir et blanc (encore un hommage), car il estimait que le maquillage de Tony Curtis et Jack Lemmon « passerait » mieux et serait plus crédible. Au départ, Marilyn Monroe s’est opposée totalement à cette idée, mais Wilder aura gain de cause !
M. Monroe et B. Wilder se retrouvent cinq ans après le tournage de «7 ans de réflexion ».  Marilyn est encore plus « difficile », se faisant attendre des heures (Tony Curtis, lors d’une interview, déclarait qu’elle était infernale et se plaignait du « martyre » enduré à attendre une improbable Marilyn, pour un homme perché sur des talons aiguilles !), ayant beaucoup de mal à apprendre ses répliques, mais sur la pellicule, une Marilyn éblouissante, prodigieuse. Wilder reconnaissait d’ailleurs son immense talent d’actrice et son parfait sens du timing de la « comédie ». Et en parlant d’hommage, on peut aussi voir dans ce film la triste histoire de Marilyn elle-même, sans cesse trompée par la vie, véritable déesse en détresse. Ainsi, au cœur de la plus pure comédie, on sent une approche sentimentale surpassant nettement le cynisme trop souvent attribué à Wilder.
En conclusion : un film jubilatoire, un bijou, à voir absolument….


nov 29 2008

MIRAGE DE LA VIE (IMITATION OF LIFE) 1959

Publié par Caroline dans films années 1950      

de Douglas Sirk (1900 – 1987)

avec Lana Turner , John Gavin , Sandra Dee , Dan O’herlihy , Susan Kohner , Robert Alda  Juanita Moore

(125mn)

Lora Meredith veut être actrice. Veuve, elle élève sa petite fille Susie avec l’aide d’Annie, une jeune femme noire qu’elle a recueillie. Sarah Jane, la fillette d’Annie, souffre d’autant plus de ses origines qu’elle est blanche de peau comme son amie Susie. Cela ne va pas sans créer quelques problèmes supplémentaires à Lora qui se fraye un chemin vers la gloire avec l’aide d’Allen Loomis, son imprésario. Mais c’est l’écrivain David Edwards qui fera d’elle une grande vedette. Steve Archer, un jeune photographe qui a porté secours à Lora lorsqu’elle cherchait du travail, sera la victime de la réussite de sa protégée. Il l’aimait, voulait l’épouser mais elle lui a préféré le succès et David. Des années ont passé : Lora semble lasse de n’exister qu’au travers des personnages qu’elle incarne…

Ma critique :

Magnifique point final de la carrière hollywoodienne de Douglas Sirk, « Imitation of life » est aussi le point culminant de son œuvre, une synthèse de son « secret magnifique ». Tout ce qui fait le génie de ce réalisateur et la beauté du genre mélodramatique s’offre ici dans sa plénitude, son aboutissement. L’étude de l’Amérique à travers cette bourgeoisie des années 50 fait aujourd’hui partie de l’histoire des USA (et le sujet abordé est d’autant plus troublant et émouvant à l’heure de l’élection de Barak Obama).
Ce film nous parle de la ségrégation, ou plus exactement des ségrégations : raciale, autour de laquelle toute « l’intrigue » se met en place, mais aussi sociale, familiale. Et le génie de Sirk réside dans le fait que toute l’histoire s’articule autour du destin de deux femmes (Douglas Sirk visionnaire ! et féministe, car c’est le seul réalisateur hollywoodien où les femmes semblent enfin penser, et non plus se réduire à de simples icônes, objets de désir).
Il y a la blonde Lana Turner (dont la carrière n’est pourtant pas bâtie sur le talent mélodramatique…choix audacieux et voulu), qui montre tout le côté « blanc » de l’Amérique, résume toute une classe sociale pour laquelle la réussite passe avant tout, le « paraître » l’emportant sur « l’être ».
Et la noire Juanita Moore, qui porte tout le poids de « l’apartheid », et souffre pour sa fille, de race noire mais blanche de peau, victime innocente de l’exclusion, des moqueries, et se livrant une bataille intérieure épuisante.
Douglas Sirk observe, dissèque, et toutes ces luttes, tous ces « clichés » nous parviennent à travers l’œil de sa mise en scène grandiose : couleurs, architecture, plans de caméra, tout vient souligner les sentiments des personnages. On comprend à quel point le regard des autres peut nous contraindre à nous soumettre à cette image renvoyée, à nous fondre en elle et à nous éloigner de ce que nous sommes vraiment.

Ce n’est pas mon film préféré, « All that heaven allows » restant le favori, mais « Imitation of life » est admirable par son audace, superbe par la manière dont le sujet est abordé, et il déverse un torrent d’émotions. Depuis le générique, au dépouillement incroyablement moderne (ces diamants, qui ne sont sans doute que des larmes, tombant sur un fond noir, magnifique), jusqu’à la grande scène finale des funérailles (qui pourrait constituer un film à elle seule), Douglas Sirk fait surgir en nous tous nos ressentiments enfouis, nos haines cachées, nos culpabilités, et nous permet, au moins durant ces 125 minutes, de nous en libérer.


Et quand la grande Mahaila Jackson (reine du Gospel et amie de Martin Luther King) entonne le « spiritual », l’âme la plus froide ne peut rester indifférente. Nous n’avons plus que nos larmes, tranchantes comme ces diamants du générique.

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Comme toujours chez Sirk, on se demande quel est l’ultime message. Jamais vraiment de « happy ending » chez lui, même si les images nous envoient une certaine idée de bonheur. Il nous laisse avec cette interrogation : quel sera le devenir de ces êtres qui semblent avoir trouvé une certaine paix ?
« Meurs et deviens »… là se trouve ce fameux « secret magnifique » de Douglas Sirk.