INTERLUDE (1957)
Publié par Caroline dans films années 1950De Douglas Sirk (1897 – 1987)
avec June Allyson, Rossano Brazzi, Marianne Cook
(90 mn)
Helen Banning arrive à Munich pour travailler aux services d’information. L’organisation d’un concert lui fait rencontrer Tonio Fisher, chef d’orchestre renommé. Bien que le docteur Dwyer, un de ses compatriotes, lui fasse une cour assidue, Helen s’éprend de Tonio dont elle accepte les invitations et suit les concerts en coulisse.
Ma critique :
« Voilà ce qui m’enchante chez Douglas Sirk, ce délirant mélange : classicisme et modernisme, sentimentalisme et raffinement, cadrages anodins et Cinémascope endiablé. Tout ça, on le voit bien, il faut en parler comme Aragon des yeux d’Elsa, en délirant beaucoup… Peu importe, la seule logique dont Sirk s’embarrasse, c’est le délire ». (Godard)
J’ouvre donc 2011 avec mon réalisateur « fétiche », Sirk, dans un film mineur sur le plan du succès, des acteurs et de l’influence, mais un film tellement sirkien malgré tout !
Dès l’entrée, nous sommes projetés dans une sorte de « roman photo », guidés par June Allyson, que l’on découvre à son arrivée en Europe, jeune américaine émerveillée, que l’on devine à la recherche d’un rêve, au coeur de cette « vieille Europe » symbolique pour tant d’américains (et plus symboliquement encore, au sein du Romantisme allemand, retour à son pays « d’origine » pour le réalisateur, avec un tournage en décor naturel).
Tout semble factice, tout droit sorti des clichés et d’un décor d’Opéra, mais la magie du Maître opère : Sirk et ses cadrages, ses couleurs, son côté « too much », mais tellement esthétique et étudié, que chaque image est un petit chef d’œuvre en elle-même (et je pense notamment à la première apparition de la femme du musicien, dont le visage se reflète dans le piano, sublime tableau).
Les interprètes ne sont certes pas les plus talentueux ni les plus charismatiques que Sirk ait pu diriger (pour ma part, j’éprouve une antipathie particulière pour J. Allyson), mais ils deviennent secondaires (ce qui peut sembler contradictoire pour un film !). Douglas Sirk, une fois de plus, magnifie tout…
Comme dans tous ses films, pas de « happy end »… Plutôt un retour à la Réalité pour tout le monde : la jeune américaine, et le spectateur. Une manière, pour Sirk, de nous tirer du Rêve en technicolor dans lequel il nous a si délicieusement entrainé, et de nous mettre en garde « attention, les projecteurs vont s’éteindre, vous allez retourner à la lumière crue de vos réalités quotidiennes ! ».
Mais, assis dans notre fauteuil de cinéphile, on se sent rassasié, ébloui, nourri de toute cette opulence de décors, de musique, ce foisonnement de couleurs, de sentiments, et ainsi, apaisé, avec cette certitude de savoir où se trouve la vraie beauté des choses.



























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