À l’école au Moyen Âge

Le précédent article présentait l’école en Gaule romaine, qu’en est-il au Moyen Âge ?

Au Moyen Âge, l’enfance est sacrée : l’enfant Jésus en est le modèle. Le nouveau-né était accueilli avec le plus grand soin. De même, les enfants abandonnés, peu nombreux, étaient rapidement pris en charge par l’Église.

L’éducation de l’enfant commence très tôt. Durant la période nommée infantia, de la naissance à 7 ans, tous apprennent à marcher, parler, bien se conduire et imiter les gestes de leurs aînés. Le petit paysan est très tôt confronté aux responsabilités, tout comme les enfants de commerçants dans les villes. On leur confie des tâches non dangereuses : nourrir les animaux, cueillir les légumes, chasser les prédateurs, faire le ménage, etc.

Comment se présente l’école au Moyen Âge ?

L’école est attestée dès le 6e siècle mais sa fréquentation n’est pas généralisée. La « scolarité » commence en général vers 6 ou 7 ans mais nous savons peu de choses sur le niveau d’instruction des enfants du Moyen Âge, qui varie selon les milieux, les époques et les régions. L’accès à l’éducation est cependant une préoccupation majeure. L’Église et les différents souverains imposent, au long du Moyen Âge, l’accès à l’éducation pour tous, même les plus défavorisés, qu’ils se destinent aux ordres ou non.

En 789, le capitulaire de Charlemagne, l’Admonitio generalis (« Conseil général »), ouvre des écoles aux fils d’hommes libres comme à ceux des serfs :

Moi, Charles, nous voulons que des écoles soient créées pour apprendre à lire aux enfants. Dans tous les monastères, dans tous les évêchés, il faut enseigner les psaumes, les notes [l’écriture sténographique], le chant d’église, le calcul, la grammaire (…)

Capitulaire de Charlemagne, chapitre sur l’école. Ego Karolus : « Moi Charles », Paris, Bibliothèque nationale de France, manuscrit latin 4613, f° 73 Lien

Les petits nobles vont à l’école du château. Un précepteur leur apprend l’alphabet, la lecture et la grammaire. Les petits garçons sont formés très tôt à manier l’arc, le javelot, le bouclier, à monter à cheval ou à chasser avec un faucon, avec les petites filles. Ces dernières ont souvent une éducation plus poussée dans le domaine de la lecture. Leurs journées sont parfois bien remplies !

D’autres enfants vivent dans les demeures seigneuriales : fils et filles des domestiques, garçons de cuisine, petites lingères, … Certains peuvent également se rendre à l’école du château mais ne reçoivent pas la même formation que les nobles.

Dans les campagnes, où vit la majorité des enfants, la plupart des paysans sont analphabètes. L’existence d’une école n’est pas uniforme partout : les maîtres sont parfois itinérants et annoncent leur arrivée par des pancartes. C’est généralement le prêtre de la paroisse qui éduque les plus jeunes, au moins aux prières chrétiennes.

Dans les villes, les églises accueillent également des enfants. Ces écoles sont souvent dirigées par un scholasticus, un chanoine* spécialisé, mais il y a aussi des maîtresses ! Aux 12e et 13e siècles, les écoles se développent en même temps que les villes car les marchands souhaitent que leurs enfants soient formés à l’écriture, à la lecture et au calcul afin de prendre leur succession.

     Deux garçons accueillis à l’école par des maîtresses, reconnaissables au plumier suspendu à leur ceinture. Les enfants portent un sac en tissu et une tablette pour écrire. Paris, BnF, ms. fr. 20320, f° 177v

Enfin, dans les monastères, les jeunes moines, moniales ou oblats* reçoivent une éducation proche de celle des petits nobles et plus tournée vers la prière : lecture, écriture, activités textiles pour les filles.

L’école ressemble-t-elle à celle d’aujourd’hui ?

En grande partie, oui. Les apprentissages sont les mêmes : lecture, écriture, calcul, chants.

Le mobilier peut être un peu différent selon les milieux : quelques bancs voire des lutrins. Les élèves ont des sacs de tissu en guise de cartable.

Une école bondée au 15e siècle. BnF, ms. lat.  9473, f°172

Pour l’apprentissage de l’écriture, les supports sont variés : des tablettes d’écorce jusqu’à l’ivoire, en passant par le parchemin ou la cire, à l’aide de stylet d’os ou d’argent.

Tablettes en cire et stylet, par l’association Créateurs de monde

La plupart du temps, on apprend à lire… en latin !  Cependant, des proverbes ou comptines aident les élèves à se rappeler des leçons.

Les problèmes mathématiques pouvaient être posés sous forme de devinettes :

3 jeunes hommes ont chacun 1 sœur, les 6 voyageurs arrivent à une rivière, mais 1 seul bateau ne peut contenir que 2 personnes. Or, la morale demande que chaque sœur passe avec son frère. Comment vont-ils faire ?

Ce problème est attribué au savant Alcuin, conseiller de Charlemagne.

Enfin, les élèves font aussi des plaisanteries douteuses comme couper la moustache du maître pendant sa sieste !

Le temps de la récréation, sorte de colin-maillard, Chansonnier de Montpellier, Bibliothèque inter-universitaire de Montpellier, H. 196

Après l’école

Le temps de l’école se déroule essentiellement sur la période appelée la pueritia, de 7 à 14 ans. Ensuite vient l’adolescentia, de 14 ans à l’âge adulte, où les jeunes sont responsabilisés et peuvent devenir apprentis ou entrer à l’université.

Glossaire

Chanoine : religieux lié à un chapitre cathédral, sous la direction d’un évêque. A la différence du moine, le chanoine exerce en ville au contact des laïcs et consacre une partie de son action à la l’évangélisation.

Oblat : enfant confié à un monastère par ses parents pour qu’il y soit élevé, issu en général d’un milieu pauvre.

 

 Bibliographie

L’enfance au Moyen Âge, exposition virtuelle de la BnF : http://classes.bnf.fr/ema/

Regards sur l’enfance, exposition virtuelle de l’Université de Poitiers (Antiquité et Moyen Âge dans le Prologue) : http://regards-enfance.edel.univ-poitiers.fr/

Danièle Alexandre-Bidon et Pierre Riché, L’enfance au Moyen Âge, Paris, Seuil / BnF, 1994

Didier Lett, Être enfant au Moyen Âge : anthologie de textes consacrés à la vie de l’enfant du Ve au XVe siècle, Paris, Fabert, 2010

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