Les lettrines enluminées des CE2 de Génissac

En 2016-2017, les CE2 de l’école de Génissac ont participé au projet Jardins et Patrimoine du CLEM. Ce projet portant à la fois sur l’époque médiévale et la botanique est l’occasion de proposer de nombreuses activités, notamment l’enluminure, l’art de peindre dans les manuscrits médiévaux.

Avec les documents fournis, les CE2 se sont mis dans la peau de peintres du Moyen Âge (ou « imagiers ») et ont réalisé leurs propres initiales enluminées, que voici :

Ils en ont également profité pour décorer leurs plants, issus des graines récoltées au jardin médiéval de la Commanderie de Sallebruneau :

Bravo à eux pour ce beau travail !

Enluminure

Afin de découvrir l’art médiéval, voici quelques documents proposés par Bernard Pradier pour la réalisation d’un atelier d’enluminure en classe, à partir d’une initiale calligraphiée. Vous retrouverez le document ci-dessous :

Réaliser une lettrine_jardins et patrimoine

Ce document s’accompagne d’un corpus d’images et d’exemples réalisés par une classe de l’école de Saint-Aubin-de-Médoc en 2015.

Vous retrouverez l’intégralité du dossier dans la Dropbox « EchangesCLEM_EnseignantsJardins (accès également par le lien ci-dessous) :

https://www.dropbox.com/sh/cbejek1ghbl37pd/AABf89_mawg-pwtXls3mR966a?dl=0

Alors à vos pinceaux !

À l’école au Moyen Âge

Le précédent article présentait l’école en Gaule romaine, qu’en est-il au Moyen Âge ?

Au Moyen Âge, l’enfance est sacrée : l’enfant Jésus en est le modèle. Le nouveau-né était accueilli avec le plus grand soin. De même, les enfants abandonnés, peu nombreux, étaient rapidement pris en charge par l’Église.

L’éducation de l’enfant commence très tôt. Durant la période nommée infantia, de la naissance à 7 ans, tous apprennent à marcher, parler, bien se conduire et imiter les gestes de leurs aînés. Le petit paysan est très tôt confronté aux responsabilités, tout comme les enfants de commerçants dans les villes. On leur confie des tâches non dangereuses : nourrir les animaux, cueillir les légumes, chasser les prédateurs, faire le ménage, etc.

Comment se présente l’école au Moyen Âge ?

L’école est attestée dès le 6e siècle mais sa fréquentation n’est pas généralisée. La « scolarité » commence en général vers 6 ou 7 ans mais nous savons peu de choses sur le niveau d’instruction des enfants du Moyen Âge, qui varie selon les milieux, les époques et les régions. L’accès à l’éducation est cependant une préoccupation majeure. L’Église et les différents souverains imposent, au long du Moyen Âge, l’accès à l’éducation pour tous, même les plus défavorisés, qu’ils se destinent aux ordres ou non.

En 789, le capitulaire de Charlemagne, l’Admonitio generalis (« Conseil général »), ouvre des écoles aux fils d’hommes libres comme à ceux des serfs :

Moi, Charles, nous voulons que des écoles soient créées pour apprendre à lire aux enfants. Dans tous les monastères, dans tous les évêchés, il faut enseigner les psaumes, les notes [l’écriture sténographique], le chant d’église, le calcul, la grammaire (…)

Capitulaire de Charlemagne, chapitre sur l’école. Ego Karolus : « Moi Charles », Paris, Bibliothèque nationale de France, manuscrit latin 4613, f° 73 Lien

Les petits nobles vont à l’école du château. Un précepteur leur apprend l’alphabet, la lecture et la grammaire. Les petits garçons sont formés très tôt à manier l’arc, le javelot, le bouclier, à monter à cheval ou à chasser avec un faucon, avec les petites filles. Ces dernières ont souvent une éducation plus poussée dans le domaine de la lecture. Leurs journées sont parfois bien remplies !

D’autres enfants vivent dans les demeures seigneuriales : fils et filles des domestiques, garçons de cuisine, petites lingères, … Certains peuvent également se rendre à l’école du château mais ne reçoivent pas la même formation que les nobles.

Dans les campagnes, où vit la majorité des enfants, la plupart des paysans sont analphabètes. L’existence d’une école n’est pas uniforme partout : les maîtres sont parfois itinérants et annoncent leur arrivée par des pancartes. C’est généralement le prêtre de la paroisse qui éduque les plus jeunes, au moins aux prières chrétiennes.

Dans les villes, les églises accueillent également des enfants. Ces écoles sont souvent dirigées par un scholasticus, un chanoine* spécialisé, mais il y a aussi des maîtresses ! Aux 12e et 13e siècles, les écoles se développent en même temps que les villes car les marchands souhaitent que leurs enfants soient formés à l’écriture, à la lecture et au calcul afin de prendre leur succession.

     Deux garçons accueillis à l’école par des maîtresses, reconnaissables au plumier suspendu à leur ceinture. Les enfants portent un sac en tissu et une tablette pour écrire. Paris, BnF, ms. fr. 20320, f° 177v

Enfin, dans les monastères, les jeunes moines, moniales ou oblats* reçoivent une éducation proche de celle des petits nobles et plus tournée vers la prière : lecture, écriture, activités textiles pour les filles.

L’école ressemble-t-elle à celle d’aujourd’hui ?

En grande partie, oui. Les apprentissages sont les mêmes : lecture, écriture, calcul, chants.

Le mobilier peut être un peu différent selon les milieux : quelques bancs voire des lutrins. Les élèves ont des sacs de tissu en guise de cartable.

Une école bondée au 15e siècle. BnF, ms. lat.  9473, f°172

Pour l’apprentissage de l’écriture, les supports sont variés : des tablettes d’écorce jusqu’à l’ivoire, en passant par le parchemin ou la cire, à l’aide de stylet d’os ou d’argent.

Tablettes en cire et stylet, par l’association Créateurs de monde

La plupart du temps, on apprend à lire… en latin !  Cependant, des proverbes ou comptines aident les élèves à se rappeler des leçons.

Les problèmes mathématiques pouvaient être posés sous forme de devinettes :

3 jeunes hommes ont chacun 1 sœur, les 6 voyageurs arrivent à une rivière, mais 1 seul bateau ne peut contenir que 2 personnes. Or, la morale demande que chaque sœur passe avec son frère. Comment vont-ils faire ?

Ce problème est attribué au savant Alcuin, conseiller de Charlemagne.

Enfin, les élèves font aussi des plaisanteries douteuses comme couper la moustache du maître pendant sa sieste !

Le temps de la récréation, sorte de colin-maillard, Chansonnier de Montpellier, Bibliothèque inter-universitaire de Montpellier, H. 196

Après l’école

Le temps de l’école se déroule essentiellement sur la période appelée la pueritia, de 7 à 14 ans. Ensuite vient l’adolescentia, de 14 ans à l’âge adulte, où les jeunes sont responsabilisés et peuvent devenir apprentis ou entrer à l’université.

Glossaire

Chanoine : religieux lié à un chapitre cathédral, sous la direction d’un évêque. A la différence du moine, le chanoine exerce en ville au contact des laïcs et consacre une partie de son action à la l’évangélisation.

Oblat : enfant confié à un monastère par ses parents pour qu’il y soit élevé, issu en général d’un milieu pauvre.

 

 Bibliographie

L’enfance au Moyen Âge, exposition virtuelle de la BnF : http://classes.bnf.fr/ema/

Regards sur l’enfance, exposition virtuelle de l’Université de Poitiers (Antiquité et Moyen Âge dans le Prologue) : http://regards-enfance.edel.univ-poitiers.fr/

Danièle Alexandre-Bidon et Pierre Riché, L’enfance au Moyen Âge, Paris, Seuil / BnF, 1994

Didier Lett, Être enfant au Moyen Âge : anthologie de textes consacrés à la vie de l’enfant du Ve au XVe siècle, Paris, Fabert, 2010

Calendrier de plantation des graines de Sallebruneau

Pour vous accompagner dans vos semis, voici un tableau répertoriant les périodes et les conseils de plantation des graines confiées dans le cadre du Projet Jardins et patrimoine :

Nom de la plante

Quand semer ?

Recommandations

Acanthe

Octobre ou février-mars

Soleil ou mi-ombre

Benoîte

Octobre ou mars

Soleil ou mi-ombre

Bleuet

Avril

Décortiquer les graines. Attention la graine est très fragile. Arroser régulièrement sans abuser. Lorsque les graines sortent, il faut butter la terre.

Épeautre

Octobre-novembre

Pas de traitement particulier.

Fenugrec

Octobre ou mars

Sol plutôt sec

Giroflée

Février-mars

Ne pas semer trop dense, eau en quantité moyenne.

Lin

Fin février

Pas de traitement particulier.

Maceron

Octobre-novembre-décembre ou février

Arroser régulièrement sans abuser. Lorsque les graines sortent, il faut butter la terre. Très vert en hiver, régresse au printemps.

Nielle

Mars

Ne pas trop arroser.

Nigelle

Avril

Arroser régulièrement sans abuser. Lorsque les graines sortent, il faut butter la terre.

Pastel

Octobre ou fin février

Ne pas trop arroser. Attention : plante bisannuelle (attendre la 2e année pour les fleurs)

 

Pois chiche

Octobre ou février

Arroser régulièrement sans abuser. Lorsque les graines sortent, il faut butter la terre.

Rose trémière

Février-mars

Ne pas semer trop dense

Bien émietter le sol

Saponaire

Février-mars

Maintenir un sol humide

 

À vos outils !

 

OctobreTRH

Les semailles, Mois d’octobre du calendrier des Très Riches Heures du duc de Berry, début du XVe siècle, Chantilly, Musée Condé, ms. 65. À l’arrière-plan, le peintre a représenté le Palais du Louvre, tel qu’il fut reconstruit par Charles V (1338-1380) et dont il ne reste aujourd’hui que les fondations.

Semaine du Goût : la cuisine médiévale

Nous changeons d’époque et passons au Moyen Âge pour cette troisième recette  de la Semaine du goût. Au menu, une boisson médiévale très connue, l’hypocras, un vin aux épices.

girofleLes épices étaient très prisées au Moyen Âge, on les trouve dans plus de la moitié des recettes et en grande quantité. De nos jours, la cuisine française en utilise beaucoup moins !

Par exemple : à la cour du Dauphiné au XIVe siècle, plus d’1 kg par an et par personne !

Quelques épices courantes médiévales : gingembre, cannelle, girofle, graine de paradis, poivre long, spic, poivre rond, fleur de cannelle, noix de muscade, feuilles de laurier, galanga, macis, lores, cumin

safran

Girofle et Safran, Grandes Heures d’Anne de Bretagne, BNF, Ms Latin 9474, 1503-1508

On a aussi cherché à produire des épices en Europe, par exemple du safran

 

La cuisine médiévale est très éloignée de la nôtre. Elle est riche en saveurs, en odeurs et en couleurs : les épices étaient utilisées à la fois pour donner du goût et pour colorer les viandes et les sauces. En dehors de la cuisine, certaines servaient à teinter les textiles, à soigner ou encore à parfumer (comme le musc).

On les fait venir d’Orient, c’est d’ailleurs ce qui a donné leur nom : le terme species désigne les produits issus du commerce avec ces régions lointaines.

En raison de cette distance, elles coûtent cher : tout le monde ne consomme pas des épices, ou pas autant. Les rois, princes et aristocrates utilisent des épices variées et en grandes quantités dans leur nourriture alors que les bourgeois se contentent de quelques-unes. Les paysans, eux, n’en dégustent quasiment pas avec leur pain et leurs légumes.

Par exemple, le poivre long (« chaud » comme le piment) était le favori des nobles. Ils le faisaient venir d’Inde du Nord-Est. Le poivre rond (notre poivre) était plutôt utilisé par le peuple.

Capture d'écran 2016-10-13 15.58.13 Préparation de repas et banquet, Psautier Luttrell, XIVe siècle, © British Library, Add. 42130, f° 207v-208

Presque tous les mets des plus riches comportent des épices qui accompagnent viandes et sauces. En France, on aime mélanger le gingembre avec la cannelle, alors qu’en Angleterre, on préfère la cannelle avec du poivre.

137L’issue et le vin d’hypocras, Paris, BnF, Français 938 fol. 69

Pour accompagner la volaille gauloise et la patina aux poires antique, vous prendrez bien un peu d’hypocras ?

C’est un vin de fin de repas, « l’issue », servi avec des oublies ou des métiers, de fines gaufres sucrées.

Hypocras

Pour fair pouldre d’ypocras prenez ung quarteron de tresfine canelle triee a la dent et demy quarteron de fleur de canelle fine, unce de gingenbre de mesche trie fin blan et une unce de gren de paradiz, ung sizain de nois muguectes et de garingal ensanble. Et quant vous vouldrez fair hypocras, prenez demye unce largemen de ceste pouldre et deux quarteron de succre et les mezlez ensanble. Et une quarte de vin a la mesure de Paris et nota que la pouldre et le succre mezlez ensanble et une quarte de vin a la mesure de Paris.

Pour préparer de la poudre d’hypocras, prenez un quarteron de cannelle très fine éprouvée à la dent et un demi-quarteron de fleur de cannelle fine, 1 once de gingembre de Mesche nettoyé et très blanc, et 1 once de graine de paradis, un sixième d’once d’un mélange de noix muscades et de garingal, et battez le tout. Lorsque vous êtes prêt pour commencer l’hypocras, prenez une bonne demi-once de cette poudre et mélangez avec deux quarterons de sucre et une quarte de vin à la mesure de Paris.

Cette recette est issue du Mesnagier de Paris, un ouvrage écrit vers 1393 par un bourgeois parisien pour sa femme et qui comporte de nombreuses recettes et conseils. Il s’agit de la recette « à froid » de l’hypocras, qui peut aussi être bouilli. Il vaut mieux laisser reposer le mélange quelques jours (certains se conservent jusqu’à plusieurs mois !)

  • Garingal : galanga, épice d’origine chinoise
  • Graine de paradis : maniguette, plante d’origine africaine au goût poivré
  • Once : mesure médiévale équivalant à environ 25g
  • Quarteron : mesure médiévale équivalant à deux onces, soit environ 50g
  • Quarte : mesure médiévale pour les liquides, équivalant à deux pintes (unité de base), soit 2×0,86L = environ 1,7L

Certaines épices se trouvent difficilement ou dans des épiceries spécialisées. De manière générale, on trouve de la cannelle, du gingembre et des clous de girofle mais aussi de la cardamome et du poivre. Le sucre peut être remplacé par du miel.

Enfin, pour une version sans alcool, privilégier le jus de pommes ou le jus de raisin, mais avec moins de sucre !

 

Pour aller plus loin :

Glossaire du château fort et découverte des végétaux

Voici deux documents réalisés par l’enseignante de CE2-CM1 de l’école de Cadillac-en-Fronsadais pour préparer ses élèves à la visite de la commanderie et du jardin médiéval de Sallebruneau.

 

DocVegetaux

 

 

Pour télécharger le document sur la découverte des végétaux, cliquez ici.

 

 

GlossaireChateau

 

 

Pour télécharger le glossaire du château fort, cliquez ici.

 

 

 

Un grand merci à elle et bonne lecture !

Le Livre des Merveilles

Le Livre des Merveilles est l’un des plus célèbres récits de voyage du Moyen Âge. Illustré de 265 peintures, il réunit l’essentiel des connaissances dont on disposait à la fin du XIVe siècle à propos des contrées lointaines traversées par Marco Polo durant son périple de 24 ans à travers toute l’Asie.

Vous pouvez découvrir quelques unes de ces remarquables illustrations en cliquant ici ou bien feuilleter l’ouvrage numérisé en cliquant ici.

Bonne visite !10660377_10152344987578193_254380803954851266_n

Visite de la chapelle de Magrigne par les CE1 de Saint-André-de-Cubzac

Mardi 31 janvier, nous sommes allés visiter une chapelle du Moyen Âge à Magrigne (St Laurent d’Arce). Cette chapelle a été construite vers 1180 par les moines Templiers.

Elle se trouve sur le chemin de St Jacques de Compostelle.

Les moines soignaient les voyageurs avec des plantes qu’ils cultivaient. Ils accueillaient aussi les voyageurs et leur donnaient à manger. En échange, les pèlerins donnaient de l’argent ou travaillaient dans les champs.

Les corbeaux servaient à poser des poutres en bois. Ces poutres en bois maintenaient les bâtiments construits à côté de la chapelle. C’est là que les voyageurs étaient (sans doute) hébergés et soignés.

 

Et pour compléter ce travail voici un dessin réalisé par Léo Drouyn le 15 mai 1859. 

Les Antonins et « le mal des Ardents »

Au moyen-âge, les épidémies étaient courantes et souvent dévastatrices : on se soignait mal et on ne savait pas toujours comment les éviter. De nombreux textes anciens évoquent, dès le Xème siècle, une maladie aussi mystérieuse qu’incurable : le mal des ardents, aussi appelée  feu de Saint Antoine. Hallucinations, gangrènes et sensations de « brûler » sont autant de symptômes que des moines, les Antonins, vont s’employer à guérir dés le XIème siècle. En effet, depuis une guérison attribuée à Saint Antoine, une communauté religieuse placée sous la protection de celui-ci va se consacrer aux soins des malades. L’ordre des Antonins va connaître un important développement, et comptera jusqu’à trois cents abbayes et commanderies à son apogée, au XVème siècle. Utilisant les vertus des plantes, les moines parviennent à guérir le mal, et créent des hospices dans toute l’Europe occidentale. Ce n’est qu’au XVIIème siècle que l’on découvre l’origine de la maladie : l’épidémie est en fait un empoisonnement de la population par la farine de seigle, lorsque celle-ci est infestée par un champignon : l’ergot.

Le champignon a aujourd’hui disparu dans nos régions, grâce à l’utilisation de pesticides. On l’utilise néanmoins à des fins thérapeutiques dans certains médicaments.

Les jardins médiévaux

Les jardins médiévaux sont un moyen privilégié pour comprendre les liens forts noués entre la société médiévale et le monde végétal. Nécessairement présents dans les abbayes sous la forme de jardin de cloître pour la prière, de jardin de simples pour l’infirmerie, de jardin potager pour l’alimentation, de jardin de fleurs pour les offices religieux, de verger, ils sont également fréquents dans le monde laïc, tant en milieu rural qu’en milieu urbain.

L’Europe médiévale est composée à 90% de paysans. Dans cette société, les jardins sont très importants à tel point qu’on pense aujourd’hui que chaque ferme possédait son jardin afin de subvenir aux besoins des familles. Ce jardin est l’objet de tous les soins car lorsque les prix des céréales (la nourriture de base) augmentent, il assure une certaine quantité de nourriture avec la porée.

Au IXe siècle, Charlemagne comprend très vite l’importance des jardins. Il dicte donc un document officiel : le Capitullaire de villis imperialibus, qui impose la culture de 70 plantes dans les jardins de son Empire. Sur le modèle de son propre jardin, Charlemagne donne la trame d’un jardin idéal qui doit comprendre des plantes médicinales, potagères, aromatiques et ornementales. Il souhaite par ce document que sur le territoire de l’Empire ces plantes ne manquent pas.

Les formes de jardins

Avant toute autre considération, il faut que le jardin soit enclos afin d’assurer sa protection contre les animaux domestiques ou sauvages. L’enceinte peut être faite : de buissons épais, d’arbres fruitiers palissés, de branchages entrelacés, creusée d’un fossé, d’une palissade de planches cloutées, d’un muret de pierres ou tout simplement d’une levée de terre. Un petit portillon en facilitait l’accès.

Voici la description faite par Pierre de Crescent d’une haie dans le Nord :

« Lon faict defense de pieux et de hayes quant on les peult avoir et les garnist on despines car lon aguise les pieux et les boute lon en terre demy pied ou plus et puis les lye lon ensemble de espines ou de oziers ou aultres lyens et tant plus y aura de pieux tant mieulx vauldra et peuvent estre mis loing de laultre deux piedz ou troys et y atacher au travers quatre perches fort lyees ausdit pieux et puis y mettre et lyer aulcunes defenses despines ou daultre chose »

Traduction : «  des pieux aiguisés plantés tous les cinquantes centimètres et reliés par des perches horizontales solidement arrimées, le tout tressé d’épines et fiché en terre à 15 cm environ de profondeur, voilà qui constitue une bonne défense, pour le jardin, la vigne ou le champ ».

Sources : Pietro de Crescenzi Le livre des prouffiz champestres et ruraux. Traduction, Lyon, Pierre de Ste Lucie, dit Le Prince, 1539.

A l’intérieur, l’espace est cloisonné en petits rectangles de terre cultivée autour desquels sont les allées. Un arbre fruitier peut en occuper un espace ; en ville un espace du jardin est réservé pour entreposer le bois de chauffage.

Dans les milieux pauvres, l’entretient du jardin est le plus souvent confié aux femmes : ce travail fait partie de leurs tâches ménagères (participation aux travaux des champs, puisage de l’eau, préparation des repas, soins aux enfants, lessives, filage, tissage, vente des légumes…).

Pierre de Crescent, source BNF
Pierre de Crescent, source BNF

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Le roman de la rose, source BNF

Le roman de la rose, source BNF

Albucasis, Tacuinum Sanitatis, BNF

Albucasis, Tacuinum Sanitatis, BNF

Chanson de Garin de Monglenne, BNF

Chanson de Garin de Monglenne, BNF

Renaud de Montauban, Source BNF

Renaud de Montauban, Source BNF

Livre d'heure de Louis de Laval, BNF

Livre d’heure de Louis de Laval, BNF

Pierre de Crescent, BNF

Pierre de Crescent, BNF

Le jardin potager

On trouve dans le jardin potager : arbre (en petite quantité), des « racines », des légumes, des herbes et des fleurs.

On cultive principalement le chou sous ses différentes formes, les bettes, les betteraves, les cardons, l’oseille, les laitues et les chicorées. Le chou est le constituant majeur du potage d’herbes, le plat quasi quotidien des vilains. Dans le jardin potager, on trouve aussi des plantes dont on consomme les racines : navet, chou rave, carotte blanche, panais, carotte rouge, maceron, céleri rave, chervis, campanule-raiponce, radis, betterave, et poireaux en très grande quantité. Navet, chou rave et carottes entrent dans la préparation du potage d’herbes dans lequel on ajoute aussi une poignée de légumes et de grains : fèves, pois, pois chiches, lentilles, doliques (qui ont précédé les haricots originaires du Nouveau-Monde), jarousses (gesses et vesces) ou de mongettes, autres ressources du jardin potager.

Généralement un carré est réservé aux herbes ; elles sont semées en petite quantité. Les principales herbes cultivées sont : menthe, sauge, persil, coriandre, mélisse, romarin, hysope, sarriette, marube, origan, rue, carvi. Les plus fragiles sont alors plantées en pot, telles la marjolaine, la sauge, le basilic, la violette, afin de la rentrer pendant l’hiver.

Dans ces jardins la part florale est réduite même si les fleurs ne sont pas seulement décoratives puisqu’au Moyen Age certaines fleurs sont mangées (violettes, fleurs de fèves et d’aubépine…).

Le jardin des simples ou des plantes médicinales

L’herbularius médiéval ne comprenait qu’un nombre restreint de plantes médicinales, par exemple 5 dans le Capitulaire de Villis et 16 dans le jardin de l’infirmerie de l’abbaye de Saint-Gall. En général, seules les espèces rares ou étrangères à la contrée étaient cultivées. Quant aux autres plantes, elles étaient ramassées dans la campagne environnante.

Chaque partie des plantes dont les propriétés médicinales étaient reconnues étaient administrées par voie orale sous forme soit d’infusions, soit de décoctions dans l’eau ou le vin, soit de poudres incorporées dans la nourriture ou bien par voie cutanée (cataplasmes et onguents, bains).