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Communication et contre-insurrection

COIN 4 commentaires »

Joseph Henrotin vient de lancer une bonne réflexion sur la communication en COIN via l’exemple des forces colombiennes. l’occasion de rappeler les différentes approches concernant ce sujet sensible.

On peut en effet dire sans exagérer que la communication (concept neutre) ou la maitrise de l’information (plus polémique) est au coeur de l’action militaire contemporaine. En réalité, comme ne l’ignoraient ni César, ni Bonaparte, elle l’a toujours été. Simplement, dans les opérations de stabilisation complexe, comme en Irak, ou dans la lutte anti-terroriste (que l’on souscrive ou non au mythe de la « grande guerre à la Terreur »/ »Longue guerre »), sa position de pivot de l’action des Forces apparaît en pleine lumière. En effet, les environnements complexes de sécurité ressortent d’une compétition politique, et donc, in fine, de compétitions narratives s’appuyant sur l’instrumentalisation du plus grand nombre possible de médias.

Il n’est donc pas surprenant que les Informations Operations (IO ou opérations sur l’information) tiennent une place majeure dans la doctrine et les réflexions américaines actuelles. Dans cette optique, l’information doit servir à expliciter l’action de la force auprès de la population, considérée comme le « centre de gravité » de la contre-insurrection. Toutefois, et en dépit des nombreuses préoccupations sur le sujet, il semble que ce « centre de gravité » soit lacunaire: y manquent l’opinion publique métropolitaine et la force elle-même.

L’approche française, dont une trame est fournie en partie dans la doctrine d’emploi des forces terrestres en stabilisation,  repose ainsi sur deux types de communication:

  • la communication opérationnelle via les Opérations militaires d’influence (OMI, PSYOPS en langage OTAN) vise à influencer la population en faveur de la force.
  • la communication institutionnelle vise à appuyer l’action de la force en la rendant transparente et légitime tant aux yeux de l’opinion métropolitaine que  dans le moral des militaires. Elle aide également à la socialisation des règles d’engagement par la force.

Nous avons déjà insisté sur ce blog par l’exemple de Haditha sur le problème essentiel: comment garantir l’expression démocratique, seule capable de susciter l’adhésion par la compréhension et donc à faciliter la résilience, et en même temps éviter la récupération des actions militaires par des médias souvent plus soucieux d’une posture « rebelle » (surfaite) que de la réalité opérationnelle?

Une dernière réflexion: à l’époque actuelle, qui voit la montée en puissance des théories cognitives ou postmodernistes dans les sciences sociales -et notamment politiques-, n’est-il pas temps de reconnaître enfin le rôle des narrations dans des conflits pour lesquels l’initiative est saisie par celui qui fait montre à la fois de plus de proximité et de plus de légitimité par rapport à ceux qu’il est censé protégé?

statistiques: le niveau de troupes en Irak

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Via Yahoo News!

Le Lieutenant-général Raymond Odierno gagne sa 4ème étoile

ceux par qui... 0 commentaire »

Et est nommé comme vice-chef d’Etat-major de l’Army….

Ce point est intéressant car il soulève encore une fois le rôle des narrations dans les conflits « limités ». Dans ces derniers en effet, l’opinion publique occidentale ne perçoit pas l’engagement de ses forces comme vital. Au contraire, elle fait peser sur elles une contrainte juridique et politique forte. Par asymétrie, les forces insurgées ou les factions en guerre civile perçoivent leur combat comme « total ».

Ainsi intervient une redéfinition du concept de « guerre totale » qui ne doit plus être mesurée à l’aune de la « guerre industrielle » occidentale.

La nomination de Raymond Odierno, commandant depuis 1 an les forces de la coalition (MultiNational Corps-Iraq), remet en cause la narration entrenue par certains sur son rôle dans « l’année perdue » (2003-2004). Popularisée par Thomas Ricks, celle-ci considère que le commandant de la 4 division d’Infanterie aurait contribué à l’essor de l’insurrection dans le Triangle Sunnite sous sa responsabilité. En effet, les raids, les arrestations arbitraires et une posture aggressive, voire arrogante, auraient définitivement inscrit les forces américaines dans leur rôle de force d’occupation.

En fait, plusieurs éléments sont à prendre en compte:

  • il est avéré que la 4ID arrive à la mi-avril 2003 dans un contexte de combat alors que les forces ayant participé à Cobra II ont déja effectué leur transition vers les opérations de stabilisation. C’est l’enjeu de la polémique entre la 1ère division de Marines et la 4ID à Tikrit. En témoigne un article du LTC GENTILE en date du 19 janvier 2004, alors officier opérations d’une brigade de la 4ID, dénonçant la faiblesse des Marines, l’absence de Chekpoints ou leur manque de réactivité dans la gestion des pillages.
  • Comme dans les autres unités américaines, la transition au niveau bataillon est assez rapide. L’expérience de John Nagl, décrite par Peter Maas dans le New York Times , illustre ce point.
  • A l’échelle de la division, la multiplication des opérations s’explique dans l’hiver 2003-2004 par la recrudescence des actes d’insécurité ou d’insurrection dans le Triangle sunnite. La politique définie par Odierno est clairement de détenir le maximum d’insurgés pour gagner du renseignement. Qu’il y ait eu des abus comme le décrit Ricks est sans nul doute une réalité.
  • En revanche, Odierno ne peut être considéré comme le responsable de la dégradation du triangle sunnite. En réalité, les attaques et les attentats à Tikrit atteignent leur point bas en décembre 2003. A cette époque, la 82nd division aéroportée engagée à Falloujah mène effectivement des actions de force indiscriminées et perd progressivement le contrôle de la cité.

Qu’en conclure: la question des procédures tactiques et opérationnelles de contre-insurrection reste ouverte dans l’analyse de la genèse de l’insurrection irakienne. Certains redécouvrent que nombre des règles d’engagement aujourd’hui considérées comme « révolutionnaires » sont en fait plus anciennes. Or, celles-ci s’originent dans trois sources:

Au-delà bien sur, d’autres expériences combattantes entrent en jeu.

Quant à Odierno, sa nomination révèle que son rôle dans la campagne de 2007 ne s’est pas borné à mettre en oeuvre les décisions de Petraeus et de son staff. Au contraire, il a su élaborer ses propres opérations (Phantom Thunder entre juin et août) et a fait preuve d’adaptation. Il est donc nécessaire de réévaluer sa place tant en 2003/2004 qu’en 2007 et de considérer les dangers à insister sur un bouc-émissaire. Il est vrai que Ricks semble adhérer totalement à la narration dominante qui veut que les forces terrestres, notamment l’Army, n’ait pas eu les moyens structurels de mesurer l’insurrection. Loin d’être une évidence, cette prétention vise essentiellement à rééquilibrer les rapports de force internes aux institutions en faveur des tenants de la contre-insurrection « classique » face aux promoteurs de la « Transformation ».