Tous les billets du 13 février 2008

Tactique d’AQI: utiliser les malades mentaux pour poser des bombes

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Comme je le disais dans un post précédent, les tactiques d’Al Qaeda en Irak changent. Ne pouvant plus utiliser les véhicules piégés, l’organisation terroriste semble privilégier les attentats suicide.

Le vendredi 1er février, deux attentats à la bombe faisaient entre 50 et 100 morts sur des marchés traditionnels de Bagdad. Les témoins avaient alors souligné que l’un des deux « martyrs » était une femme, visiblement dérangée.

Hier, le directeur de l’hôpital psychiatrique de Bagdad a été arrêté sur le soupçon d’avoir fourni à AQI les deux femmes considérées comme les vecteurs des deux bombes.

La composition ethniques des forces de sécurité irakienne: un enjeu majeur.

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Dans le domaine de la contre-insurrection, en Irak ou ailleurs, la doctrine « classique » embrassée par le FM 3-24 (chapitre 6) insiste sur la nécessité de former et soutenir des forces armées et de sécurité, qu’il s’agisse des unités de la « Nation-hôte » ou de forces supplétives.

Dans le cas irakien, cette procédure intériorisée depuis longtemps dans la doctrine de « conflit de basse-intensité » puis de Foreign Internal Defense (FID), a été rendue difficile par les considérations ethniques.

Historiquement, la formation des nouvelles unités irakiennes débute avant même la publication du CPA Executive Order n°2 (23 mai 2003) ordonnant le démantèlement de l’ensemble de l’Armée et de la Police Nationale (NP) de l’Irak. Cette décision marque toutefois l’orientation de la formation vers des procédures nouvelles, et d’ailleurs concurrentes puisque la Coalition et la Joint Task Force-7 du général SANCHEZ travaillent chacun à leur projet. Qu’il s’agisse de l’Armée Irakienne (New Iraqi Army soit « NIQ »=b…er en arabe!) ou de la garde nationale (Iraqi National Civil Defense Corps INCDC ou Iraqi National Gard ING) ou encore de la Police Nationale, les conseillers prennent essentiellement en compte la formation des cadres. Par ailleurs, cet effort est fait à l’imitation des forces américaines. Sur le plan local, les Marines mettent en place des Combined Actions Platoons (un nombre de conseillers « incrustés » au sein des unités de police locale) dès 2003 (à Hillah dans le sud chiite).

En 2004, le général CASEY décide de rationaliser et de faire évoluer le système des conseillers. Le MultiNational Security and Transition Command-Iraq (MNSTC-I) regroupe tout les programmes existants sous la direction de David PETRAEUS (auquel succède Martin DEMPSEY lorsque PETRAEUS est nommé au Combined Arms Center en septembre 2005). Le système des conseillers est systématiquement revu et corrigé et en mars 2005 une nouvelle orientation est donnée. Les conseillers sont intégrés dans des Military Interim Transition Team (MiTT) et agissent jusqu’aux plus bas échelons (compagnies et sections), tandis que les unités nouvellement créées de l’armée Irakienne (IA) sont jumelées avec des unités américaines équivalentes. Comme les Marines au Vietnam, les conseillers sont chargés davantage d’assurer la coordination appui-feu et entre les unités irakiennes et américaines que d’une réelle assistance tactique. D’ailleurs, les unités irakiennes se comportent admirablement au feu. A partir de 2006, deux nouvelles structures affinent le système des MiTT: la création de l’Iraq Assistance Group chargé de coordonner la formation préalable au déploiement en Irak (basé à Fort Riley, celle-ci est commandé pour le moment par le LCL John NAGL, nouvellement démissionnaire de l’Army), la mise en place d’un camp de formation en Iraq à Camp Taji (Coin Center of Excellence) destiné aussi bien aux conseillers qu’aux officiers déployés en Irak.

Le principal problème tient cependant dans la composition ethnique de ces forces irakiennes. Pour faire court, il convient de distinguer les éléments suivants:

-l’armée irakienne, censément une armée d’intégration nationale, est en réalité majoritairement chiite. La 5ème division d ‘infanterie s’est même signalée par son comportement dans les luttes inter-ethniques à Diyala. Sa présence à Anbar à partir de 2005 a contribué à asseoir de nouveau l’influence d’AQI dans cette province majoritairement sunnite.

-les forces de la Police Nationale sont également dominée par des éléments chiites. Récemment cependant, le Dr Bassima Al Jadri, une chiite, a pris la tête de la commission chargée d’harmoniser le recrutement ethnique des forces. En dépit des rumeurs sur son sectarisme, il semblerait que le recrutement des sunnites au sein des forces armées (et pas seulement la police) soit en augmentation réelle, aux dires du Lieutenant-général DUBIK, nouveau commandant du MNSTC-I.

-enfin, les forces de police locales, qui n’ont jamais disparu totalement après la chute de Saddam Hussein, sont de recrutement local. Dans la province d’Anbar, les Marines ont témoigné de l’efficacité accrue des opérations de contre-insurrection dès lors que ces forces, pourtant délaissées par Bagdad et le MNSTC-I, ont pu être protégées et prises en main sous la forme de Combined Action Platoons, notamment à Falloujah.

Il semblerait donc que trois conclusions puissent être tirées de ce rapide tableau:

  • d’abord, le fait de contribuer par des moyens accrus à la formation des forces irakiennes ne suffit pas. En réalité, il faut également veiller à ce que leur composition ethnique soit en adéquation avec celle de la population locale.
  • Ensuite, cela signifie qu’il faut équilibrer deux nécessités: celle d’un Etat central à l’autorité reconnue (et donc une armée véritablement « nationale »), celle de forces de sécurité locales aptes à des actions de proximité et de présence.
  • Enfin, cela n’empêche pas les violences et les heurts entre les unités de sécurité et la population. Dans les quartiers sunnites de Bagdad, de même que dans les régions mixtes, la population sunnite préfère encore faire confiance aux SoI qu’aux militaires et policiers, quand bien même ceux-ci travailleraient étroitement avec les Américains au sein des Joint Force Centers.

AQI en déroute dans le Nord?

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Un briefing tenu lundi dernier par le général de division Mark HERTLING, commandant la 1ère division blindée (1AD) et la Force-Multinationale Nord, a révélé que les dispositions mises en œuvre dans l’opération Iron Harvest -une manœuvre divisionnaire lancée le 9 janvier comme partie de l’opération Phantom Phoenix- ont réduit AQI dans les 4 provinces de Ninewa (Mossoul/Tell Afar), Salah Al Din, Tamin et Diyala.

Selon le général Hertling, les combattants de l’organisation terroriste fuiraient vers la Syrie ou le désert pour échapper aux forces contre-insurgés. Mais les forces américains semblent opposer à ce mouvement un barrage au niveau de la frontière du NO. Les gains seraient le résultat à la fois d’une amélioration des forces de Sécurité Irakiennes, de l’installation d’avants-postes dans les principales cités, notamment à Diyala, et de la légitimité croissante des autorités locales et provinciales.

Briefing du MG Mark HERTLING sur Pentagon Channel

CLC: mise à jour

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Un peu compliqué aujourd’hui de poster: entre les conseils de classe et les contacts pris à Paris comme à Washington pour rencontrer des « personnalités », le temps est compté.

Je profite d’un moment de répit pour signaler un fait qui n’est pas si anecdotique que cela: les « Citoyens Locaux Engagés » n’existent plus!

Je rassure mes lecteurs, à commencer par Zeusirae, il s’agit juste d’un changement de nom. L’affaire date du début du mois de février lorsque le colonel GRISBY, commandant la 3ème Brigade de la 3ID (Force Multinationale-Centre soit  les régions situées à l’Est au Sud-Est de Bagdad), a cité les « fils de l’Irak »

L’intéressant est que, selon lui, le terme est issu du gouvernement irakien. Il s’agirait d’utiliser une terminologie plus héroïque et plus parlante que le terme de CLC fleurant bon le politiquement correct.

Un autre fait intéressant tient dans la composition de ces groupes: dans la zone d’opération (AO) du colonel GRISBY, (Maidan Qadha, une banlieue à l’est de la capitale, appartenant à ces ceintures peuplées de chiites aussi bien que de sunnites fortement disputées aux mois de juin et juillet dernier), les « Sons of Iraq » (ou SoI pour utiliser le nouvel acronyme américain) comptent aussi bien des chiites que des sunnites.

Ces deux éléments laissent à penser que les liens entre ces groupes particuliers et le gouvernement central seraient plus étroits que ce que l’on dit actuellement sur les CLC. D’autant que par ailleurs, leur utilité opérationnelle semble meilleure que les groupes d’Anbar ou de Diyala.

Enfin, une question se pose: ces SOI sont-ils l’équivalent exact des CLC (ce que semble suggérer la Force Multinationale Irak qui n’use plus du second terme) ou s’agit de groupes formés plus récemment?