Nous avons déjà parlé du 1er bataillon du 15ème régiment d’infanterie. Cette unité, commandée par le LCL MARR, opère au profit de la 3ème Brigade de la 3ème division, l’une des 4 brigades de la Division Multinationale Centre, la TF MARNE.

Le 10 février, le bataillon transférait la responsabilité du COP CLEARY (au coeur du quartier de Madain/Al Wehida situé au nord de Salman Pak) au 13ème bataillon d’infanterie légère de l’armée géorgienne.

Disponible pour les opérations de pacification plus au sud, le 1/15 s’est installé dans une ancienne caserne de la Garde Républicaine sise au SE de SALMAN PAK, principal noeud routier reliant Bagdad aux villes du Sud Chiite (KUT et au-delà BASSORAH). Dimanche dernier (24 février), à l’entrée du COP CARVER, tenu par la compagnie Bravo du bataillon, les chefs tribaux de la zone de KHANASSA sont venus porter une invitation à venir dans leur zone, longtemps considérée comme hostile.

Ce qui est intéressant tient en deux constats: cette zone n’est plus hostile aux forces de la coalition, qui s’en était retirée au printemps 2006 lorsque il avait fallu concentrer les efforts sur Bagdad en proie à la guerre civile. De fait, que ce soit pour rejeter AQI ou du fait des succès grandissants des armes américaines dans le combat de la pacification, les cheiks ont changé d’alliance. Un second constat: la communauté semble s’être organisée toute seule, entretenant une milice pour sa sécurité et surtout pour alimenter le marché local dont le dynamisme a surpris les visiteurs américains lorsque ceux-ci ont entamé une patrouille, suivis par toute la population du village de KESRA. Cela montre bien comment la sécurité se restaure « par le bas », à partir des initiatives locales des habitants eux-mêmes, au risque de l’isolement et de la méfiance entre les communautés.

Enseignement: si en 2003/2004, les actions de proximité et de présence, menées presque frénétiquement par les troupes américaines sur le modèle de la Bosnie (le sobriquet de ces procédures: DABING pour Driving Around Bosnia), ont certainement été contre-productives, il n’en est plus rien aujourd’hui, bien au contraire. Là encore, c’est le terrain qui commande (ou, pour mieux dire, le milieu au sens large). En 2003/2004, les Américains étaient perçus comme des occupants, d’autant plus haïs par les jeunes gens qu’ils étaient vus comme faibles face aux actions des insurgés. Quatre ans plus tard, les Américains semblent suffisamment forts et déterminés pour chasser AQI et retourner les insurgés sunnites. Bien plus, ils semblent, pour les cheiks, les seuls à pouvoir assurer la sécurité et la prospérité dans une nation de plus en plus divisée. Ils ont donc gagné la neutralité des « soldats de la paix ».