Tous les billets du 13 mars 2008

Et le 1/15 infanterie.

COIN, guerre en Irak, histoire militaire 0 commentaire »

J’ai déjà évoqué cette unité, la plus en pointe vers le Sud et opérant sur la rive gauche du Tigre (zone de SALMAN PAK).

Ses éléments demeurés dans le COP CARVER situés dans une boucle du fleuve au SE de la ville ont ouvert un marché sur leur zone. A l’aide des micro-crédits, les commerçants ont pu ouvrir de nouveau leurs boutiques dans le centre de la cité. Toutefois, l’initiative revient aux éléments de ce bataillon qui ont voulu dynamiser de nouveau une ancienne place commerçante.

Ainsi, les opérations de reconstruction et d’assistance « collent » au plus près aux opérations de combat et de sécurité qui dénient aux insurgés de perturber de nouveau la zone. Comme des évènements l’ont récemment montré, le sentiment de sécurité est parfois trompeur et peut mener à des imprudences. Il n’empêche que ce sentiment est en soi une victoire tant qu’il peut être durable.

Un autre élément important: le projet, porté par un officier du bataillon, montre l’élargissement du métier des militaires consécutif aux opérations de stabilisation complexe « au coeur des populations » et au milieu urbain. La question centrale est celle de l’acceptation de cet état de fait, autrement dit de l’adéquation entre les attentes des militaires vis à vis de l’institution envers laquelle ils se sont engagés et les impératifs opérationnels que cette dernière leur demande de suivre…. Un exemple: sur cette photo, on voit un militaire américain offrir des friandises à une petite fille.

Nul doute que cela est gratifiant, mais, comme certains militaires en témoignent par ailleurs, il peut y avoir une « lassitude de la compassion » qui fait obstacle aux interactions durables entre la force et la population. Je pense également à un documentaire français récent sur une unité américaine en Afghanistan où l’on voit les soldats, dont la mission était de distribuer l’aide humanitaire dans un village, perdre patience face aux assauts des enfants qui, il faut le reconnaître, se battaient littéralement pour les vivres et les biens (des couvertures…). Cette réaction est cruciale. En effet, elle montre les difficultés d’un ajustement identitaire à ces nouveaux rôles, souvent bien éloignés de l’image faite du militaire en Occident. Mais elle met également en lumière les difficultés réelles induites par le décalage culturel, lequel repose non seulement sur des éléments linguistiques ou coutumiers (quand ce n’est pas confessionnel) mais aussi sur le fossé social et économique entre personnes. Il est donc plus que jamais nécessaire de préparer la force à durer, y compris dans la compassion.

L’enjeu des détenus.

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L’un des principaux problèmes en contre-insurrection tient à la détention et à la gestion des insurgés/terroristes fait prisonniers par les contre-insurgés. En effet, les insurgés ne tombent pas sous le coup du Droit des Conflits Armés pour ce qui concerne leur statut: n’étant pas considérés comme des prisonniers de guerre, ils ne peuvent rester enfermés pour la durée restante du conflit. Le problème de leur réinsertion (et  de leur récidive) est donc crucial. D’autre part, la gestion des détenus pose plusieurs questions: sur l’identification des insurgés et des innocents (il est contre-productif de créer des insurgés supplémentaires en maltraitant des innocents), sur la discrimination entre modérés et extrémistes (afin d’isoler les seconds et de faciliter la réinsertion rapide des premiers, importants fournisseurs de renseignement), sur le traitement des prisonniers et la publicité qui en est faite enfin (qu’on se souvienne du tort que les images des abus à Abu GHRAIB ont fait à la cause de la contre-insurrection en juillet 2004).

Régler ces deux catégories de problème préoccupe actuellement les forces américaines qui détiennent plusieurs dizaines de milliers de personnes. A cet effet, plusieurs programmes et réformes sont actuellement testés au sein des prisons gérées par les forces américaines ou le gouvernement irakien.

Hier, le Major-général Jim STONE, adjoint de PETRAEUS pour la gestion des détenus, est revenu sur plusieurs de ces mesures et sur leurs résultats.

Les principes développés depuis le début de l’année 2007 sont les suivants:

Les résultats semblent encourageants puisque sur 46 000 détenus déjà relâchés, seuls 4 000 ont été capturés de nouveau. Cette dernière statistique ne comprend évidemment pas les détenus « retombés » dans l’insurrection et ayant échappé à la capture. Toutefois, ce dernier chiffre doit être marginal, à la fois du fait de l’ampleur des arrestations de la campagne 2007/2008, mais aussi de la mise en place des fichiers biométriques qui couvrent une partie de plus en plus importante de la population sunnite (il faut citer en effet la prise systématique des mesures lors de l’engagement dans les programmes de milice, mais aussi dans le cas de certaines cités dont la population avait été déplacée avant l’assaut puis relogée après cette procédure: Falloujah en décembre 2004, Tell Afar en septembre 2005).

Combattre AQI et les Djihadistes

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The Captain’s Journal pose une intéressante réflexion concernant le passage d’AQI et des groupes insurgés vers le pôle terroriste: en usant des attentats-suicide plutôt que des IED et en ciblant de nouveau les civils de manière indiscriminée, l’organisation terroriste devient capable d’éviter les affrontements plus directs et de renverser le kill ratio (actuellement 10/1).

Combattre cette tendance demande de cibler « en amont » les flux et les réseaux d’hommes et de matériels, notamment en SYRIE et en IRAN mais aussi sur d’autres points du globe.

Deux remarques complémentaires:

  • cette réflexion est congruente avec l’idée de 3ème ou de 4ème « cercle » de Défense. La contre-insurrection, originellement fondée sur un théâtre d’opération, doit élargir sa focale aux sanctuaires voisins et aux populations « sensibles » des pays développés.
  • j’ai parfois l’impression de relire le débat du temps du Vietnam sur la nécessité de bombarder le Vietnam du Nord et la piste Ho-Chi-Minh. A l’époque, même le général Charles KRULAK avait parlé de cette nécessité à McNAMARRA dont il était le conseiller « COIN ». L’idée n’est pas mauvaise, excepté qu’il faut penser à d’autres moyens comme les opérations spéciales ou les diverses « incitations » à destination des pays voisins. Sans compter une solide opération sur l’information.