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Situation au Nord de la province de BABIL

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Depuis la fin du mois de février, la 4 Brigade du col. JAMES n’est plus responsable du Nord de la Province de BABIL mais du sud de cette dernière ainsi que d’une partie de KARBALA, en pays chiite. Les opérations cinétiques étant pour le moment terminé, la 3ème Brigade de la 101ème division aéroportée du col CARACILLO mène plusieurs projets d’assistance et de reconstruction.

En avant du “front”, le 1er bataillon du 187ème régiment d’infanterie vient de construire la patrol Base VANDERHORN près de la ville de SAYIFIYAH.

Plus au nord, la ville d’ISKANDARIYAH accueille à son tour une école professionnelle. Selon le responsable de l’EPRT (embedded Provincial Reconstruction Team) travaillant avec la brigade, il s’agit de développer l’emploi en favorisant l’accès au marché du travail, dans une vingtaine de secteurs liés à la reconstruction du pays. (je croirais entendre mes patrons… enfin ceux qui me payent habituellement!). Plus intéressant: 150 membres des programmes SoI vont “tester” le programme à compter du mois d’avril. Une manière de rappeler que tous ne pourront pas intégrer les forces de sécurité irakiennes (la FOB O’RYAN est située près de TIKRIT dans le Nord de l’Irak).

Mise à jour:

Dans un entretien avec le Small War Journal, le général de brigade HUGGINS, adjoint du  général LYNCH,  commandant de la Division Multinationale Centre (MND-C),  indique que “l’approche par le bas semble la plus adaptée à la zone d’opérations de la Division. Son rôle est de faire le pont et de faciliter les initiatives et l’organisation venues d’en bas

Les preneurs d’otages d’AQI à Mossoul

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Le vendredi 29 février, l’archevêque des Chaldéens de Mossoul, Mgr Rahho, était enlevé et ses trois gardes du corps tués. En dépit de l’appel de Benoît XVI lors de l’Angelus du dimanche 2 mars, il n’a toujours pas été libéré. Cependant, initialement fixée à 3 millions de $ par ses ravisseurs, sa rançon a été abaissée à 1 million de $ lorsque l’archevêché a refusé de payer.

Mgr Rahho n’est que la plus connue des personnalités enlevées dans les 6 dernières semaines. Au-delà de l’inquiétude que cet évènement suscite chez tout les hommes de bonne volonté en Irak et ailleurs, il importe d’essayer d’en dégager quelques clés.

Selon le colonel Halzebari, officier renseignement de la 4ème brigade de la 2nde division irakienne, son enlèvement serait le fait d’AQI mais aurait été mené par  un ancien officier syrien et un ancien membre de la Garde Républicaine de Saddam Hussein.  Par ailleurs, l’afflux de renseignement situerait l’archevêque dans le quartier de Al NUR situé au NE de la ville. Ce quartier, ainsi que ceux  qui l’entourent sont régulièrement le théâtre d’attaques par les membres d’AQI.  L’organisation terroriste, privée du soutien financier que représentaient les cheiks sunnites d’Irak, en est donc réduite à pratiquer l’enlèvement pour tenter de lever des fonds.

Ainsi, retrouver l’archevêque des Chaldéens de Mossoul est devenu une priorité pour le gouvernement irakien. De ce fait, les unités de l’Armée irakienne, qui dirigent les opérations sur Mossoul, ont donc menée de fréquents raids au sein des zones contrôlées par AQI afin de glaner “de la langue”. La semaine dernière, la 4ème Brigade de la 2nde division irakienne, accompagnée par la Military Transition Team intégrée au niveau brigade, a donc mené une opération type “Cordon and Search” (de bouclage et de ratissage) au sein du quartier de Al NUR. En dépit des marques visibles de l’influence des insurgés dans la zone, il n’y a eu aucune attaque, ni sur le trajet aller, ni durant l’opération. Ce qui démontre à l’envie que l’organisation terroriste s’est adaptée et ne se porte plus en avant des forces contre-insurgés pour les ralentir. En dépit de l’échec de l’opération pour retrouver l’archevêque, il faut relativiser en montrant en quoi l’armée irakienne est désormais réellement capable de mener seule des opérations, plus efficacement même que certaines unités américaines moins proches culturellement  de la population sunnite d’Al NUR.

Mossoul mars 2008

Cliquez sur l’image pour agrandir.

Méditation: lecture de la campagne de 2007 (for english reader too)

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Je voudrais une dernière fois proposer une lecture de la campagne de 2007 en Irak via l’approche par les effets stratégiques, les effets majeurs et l’idée de manoeuvre. I will provide an english translation infra.

Effet stratégique recherché:

Stabiliser l’Irak et poursuivre la normalisation de la vie politique, économique et sociale en conservant un Etat unitaire.

Effet majeur au niveau du théâtre:

Abaisser le le niveau de violence/”protéger la population”

Idée de manœuvre:

A cet effet:

-détruire/neutraliser les groupes extrémistes en ciblant leurs chefs, en rompant leurs réseaux et en leur déniant tout espace de manoeuvre

-retourner/coopter les groupes plus modérés par la dissuasion et la négociation (”Réveil” Anbar, programmes CLC/SoI, cessez-le-feu des milices Sadristes JAM)

-extirper les racines de la violence par des actions d’assistance et de reconstruction (State Building)

Plan de campagne (niveau MNC-I):

Combiner les approches en lignes d’opérations/lignes d’effort sur la sécurité, la gouvernance, l’économie, les Services Essentiels, les informations sur les opérations et la Réforme du Secteur de la Sécurité par l’intégration civilo-militaire.

Inscription chronologique et géographique:

  1. Sécuriser BAGDAD: Plan de Sécurité de Bagdad (décembre 2006-Avril 2007), bataille des Ceintures (juin-juillet 2007)
  2. S’emparer du Triangle Sunnite: Opération Phantom Thunder (15 juin-13 août)
  3. Cibler les extrémistes (AQI et “groupes spéciaux” pro-iraniens, membres des JAM): opération Phantom Strike (13 août-8 janvier)
  4. Sécuriser les métropoles principales et les zones peuplées: opération Phantom Phoenix (8 janvier-?)

Bien entendu, il faut découper ses opérations en sous-opérations dans chaque Division Multinationale.

Au niveau tactique:

Utiliser conjointement les modes de coercition et de maîtrise de la violence dans le but d’un contrôle continu du milieu.

The 2007 Campaign: a theoretical grid

Strategic effect:

To Stabilize Iraq in order to normalize political, economical and social life while building an unitary state

Major Effect:

To drop the level of violence/To secure the population

Maneuver:

-destroy/neutralize extremists groups (AQI, “Special Groups”) by targeting their leaders, disrupting their network and denying them freedom of action

-co-opt/dissuade moderate insurgents by engaging and negotiating with tribal leaders and empowering them

-remove the roots of violence by assistance and reconstruction actions

Operational Art (MNC-I):

To combine logical lines of operations/lines of effort for Security/Governance/Economy/Essential Services/Information Operation/Security Sector Reform (SSR) through integration of military and non-military agencies

Chronology

  1. To Secure BAGDAD: Baghdad Security Plan (from December 2006 to April 2007), Battle of the “Belts” (June-July 2007)
  2. To take control of the Sunni Triangle: operation Phantom Thunder (June 15-August 13)
  3. Target extremist groups, their cell and leaders: operation Phantom Strike (August-January)
  4. To secure the main cities and populated areas: operation Phantom Phoenix (since January)

Tactical Level and Procedures:

To use both coercion and Mastering of Violence in order to monitor occupied areas on the long term

Dans les taudis de Falloujah

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Le journaliste Michael TOTTEN publie sur son blog un reportage terrain sur un bataillon de Marines à Falloujah (le 3ème bataillon du 5ème régiment de Marines commandé par le LCL DOWLING). Depuis l’an dernier, M. TOTTEN est l’un de seuls reporters occidentaux à relater régulièrement ce qui se passe dans la ville. Si cette dernière a indéniablement retrouvé son calme, il n’en reste pas moins que la misère règne encore, notamment dans les quartiers de la ville dévastés lors des deux assauts d’avril et de novembre 2004. En dépit des actions de reconstruction entreprises alors sous l’égide du col BALLARD, commandant le 4ème bataillon d’actions civilo-militaires, et avec l’aide des anciens et des cheiks de Falloujah, la “cité des mosquées” reste encore à rebâtir. L’enjeu central de la fourniture des Services Essentiels (ES) apparaît ici en plein lumière (je vous laisse parcourir les photos qui parsèment l’article), même si les gens ne semblent pas fondamentalement malheureux (je constate en parcourant les reportages des journalistes indépendants que les Irakiens, quel que soit leur statut, aiment à se faire prendre en photo, sur lesquelles ils sourient bien souvent, voire se donnent en spectacle).

Il faut donc noter que la sécurité est pour le moment le souci principal de la population civile, qui semble avoir véritablement adopté les Marines comme leurs protecteurs et leurs amis. Deux bémols: ces mêmes Marines ne semblent pas toujours partager ce climat d’amitié, du fait d’un déploiement dans la durée qui n’est pas dans leur culture contemporaine (mais qui est pourtant la situation que connurent leurs aînés lors des Banana Wars à Haïti, au Nicaragua ou en République Dominicaine entre 1913 et 1934). S’adapter à la complexité du métier de militaire dans les opérations de stabilisation complexe, au coeur des populations, et en milieu urbain, demande d’intérioriser nombre de mutations culturelles et institutionnelles, que seule la préparation opérationnelle sur la durée permettra d’institutionnaliser.

Un second bémol: si la population ne semble pas malheureuse de ses conditions de vie, il est bien évident qu’elle pourrait changer d’humeur si les changements attendus sur le front des infrastructures et de la prospérité économique tardaient trop…. Reconstruire les écoles, les centrales électriques et le réseau de distribution d’eau -endommagés par des années d’incuries administratives, par les opérations de 2004 et par les attentats de 2005/2006- n’est pas optionnel, ni secondaire: c’est une nécessité vitale en ces temps et en ces lieux qui veulent que les populations s’urbanisent et surtout rêvent des standards de vie occidentaux qu’ils aperçoivent de plus en plus par le biais des médias.

Précisions (mise à jour 2)

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Je crois utile de préciser ce que j’ai trop largement sous-entendu dans mon post sur ODIERNO. Je propose de brosser un tableau rapide (car il est tard) de mes trouvailles concernant la contre-insurrection en Irak. Découpons l’ensemble selon les 3 niveaux (tactique, opératique, stratégique)

  • Sur le plan tactique: la plupart des procédures actuellement répandues sont connues dès 2003. Cependant, elles restent dispersées au sein des unités et correspondent davantage aux expériences combattantes antérieures qu’à l’entraînement et à la préparation opérationnelle des forces, notamment pour ce qui concerne l’Army. Il y a donc eu diffusion et généralisation PUIS standardisation en trois étapes
    • diffusion informelle horizontale, généralement par des initiatives aux niveaux divisions/brigades ou bataillons/compagnies.
    • intégration verticale via le processus de retour d’expérience (RETEX) qui a pris en charge le premier mouvement, parfois simultanément à celui-ci.
    • enfin, réformes institutionnelles et adaptation de la préparation opérationnelle (toujours en cours actuellement) nota: mouvement au niveau institutionnel comme au niveau du théâtre lui-même.

    Chronologiquement, on peut distinguer plusieurs modes tactiques successifs et/ou simultanés:

    • en 2003: stabilisation et improvisation puis recherche du renseignement (ratissage et détentions souvent abusives). Plusieurs procédés: raids à l’israélienne, retrait des centres-ville ,opérations de proximité et de présence dans les villes, soutien à la reconstruction.
    • en 2004: opérations cinétiques contre les sanctuaires insurgés (Nadjaf, Falloujah, Samarra, Mossoul). Exception: CHIARELLI à Bagdad (sécurisation et assistance)
    • en 2005: opérations cinétiques (Baqubah) et assistance (formation des Forces de Sécurité Irakiennes)
    • en 2006: maturité du mode “Nettoyer-tenir-consolider” (AL QAIM, TELL AFAR, RAMADI, BAGDAD)
  • Sur le plan stratégique: l’essentiel a été de comprendre (et de reconnaître!) à quel genre de guerre on est confronté. Très vite (dès l’automne 2003 et l’hiver suivant) le terme de contre-insurrection apparaît dans les débats intellectuels, vecteur principal de la prise de conscience stratégique. Les revues professionnelles, les centres de doctrine ou d’enseignement ainsi que les universités spécialisées ont été les champs de bataille d’une réflexion continue et complexe sur le sujet. Grosso modo, on peut dater de 2005 la prise de conscience des principaux objectifs à atteindre dans la contre-insurrection. Il est intéressant par ailleurs de constater un décalage entre ce domaine polémique et la réflexion menée au niveau du théâtre, plus approfondie mais aussi plus lente.
  • Sur le plan opératif/opératique: les débats ET le processus du RETEX forment l’essentiel de la réflexion. Plusieurs grandes phases semblent se détacher
    • en 2003: pas de cohérence du fait de la dualité des chaînes de commandements (voire leur opposition) entre l’Autorité Provisoire de la Coalition et la Joint Task Force-7 du LTG SANCHEZ. Le présupposé de départ est celui de 4 efforts simultanés (Sécurité, Gouvernance, Services Essentiels, Développement économique): la JTF-7 se charge de la Sécurité et soutient l’Autorité de la Coalition sur les 3 autres “lignes d’opération”. Le manque de cohérence ne permet pas de réaliser les effets attendus par l’accumulation des opérations simultanées sur ces 4 axes.
    • en 2004: l’insurrection généralisée est une”bénédiction” en ce sens qu’elle permet un mise en oeuvre des forces plus classique contre les sanctuaires de l’insurrection.
    • en 2005: développement de la réflexion sur les avantages à abandonner toute approche “cinétique” (c’est à dire de combat). Le modèle intellectuel souvent mis en valeur est celui des Britanniques, notamment en MALAISIE (selon le paradigme de l’usage minimum de la force). L’idée est qu’il faut moins de présence visible et plus d’actions “par procuration” par les forces armées irakiennes. La mise en oeuvre des forces combine cependant l’approche “combat” (nettoyer les sanctuaires) et l’assistance (développer la légitimité du gouvernement irakien et montée en puissance de l’Armée et de la Police irakiennes). Toutefois, cette approche manque des moyens nécessaires au contrôle effectif et durable du milieu (elle est au mieux capable de nettoyer une zone pour la voir réoccupée aussitôt).
    • à compter de 2006, la réflexion s’oriente davantage vers la nécessité de s’adapter au “terrain humain” propre aux diverses régions irakiennes. Le modèle “français” (la Bataille d’Alger) et le nom de David GALULA deviennent les références ultimes des promoteurs de la COIN “classique”. Le combat et la posture de sécurisation active sont revalorisées en complément d’une approche “culturelle” permettant de cartographier le “terrain humain”.

Sur ce dernier niveau, on peut greffer le débat de la fin de l’année 2006 sur le surge. La plupart des analystes aux Etats-Unis (et le général CASEY lui-même) recommandaient alors de réduire les forces américaines en Irak. Au contraire, ODIERNO demande instamment d’augmenter ces dernières. En effet, son idée est d’associer les approches cinétiques et non-cinétiques mais aussi de mener des opérations simultanées et successives sur l’ensemble du théâtre. Il s’agit bien d’une approche opérative en “tâche d’huile” utilisant les troupes supplémentaires afin de pressurer davantage les divers groupes en compétition en Irak. Il s’agit effectivement de contrôler le milieu. Cette approche est finalement le décalque opératif du mode tactique de “nettoyer-tenir-consolider”.Un dernier point: les processus décrits plus hauts ne sont pas linéaires, mais plutôt cumulatifs avec des adaptations continues à la situation en Irak. A cet égard, deux évènements me semblent marquer de telles inflexions: l’insurrection généralisée de 2004 (qui est en fait une tentative de saut qualitatif vers l’action conventionnelle dans la perspective de la formation du gouvernement intérimaire à l’été 2004), et le déchaînement national des violences interethniques à la suite de l’attentat contre la mosquée de SAMARRA en février 2006. Dans les deux cas, il a fallu s’adapter et le bilan que je fais de ces adaptations est plutôt mitigé: tantôt on a repris l’avantage dans certaines zones, tantôt on a prolongé l’insurrection en s’aliénant la population. 2007/2008 marque donc la reprise de l’initiative au niveau opératif par les forces contre-insurgées. En ce sens, il s’agit d’un réel succès.

Bilan des opérations contre AQI à MOSSOUL

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Selon un briefing en date du 5 mars par le général de division BERGNER, porte-parole de la Force Multinationale en Irak, les forces de la coalition auraient capturé ou tué près de 26 membres de l’organisation terroriste à MOSSOUL.

Un trombinoscope explicité par le long war journal.

Reading List

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La grande mode des blogs américains sur la guerre en Irak et la contre-insurrection: la liste bibliographique!

En fait, cela tient aux habitudes culturelles des institutions militaires US puisque chaque chef doit en tenir une pour ses subordonnés. Il y en a donc au niveau du Chef d’Etat-major de l’Army ou du Commandant du Corps, mais aussi à de plus modestes niveaux. Un seul exemple: celle du LTG des Marines Jim MATTIS lorsqu’il commandait en début de 2007 la composante Marines du CENTCON (MARFORCENT)

De fait, à la demande du blog Abu Muqawama, j’ouvre ma propre liste en Français. Comme un blog est coopératif, je propose aux lecteurs qui le souhaiteraient d’ajouter des titres. L’idée est qu’il s’agisse soit de traités anciens, soit d’articles ou d’ouvrages historiques, soit de références contemporaines (le GDI DESPORTES est déjà largement cité).

Merci de votre aide (et pensez à nos amis américains qui lisent le Français…. si si il y en a). En terme sociologique, on appelle cela “une communauté épistémique”….

Un exemple de planification et de conduite tactique en COIN: la 1st Marines Division (MARDIV)

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Déployée pour l’offensive de mars 2003 puis à Bagdad/Tikrit en avril 2003 et dans le Sud Chiite jusqu’en septembre de la même année, la 1ère division de Marines (MARDIV) du major-général MATTIS est de nouveau envoyée en Irak sur une nouvelle zone d’opération: ANBAR. L’arrivée est prévue en mars 2004.

Dans cette perspective, MATTIS décide de développer une préparation opérationnelle en deux axes:

  • la mise en condition opérationnelle de la division doit être le plus réaliste possible. Pour cela, les expériences de l’année précédente couplées à de fréquentes mises à jour en provenance d’Irak sont travaillées au sein d’un centre d’entraînement ad hoc près de la base de 29 PALMS en Californie. MATTIS capitalise sur la cellule du PROJET METROPOLIS mise en place au sein du Laboratoire du Corps (Marine Corps Warfighting Laboratory MCWL) au début de l’année 2000 afin de parfaire la préparation au combat urbain des unités d’infanterie. Le nouveau centre, rebaptisé “Matilda Village” (Waltzing Matilda est l’hymne de la division), est donc construit à l’image d’une ville d’Irak et des contrats sont passés avec des entreprises pour fournir des locuteurs arabes. Un système de “drill” permet de passer en revue l’ensemble des procédures adéquates. Parallèlement, des cours d’arabes sont dispensés aux troupes. (note: cette MCO est reprise par le National Training Center de l’Army à compter de 2005)
  • Essentiellement cependant, il s’agit de conceptualiser les lignes d’efforts et les objectifs à atteindre. Le manuel de contre-insurrection (FM 3-24) résume le plan choisit par le schéma suivant:

conduite opérationnelle 1ST MARDIV

cliquez sur l’image (fichier JPEG). Le commentaire en français est de moi


Préalablement, il est donc nécessaire de cartographier au mieux le “terrain humain” de la zone d’opérations. L’idée est de définir un mode tactique en fonction de plusieurs “centres de gravité”. La division développe ainsi une approche en “lignes logiques d’opérations” simultanées et cohérentes en même temps que le LTG CHIARELLI avec la 1ère division de Cavalerie déployée à Bagdad à ce moment là. C’est à dire que l’on abandonne la ligne d’opération unique fondée sur l’interprétation propre à l’Army du concept de Centre de gravité de Clausewitz: l’idée qu’il existe un centre unique, voire unitaire. Autre point intéressant, les opérations cinétiques et non-cinétiques sont combinées (elles sont même communes aux deux modes tactiques, de même que les opérations sur l’information).

Ces deux axes participent d’un processus itératif, c’est à dire d’adaptation continue aux conditions non-linéaires du terrain et du contexte. C’est là l’oeuvre de la culture particulière des Marines qui vise à développer ces capacités au sein des chefs jusqu’aux plus bas échelons (ce que l’on nomme le “caporal stratégique”).

Cet exemple historique montre par contraste l’aveuglement de certains à ne prendre en compte qu’un SEUL centre de gravité en contre-insurrection, notamment lorsque qu’il s’agit de la population.

Précisions (mise à jour)

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Je crois utile de préciser ce que j’ai trop largement sous-entendu dans mon post sur ODIERNO. Je propose de brosser un tableau rapide (car il est tard) de mes trouvailles concernant la contre-insurrection en Irak. Découpons l’ensemble selon les 3 niveaux (tactique, opératique, stratégique)

  • Sur le plan tactique: la plupart des procédures actuellement répandues sont connues dès 2003. Cependant, elles restent dispersées au sein des unités et correspondent davantage aux expériences combattantes antérieures qu’à l’entraînement et à la préparation opérationnelle des forces, notamment pour ce qui concerne l’Army. Il y a donc eu diffusion et généralisation PUIS standardisation en trois étapes
    • diffusion informelle horizontale, généralement par des initiatives aux niveaux divisions/brigades ou bataillons/compagnies.
    • intégration verticale via le processus de retour d’expérience (RETEX) qui a pris en charge le premier mouvement, parfois simultanément à celui-ci.
    • enfin, réformes institutionnelles et adaptation de la préparation opérationnelle (toujours en cours actuellement) nota: mouvement au niveau institutionnel comme au niveau du théâtre lui-même.

    Chronologiquement, on peut distinguer plusieurs modes tactiques successifs et/ou simultanés:

    • en 2003: stabilisation et improvisation puis recherche du renseignement (ratissage et détentions souvent abusives). Plusieurs procédés: raids à l’israélienne, retrait des centres-ville ,opérations de proximité et de présence dans les villes, soutien à la reconstruction.
    • en 2004: opérations cinétiques contre les sanctuaires insurgés (Nadjaf, Falloujah, Samarra, Mossoul). Exception: CHIARELLI à Bagdad (sécurisation et assistance)
    • en 2005: opérations cinétiques (Baqubah) et assistance (formation des Forces de Sécurité Irakiennes)
    • en 2006: maturité du mode “Nettoyer-tenir-consolider” (AL QAIM, TELL AFAR, RAMADI, BAGDAD)
  • Sur le plan stratégique: l’essentiel a été de comprendre (et de reconnaître!) à quel genre de guerre on est confronté. Très vite (dès l’automne 2003 et l’hiver suivant) le terme de contre-insurrection apparaît dans les débats intellectuels, vecteur principal de la prise de conscience stratégique. Les revues professionnelles, les centres de doctrine ou d’enseignement ainsi que les universités spécialisées ont été les champs de bataille d’une réflexion continue et complexe sur le sujet. Grosso modo, on peut dater de 2005 la prise de conscience des principaux objectifs à atteindre dans la contre-insurrection. Il est intéressant par ailleurs de constater un décalage entre ce domaine polémique et la réflexion menée au niveau du théâtre, plus approfondie mais aussi plus lente.
  • Sur le plan opératif/opératique: les débats ET le processus du RETEX forment l’essentiel de la réflexion. Plusieurs grandes phases semblent se détacher
    • en 2003: pas de cohérence du fait de la dualité des chaînes de commandements (voire leur opposition) entre l’Autorité Provisoire de la Coalition et la Joint Task Force-7 du LTG SANCHEZ. Le présupposé de départ est celui de 4 efforts simultanés (Sécurité, Gouvernance, Services Essentiels, Développement économique): la JTF-7 se charge de la Sécurité et soutient l’Autorité de la Coalition sur les 3 autres “lignes d’opération”. Le manque de cohérence ne permet pas de réaliser les effets attendus par l’accumulation des opérations simultanées sur ces 4 axes. 
    • en 2004: l’insurrection généralisée est une”bénédiction” en ce sens qu’elle permet un mise en oeuvre des forces plus classique contre les sanctuaires de l’insurrection.
    • en 2005: la réflexion du LTG CHIARELLI sur la simultanéité des “lignes logiques d’opération” en contre-insurrection alimente une réflexion sur les avantages à abandonner toute approche “cinétique” (c’est à dire de combat). Le modèle intellectuel souvent mis en valeur est celui des Britanniques, notamment en MALAISIE (selon le paradigme de l’usage minimum de la force). L’idée est qu’il faut moins de présence visible et plus d’actions “par procuration” par les forces armées irakiennes. La mise en oeuvre des forces combine cependant l’approche “combat” (nettoyer les sanctuaires) et l’assistance (développer la légitimité du gouvernement irakien et montée en puissance de l’Armée et de la Police irakiennes). Toutefois, cette approche manque des moyens nécessaires au contrôle effectif et durable du milieu (elle est au mieux capable de nettoyer une zone pour la voir réoccupée aussitôt).
    • à compter de 2006, la réflexion s’oriente davantage vers la nécessité de s’adapter au “terrain humain” propre aux diverses régions irakiennes. Le modèle “français” (la Bataille d’Alger) et le nom de David GALULA deviennent les références ultimes des promoteurs de la COIN “classique”. Le combat et la posture de sécurisation active sont revalorisées en complément d’une approche “culturelle” permettant de cartographier le “terrain humain”.
  • Sur ce dernier niveau, on peut greffer le débat de la fin de l’année 2006 sur le surge. La plupart des analystes aux Etats-Unis (et le général CASEY lui-même) recommandaient alors de réduire les forces américaines en Irak. Au contraire, ODIERNO demande instamment d’augmenter ces dernières. En effet, son idée est d’associer les approches cinétiques et non-cinétiques mais aussi de mener des opérations simultanées et successives sur l’ensemble du théâtre. Il s’agit bien d’une approche opérative en “tâche d’huile” utilisant les troupes supplémentaires afin de pressurer davantage les divers groupes en compétition en Irak. Il s’agit effectivement de contrôler le milieu. Cette approche est finalement le décalque opératif du mode tactique de “nettoyer-tenir-consolider”.

Un dernier point: les processus décrits plus hauts ne sont pas linéaires, mais plutôt cumulatifs avec des adaptations continues à la situation en Irak. A cet égard, deux évènements me semblent marquer de telles inflexions: l’insurrection généralisée de 2004 (qui est en fait une tentative de saut qualitatif vers l’action conventionnelle dans la perspective de la formation du gouvernement intérimaire à l’été 2004), et le déchaînement national des violences interethniques à la suite de l’attentat contre la mosquée de SAMARRA en février 2006. Dans les deux cas, il a fallu s’adapter et le bilan que je fais de ces adaptations est plutôt mitigé: tantôt on a repris l’avantage dans certaines zones, tantôt on a prolongé l’insurrection en s’aliénant la population. 2007/2008 marque donc la reprise de l’initiative au niveau opératif par les forces contre-insurgées. En ce sens, il s’agit d’un réel succès.

Raymond ODIERNO, le véritable maître d’oeuvre de la campagne de 2007/2008?

COIN, ceux par qui..., guerre en Irak, histoire militaire 2 commentaires »

J’ai déjà longuement parlé du Général ODIERNO et de son rôle supposé ou réel tant en 2004 qu’en 2007.

A l’occasion du magnifique article de Frederick et Kimberly KAGAN, il est important peut-être de poser la question un peu provocatrice qui se trouve en exergue de ce post.

Dans un article paru dans la revue Défense et Sécurité Internationale (DSI) ce mois-ci, je tentais de brosser les conditions du changement de STRATEGIE en 2007. Sur ce plan, il me paraissait important de souligner le rôle de PETRAEUS, autant parce qu’il a supervisé et demandé la rédaction du manuel combiné de contre-insurrection1 que parce que sa nomination coïncide avec les 30 000 personnels supplémentaires du surge.

Je ne crois pas inopportun de nuancer ce (presque récent car il date de décembre) propos. Au fond, il est assez clair que les Américains ont une stratégie établie depuis longtemps concernant l’Irak: définie au niveau politique, il s’agit d’obtenir un changement de régime. Sur le plan du théâtre, il est tout aussi vrai que le général CASEY a annoncé ses objectifs d’abord en août 2004 puis les a précisé en octobre 2005 et encore durant l’été puis l’automne 2006. Sur ce plan, il est donc certain que le général PETRAEUS a élaboré une nouvelle stratégie ayant l’avantage sur ses deux prédécesseurs d’être standardisée (alors que celle du LTG SANCHEZ laissait l’initiative au commandants de divisions) et correctement conçue (son “effet majeur” étant de protéger la population tandis que celui de CASEY consistait à transférer au plus vite les zones pacifiées aux autorités irakiennes EN VUE D’UN RETRAIT RAPIDE).

Sur le plan tactique, mes recherches montrent bien que la plupart des procédés aujourd’hui courants en Irak retracent leurs origines aux débuts de l’occupation américaine. Pour une raison simple: ils n’ont pas été “découverts” à l’occasion de l’insurrection mais ils correspondent à des expériences combattantes bien précises (telles que la BOSNIE, le KOSOVO, HAÏTI, voire la SOMALIE) ainsi qu’à des textes doctrinaux qui n’ont cessé d’évoluer pour une meilleure prise en compte des “missions militaires autres que la guerre” durant les années 1990. D’autre part, le procédé de pacification standard actuel, la séquence “nettoyer/tenir/consolider”, est souvent abusivement présentée comme une “innovation” du 3ème régiment de Cavalerie du colonel McMASTER à TELL AFAR (septembre 2005/février 2006). Or, c’est peu ou prou ce que font les Marines du 2nd Regimental Combat Team dans l’ouest de ANBAR à la même période, ou même ce que la TF BATON ROUGE met en oeuvre à SAMARRA en octobre 2004 (les COP ou avants-postes sont attestés à MOSSOUL en décembre 2004). Il en est de même pour tout ce qui concerne la formation de l’armée irakienne, les équipes de conseillers “incrustés” apparaissant à HILLAH en juillet 2003 (sur le modèle des Combined Arms Patrol des Marines).

Le point essentiel tient donc dans la réflexion suivante: les succès tactiques des Américains en Irak ont été légions entre 2003 et 2007 (un exemple: Falloujah). Mais, à chaque fois les insurgés fuyaient ou revenaient une fois les Américains partis, ou bien une fois la Police et l’Armée Irakiennes en charge de la sécurité. Même TELL AFAR n’échappa pas à la règle!

La clé ne réside donc pas seulement dans la stratégie annoncée et constamment revue par PETRAEUS (et l’ambassadeur CROCKER), mais dans la manière dont ces succès tactiques et ces procédures ont pu être liés les uns aux autres dans un plan de campagne cohérent. En d’autres termes, la véritable valeur ajoutée de l’année 2007 se place au niveau opératif. Sur ce plan, le rôle de ODIERNO a été capital: en incorporant toutes les actions de pacification -quelle que soit leur nature-, en menant des opérations simultanées et successives de façon à dénier tout mouvement de repli à l’ennemi, en construisant patiemment le succès à partir des moyens à sa disposition (et il est sur que ce que je nomme les 3 surge a compté: les 30 000 US, les 100 000 personnels supplémentaires de l’Armée Irakienne, les 80 000 membres du programme “CLC/SoI/”Réveil” dont 20 000 dans les polices locales.)

Ce qui donne tort à Thomas RICKS. Dans Fiasco (le “best-seller international” selon son éditeur), celui-ci exprime l’opinion de quelques uns des partisans de la doctrine “classique” de contre-insurrection au sein de l’Army. Pour ces derniers, l’Army s’est trop focalisée sur l’échelon opératif au sortir de la guerre du Vietnam. De ce fait, elle a appris à gagner les batailles, mais pas forcément à conduire à la paix. Par ailleurs, la focalisation sur cet échelon (et je renvoie au nouveau FM 3-0) aurait produit un oubli de l’initiative tactique et de la nécessité de la connection entre les niveaux opératifs et stratégiques.

Bien au contraire, ODIERNO a montré comment ont devait et pouvait bâtir une véritable campagne de contre-insurrection (c’est d’ailleurs ce que dit le FM 3-24). On pourra certes reprocher à celle-ci de ne fonctionner que grâce aux 3 surge (en même temps, on remplit une mission en fonction des moyens et des délais), ou alors de généraliser un succès tactique (le mouvement du “Réveil” d’ANBAR) en contradiction avec ladite doctrine, mais on ne peut enlever à Raymond ODIERNO son rôle dans les succès actuels des armes américaines en Irak.

1 le FM 3-24 n’est pas le premier projet de rédaction. Déjà en octobre 2004, le LCL HORVATH avait supervisé la publication d’un FM Intérimaire (FM 3-07.22) sur la contre-insurrection. Il reprenait en fait les enseignements des armes occidentales dans ce type de conflit plus qu’il n’innovait. Par ailleurs, il était perçu comme une déclinaison du FM 3-07 Stability and Support Operations (SASO) alors que le FM 3-24 décline un thème opérationnel directement à partir du FM 3-0. Sur le rôle de PETRAEUS dans la seconde rédaction, il ne fait aucun doute: dès sa nomination au Combined Arms Center (le commandant de la doctrine et de l’enseignement des forces de l’Army) en septembre 2005, PETRAEUS avait fait appel à NAGL puis au Dr. CONRAD CRANE (auteur d’un rapport sur la stabilisation en février 2003 rédigé à la demande du Pentagone). En novembre 2005, CRANE et NAGL réunissaient l’équipe de rédacteurs, laquelle fournissait un projet en février 2006. Là encore PETRAEUS a permis que ce projet soit présenté à des analystes extérieurs et à des spécialistes lors d’une conférence à Fort LEAVENWORTH (siège du CAC) en partenariat avec le Centre CARR sur les Droits de l’Homme de HARVARD (dirigé alors par Sarah SEWALL, promotrice d’une doctrine de COIN au niveau national). Dans le printemps et l’été 2006, PETRAEUS avait oeuvré pour que le COIN Center of Excellence et le Corps des Marines participent à la révision du projet.