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Evaluation de la COIN en Irak

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Le colonel ROPER, commandant le USA/USMC COIN Center of Excellence, a produit une évaluation intéressante de la situation actuelle en Irak lors d’une table-ronde avec des blogueurs au Pentagone.

 Le COIN Center of excellence  est une institution interarmées créée dans l’été 2006 à l’initiative du général PETRAEUS, alors commandant de la doctrine et de la formation de l’Army. Son siège est d’ailleurs à Fort Leavenworth, quartier-général de ce commandement.

Le colonel ROPER a succédé au colonel Peter MANSOOR, ancien conseiller de PETRAEUS l’année dernière et récent retraité de l’Army.

Le centre fonctionne comme un réservoir de réflexions et de retours d’expérience (RETEX) sur le sujet de la contre-insurrection, en liaison avec les autres institutions militaires américaines et étrangères et avec les différentes agences locales. Selon les propres mots du colonel ROPER, il suit 6 « lignes d’efforts »:

  1. intégrer toutes les initiatives de contre-insurrection (unité d’effort)
  2. rechercher des enseignements des expériences historiques de contre-insurrection (notamment ce que les Américains nomment les « bonnes pratiques »)
  3. améliorer la doctrine existante (le FM 3-24 principalement)
  4. infléchir la formation initiale et professionnelle des militaires dans le domaine de la contre-insurrection.
  5. conseiller les responsables politiques et militaires
  6. promouvoir la contre-insurrection au-delà du milieu militaire.

Le briefing est intéressant car il résulte d’une évaluation sur le terrain faite en deux temps:

-en août et septembre: au niveau opérationnel (les états-majors concernés par la contre-insurrection au niveau du théâtre)

-en octobre et novembre: au niveau tactique.

Ses conclusions:

  • la pénétration croissante des « bonnes pratiques » aux plus bas échelons
  • l’acculturation croissante des forces irakiennes dans la doctrine américaine
  • le recul généralisé d’AQI et son repli sur MOSSOUL.

Un dernier point:  le colonel ROPER parle des contacts nombreux avec les armées alliées pour des échanges (ce que je vérifierai personnellement la deuxième semaine d’avril pour la France).

Sondage en Irak: 5 ans plus tard

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Un récent sondage réalisé à la demande, entre autres, des chaînes ABC/BBC, révèle d’intéressantes évolutions.

Quelques exemples:


5 ans plus tard 1
5 ans plus tard 2
5 ans plus tard 3
5 ans plus tard 4
5 ans plus tard 5
5 ans plus tard 6
Comme tout sondage, l’interprétation aussi bien que la composition de l’échantillon demandent une analyse « à froid »….(un peu de flemme Stéphane?)

Les Talibans et les réseaux de téléphonie mobile

COIN, histoire militaire, médias, Pays de l'insolence 5 commentaires »

Il y a quelques temps déjà, une information avait retenu mon attention. Comme elle ne portait qu’incidemment sur l’Irak (pour montrer que la même tactique dans ce pays avait échoué du fait de la prégnance des réseaux sociaux et de leur prééminence sur les réseaux de communication), je l’avais mise de côté.

Or, KIP, un des blogueurs de Abu Muqawama, analyse très finement ce changement de tactique des Talibans et ses implications.

Le 25 février, les Talibans menaçaient les 4 fournisseurs d’accès de téléphonie mobile d’Afghanistan d’attaquer leurs émetteurs, sauf si lesdits fournisseurs coupaient les réseaux la nuit. L’accusation portée par les insurgés considérait que les compagnies de télécommunication n’était pas neutres et permettaient aux contre-insurgés de cibler les Talibans (qui usent beaucoup des téléphones mobiles).

Avant-hier, les compagnies de télécommunications décidaient d’obtempérer après la destruction de 6 émetteurs. Par conséquent, les réseaux seraient interrompus dans plusieurs provinces du Sud et du centre de l’Afghanistan.

L’analyse fournie par KIP est la suivante:

  • d’abord, il n’y a pour le moment aucune preuve tangible que les réseaux soient vraiment interrompus dans toutes ces provinces.
  • sur le plan tactique, les Talibans ont réussi un coup de maître à moindre coût: ils ont neutralisé leur principale vulnérabilité (à savoir la difficulté à mener des opérations de nuit) tout en accentuant celle des contre-insurgés. Cependant, ils semblent avoir ciblé le réseau de manière à ne pas le rompre, en ayant également besoin.
  • sur le plan politique, les Talibans ont forcé les compagnies à leur obéir, démontrant ainsi l’incapacité du gouvernement afghan à assurer la sécurité.
  • sur le plan opératique, ils ont enfin paralysé l’action des Canadiens dans la zone de KANDAHAR, aujourd’hui un des principaux théâtres d’opérations avec le nord-est du pays (province de KUNAR)

KIP recommande aux contre-insurgés de protéger les infrastructures vitales les plus importantes de manière à contrer cette nouvelle tactique. En revanche, il ne pose pas la question qui me hante: cette coupure peut-elle réellement rompre les liens entre le gouvernement et la population? En Irak, les solidarités locales avaient joué de manière à contrer cette intimidation/gêne provoquée par les insurgés.

Quoiqu’il en soit, tout ceci renvoie évidemment au poids croissant de la sphère virtuelle et informationnelle, dont on oublie trop souvent -intoxiqués que nous sommes par le contresens que nous faisons sur la virtualité- qu’elle a des traces physiques.

Nouveaux Blogs

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Je porte à l’attention de mes lecteurs deux nouveaux blogs (en anglais malheureusement):

  • le blog du Insurgency Research Group lié au King’s War College de Londres. Il est passionnant (et tout jeune!). Je signale par exemple un article produit par le groupe et le Dr David BETZ sur la face « virtuelle » de l’insurrection et de la contre-insurrection. Il argumente notamment sur la nécessité de mieux penser la confrontation des idées avec le Jihad global afin d’éviter que ne se réalise le « choc des civilisations ». Parmi les éléments essentiels, je retiens l’idée de la « narration stratégique » comme lien nécessaire entre la « narration eschatologique » (que voulons-nous pour le monde et les sociétés humaines?) et les « narrations individuelles ».
  • le blog Ghosts of Alexander parle surtout de l’Afghanistan. Son auteur est particulièrement renseigné sur le sujet, particulièrement pour les éléments anthropologiques. Qui plus est, étant dans la phase « recherche » de son Doctorat, il ne peut que plaire à votre serviteur, qui sait combien tout ceci demande du temps et de l’énergie, d’autant que nous avons à lutter contre les narrations des médias mais aussi à défaire les liens tissés dans les narrations dominantes, y compris parfois dans notre propre famille de pensée.

J’encourage donc mes lecteurs (surtout si ils lisent l’anglais) à se documenter dans ces deux excellents blogs de niveau académique. Je crois sincèrement à cette idée que la connaissance des faits et la constitution de narrations alternatives ne sont pas simplement des enjeux politiques mais, au-delà, anthropologiques et psychologiques. Je redis encore une fois que ce parti-pris « critique » (sur le plan de l’épistémologie) ne conduit pas nécessairement au relativisme et au refus de toute Vérité. Simplement, il éclaire d’un jour nouveau la manière dont nous nous racontons le monde.

La démission de l’Amiral FALLON

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Cela fait la une de tout les journaux et les blogs: William FALLON, le commandant du CENTCOM, a démissionné.

Nommé à la succession du général ABIZAID (un libano-américain) en janvier 2007, l’Amiral FALLON semble avoir pâti de plusieurs faits (même si il est encore difficile de saisir les raisons exactes de son départ):

  • son refus d’accepter le terme de « longue guerre » en vogue au Pentagone depuis 2006.
  • Un entretien sur Al Jazira pour regretter le ton belliqueux souvent employé aux Etats-Unis au sujet de l’Iran.
  • sa volonté de retirer au plus vite les unités américaines d’Irak et d’Afghanistan.
  • son effacement par rapport au « Roi David » (David PETRAEUS)

Ironiquement, un article de Tom BARNETT qui souhaitait défendre son bilan et appuyer la prétention de Robert GATES selon laquelle FALLON est le principal penseur stratégique américain semble avoir davantage enfoncé le clou, notamment en affirmant que les relations entre FALLON et l’Administration d’une part, PETRAEUS d’autre part, seraient extrémement mauvaises et en décrivant FALLON comme un adversaire résolu de la guerre contre l’Iran.

Bonus: un article de l’historien Max BOOT du Council for Foreign Relations se réjouit de ce départ.

Nouveau blog

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François DURAN signale un nouveau blog consacré à la géographie militaire des villes en guerre par Bénédicte TRATNJEK, doctorante en géographie (à Paris-IV où j’ai fait toutes mes études dans une autre vie quand je n’étais pas marié, et que je n’avais pas d’enfants). Une salutaire entreprise que je salue et félicite par avance…

A lire.

Dans les taudis de Falloujah

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Le journaliste Michael TOTTEN publie sur son blog un reportage terrain sur un bataillon de Marines à Falloujah (le 3ème bataillon du 5ème régiment de Marines commandé par le LCL DOWLING). Depuis l’an dernier, M. TOTTEN est l’un de seuls reporters occidentaux à relater régulièrement ce qui se passe dans la ville. Si cette dernière a indéniablement retrouvé son calme, il n’en reste pas moins que la misère règne encore, notamment dans les quartiers de la ville dévastés lors des deux assauts d’avril et de novembre 2004. En dépit des actions de reconstruction entreprises alors sous l’égide du col BALLARD, commandant le 4ème bataillon d’actions civilo-militaires, et avec l’aide des anciens et des cheiks de Falloujah, la « cité des mosquées » reste encore à rebâtir. L’enjeu central de la fourniture des Services Essentiels (ES) apparaît ici en plein lumière (je vous laisse parcourir les photos qui parsèment l’article), même si les gens ne semblent pas fondamentalement malheureux (je constate en parcourant les reportages des journalistes indépendants que les Irakiens, quel que soit leur statut, aiment à se faire prendre en photo, sur lesquelles ils sourient bien souvent, voire se donnent en spectacle).

Il faut donc noter que la sécurité est pour le moment le souci principal de la population civile, qui semble avoir véritablement adopté les Marines comme leurs protecteurs et leurs amis. Deux bémols: ces mêmes Marines ne semblent pas toujours partager ce climat d’amitié, du fait d’un déploiement dans la durée qui n’est pas dans leur culture contemporaine (mais qui est pourtant la situation que connurent leurs aînés lors des Banana Wars à Haïti, au Nicaragua ou en République Dominicaine entre 1913 et 1934). S’adapter à la complexité du métier de militaire dans les opérations de stabilisation complexe, au coeur des populations, et en milieu urbain, demande d’intérioriser nombre de mutations culturelles et institutionnelles, que seule la préparation opérationnelle sur la durée permettra d’institutionnaliser.

Un second bémol: si la population ne semble pas malheureuse de ses conditions de vie, il est bien évident qu’elle pourrait changer d’humeur si les changements attendus sur le front des infrastructures et de la prospérité économique tardaient trop…. Reconstruire les écoles, les centrales électriques et le réseau de distribution d’eau -endommagés par des années d’incuries administratives, par les opérations de 2004 et par les attentats de 2005/2006- n’est pas optionnel, ni secondaire: c’est une nécessité vitale en ces temps et en ces lieux qui veulent que les populations s’urbanisent et surtout rêvent des standards de vie occidentaux qu’ils aperçoivent de plus en plus par le biais des médias.

Le biais médiatique.

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Je devrais dire qu’il frappe encore en France. En effet, il est frappant de constater que lesdits médias français ne parlent de l’Irak que lorsque cela va mal ou lorsque des attentats ont lieu.

A l’origine, un évènement toujours dramatique: un double attentat hier à BAGDAD (dont un attentat-suicide, donc à la veste « piégée ») a fait plus de 50 morts (et 68 selon la dépêche française citée plus haut). C’est effectivement le second attentat meurtrier dans la capitale depuis le début février (et non le 3ème comme le dit cette dépêche de manière erronée).

Le plus fort tient dans un commentaire selon lequel ces attentats auraient lieu alors que les forces américaines se félicitent de la baisse de la violence. Je relève au moins trois approximations à la limite du mensonge (résultant d’une vision biaisée de la situation, elle-même résultant en partie d’une méconnaissance totale de ce qui se passe en Irak):

  1. PRIMO: ces attentats (comme celui de février) sont les premiers depuis des mois. Cela ne rachète en rien leur horreur, mais cela relativise le commentaire.
  2. SECUNDO: l’annonce de la baisse statistique des violences date du 1er novembre….. Mais il est dramatiquement plus payant de montrer qu’un malheur arrive toujours alors qu’on prétend qu’il ne peut plus arriver. Cela permet de décrédibiliser l’annonce faite précédemment sur l’amélioration de la sécurité.
  3. TERTIO: pourquoi faut-il que, selon les journalistes français, les autorités « se félicitent » de quelque chose? Croient-ils vraiment que les décideurs sont à ce point contents d’eux-mêmes? C’est ignorer largement toutes les interviews récentes tant de PETRAEUS, d’ODIERNO, du contre-amiral SMITH (un des porte-paroles de la MNF-I) ou même de l’Administration Bush: loin de crier victoire, ils se contentent de noter l’amélioration des conditions de la sécurité (ce qui est différent de « se féliciter » de cette amélioration… Certains trouveront que j’ergote, mais en tant qu’enseignant, je suis bien placé pour dire que les mots que l’ont emploie ont un sens pour ceux qui les reçoivent et qu’il ne faut donc JAMAIS les choisir aléatoirement… D’ailleurs, je ne crois pas que ces journalistes les aient choisis au hasard)

Bon, qu’en dire alors? D’abord que les médias ont tendance à se focaliser sur les seules indications statistiques. A leur décharge, c’est l’essentiel de ce que le LTG ODIERNO avait fourni le 1er novembre…. du moins pour la partie visuelle (les diapos). Mais comme je dis souvent à mes élèves, il faut aussi écouter ceux qui parlent.

De fait, il faut examiner plus attentivement ce qu’impliquent ces attentats, au-delà de la tragédie humaine qu’ils représentent. Premier point: il s’agit d’un changement de tactique (toujours la loi du contournement: « chacun des adversaires fait la loi de l’autre » comme dirait Karl v. C.), puisque les voitures piégées ne peuvent plus être assemblées ni acheminées. Donc, on fait appel à des candidats au « martyre », voire à des malades mentaux (la réponse de Thomas RENARD). Ce qui dénote un glissement vers le pôle terroriste. Second point: la hausse ou la baisse des violences ne veulent rien dire en soi. La première peut dénoter un retrait tactique partiel de l’un ou l’autre camp, de même que l’achèvement d’un processus de nettoyage ethnique. La hausse peut également signifier qu’un camp est aux abois.

Il n’en reste pas moins vrai que cette manière de relater l’information est critique en contre-insurrection ou en stabilisation: elle renvoie à l’interprétation que l’on va donner à un évènement et donc à un jugement de valeur. Il est triste de constater que les médias occidentaux (désolé de généraliser, c’est juste une facilité méthodologique) ont toujours tendance à dénigrer ce que leurs militaires font (plus particulièrement encore lorsque ce sont des Américains et que le journaliste est français). Aux Etats-Unis, force est de constater que la relation de la guerre colle davantage au terrain, notamment grâce aux journalistes « embedded » et aux reportages de terrain préparés sur de longues semaines.

Last but not least, cela ne renvoie-t-il pas au retour du « bouc émissaire » dans les sociétés occidentales, dans la mesure où le métier (mais aussi le rôle) du militaire focalise toutes les attentes et toutes les frustrations, mais aussi dans la mesure où l’occidental croit encore qu’il doit payer d’avoir porté « le fardeau du monde » durant si longtemps?

Abu Muqawama

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Je profite des minutes qui me restent avant le début de la série The War (et pendant que les enfants terminent de manger) pour signaler à tous le blog abu muqawama que j’ai déjà cité plusieurs fois. Ouvert en février 2007, il est devenu une des références de la blogosphère US sur la contre-insurrection. Et honte à moi: je ne le met dans ma blogoliste que maintenant.

Plusieurs auteurs: outre AM vétéran d’Irak et d’Afghanistan, il faut signaler Charlie, une spécialiste de la COIN. Dernière note: la particularité des auteurs est de parler d’eux à la troisième personne… Décapant et souvent drôle.

PS: et je ne dis pas cela parce qu’ils viennent de citer mon blog (certainement pas, non mais des fois). Aparté: quoique cela fasse du bien à tout bloggueur d’être cité.

Le mécontentement grandit chez les « Fils de l’Irak » (SoI)

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Un article récent du Washington Post généralise les impressions déjà données par McLEARY sur la zone d’opération du 1/21ème d’infanterie, à savoir la désillusion croissante de certaines milices d’autodéfense connues sous le sobriquet de « Fils de l’Irak » (SoI). J’ai déja longuement parlé de ces dernières et de la complexité que représente l’analyse de ce phénomène.

Il semble que dans certaines régions le mouvement connaisse un repli:

  • dans la province de DIYALA (ENE de BAGDAD), les SoI se sont déjà mis en grève au début du mois pour protester contre le maintien en fonction du général AL-QHREISHI, le chef chiite de la police accusé de diriger des « escadrons de la mort » contre les Sunnites.
  • dans la province de BABIL (S de BAGDAD), des SoI ont été tués par les forces américaines, notamment le 15 février.

Si l’article fournit des exemples réels du mécontentement, il échoue à mon avis à rendre compte précisément de ce qui se passe sur le « front » des milices supplétives. Certes, les attaques dont elles sont victimes ont augmenté le mois dernier, le rapprochement avec le gouvernement irakien piétine dans certaines zones cruciales (notamment BAQUBAH, la capitale de la province de DIYALA), et les infiltrations par AQI sont prouvées (certainement dans les incidents survenus à BABIL). Toutefois, on ne saurait tenir pour rien le développement réel des groupes de SoI, tant à ARAB JABOUR, qu’à SALMAN PAK et même à KIRKOUK. Dans ces zones nouvellement pacifiées, les SoI tiennent une place cruciale dans la sécurité locale et reflètent la mentalité de ces communautés qui se gèrent en autonomie.

Des problèmes demeurent surement: les SoI ont été désignés par AQI comme ses ennemis principaux, les milices et les groupes spéciaux chiites ou pro-iraniens les menacent, la confiance entre les SoI et le gouvernement est loin d’être acquise (la question de l’incorporation des miliciens sunnites dans l’armée et la police nationale restant problématique, au moins à l’échelle locale), l’entente entre les milices (qui représentent le pouvoir local des cheiks) et l’armée irakienne (perçue comme l’arme des Chiites, ou des Kurdes, dans la guerre civile, mais aussi vue comme l’instrument du pouvoir central) reste faible et donne parfois lieu à des incidents.

Tout ceci démontre la difficulté à contrôler les milices supplétives en contexte de stabilisation/contre-insurrection: il faut à la fois les tenir au plus près mais aussi être capable de négocier sur le long terme au sujet de leurs revendications, qui varient entre les demandes d’infrastructures et de services essentiels jusqu’à la reconnaissance de leur rôle dans le combat pour la pacification.

Une dernière remarque: l’article du Washington Post est biaisé en ce sens qu’il collecte des données dispersées au service d’une thèse prédéfinie, à savoir le mécontentement croissant des miliciens sunnites. Même si ce dernier existe localement pour les raisons qu’il décrit d’ailleurs fort bien, cela ne suffit pas à rendre compte de la totalité du phénomène.