Cher(e)s élèves (en tout cas, cher-e-s élèves qui venez de temps en temps par ici, en gros pas grand monde),

Je profite de ce blog pour vous souhaiter un bon courage pour les jours à venir. J’aurais aimé vous envoyer un mail collectif mais comme Agora a rendu l’âme, je n’ai pas d’autres moyens que de passer par ici.

Gérez bien votre temps,  ne vous dites pas que vous êtes nuls, pensez à la méthode et, surtout, donnez le meilleur que vous puissiez faire. En tout cas essayez.

J’ai passé une très belle année à vos côtés et je vais vous oublier bien moins vite** que vous ne m’oublierez.

Allez-y la fleur au stylo, vous êtes des champions.

En parlant de ça, je ne résiste pas à l’envie de vous montrer une vidéo que j’aime d’amour et qui est particulièrement transposable à ce qui va vous arriver sous peu… Je vais m’inspirer de ce type pour mes cours l’an prochain !

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PS: n’oubliez pas de me donner vos notes par mail, je VEUX savoir !!

** révision de dernière minute, ici « bien moins vite » est une litote.



Le texte: 

ROXANE, s’avançant sur le balcon
                                                    C’est vous ? 
Nous parlions de… de… d’un…

CYRANO
                                 Baiser. Le mot est doux !
Je ne vois pas pourquoi votre lèvre ne l’ose; 
S’il la brûle déjà, que sera-ce la chose ?
Ne vous en faites pas un épouvantement : 
N’avez-vous pas tantôt, presque insensiblement, 
Quitté le badinage et glissé sans alarmes
Du sourire au soupir, et du soupir aux larmes !
Glissez encore un peu d’insensible façon : 
Des larmes au baiser il n’y a qu’un frisson !

ROXANE
Taisez-vous !

CYRANO
               Un baiser, mais à tout prendre, qu’est-ce ?
Un serment fait d’un peu plus près, une promesse
Plus précise, un aveu qui veut se confirmer, 
Un point rose qu’on met sur l’i du verbe aimer; 
C’est un secret qui prend la bouche pour oreille, 
Un instant d’infini qui fait un bruit d’abeille, 
Une communion ayant un goût de fleur, 
Une façon d’un peu se respirer le cœur, 
Et d’un peu se goûter, au bord des lèvres, l’âme !

ROXANE
Taisez-vous !

CYRANO
              Un baiser, c’est si noble, madame, 
Que la reine de France, au plus heureux des lords, 
En a laissé prendre un, la reine même !

ROXANE
                                                  Alors !

CYRANO, s’exaltant.
J’eus comme Buckingham des souffrances muettes, 
J’adore comme lui la reine que vous êtes, 
Comme lui je suis triste et fidèle…

ROXANE
                                               Et tu es
Beau comme lui !

CYRANO, à part, dégrisé
C’est vrai, je suis beau, j’oubliais !

ROXANE
Eh bien ! montez cueillir cette fleur sans pareille…

CYRANO, poussant Christian vers le balcon
Monte !

ROXANE
  Ce goût de cœur…

CYRANO
                       Monte !

ROXANE
                                    Ce bruit d’abeille…

CYRANO
Monte !

CHRISTIAN, hésitant
Mais il me semble, à présent, que c’est mal !

ROXANE
Cet instant d’infini !…

CYRANO
Monte donc, animal !

Christian s’élance, et par le banc, le feuillage, les piliers, atteint les balustres qu’il enjambe.

CHRISTIAN
Ah ! Roxane !

Il l’enlace et se penche sur ses lèvres.

Proposition de correction: 

 

Introduction : L’une des nombreuses raisons qui expliquent la réputation de la pièce de Rostand, c’est l’étonnant mélange des registres qui donne l’impression au lecteur de lire plusieurs œuvres en une seule : l’on passe du rire aux larmes, de l’apitoiement à l’admiration, de la crainte à la joie. Dans la scène que nous allons étudier, le trio amoureux est de nouveau réuni : à son balcon, Roxane boit les paroles de Christian, ne sachant pas que celui qui lui parle est en fait son cousin, Cyrano, venu en aide au jeune homme afin que ce dernier puisse embrasser sa belle. Nous allons tenter de montrer que cette scène trouve sa puissance et son originalité dans le mélange des genres qu’elle offre.

 

1/ L’éloquence amoureuse de Cyrano

 

a)    Les stratégies argumentatives déployées par Cyrano

–       L’exhortation : le personnage exhorte Roxane à accepter un baiser, notamment dans la première réplique de Cyrano où l’on note le recours à l’impératif : « Ne vous en faites pas », « Glissez encore »

–       La dédramatisation : Cyrano minimise l’acte du baiser pour faire plier Roxane : « Je ne vois pas pourquoi votre lèvre ne l’ose », « Un baiser, mais à tout prendre, qu’est-ce ? ». Notez également les expressions qui tendent à amoindrir la valeur de l’acte : « presque insensiblement », « un peu d’insensible façon », « d’un peu plus près », « un point », « un instant », « un peu se respirer », « un peu se goûter ».

–       L’argument d’autorité : « Un baiser, c’est si noble, madame, / Que la reine de France […] en a laissé prendre un, la reine même ! »

–       L’éloge : notez les termes mélioratifs que Cyrano emploie pour qualifier le baiser « promesse », « communion », « si noble », « goût de fleur », etc.

 

 

 

b)    La magie du verbe

Ce qui transparaît aussi dans cette scène, c’est l’éloquence poétique de Cyrano qui chante l’amour à merveille et sait manier les mots en pareille occasion. Notez le recours à de nombreuses figures de style comme l’oxymore : « un instant d’infini », la paronomase « du sourire au soupir », les métaphores « Un point rose qu’on met sur l’i du verbe aimer », « Un secret qui prend la bouche pour l’oreille », la métaphore filée du goût : « un goût de fleur », « un peu se goûter au bord des lèvres » + la référence à l’ « abeille » qui laisse imaginer que le baiser est « doux » comme le miel.

 

c)    Roxane convaincue

Petit à petit, Roxane se laisse de plus en plus tenter par la promesse d’un baiser donné par Christian/Cyrano. Notons que la brièveté de ses répliques peut trahir sa grande émotion, rendue encore plus manifeste par la ponctuation très expressive. L’antiphrase « Taisez-vous » rend compte du charme qu’exerce sur elle les mots de son cousin, qu’elle commence d’ailleurs à répéter « ce goût de cœur », « ce bruit d’abeille », « cette fleur sans pareille », « cet instant d’infini ».

 

2/ Une scène comique

a)    Une parodie ?

Cette scène d’amour entre Roxane « s’avançant sur le balcon » et, en bas, Cyrano lui déclamant son amour n’est pas sans rappeler une scène culte de la littérature : la scène du balcon dans Roméo et Juliette de Shakespeare. A la différence près qu’ici, Roméo est dédoublé en deux hommes que tout oppose : Cyrano, laid mais sublime intérieurement et Christian, beau mais maladroit en amour.

 

b)    Le comique farcesque

–       Comique de situation (un moment intime vécu… à 3 !, Roxane qui pense s’adresser à Christian, Christian qui laisse parler un autre à sa place)

–       Comique de mot : la répétition de « Monte ! » de Cyrano, contraint à dicter à Christian l’attitude à adopter, l’expression « animal » pour désigner Christian qui contraste avec l’éloquence amoureuse de Cyrano lorsqu’il s’adresse à Roxane, l’unique réplique de Christian, drôle parce qu’elle est vide « Ah ! Roxane ».

 

c)    Le décalage comme source du rire

–       Roxane/ Cyrano-Christian : Roxane ignore tout de la supercherie qui se trame quelques mètres à peine en-dessous d’elle. Ce décalage Roxane/Cyrano-Christian est doublé d’un décalage Roxane/Spectateur. Ce dernier rit parce qu’il sait de quoi il retourne.

–       Cyrano/Christian : Le décalage est d’autant plus comique qu’il est double : Christian apparaît ridicule et lourdaud dans cette scène puisque bon à rien tandis que Cyrano brille par son éloquence. Par ailleurs, on rit de voir que Christian ne se doute pas un instant, en entendant les paroles de Cyrano, que celui-ci est amoureux de Roxane. Seul le spectateur le sait, ce qui redouble le comique de la scène.

 

3/ Une scène pathétique : la solitude suprême de Cyrano

 

a)    Une situation pathétique

Lorsqu’on prend un minimum de recul, on perçoit tout le pathétique de la situation pour Cyrano : contraint à endosser le costume de Christian pour parler d’amour à Roxane, il vit sa passion par procuration, il permet que le baiser s’accomplisse mais n’en est pas le jouisseur : c’est Christian qui s’ « élance et se penche sur ses lèvres », c’est Christian qui, au bout du compte, récolte le fruit du travail de Cyrano et bénéficie de l’admiration de Roxane. Ce qui rend triste ici, c’est cette l’abnégation et le sacrifice dont est capable Cyrano pour rendre heureux celle qu’il aime, même si ce n’est pas avec lui.

b)    Cyrano pris à son propre piège

L’extrait propose une intéressante mise en abime : Cyrano se met ici en scène et endosse le rôle de Christian. Mais l’on voit que, rapidement, le pauvre homme se laisse prendre au piège de l’illusion qu’il a lui-même créée : « s’exaltant ». Comme Roxane est charmée par ses mots, il en oublie qu’il n’est qu’un intermédiaire précieux entre elle et Christian quand, soudain, la réalité refait brusquement surface. Roxane s’exclame en effet : « Beau comme lui ». La didascalie qui suit cette réplique est lourde de sens « à part, dégrisé ». Les mots de Cyrano sont teintés d’une ironie amère : « C’est vrai, je suis beau, j’oubliais ! ». Le masque tombe et la laideur de Cyrano rejaillit…

 

Pistes pour une conclusion : Scène époustouflante parce que Rostand y mêle les registres avec brio et, se faisant, rend manifeste toute la majesté du personnage de Cyrano : à la fois maître en matière d’éloquence amoureuse, capable d’abnégation et de sacrifice pour le bonheur des autres, prêt à tout pour Roxane quitte à rester désespérément seul avec son secret… (Ainsi, on pourrait opter pour une problématique  allant dans ce sens du type « dans quelle mesure cette scène témoigne-t-elle de la grandeur de Cyrano ? ».)

 

 Pour aller plus loin:

La scène du balcon dans l’adaptation cinématographique de Rappeneau:

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L’intertextualité: j’en profite pour aborder rapidement ici une thématique littéraire dont nous avons déjà parlé mais sur laquelle nous n’avons pas mis de mot. C’est l‘INTERTEXTUALITE. En fait, c’est très simple, c’est l’idée qu’un auteur, lorsqu’il écrit, peut faire référence de façon plus ou moins explicite à une oeuvre antérieure. C’est le cas de Rostand qui s’inspire ici de la célébrissime scène du balcon dans Roméo et Juliette. Voici quelques vidéos qui témoignent de ce qu’est l’intertextualité :

http://www.dailymotion.com/video/x3a6ww

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Cher(e)s élèves, 

voici une vidéo réalisée par un professeur de lettres qui expose de façon très claire le déroulement et la préparation d’un oral de français. 

Ce dernier propose une partition du temps de préparation qui me semble difficilement applicable pour chaque texte (tout dépend de la difficulté de la problématique, de votre aisance sur le texte sélectionné par l’examinateur, etc) mais ce « découpage », bien que trop précis peut-être, a le mérite de vous montrer qu’il faut travailler à tout prix la montre sous les yeux.

Je vous laisse par ailleurs apprécier le magnifique geste christique à 1:19 car non, « la conclusion ne s’improvise jamais ». 

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Lecture analytique : « La mort de Momo » (p : 422-423)

Malevil (2) 

Momo est, depuis le début du roman, un personnage à part. Fils retardé de la Menou, il incarne l’innocence de l’enfance dans un monde dévasté. Il est d’ailleurs intéressant de noter que tout ce qui touche de près ou de loin à Momo dans l’œuvre est associé au rire ou à la joie : c’est Momo qui découvre le corbeau rescapé de la catastrophe, c’est Momo qui s’éprend d’une affection pure et désintéressée pour Miette, c’est Momo qui, sans le savoir, distrait ses compagnons lorsqu’il faut s’unir pour le laver. En somme, Momo est  bel et bien une « parenthèse », une bouffée d’air frais, aussi bien pour les personnages que pour le lecteur. Dans l’extrait soumis à notre étude, Emmanuel relate la mort de Momo : des pillards affamés, à peine humains, sont en train de ravager les cultures de Malevil quand Momo se rue sur eux pour les en empêcher. Il finit transpercé en plein cœur. Dans quelle mesure ce moment constitue-t-il un véritable traumatisme pour Emmanuel ? C’est la question à laquelle nous allons tenter de répondre. Dans un premier temps, nous nous pencherons sur le caractère inattendu et irrémédiable du meurtre, puis nous tâcherons d’étudier les sentiments du narrateur, qui apparaît doublement traumatisé à cause de la mort de Momo et à cause du meurtre qu’il commet lui-même.

 

I/ Une mort aussi imprévisible qu’irrémédiable

 

a)      Momo l’intouchable

 

Premier paragraphe consacré à l’immunité présumée de Momo, d’autant plus certaine que le narrateur lui confère un caractère hyperbolique : « si enfantin, si dérisoire » (l.3) : ici rythme binaire et anaphore de l’adverbe d’intensité « si » qui renforce l’idée d’immunité, d’autant qu’on retrouve la même structure ligne 8 : « si protégé ». D’autres expressions dans le premier paragraphe vont dans le même sens  « rien de ce que fait Momo ne tire à conséquence » (l.4) et « rien puisse jamais arriver à Momo » (l.8) : l’emploi de « rien » signale une fois de plus l’impression que le personnage est intouchable, inatteignable. Vous pouvez également citer l’énumération finale : « par la Menou, par l’oncle, par moi, par les compagnons » renforcée par l’emploi de l’adverbe « toujours » qui insiste sur l’incroyable protection dont bénéficie Momo, même avant la bombe.

 

 

b)      Un contraste saisissant

 

Rupture brutale entre le premier et le deuxième paragraphe. Contraste notamment incarné par le changement brutal de ton. Dans le premier paragraphe en effet on trouvait des termes connotés positivement comme « ri » et « rire » ou encore « compte pour du beurre », expression qui appartient au registre de langue familier et enfantin et incarne formellement l’innocence de Momo. Tout cela contraste avec les expressions employées dans le reste du texte. Citons notamment « les trois dents de la fourche s’enfonçaient dans le cœur », « lui a déchiqueté la gorge ».  Caractère brutal de cette mort aussi incarnée par le retour soudain à Emmanuel : alors qu’il était uniquement question de Momo on passe à « j’ai vu ». Finalement et à la manière de Momo, le premier paragraphe constitue une « parenthèse » qui rend d’autant plus brutale le récit du meurtre en lui-même et qui renforce son côté inattendu, surprenant.

 

C) Une mort irrémédiable

 

Emmanuel n’a rien pu faire pour empêcher la mort de Momo, comme en témoignent les  adverbes de temps « trop tard » , « il était déjà porté ». A cela s’ajoute le recours au passé composé (« j’ai vu », « a déchiqueté ») et au plus-que-parfait (« était porté ») qui renforcent le caractère irrémédiable du meurtre : Momo est déjà mort et Emmanuel réagit uniquement a posteriori, il est impuissant et ne peut que constater : « le cadavre de son fils » (l.18) « Je pense : Momo est mort » (l.21). La surprise a été telle que le narrateur n’a pas eu le temps de faire quoi que ce soit et occupe ainsi le seul statut de témoin.

 

Donc, ce qui est proprement traumatisant ici, c’est que rien n’annonçait la mort de Momo et que rien ne pouvait être fait pour l’empêcher. Voyons maintenant les choses du point de vue d’Emmanuel : comment vit-il cette mort ? Quels réactions et sentiments cela suscite-t-il en lui ?

 

II/ Les réactions et sentiments d’Emmanuel : un double traumatisme

 

a)      Un sentiment de culpabilité

 

Il est intéressant de noter que lorsqu’Emmanuel évoque pour la première fois la mort de Momo, il met d’emblée en évidence son impuissance et son manque de réactivité, comme s’il se sentait coupable. En témoigne notamment l’anaphore : « J’ai vu une demi-seconde trop tard », « J’ai vu un quart de seconde trop tard » (l.10-11) Notons également que l’insistance sur un laps de temps infime renforce l’idée que tout aurait pu être évité, que tout s’est joué à peu de choses. On peut aussi citer le passé composé l.12 « j’ai cru » qui signale bien qu’Emmanuel se place dans la position du fautif, de celui qui a fait une terrible erreur. Cette culpabilité est également perceptible dans la réaction même du personnage qui se met alors à tirer au hasard dans la masse des pillards : « j’avance et je tire » (l.22).

 

b)      Le déni de la mort de Momo

 

Autre preuve du traumatisme d’Emmanuel, son déni de la mort de Momo. A partir du moment où le narrateur comprend que tout est fini, il semble cesser de penser, il se contente d’agir comme un robot, qui perçoit le monde qui l’entoure mais ne ressent rien. Pour le prouver, citez notamment le champ lexical de l’automatisme : « un automate » + rythme binaire « mécaniquement, méthodiquement ». On remarque aussi des expressions signifiantes comme « mon esprit est un blanc total » (l.22) et « Je ne ressens rien » (l.23) : notez le caractère hyperbolique des expressions avec l’adjectif « total » ou le pronom « rien ».  On note l’idée d’une perte de repères, Emmanuel perçoit le monde qui l’entoure sans vraiment le comprendre.

 

c)       Le déni du meurtre qu’il commet

 

Derrière le traumatisme de la mort de Momo se cache, en filigrane, un autre traumatisme pour Emmanuel : le meurtre des pillards que lui et ses compagnons commettent. Acte de vengeance, cette exécution ne l’est qu’à moitié dans la mesure où le narrateur, avant même que Momo se fasse tuer, comprend qu’il sera obligé de les éliminer. C’est ainsi qu’en sous main, le récit de la mort de Momo est aussi le récit de celle de ses ennemis. Divers procédés d’écriture trahissent le choc que constitue leur mort. On note d’abord l’emploi absolu du verbe transitif « tirer », et ce à plusieurs reprises : « je tire » (l.19), « nous tirons » (l.21), « je tire » (l.23) et « nous tirons toujours » (l27). Le narrateur ne précise jamais sur qui il tire, comme s’il ne voulait pas voir l’évidence : il tue des êtres humains. A cela s’ajoute la dénomination vague, ou du moins allusive, de ces pillards : « l’homme » (l.11), « son adversaire » (l.14), « le tas » (l.21) ou encore « plus rien ne bouge » (l.27). Soit Emmanuel envisage ces individus en tant qu’ils sont les ennemis de Momo (comme s’il cherchait à se dédouaner) soit il ne les nomme pas, se contentant du pronom indéfini « rien » ou du groupe nominal « le tas », qui tend à faire du groupe une masse informe et inhumaine. Enfin, on remarque la répétition massive des mêmes expressions : « j’avance », « je tire en avançant », « avançant », « nous tirons », « j’avance et je tire », « avancer », « nous avançons ». Emmanuel ici se concentre uniquement sur ses actes, comme s’il était obsédé par ce qu’il fait ou comme si cette répétition des gestes l’empêchait d’envisager – du moins à court terme – la conséquence de ses actes : la mort.

 

Pour conclure cette sous-partie, relevez l’expression « Ils tombent en même temps » (l.16) qui est tout à fait révélatrice du double traumatisme : la mort de Momo et la mort du meurtrier de Momo, dont Emmanuel est justement à l’origine (d’où le traumatisme) : « quand ma balle a frappé son adversaire ».

 

Pistes pour une conclusion 

–          Un bilan : on a vu que ce court extrait témoigne du traumatisme du narrateur. Ce traumatisme est lié d’une part au caractère soudain et inévitable de la mort de Momo et, d’autre part, à l’exécution des pillards. De nombreux procédés d’écriture permettent de rendre compte de ce choc pour le narrateur, à travers le regard duquel on perçoit la réalité.

–          Une ouverture : vous pouvez ouvrir – et c’est conseillé – sur la suite du roman : Emmanuel devra affronter d’autres crimes, devra se « salir les mains » (notez la référence à la pièce de Sartre !) pour faire en sorte que ses compagnons survivent.

 

 

 

 

 

 

 

 

 



maillol

Introduction

Depuis l’éclatement de la bombe, la perspective de pouvoir procréer de nouveau, de pouvoir faire triompher la vie dans ce monde où règne la mort, est anéantie. Pourtant, tout change lorsqu’Emmanuel découvre que le Cercle n’est pas le seul groupe qui a survécu : Jacquet, un jeune homme un peu simple, vit avec La Flavine et surtout Miette, dont Emmanuel brosse ici le portrait physique. Quelle image de Miette transparaît dans cet extrait ? C’est la question à laquelle nous allons tenter de répondre en montrant qu’Emmanuel, grâce à sa description, perçoit la jeune femme comme source d’espoir auquel il ne croyait plus. Dans une première partie, nous étudierons la « rusticité » hautement symbolique de Miette puis nous verrons qu’elle incarne la Femme salutaire, quasi divine. Enfin, nous nous attarderons sur la réaction d’Emmanuel face à cette « apparition » si inattendue.

 

1/ La « rusticité » de Miette : symbole de force et de vie

 

a)      Force et vigueur de Miette

–          Force de l’âge : « Vingt ans, peut-être »

–          Force physique : Miette n’est pas une femme frêle, au contraire, tout chez elle est massif, développé, charnu. Sa chevelure est « luxuriante », elle est grande « elle a bien dix centimètres de plus ». Notez aussi la présence du champ lexical de la puissance : « large », « fort », « puissant », « bombé », « musclée », « sculptées », « fortes », « larges ». Notez enfin l’expression « tirer sa force », tout à fait révélatrice.

–          Force de la Nature : Miette n’est pas « une fille de la ville », bien au contraire, elle incarne le naturel par excellence, elle a « les pieds nus », porte des vêtements qui ne la mettent pas en valeur et semble en contact direct avec la Nature, comme en témoigne les expressions : « chez elle aile-de-corbeau » (le tout renforcé par l’homophonie elle/aile), « sa rusticité », « encore humide du tour où on l’avait façonnée » (ici l’expression signale que Miette est naturelle, comme si elle venait de naître, comme si rien d’artificiel ne l’avait encore touchée), « elle prend appui sur le sol », « animal humain ».

 

b)      Beauté de Miette

C’est de cette force et de ce naturel que Miette tire sa beauté si étonnante, les termes sont d’ailleurs élogieux « chevelure luxuriante », « sein haut », « épaules […] bien découpées », « hanche ronde », « magnifique ». Ce qui est intéressant ici, c’est que c’est précisément parce qu’elle n’est pas frêle, parce qu’elle a une rusticité naturelle que Miette est belle. D’ailleurs, la référence à Maillol signale bien l’esthétisme de la jeune femme.

 

c)       Miette, symbole de la vie

Le caractère rustique de Miette, sa force, sa beauté brute sont hautement symboliques de la vie. Dans le monde d’Emmanuel, où il faut sans cesse lutter pour sa survie, s’inquiéter pour la nourriture, Miette incarne la force et la santé physique. Notez d’ailleurs qu’elle s’oppose complètement à La Menou dont Emmanuel dit que le postérieur est à peine plus gros qu’un poing et qui est très vieille. Une expression est révélatrice de ce symbolisme : « comme un bouclier » (l.9) : Miette est le symbole même de la force. Métaphoriquement, elle sera le bouclier qui permettra au Cercle de lutter contre le désespoir.

 

Alors que Miette est perçue par Emmanuel comme une fille de la campagne, simplement belle (au sens fort de l’expression), elle apparaît aussi et presque de façon contradictoire comme une figure divinisée, symbole de la féminité.

 

2/ Miette, « future mère des hommes » : une incarnation de l’espoir et du renouveau de l’humanité

 

a)      Miette, l’Eve d’une ère nouvelle

Emmanuel voit en Miette celle grâce à qui la vie est de nouveau possible. Miette est solide et en âge de se reproduire. Attention, ne voyez pas là-dedans une réaction misogyne de la part d’Emmanuel. Tout au contraire, ce qu’il admire aussi chez Miette c’est qu’elle est une femme et qu’elle seule à le pouvoir de donner la vie. Miette en ce sens, est le symbole du renouveau possible, de la victoire de la vie sur la mort. Elle est ainsi associée à Eve, première femme selon la Genèse de l’Ancien Testament : « une Eve encore humide » (l.20) + périphrase finale « future mère des hommes » (l.31) L’emploi de l’adjectif « future » témoigne de l’espoir qu’Emmanuel place en Miette.

 

 

b)      Miette, une divinité ?

–          Références à la Genèse/ Ancien Testament

–          Caractère très divin de Miette, sorte de Vierge : « Miette répand lumière et chaleur » (l.25). Pouvoirs : « elle prend appui sur le sol dont elle a l’air de tirer sa force » (l.30)

 

Ainsi, dans la première partie, nous avons vu que Miette est décrite en tant que femme et que son physique est synonyme de vigueur, de force. Dans la seconde partie, nous avons vu que Miette est décrite en tant que mère et cela paraît tellement nouveau aux yeux d’Emmanuel qu’elle est associée à une sorte de divinité.

 

3/ La réaction d’Emmanuel à la découverte de Miette

 

a)      Admiration hyperbolique 

La réaction d’Emmanuel est à la hauteur de sa surprise, de sa joie et de l’espoir qui naît en lui au moment où il aperçoit Miette pour la première fois. Il est comme en pamoison devant la jeune femme : « J’aurais cent yeux, je n’en aurais pas encore assez pour la voir », « j’admire tout », « dévorant Miette des yeux », « on ne peut pas être plus pétrifié d’admiration ni plus béant de tendresse que je ne suis ». Notez bien dans ces expressions le recours à l’hyperbole, aux adverbes d’intensité (« tout »), etc.

 

b)      Conséquences physiques

Emmanuel est tellement troublé que son corps lui-même ne répond plus. Il tremble « mes mains tremblent de plus belle » (l.15), il est « privé de voix » (l.19) (notez d’ailleurs qu’ici le mutisme d’Emmanuel fonctionne comme une annonce subtile de celui de Miette, qui est muette). Il est « pétrifié ». Il est même obligé de se soutenir, comme s’il était prêt de vaciller : « contre son rebord je m’accote de la poitrine et des épaules, la joue contre le canon de mon fusil » (l.18). Tout cela contraste avec la posture de Miette, bien ancrée dans le sol.

 

Pistes pour une conclusion : ce qui est intéressant dans ce passage c’est que le portrait de Miette signale qu’Emmanuel la perçoit comme un véritable espoir pour lui et son groupe : en tant que femme, Miette incarne la maternité et ainsi le renouveau de l’espère. Mais elle est aussi une force de la nature, belle et solide et symbolise ainsi la vigueur, la puissance, dans un monde jusqu’alors constamment associé à la faiblesse et à la mort. Vous pouvez ouvrir en évoquant la suite de l’œuvre et le rôle que Miette jouera effectivement dans le roman.



Voici la liste des textes susceptibles de tomber à l’oral du bac dans le cadre de la lecture analytique. Je les ai classés par objet d’étude.

 

Ecriture poétique et quête de sens du Moyen-âge à  nos jours:

–          « Nouveau venu qui cherches », Les Antiquités de Rome, Du Bellay

–          « Paris », Poèmes divers, Verlaine

–          « Zone » (v. 1 à 24), Alcools, Apollinaire

–          « Toulouse », Nougaro

–          « Sed non satiata », Les Fleurs du mal, Baudelaire

–          « Le Serpent qui danse », Les Fleurs du mal, Baudelaire

–          « Le Flambeau vivant », Les Fleurs du mal, Baudelaire

La question de l’Homme dans l’argumentation du XVII ème à nos jours:

–          « De l’esclavage des nègres », De l’esprit des lois, Montesquieu

–          Extrait de Cahier d’un retour au pays natal, Césaire («  Et ce pays cria […] craniomètre »)

–          Extrait de L’Espèce humaine, Robert Antelme («  Nous sommes au point de ressembler […] ne peut pas le changer en autre chose »)

Théâtre et représentation du XVII ème à nos jours:

–          La tirade du nez, Cyrano de Bergerac, Rostand, Acte I, scène 4

–          La scène du balcon, Cyrano de Bergerac, Rostand, Acte III, scène 10

–          La révélation à Roxane, Cyrano de Bergerac, Rostand, Acte V, scène 5

–          Les Mains sales, extrait du Troisième tableau, Sartre : l’amour est un jeu.

–          Roberto Zucco, extrait du Dixième tableau, Koltès : la prise d’otage

Le personnage de roman du XVII ème à nos jours: 

–          La mort de Germain

–          La découverte de Miette

–          La mort de Momo

–          La veillée d’armes

-> Il y a 19 textes au total.



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Lecture analytique : « la mort de Germain » (p : 93-94) dans votre édition.

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Problématique : dans quelle mesure la mort de Germain est-elle le symbole du désastre qui vient de se produire et de ses conséquences à venir ?

 

Introduction

La bombe qui va ravager l’intégralité – ou presque – de l’espèce humaine vient d’exploser et les personnages présents dans la cave n’ont alors pas pleinement conscience de ce qui vient de se produire, trop occupés qu’ils sont  survivre eux-mêmes et à se remettre de l’insoutenable chaleur qui vient de les irradier. C’est alors que, venu du dehors, tel le messager d’un monde désormais perdu, Germain fait son apparition. L’extrait soumis à notre étude constitue la description d’un moment qui, en réalité, doit durer une poignée de secondes : l’ancien ouvrier d’Emmanuel entre, le corps complètement calciné, et tombe, mort. Pourtant, le narrateur accorde à cet événement une importance toute particulière. Ne serait-ce pas parce que Germain est le symbole du désastre qui vient d’advenir ? C’est ce que nous allons tenter de montrer en tentant notamment de réfléchir à la portée symbolique de cette mort.

 

1/ La mort de Germain : le comble de l’horreur

 

Dans cette partie, il s’agit de voir que l’abomination que constitue la mort de Germain peut être entendue comme le symbole du désastre qui s’est produit : l’explosion de la bombe.

a)      Un corps mutilé : dans le premier paragraphe, Emmanuel s’attache surtout à décrire les dégâts subis par le corps de Germain, comme le prouvent les termes « rouge et boursouflé », « lambeaux de chair sanguinolente », « ses cheveux et ses sourcils ont disparu ». Notez également le recours à la comparaison et à la métaphore, comme s’il était proprement impossible de décrire ce qu’est devenu Germain sans passer par l’analogie : « bien que son visage ne soit plus qu’une plaie saignante » (l.9) ou «  [comme] si on venait de le maintenir plusieurs minutes dans l’eau bouillante » (l.4). La vision du corps mutilé conduit Emmanuel au comble de l’horreur : « me paraît horrible », « me glace de terreur » (l.5) Notez par ailleurs que le récit de la mort de Germain est raconté au présent de narration, comme si la scène avait été un tel traumatisme pour Emmanuel qu’il la revit à mesure qu’il la raconte.

 

b)      L’insoutenable chaleur : Germain, on le comprend, est mort littéralement carbonisé par ce qui ne peut être qu’une bombe. Son entrée à l’intérieur de la cave (lieu miraculeusement épargné) permet de symboliser, d’incarner même, ce qui vient de se passer à l’extérieur et permet d’expliquer en même temps l’intense augmentation de la chaleur ressentie par les rescapés : « boursouflé », « eau bouillante », « courant d’air si brûlant », « je ruisselle de sueur », « les coudes et les genoux brûlés ». Ces diverses expressions renvoient pour une partie à Germain et, pour l’autre, à Emmanuel et à l’atmosphère dans la cave. Germain brûlé, ouvrant la porte et accentuant ainsi la chaleur venue du dehors, constitue un lien entre la cave et l’extérieur, entre le monde des morts et celui des vivants. Notez pour finir l’expression métaphorique « me glace de terreur » qui crée un fort contraste avec la chaleur ambiante et qui rend très bien compte du traumatisme que constitue la découverte de Germain pour Emmanuel

 

 

Ainsi, le corps calciné de Germain et l’étouffante chaleur (on monte, rappelez-vous, à 70%) constituent les stigmates, les signes, du désastre. Germain, comme revenu des flammes de l’enfer, est annonciateur de l’hécatombe.

 

2/ L’impuissance des deux personnages

 

a)      Germain : Germain, lorsqu’il pénètre dans la cave, n’est pas encore mort. Il y a fort à parier qu’il n’a rien compris de ce qu’il vient d’arriver, tant la chose a été brutale. Sans doute ne sait-il même plus qui il est et ce qu’il fait. Son corps, lui aussi, l’a lâché, il ne le maîtrise plus : il « oscille » (l.1), il a le regard fixe puis il « s’affaisse », « roule » et « reste allongé » (l.14). Emmanuel prend la peine d’expliciter l’évidence en précisant « sans mouvement », comme s’il cherchait à accentuer le caractère irrémédiable de cette mort.

 

b)      Emmanuel : à sa façon, Emmanuel lui aussi est impuissant. Il l’est même doublement. D’abord parce que l’explosion de la bombe lui a ôté toutes ses forces : « je ruisselle », « je halète », « je suis prostré ». D’autre part, parce qu’il sait que tout est joué d’avance, que Germain est déjà presque mort en arrivant, et qu’il n’y a rien qu’il puisse faire si ce n’est être le témoin de l’agonie finale. Il dit d’ailleurs « bien que son visage ne soit plus qu’une plaie ». Ici, l’emploi de l’adverbe « plus » signale que rien ne pourra modifier les faits, les blessures de Germain sont telles qu’il est devenu… une blessure humaine. C’est ainsi qu’Emmanuel apparaît, jusqu’à ce que Germain meurt du moins, désespérément passif : « je le regarde » (l.1), « je dis : Germain ! » (l.11-12).

 

Ici, l’impuissance des deux personnages est bien évidemment hautement symbolique. L’impuissance de Germain = impuissance des individus (et ils sont si nombreux…) qui n’ont rien pu faire quand la bombe a explosé, si ce n’est mourir dans d’atroces souffrances, sans rien comprendre de ce qi leur arrive. L’impuissance d’Emmanuel = impuissance des rescapés, qui ne pourront sauver qui que ce soit, et qui devront subir les conséquences de la bombe.

 

3/ La disparition de l’humanité

 

a)      Germain, l’annonciateur : Germain mort annonce malgré lui la mort de l’espèce humaine. Ce qu’Emmanuel comprend grâce à son ancien ouvrier, c’est que le reste des individus présents à la surface de la Terre ont subi le même sort que Germain. Cette prise de conscience se fait par paliers : « Je le sais déjà. Il est mort. » (prise de conscience de la mort de Germain) puis « je comprends pour la première fois, en une illumination soudaine, que […] homme, bête ou plante a été consumé. »

 

b)      La perte de ce qui caractérise l’être humain : il est intéressant de noter que dans cet extrait, les deux personnages sont en partie privés des attributs humains. C’est le cas notamment de Germain qui est « nu », renvoyant ainsi à un passé lointain de l’espèce humaine, tandis qu’Emmanuel se déplace « en rampant ou à quatre pattes ». On peut peut-être interpréter cela comme la représentation métaphorique de la disparition de l’espèce humaine dans sa large majorité.

 

 

c)       La solitude d’Emmanuel (métaphorique de la solitude qu’aurons a subir Emmanuel et le peu de survivants) : Emmanuel est le principal narrateur de l’histoire, il est donc tout à fait normal que la mort de Germain soit perçue à travers ses yeux. Ce qui l’est moins, c’est qu’Emmanuel ne fasse pas mention dans ce passage de ses autres compagnons survivants, eux aussi dans la cave et qui, eux aussi, voient entrer en mourir Germain. Tout se passe comme si Emmanuel était le seul témoin du drame.

 

 

 



Pour l’instant, je n’ai malheureusement pas le temps de retravailler avec vous la dissertation.

Pour ceux qui souhaiteraient s’entraîner, je vous propose le sujet suivant:

 

 » L’ ART SERT-IL A QUELQUE CHOSE?  » 

Ceux qui veulent proposer des pistes, des idées, une intro, un plan détaillé voire une dissertation complète (après tout, pourquoi pas!) peuvent s’entraîner.

Afin que je ne me perde pas dans un trop plein de paperasse, nous communiquerons par mail.

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Au bac,vous avez environ 3h à passer sur le commentaire composé (2h30 minimum). Pour ceux qui sont mal à l’aise avec l’exercice, voici quelques petits conseils qui peuvent vous aider.

1. Vous lisez le texte plusieurs fois.

2. Vous résumez le texte avec vos propres mots sur votre brouillon. Cette étape est loin d’être anodine car reformuler, c’est s’emparer du texte, le faire sien. Cela constitue aussi un gain de temps pour l’étape 2 de l’introduction : la présentation du texte.

3. Posez-vous la question suivante: qu’est-ce que l’auteur a voulu me faire ressentir? En fait ici, il s’agit de vous faire repérer ce qu’on appelle « le registre » (ou « la tonalité ») d’un texte. (Cf. un article antérieur consacré aux registres littéraires). 

Par exemple, si vous vous dites « l’auteur a voulu me rendre triste, me faire éprouver de la pitié » on est dans le registre pathétique, si l’auteur a voulu vous faire rire ou sourire, on est dans le registre comique, s’il a voulu faire partager ses émotions, son mal-être, on est sans doute dans le registre lyrique, etc. La question est une excellente façon d’entrer dans un texte et elle peut vous permettre même, dans certains cas, d’élaborer un plan. Je vous donne un exemple: si vous lisez un texte qui fait rire mais qui invite aussi le lecteur à réfléchir, qui a une portée dénonciatrice, vous pouvez a priori vous servir de cela pour faire un  plan en deux parties. En effet, et c’est là que c’est intéressant, la question « qu’est-ce que je ressens » en amène nécessairement une autre, toute aussi essentielle dans le cadre du commentaire composé  :  » Comment l’auteur me fait-il ressentir cela? », « Quels sont ses outils? ». Dès lors, vous vous interrogez sur les procédés d’écriture.

3 bis. Parfois ( mais c’est rare) vous peinez ou vous ne pouvez répondre à la question « qu’est-ce que l’auteur a voulu me faire ressentir? ». Dans ce cas, pas de panique, on passe à une autre question :  » Qu’est-ce qui me semble important dans ce texte? ». Cette interrogation est très large mais c’est le but. Il peut s’agir d’un procédé d’écriture, d’une idée principale, d’un thème récurrent, d’un registre omniprésent, etc. Cette question, comme la précédente, en amène une autre  » A quoi je vois que cela est important? ». De nouveau, cela vous conduit à analyser les procédés d’écriture à l’oeuvre dans l’extrait.

4. Au brouillon toujours, vous passez à l’étape délicate, celle du plan. Quelques règles de base à conserver toujours en mémoire:

– le plan du commentaire n’a pas pour but de tout dire du texte (ce serait impossible) mais seulement de répondre à la problématique que vous avez vous-même posée! 

– l’ordre des parties n’est pas le fruit du hasard: vous devez PROGRESSER. Vous allez ainsi du plus évident au plus compliqué, du plus voyant au plus subtil.

– Le plan, c’est pour le brouillon. Les titres ne sont JAMAIS APPARENTS dans votre copie finale. 

– Une fois que vous avez une idée de plan, ne partez pas comme des foufous dans la rédaction. Dites-vous: « Est-ce que le plan que j’ai l’idée de faire répond à la question que j’ai posée? ». Si oui, c’est bien. Si non, il faut le réarranger pour qu’il réponde à la question ou il faut reprendre votre problématique, qui est peut-être trop restreinte ou trop complexe.

5. Au brouillon, vous rédigez intégralement votre introduction. N’oubliez pas qu’elle se compose IMPERATIVEMENT de 4 ETAPES qui doivent être présentes DANS L’ORDRE. Si vous commencez votre introduction par « ce texte parle de machin truc » vous allez profondément agacer le correcteur. Vous ne devez pas commencer comme cela, vous devez INTRODUIRE LE TEXTE. s Pour le reste, vous ne pouvez pas « brouillonner » le devoir complet avant de le recopier. D’une part cela vous prend trop de temps et d’autre part, cela vous dessert beaucoup. Il faut avoir un brouillon du plan détaillé et écrire à partir de ça. Cela vous permet de prendre le temps de réfléchir avant d’écrire. Par exemple, si vous avez du mal à exprimer une idée, vous prenez votre brouillon et vous essayer de trouver la meilleure façon de la formuler. Une fois que c’est fait, vous l’écrivez.

6. Comment éviter la paraphrase?

La paraphrase, c’est le fait de répéter avec vos mots à vous (voire avec ceux du texte) ce que dit le texte. Je vous donne un exemple clair. Si le texte dit  » Tu marches sur des morts, Beauté » et que vous dites  » Baudelaire dit que la Beauté marche sur des morts » ou « Le poète exprime le fait que la Beauté piétine des cadavres » vous faites de la PARAPHRASE. C’est-à-dire que ce que vous dites ne sert pas à grand chose. Par contre, si vous dites: « On voit que Baudelaire, dans son poème, s’adresse à la Beauté comme si elle était une femme » vous entrez dans le champ de l‘ANALYSE. Donc, voici une autre question à toujours se poser, et qui vous évitera bien des problèmes:  » Est-ce que ce que je suis en train d’écrire sert à quelque chose ou le prof aurait pu simplement lire le poème? ».

7. Comment éviter l’anti-commentaire composé? 

En citant le texte, en faisant du texte votre point de départ. Vous ne vous servez pas du texte, vous le servez. Vous êtes comme un géologue dans une grotte, vous éclairez avec votre lampe (votre cerveau) les zones d’ombres de la caverne (le texte). 

8. LE CONSEIL PARFAIT QUE TROP PEU D’ENTRE VOUS SUIVENT.

Apprenez par cœur une petite liste de CONNECTEURS LOGIQUES que vous placerez à l’attaque des sous parties. Vous vous dites sans doute que vos « ensuite » ou vos « d’abord » vous déjà bien l’affaire? Eh bien non. Ils sont  peu élégants et signalent d’emblée au correcteur que vous n’avez pas mis à profit vos nombreuses années de français pour enrichir votre vocabulaire à l’écrit. C’est énervant et désespérant. En voici quelques uns qui sont, je vous l’assure, du meilleur effet:

 » Tout abord, force est de constater que »

 » En outre », « Par ailleurs », « Qui plus est »,  » D’autre part ».

 » Par conséquent »,  » Ainsi », « Il découle de cela que … »

 » Pour conclure », « Ainsi », « En guise de conclusion nous pouvons dire que », « L’on pourrait conclure en disant que… »

J’ajoute à cela quelques expressions qui ne sont pas des connecteurs logiques:

– « en filigrane » = plus subtilement (ex:  » Toutefois, on remarque, en filigrane, une certaine ironie de la part du narrateur »)

– « le texte est saturé de…. » = il y a beaucoup de ça dans le texte (ex: le texte est saturé par le champ lexical de l’amour »).

9. Dernières petites choses.

UN TITRE D’OEUVRE SE SOULIGNE

UN CHAMP LEXICAL NE PREND PAS DE -S

DANS UN TEXTE, CE N’EST PAS L’AUTEUR QUI PARLE MAIS LE NARRATEUR

UN TEXTE NE PARLE PAS (eh oui) donc vous ne dites JAMAIS « le texte parle de ». A moins que votre texte ait une bouche.