Titre : Eduquer à l’information[1] à l’aide des TIC, un passage obligé dans la formation initiale et continue des enseignants au XXI° siècle
Résumé :
Plus de 15 ans après la naissance du Web, le paysage informationnel de notre société s’est totalement transformé et l’on peut aujourd’hui affirmer que la connaissance humaine n’a jamais autant été exposée aux machines et que ce qui nous incombe aujourd’hui c’est de relever le défi de l’économie de la connaissance et de la révolution de l’information.
La mise en ligne de toutes les connaissances du monde ne doit pas dispenser l’élève d’apprendre et les technologies de l’information doivent être au cœur de la réflexion sur l’éducation du XXIe siècle. Dans ce contexte la relation humaine entre l’éducateur et l’enfant demeure encore plus importante puisqu’il s’agit maintenant d’inculquer à l’enfant l’élève en plus du goût de l’effort, le goût de la recherche, de l’analyse vers un savoir réfléchi, ordonné, maîtrisé, une récompense en quelque sorte après un long travail de la pensée.
Du Web au WEB 3
De la bibliothèque ou il fallait se déplacer pour acquérir un savoir que l’on croyait sommable, à l’Internet où chacun cherche à l’aide de mots-clés (Web 1 = bibliothèque mondiale avec ses annuaires et ses moteurs de recherche), nous sommes passés aujourd’hui à la personnalisation et à la production de notre propre information (Web 2 avec ses technologies Push, son partage de fichiers multimédia, l’encyclopédie collaborative en ligne, la géolocalisation, la bureautique en ligne, les wikis et les blogs). Nous nous dirigeons tout droit vers le Web 3.0, espace informationnel émergeant que l’on voudrait sémantique et dans lequel chacun rêverait qu’on lui apporte l’information « juste à temps » pour des besoins tant éducatifs, que professionnels, voire de plus en plus personnels.
Avec le Web 3.0 c’est une nouvelle ère qui apparait, une ère où les machines pourraient commencer à faire des choses apparemment intelligentes. Ce nouveau mode de recherche pourrait ainsi extraire et agréger par exemple, l’information de sites de critiques de ressources pédagogiques, pour donner des informations compréhensibles à l’usager. Ainsi, aujourd’hui, pour avoir une information sur un concept, un sujet, vous devez passer en revue de longues listes de commentaires glanées sur le web. Avec le web 3.0, le système vous classera tous les commentaires et trouvera, par déduction cognitive, le bon site pour votre besoin particulier. Nous n’en sommes pas encore là mais ce qui est certain par contre, c’est que nous allons progressivement déporter une partie des services que nous utilisons sur le web vers notre poste de travail ou vers nos terminaux mobiles. De même, la gestion de notre identité numérique va prendre une place bien plus importante.
Des TIC aux TIC en passant par les SIC
La cohabitation actuelle de ces trois mouvements sur la toile pour des publics variés et de culture numérique toutes aussi diversifiées (arrivée en masse des digital natives) pose cependant encore aujourd’hui avec acuité le souhait d’un mariage de raison entre les Sciences de l’information et les Sciences de l’Education afin que notre société puisse passer des TIC (Technologies des l’Information et de la Communication) aux TIC (Technologies de l’Intelligence et de la Connaissance).
Ce mariage déjà défendu par Jean-Paul Pinte dans sa thèse sur la Veille et la culture informationnelle en éducation (Décembre 2006) soulève aussi le problème de double compétence pour les enseignants du XXI° siècle.
Il ne suffit plus en effet de les former aux TIC (Technologies de l’information et de la communication) mais aussi aux SIC (Sciences de l’information et de la communication) car ils n’y sont pour ainsi dire pas ou peu préparés face à un public d’étudiants pratiquant déjà par ailleurs le partage entre eux d’informations personnelles ou faisant suite au cours en dehors de la classe, mais aussi le partage de ressources d’apprentissage numériques sur Internet.
On assiste d’ailleurs à ce niveau au partage de ressources éducatives en libre accès (REL[2]) entre établissements depuis deux années.
Le désir est aussi plus grand chez eux d’apprendre dans un environnement d’intelligence collective où le maître ne semblerait plus être le seul détenteur du savoir.
“J’ai longtemps soutenu qu’une des différences centrales entre l’époque des PC et l’ère du Web 2.0 est que lorsque l’internet devient plateforme, plutôt que d’obtenir juste une adjonction de PC, vous pouvez établir des applications qui exploitent des effets de réseau, de sorte que plus les gens les emploient, plus elles s’améliorent. J’ai employé l’expression “exploiter l’intelligence collective” pour désigner ce phénomène.[3]« Un programme de formation à l’information à destination des enseignants
Nous le savons pertinemment, les employeurs qui accueilleront les étudiants à l’issue de leurs études attendent de plus en plus des nouveaux venus des capacités en recherche d’information, sans, le plus souvent, prendre les moyens de les former. Qui peut alors le faire si ce n’est l’école ? N’est pas son rôle après tout ?
Il est grand temps que nos institutions éducatives redéfinissent les enjeux d’une culture informationnelle au niveau des enseignements car plus rien ne nous rendra à la situation d’avant le déluge informationnel. Ainsi, il faut éviter que ne s’installent en plus des prothèses cognitives développées à l’aide des TIC par des apprenants en dehors des enseignements de type magistral, de mauvaises habitudes de recherche sur la toile visant encore à accentuer le phénomène si cher à notre éducation de « têtes bien pleines plutôt que des têtes bien faites »[4] !
En ce début de siècle, la maîtrise de l’information par les enseignants doit demeurer au cœur de toute ingénierie éducative[5].
Les nombreuses expériences et travaux (Blogs) menées par Jean-Paul Pinte avec ses étudiants dans le cadre d’un enseignement à la culture et à la veille informationnelle dans plusieurs filières depuis 2002 permettent aujourd’hui d’élaborer les composantes d’une formation à destination des élèves quel que soit le niveau d’étude. L’expérience montre en effet qu’un accompagnement tout au long du processus de recherche aide l’apprenant à se construire, à réactualiser régulièrement sa propre méthode de recherche d’information sur Internet pour passer progressivement d’un statut de débutant à celui de veilleur expert.
Ces travaux montrent aussi qu’accéder aux axes de recherche et aux sources pertinentes d’information n’est pas une chose innée. L’enseignant doit dépasser avec ses élèves le stade de la simple collecte de résultats sur un moteur de recherche tout en évitant par là même, la « googlelisation » de l’information qui voudrait que Google, moteur de recherche, soit l’unique chemin d’accès à la connaissance. Avec mes étudiants, je vais aujourd’hui plonger dans le web abyssal !
A l’heure de la vidéo, du portable, d’Internet, de l’immédiateté de la communication, nos élèves ont besoin de passer au-delà de la simple culture générale. Ils ont davantage besoin de capacités d’analyse, d’esprit critique, de repères. Plus le monde produit de connaissances, plus il produit d’informations, plus il produit de techniques, plus est forte l’exigence de culture pour celui qui veut rester libre. Il est donc question de culture numérique pour ces enseignants d’un genre nouveau qui doivent aussi maîtriser les médias et les lieux d’information pertinente. Tour ceci pour mieux orienter et développer des talents de « hiérarchiseur d’information », d’ « architécaire », voire de « journaliste » chez leurs sujets afin de leur faire créer et produire de nouveaux savoirs.
Sur tous ces constats et sur les bases du scénario de recherche ci-dessous extrait du cours donné aux enseignants en 2006-2007, Jean-Paul Pinte dresse le bilan des résultats d’une expérience riche en conclusions auprès de presque 80 enseignants des universités où il enseigne.
Mots-clés : Information, culture informationnelle, éducation à l’information, formation à l’information, veille informationnelle, gestion de la connaissance, TIC, SIC, création de savoirs, apprenance.
[1] Bibliographie de l’INRP sur le mot-clé « éducation à l’information » : http://wikindx.inrp.fr.
[2] REL (Les ressources éducatives en libre accès, Programme OCDE, juillet 2007, www.oecd;org/edu/oer)
[3] Réflexion de Tim O’Reilly lors d’une conférence sur le Web 2.0 à San Francisco – Différence entre le “contenu généré par les utilisateurs” (User Generated Content, UGC) et les façons d’exploiter l’”intelligence collective” (Harnessing Collective Intelligence, HCI).
[4] www.coursie.fr/Doc/FRIONObservations.pdf
[5] SCEREN, CNDP, « La maîtrise de l’information », Les dossiers de l’ingénierie éducative n° 57, Avril 2007