La gestion des savoirs se limiterait-elle à une clé USB ?

14 02 2007

 Dans son discours du 13 février 2007 *  Le Ministre de l’Education Nationale, de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche évoque la remise des première clés USB comme “boîte à outils numérique”.

Dans ce cadre il positionne l’Éducation nationale dans le virage des nouvelles technologies comme outils performants autant pour les pour les élèves que  pour les professeurs et la société toute entière.

Comme je le précisais dans un billet précédent, les TIC ne viennent en aucun cas se substituer au rôle de l’enseignant mais bien lui donner un nouveau rôle plus intéressant, plus valorisant dans la société des savoirs que l’on voudrait “partagés”.

Le Ministre évoque aussi l’”information abondante, foisonnante”, ce que j’appelle l’infobésité voir le déluge informationnel comme un contexte dans lequel nos enseignants devront se resituer pour accompagner leurs élèves.

Il y ambiguîté dans le discours lorsque l’on évoque la maîtrise des TIC et l’aide à l’apprennant pour s’y retrouver , exercer son esprit critique autour de savoirs à la pelle aujourd’hui.

En effet, on confond encore une fois ici les outils avec la maîtrise de la recherche d’information par exemple qui repose bien avant l’arrivée des TIC  sur la faculté à savoir discerner le grain de l’ivraie, à adopter une méthode de recherche, à savoir la synthétiser …

Avant d’évoquer comme Le Ministre la vocation de “passeurs éclairés du savoir” à l’heure de la société de l’information, il convient en effet de mesurer la formation nécessaire pour passer ce cap de la compétence informationnelle peu ou pas pratiquée  par le public enseignant par manque de temps et sûrement de moyens.

Même si la distribution de quelques 8000 clés USB à titre d’expérience sera effectuée à destination de nouveaux enseignants, je ne pense pas qu’il s’agisse là d’un moyen pour les aider à gérer les savoirs, à les organiser et surtout à les partager.

Seuls les enseignants passionnés comprendront ce que je veux dire par là , en effet notre enseignement a longtemps été basé sur un système unidirectionnel abreuvant nos élèves de savoir n’ayant pour but principal le plus souvent que d’évaluer.  Les prés carrés longtemps demeurés des freins à nos enseignement doivent laisser place à des espaces collaboratifs tels que les WIKIS. Aujourd’hui les initiatives à ce niveau restent un peu trop dans l’ombre et il est heureux que des espaces comme le Web pédagogique puisse apporter une bouffée d’air !

Pour revenir à la clé USB comme outil de gestion des savoirs, je dirais que l’avènement de cet outil de 18 euros dans notre système éducatif correspond plus à une secousse imposée par le Ministère en termes de TIC. Les domaines sélectionnés pour le galop d’essai (histoire, géographie, sciences) sont en effet riches d’informations sur le net. Il s’agit là certe d’une avancée, d’un levier … mais nos futurs enseignants ont ils été formés au partage de l’information ? je ne le crois pas …. Aussi ne va t-on pas assistere encore à la création d’environnements personnels où chacun viendra grapiller selon ses besoins des informations déposées par une ou des instances qui devraient avant tout mettre en avant des espaces de travail ou bureaux virtuels d’enseignants à destination d’élèves, pas forcément leurs propres élèves !

Les travaux menés avec mes étudiants en sciences de l’éducation et dans plusieurs autres masters à dominanté économique et culturelle n’ont pas attendu la clé USB pour se développer. L’outil est en effet plus vu comme un lieu de stockage lorsque l’enseignant n’a ou n’avait pas de plateforme numérique où déposer des ressources. Les étudiants faisaient alors déjà la queue dernière mon portable en fin de cours pour récupérer un document présenté comme pertinent dans le cadre de mon enseignement.  La clé USB a été utilisée en partage uniquement pour se copier des travaux de l’un à l’autre mais peu d’échanges sur la création de nouveaux savoirs par exemple. 

Notons enfin que dans le cadre du colloque de la Conférence des directeurs d’IUFM (CDIUFM)
:

“Qu’est-ce qu’une formation professionnelle universitaire des enseignants ?  Enjeux et pratiques” organisée du 2 au 4 mai 2007 à Arras (IUFM du Pas De Calais) ma communication dont vous trouverez un extrait ci-dessous n’a pas été retenue car ne rentrant pas dans le cadre du thème de la formation professionnelle universitaire des enseignants !!!  Un comble à l’heure où le Ministre souhaite accélérer et faire évoluer notre enseignement avec de nouvelles pratiques en intégrant la formation des maîtres dans l’université ?Cette communication  s’apprêtait en effet à faire le point d’applications concrètes et pratiques menées avec des enseignants et des apprenants sur 3 années. La présentation allait même jusqu’à proposer des pistes intéressantes pour les enseignants dés le primaire !!!

Un bel exemple du travail qu’il reste encore à accomplir en France pour déscléroser un système éducatif en constant décalage trop axé sur des sciences de l’éducation n’ayant pas intégré la dimension sciences de l’information.

Heureusement pour l’avenir de notre enseignement, j’aurais le plaisir de présenter mes travaux et avancées dans ce domaine à Montréal lors du congrés international de l’AIPU du 16 au 18 mai 2007  (http://aipu2007.umontreal.ca/) entôt et de faire part du retard (d’un train) à chaque fois du système éducatif français. En effet, outre manche on introduit déjà aujourd’hui cette compétence informationnelle comme un cap que l’apprenant doit passer pour accéder aux études supérieures par exemple.

Extrait de la proposition de communication refusée : Le Haut Conseil de l’Education (HCE) est en voie de réforme de la formation des futurs enseignants et préconise de raisonner désormais en termes de compétences professionnelles Dans les recommandations formulées, aucune place ne semble encore être aujourd’hui accordée à la compétence « culture informationnelle » et pourtant l’infopauvre de demain sera celui qui ne saura pas trouver l’information utile et pertinente dans la masse informationnelle que représente le réseau Internet. Cette communication apporte quelques pistes et solutions  dans ce domaine. …/…

(*) http://www.education.gouv.fr/cid4554/remise-des-premieres-cles-u.s.b.-boite-a-outils-numerique.html


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