Quel est le rôle de l’enseignant et du gestionnaire d’un réseau social dédié à l’apprentissage d’une langue étrangère (ici le Français Langue Etrangère) ?
Comment l’enseignant doit-il favoriser et accompagner l’émergence d’écrits spontanés ?
Pour une présentation générale du réseau – voir ici.
Les nouvelles tâches de l’enseignant pour l’utilisation d’un réseau social:
Déjà en 2005, François Guité définissait bien les rôles de l’enseignant bloggeur dans les carnets Opposum (voir image) : organiser l’implantation du blog, sensibiliser les étudiants, coordonner l’activité, accompagner les étudiants dans l’écriture spécifique aux blogs, et superviser son utilisation.
Dans le projet Mumbaikar in French, je reprends ces points en les complétant par l’expérience:
Proposer une nouvelle forme d’accompagnement pédagogique :
Toute l’équipe enseignante est présente sur le réseau en tant que membres. Chaque enseignant a son groupe-classe. Le réseau suit l’organisation des groupes présentiels.
Le directeur pédagogique et trois enseignants gèrent l’animation générale du site. Ce dernier groupe a, de plus, également créé un avatar AFGuide dont l’identifiant est partagé par plusieurs enseignants qui viennent proposer un tutorat correctif. AFguide : Je suis le guide francophone qui vient vous aider pour écrire vos textes.
Accueillir – socialiser les membres de la communauté
Il s’agit d’accueillir par un mot de bienvenue les nouveaux inscrits, de leur faire connaître la charte d’utilisation, de répondre aux questions techniques et d’adopter une attitude de bienveillance en ligne.
Nous reverrons que cette attitude d’accompagnement à l’apprentissage est capitale.
Du côté étudiant, cette première étape joue un rôle important pour leur socialisation en ligne complémentaire des rapports réels en classe. Mais il ne s’agit pas de rester à cette étape.
Catalyser l’écriture – Faire émerger l’écrit d’une façon informelle
Le rôle des enseignants m’apparaît être proche de celui d’une « enzyme » qui catalyse les participations des étudiants. Toutes les contributions ne se génèrent pas en effet de façon spontanée. Il faut des sollicitations, des projets, des tâches qui dépassent la simple inscription au site.
Désinhiber
Les enseignants doivent désinhiber et encourager l’acte d’écriture et, de surcroît, en langue étrangère. Les enquêtes (réalisées par les étudiants Shwetal Randive et Benoit Haslé (Master 2 Grenoble et Master 1 didactique du FLE – mars 2009) sur les usages du site révèlent que ce point est le plus délicat pour les étudiants qui n’osent pas écrire de peur de montrer publiquement leurs erreurs.
Le tutorat correctif joue ici, un très grand rôle.
Fonctionnement du tutorat par vignettes et médiation
Ce dernier fonctionne par un système de vignettes qui (de petites images à insérer dans le texte) utilisées par les enseignants et les étudiants sont de trois sortes : « texte non corrigé », « texte en construction », « texte corrigé en classe ». (Une nouvelle fois, inspiré par les carnets d’Opossum – Mario Asselin)



Ces estampilles résolvent le problème de la publication du texte erroné en rendant visible son statut à l’étudiant rédacteur, à la communauté et à l’internaute visiteur.
En un deuxième temps, l’enseignant insère ses corrections linguistiques dans les commentaires. Le statut de l’erreur ici est bien sûr pris en compte non pour sanctionner mais au contraire pour favoriser la production du prochain texte. Il faut bien évidemment dépénaliser l’erreur et mettre en avant les compétences pragmatiques de communication.
Sur quoi écrire ? Apprentissage formel et informel – ouverture de la classe à la sérendipité
Comme nous l’avions déjà écrit, le réseau supporte un apprentissage formel.
L’approche actionnelle mise en avant dans cette pédagogie de l’écrit s’inscrit dans un environnement numérique de situation authentique de communication. Les textes proviennent le plus souvent d’activités menées en classe mais du fait de leur médiatisation, les interactions avec les autres inscrits de la communauté sont possibles.
Cependant, de fait de son ouverture sur Internet (nous acceptons les francophones natifs ou autres personnes intéressées), il offre de plus un cadre informel propices aux formes d’écriture plus innovantes.
Tâches ouvertes dans un cadre informel : quelques exemples
L’enquête qu’un journaliste de Phosphore a postée en mars 2011 sur le forum du réseau a permis aux étudiants de répondre en français dans un cadre réel de communication. L’activité a émergé par elle-même sans intention des enseignants. C’est par l’annonce sur Twitter de l’activité du réseau que le journaliste est venu poster une enqûete sur l’impact de la série TV américaine Friends sur le public indien.
De même par sérendipité (l’art de solliciter les rencontres fructueuses) et par contacts Twitter entre enseignants, des élèves du collège de Wattrelos (enseignant, Ghislain Dominé) sont venus en janvier poster dans le cadre de leur cours sur la géographie de la ville de Mumbai, des questions sous format vidéo aux étudiants de l’Alliance.
Idem, en octobre 2010, les tandems #indofr qui, à l’instar de ce qui avait été fait en 2010 avec les échanges entre étudiants chinois de l’Université de Lille1 et lycéens de Laurence Juin du lycée Doriole de La Rochelle ont permis aux nouvelles classes de ce même professeur d’échanger avec une classe d’étudiants indiens.
Des échanges gagnant-gagnant entre communauté se mettent en place. Des échanges gagnant-gagnant entre communautés se mettent en place. D’autres projets ont eu lieu et sont en cours avec Mexico et Lille.
Accompagnement Vicariant
Voici l’extrait d’une lecture Michel Monot qui, dans son site sur la Pédagogie de Maîtrise à effet vicariant, présente quelques aspects des travaux de Maurice Reuchlin et Albert Bandura au sujet de l’apprentissage vicariant. Voir le site
Pour BANDURA, l’expérience vicariante, c’est-à-dire, l’opportunité de pouvoir observer un individu similaire à soi-même exécuter une activité donnée, constitue une source d’information importante influençant la perception d’auto-efficacité. Cette expérience vicariante vaut pour les adultes comme pour les enfants, dans le domaine professionnel comme dans le domaine scolaire, voire dans bien d’autres domaines, y compris médical.C’est à dire en observant le comportement des autres et les conséquences qui en résultent pour eux. L’apprentissage vicariant ne dispense certes pas dans tous les cas de l’expérience directe, mais il permet le cas échéant de la faciliter et incite à s’y investir si les conséquences observées sont positives. Le fait de pouvoir apprendre par observation rend en effet les individus capables d’acquérir des comportements ou des savoir-faire sans avoir à les élaborer graduellement par un processus d’essais et d’erreurs affirme BANDURA, qui se démarque ainsi des thèses habituellement béhavioristes des anglo-saxons.
Pour Mumbaikar et Foreigners in Lille, riche de cette conception, comment voyons-nous alors le tutorat et la vicariance développée ?
Le postulat de départ des enquêtes est l’impression que la correction des production des apprenants telle qu’elle est faite sur les réseaux profite moins à celui qui produit qu’au lecteur de la production corrigée.
La correction telle qu’elle est pratiquée sur le site est « directive », c’est-à-dire que le tuteur corrige en barrant et proposant une correction alternative aux erreurs commises par le participant au réseau.
Cette façon de corriger apparait intrusive et pose question (aux enseignants) de son efficacité ?
La correction sur les réseaux sociaux dédiés FLE est satisfaisante pour les participants à l’enquête. Les corrections sont réutilisées par presque tous les participants à l’enquête, et pour le reste des personnes actives sur le site. La correction sert celui qui produit comme celui qui lit.
La correction est efficace telle quelle est pratiquée. Cependant, beaucoup de participants réclament l’introduction d’un code de couleurs pour la rendre plus lisible et pour qu’elle soit plus facilement réutilisable.
Nous parions également que le réseau développe une vicariance et motivation d’écrire qui permet aux apprenants d’acquérir de nouvelles compétences en écriture et compréhension écrite.
A suivre
Merci à @samdrine @mariosasselin @frompennylane @lannoy29 @francoisguite @fmeichel

