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28 Mar
2010

La nouvelle maison


par

Denise St-Jean

« Est-ce matin que nous allons à la nouvelle maison? » questionne Stéphanie à son réveil.

« Eh bien, oui. » répond Maman. « Papa est maintenant revenu de Kingston où il a passé quelques semaines en cours d’été.  Il est temps de quitter la ferme de Mémére et Pépére et d’aller habiter notre nouvelle demeure. Bientôt, tu auras un petit frère ou une petite soeur. Il faut s’installer confortablement, organiser ta chambre, tes jouets et aussi préparer la chambre pour notre nouveau bébé. »

« Oh comme j’ai hâte Maman? »

« Mérére et Pépére viendront-ils avec nous? »

« J’aimerais bien, Stéphanie, mais ils doivent demeurer ici. Pépére et Mémére travaillent encore et ils doivent voir aux besognes de la ferme. Mais, ils vendront visiter lorsque nous serons installés et surtout lorsque le nouveau bébé sera avec nous. »

Stéphanie, qui était toujours demeurée en appartement avec ses parents, sauf pour la période de l’été avant le grand déménagement. Ces semaines, elle les avait passées chez ses grands-parents paternels en campagne, sur une ferme, maintenant non cultivée, qui était la ferme ancestrale de 3 générations.

La petite n’y était pas lorsque ses parents avaient acheté la maison. Elle n’avait pas suivi lorsque ses oncles avaient déménagé les meubles, les jouets et effets personnels à la nouvelle demeure ou lorsque sa tante avait accompagné sa mère pour l’achat des appareils électroménagers et le nouveau mobilier de sa chambre. De très grandes surprises l’attendaient!

Et ce matin était le grand jour!

La maisonnée était chargée de vibrations! Un mélange de sentiments de joie et de peine.  Une nouvelle page de la VIE attendait la petite famille, mais l’attachement qu’avaient développé les grands-parents au cours des semaines passées avec la petite Stéphanie tirait fort aux cordes du coeur de l’enfant et des grands-parents.

La nouvelle étape de la VIE reprendrait à 150 km. Pas très loin, mais une séparation difficile en ce matin.

« Pourquoi Mémére pleure-t-elle? » demande Stéphanie. « Pourquoi Pépére me serre-t-il si fort? »

Mémére embrasse sa fille, lui frotte le ventre et guise de bienvenue au bébé qui naîtra sous peu et dit :

« Partez! Partez! »

Elle se sauve alors dans la maison. Elle doit calmer ses larmes. Le départ de sa première petite fille la laisse peinée. Elle, qui a l’expérience des années sait bien que les précieux moments qu’ils ont vécus ensemble ces dernières semaines ne reviendront plus. Il y aura d’autres beaux moments, mais ceux-ci appartiennent maintenant à l’album des plus beaux souvenirs.

Pépére descend sa casquette sur son front comme pour cacher le soleil. On sait très bien qu’il a les yeux mouillés.

« À bientôt », dit-il. « Appelez si vous avez besoin d’aide.»

On gesticule, on regarde la ferme jusqu’à ce que l’on ne la voit plus, et encore on gesticule.

« By By!»

On roule en silence. Chacun pris par ses émotions. Devant l’école du rang où Maman a fait son école primaire, devant le cimetière, à travers le village où l’on voit l’église qui domine la grande rue, devant le magasin général, le long du lac Nosbonsing, puis la rivière Kaboskong et finalement sur la grande route : la Transcanadienne.

On roule à vitesse maximale, car on a hâte d’arriver. Beaucoup de choses à faire avant que la journée soit terminée.

Bien que l’enfant de deux ans et demi ait fait une bonne nuit, elle s’assoupit en regardant les champs de foin, les troupeaux de vaches et la monotonie du trajet.

Soudain, comme dans un lointain rêve, Stéphanie entend la voix de son père :

« Réveille-toi Nini. On est arrivés!»

Stéphanie ouvre les yeux et prend quelques minutes pour se réveiller.

« Regarde notre nouvelle maison,» lui dit-on.

« Viens, nous allons entrer! »  Et main dans la main, les trois se dirigent vers la porte. Papa fait tourner la serrure avec la clé encore toute neuve. La petite famille entre pour découvrir leur nouvelle demeure.

À première vue, le tout ressemble à une salle de débarras. Les meubles sont placés ci et là, beaucoup de boîtes de déménagement sont à être vidées et les appareils ménages seront livrés le lendemain.  Lorsque Maman est venue avec sa soeur, elles ont aménagé beaucoup de choses, mais le temps était court et il y a encore beaucoup à faire.

Stéphanie semble à l’aise.  Elle examine les meubles, les objets placés ici et là et y reconnait les objets qui l’entouraient lorsqu’elle demeurait en appartement. Mais les deux mois passés chez ses grands-parents lui ont fait quelque peu oublier ce passé. Elle retrouve ses jouets et semble vouloir s’y amuser. Ses parents rassurés de l’état d’esprit de leur trésor passent la maison en revue.

« Où est Stéphanie? » demande Maman.

« Elle était là voilà un instant » répond Papa. « Ne t’inquiète pas, je vais faire le tour des pièces », ajoute-t-il.

Il revient bredouille.

« Allons voir si elle n’est pas retournée à la voiture. »

Les parents sortent de la maison et jettent un regard rapide à la cour arrière. Ils aperçoivent une petite tête dissimulée dans les grandes herbes.

Stéphanie saute, court parmi ce terrain encore à l’état sauvage.  Elle cueille des marguerites et des pissenlits. Elle chante et rit de grand coeur. Quelle joie de la voir si heureuse! Les craintes au sujet de l’adaptation se sont évaporées.  Stéphanie vient de planter ses racines à la nouvelle demeure.

Et cela jusqu’au jour où elle quitte pour l’université.

Cette nouvelle demeure fut le nid de quatre belles filles qui tour à tour ont saisi leurs ailes et ont volés vers de grands espaces et ont accompli de grand rêves.  Et ce premier nid a pris naissance en ce jour d’août 1970.

Prochain souvenir: La trousse!

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