« Performances nordiques et flexicurité : Quelles relations ? »
Revue Problèmes économiques n°2957 – 29 octobre 2008
Liens au programme : Chapitre 3 Travail et Emploi, Les mutations du travail et la croissance économique, la flexibilité est-elle source de croissance ? Qu’est ce que le modèle nordique de flexicurité que la France souhaite copier ?
Résumé de l’article :
Constat : les pays du nord de l’Europe, notamment la Finlande, la Suède et le Danemark connaissent des taux de chômage très bas, bien plus bas que la moyenne européenne (6,9% en 2007) et même en ce qui concerne les chômeurs de longue durée, les femmes et les seniors : Danemark 3,2%, Suède 6,0%, Finlande 6,7%.
Au-delà de ces bons résultats en terme d’emploi, la mesure des inégalités révelent une pauvreté relative parmi les plus faibles d’Europe dans ces pays nordiques.
On attribue souvent ces performances au modèle adopté par ces pays en terme de politique de l’emploi : la flexicurité.
Définition : On peut définir la flexicurité comme un « triangle d’or », flexibilité élevée des contrats de travail + indemnisations généreuses du chômage + politiques de l’emploi très actives.
La flexibilité du marché du travail dans les pays nordiques : Il ne faut pas voir cette flexibilité comme une absence totale de législation en matière de licenciement, l’employeur ne peut pas agir de manière arbitraire ou à sa guise, certaines règles existent. Même si le licenciement est dit libre, les accords collectifs ou les contrats individuels, le travail des syndicats (80% des salariés !), prévoient le plus souvent que le licenciement doit être fondé sur des « motifs raisonnables », les employés licenciés ont droit à un préavis en fonction de leur ancienneté. Au Danemark, les licenciements pour raisons économiques n’imposent aucune autorisation préalable, ce motif est jugé suffisamment raisonnable, pas d’obligation pour l’employeur de chercher à reclasser ses salariés.
Cette flexibilité n’est pas que quantitative et externe : il existe aussi une flexibilité du temps de travail, une flexibilité fonctionnelle et une flexibilité des salaires.
Cette flexibilité est complétée par une forte sécurisation : Il existe dans ces pays, pour compenser une forte flexibilité du marché du travail, un système d’indemnisation chômage très généreux (géré par des caisses de chômage privées, environ 70 à 80% des anciens revenus selon le pays) avec un système de garantie d’activité qui laisse penser aux personnes qu’elles ne seront jamais abandonnées.
Associant également, des politiques d’emploi très actives incitant à retrouver rapidement un emploi et à se former : obligation de chercher activement + mesures d’activation à plein temps (les chômeurs ont des droits mais aussi des devoirs + programme de formation sur plusieurs mois.
Problématique : Cette flexicurité explique-t-elle a elle seule les performances en terme d’emploi des pays nordiques ou Faut-il également prendre en compte les investissements en capital humain réalisés, la R&D, l’innovation comme facteurs explicatifs de ces performances ?
La stratégie d’investissement en capital humain et la qualification : facteurs à ne pas négliger ! Au-delà de cette flexicurité, il semble que le contexte dans lequel se développe cette politique de l’emploi est aussi très important pour expliquer les performances en terme d’emploi. Il faut un contexte qui valorise en permanence la qualification de la main d’œuvre à toutes les étapes du cycle de vie, pour que les salariés et ainsi l’entreprise reste à la pointe des dernières avancées technologiques. Cela suppose un fort investissement de l’Etat dans l’éducation et la formation initiale.
Dans la même optique, les pays nordiques dépensent un % important de leur PIB en dépenses de R&D et d’innovation, pour développer de nouveaux marchés qui offriront de nouveaux emplois à des salariés qualifiés et ainsi de suite … C’est un cercle vertueux.
Conclusion : il ne faut pas croire que les performances en matière d’emploi des pays nordiques sont dues uniquement à la liberté de rupture du contrat de travail. Au-delà de la sécurité associée à cette flexibilité, il faut aussi tenir compte des investissements publics en matière de capital humain et d’innovation, générateurs de grandes externalités positives (Croissance endogène).