On assiste aujourd’hui à une remise en question quasi unanime du PIB. Or, les sociétés ont besoin d’indicateurs pertinents afin d’orienter les décisions collectives. Quels sont les fondements de la critique du PIB ? Quels sont les indicateurs alternatifs proposés aujourd’hui ? C’est à ces deux questions que les 2 articles suivants du numéro 283 de la revue Alternatives économiques s’intéressent.
Article : PIB : le compte n’est pas bon
Le PIB est le fruit de conventions qui reflètent les choix opérés par les sociétés sur ce qui compte et sur la manière de compter. En mesurant la production opérée par du travail rémunéré, le PIB est le miroir de nos sociétés basées sur le travail et la monnaie et prêtes à payer pour des biens et services marchands tout en faisant des choix collectifs permettant de financer certains services publics.
Ainsi, le PIB nous donne de multiples renseignements : production, utilisation et répartition des richesses. Et, en ce sens, il est devenu l’outil indispensable des prévisions économiques ; d’autant que l’unité monétaire rend lisible et synthétique des informations d’une grande complexité (grande diversité des biens et de services produits).
Malgré ces enseignements, le PIB comporte de nombreuses limites, et l’unité monétaire, si pratique soit-elle, pose problème quand arrive la question de la fiabilité de l’information véhiculée par les prix :
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100 euros pour un pauvre représentent davantage que 100 euros pour un riche. Cet état de fait a une incidence sur le bien être collectif (si je distribue 100 euros à un pauvre, cela fera + augmenter le bien être général que si je les distribue à un riche, le PIB ne prend pas en compte cet état de fait)
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de plus, le prix de marché ne reflète pas forcément la valeur réelle des produits car les marchés sont imparfaits
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enfin, que faire des biens et services n’ayant pas de prix, tels les soins prodigués aux proches, les actions citoyennes, la préservation d’un environnement sain … qui ont pourtant une incidence positive sur le bien être des populations ?
Si le PIB reflète bien les préoccupations des années 30, 40 et d’après guerre qui consistaient à accroitre la production dans le contexte d’économies de guerre ou d’économies en reconstruction, il paraît dépassé depuis le début des années 70, période où :
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nous avons pris conscience de la finitude des ressources et de la fragilité des milieux (or le PIB ne tient pas compte du fait que toute production supplémentaire est un prélèvement supplémentaire sur la nature)
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les structures de l’économie, fondamentalement changées par les 30 glorieuses, ne correspondent plus à la vision du PIB : accroissement du rôle de l’Etat (production non marchande sous-estimée dans le PIB), cycle de vie des produits plus rapide …
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nous avons observé que croissance ne rime pas forcément avec progrès social (accroissement des inégalités dans les pays riches)
La crédibilité du PIB est donc mise à mal et cela d’autant plus que la crise actuelle ravive encore les critiques : la croissance américaine, très dynamique avant 2008, portait en elle les ferments de la crise. Croissance du PIB ne rimerait donc pas non plus avec bonne santé économique !
Article : la bataille des indicateurs
Quels indicateurs sont à notre disposition pour supplanter le PIB ? Que mesurer et comment ? Qui décide des nouveaux indicateurs ? Telles sont les questions abordées dans cet article qui classent les alternatives en fonction des acteurs impliqués dans leur production :
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les comptables nationaux : conscients des limites du PIB, ils restent pourtant les « gardiens du temple » de l’indicateur classique. Seule concession : ils proposent des comptes satellites permettant d’évaluer d’autres richesses que la richesse monétaire (santé, éducation, protection sociale …) et l’impact environnemental des activités de chaque pays.
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Les tableaux de bord des organisations internationales (PNUD, commission européenne, OCDE …) : ces organisations ont fait le choix d’indicateurs « phares », plus efficaces en terme de communication avec le grand public (le PNUD a mis au point les « objectifs du millénaire pour le développement », l’Union Européenne, les 155 « indicateurs de développement durable » dont 10 sont particulièrement mis en avant cf.résumé sur blog « mesurer le développement durable »...). Cependant, le choix de ces indicateurs reste discutable (et discuté), tout comme la mise en avant de certains d’entre eux au détriment des autres.
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Les indicateurs synthétiques (les « tout en un ») : le principal représentant de ces indicateurs est l’IDH mais il en existe bien d’autres qui sont le plus souvent le fruit des travaux de chercheurs et des associations (indicateur de progrès véritable, épargne nette ajustée de la banque mondiale, empreinte écologique …). Le point commun de tous ces indicateurs est de révéler une autre hiérarchie des pays mais leurs messages peuvent être contradictoires. Comment dès lors les interpréter ? (cf.résumé sur blog « les nouveaux indicateurs de richesse »)
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Mesurer le bonheur : on recourt ici à des enquêtes qualitatives nationales auprès des ménages qui font appel à des données subjectives. Selon ces enquêtes, les plus heureux seraient les habitants du Costa Rica, les français seraient 35ème derrière d’autres pays de l’OCDE, certains pays d’amérique latine et même derrière l’Arabie Saoudite, dont les habitants disposent pourtant de moins de droits et de libertés que les français !!! Ces résultats tempèrent donc la fiabilité de ces enquêtes : les individus peuvent-ils juger objectivement de leur bonheur ? Quelle est la prise en compte de la durée (enjeu pourtant majeur aujourd’hui avec la question centrale de l’environnement) dans ces questionnements ?
Conclusion : il n’y a pas d’indicateur parfait. La commission Stiglitz donnent cependant des pistes sur les critères auxquels devront répondre les prétendants afin que les citoyens se les approprient : rigueur, lisibilité, fiabilité.