Chroniques en innovation et en formation

Penser le "clinamen" en éducation, à la manière de Lucrèce: de petites dérives angulaires amènent à de grandes choses

Alors que notre France républicaine, donc éternelle, reconfigure en peu de temps son système d’enseignement (socle commun des connaissances et de compétences pour les élèves au terme de l’Ecole obligatoire, définition du cahier des charges de l’enseignant en 10 compétences, intégration des IUFM au sein d’universités), notre voisin direct, francophone, la Belgique, vient de réformer son système de formation des enseignants.

Un document complet décrit le dispositif; et son exergue est intéressant. Signé par la ministre du pays, Françoise DUPUIS, il s’arqueboute sur le concept d’égalité, décliné ainsi:

Si la professionnalisation est au cœur de la formation, une valeur fondamentale la traverse et lui donne son esprit : l’égalité.

• Egalité dans les exigences de formation des différentes catégories d’enseignants : certains cours sont suivis, en commun, par les étudiants de différentes sections.

• Plus d’égalité entre les écoles qui, désormais, offrent toutes aux étudiants des intitulés de cours mentionnés dans les textes légaux et respectent des grilles de référence communes pour les matières enseignées aux futurs instituteurs et régents.

• Egale reconnaissance de tous les publics scolaires en sensibilisant les étudiants à l’accueil des autres cultures, à la richesse que procure la diversité, en les formant à traiter avec le même respect et autant d’écoute tous les élèves qui leur sont confiés.

• Volonté d’amener les nouveaux diplômés à s’engager publiquement, par le «Serment de Socrate», à promouvoir l’égalité devant la réussite scolaire de tous leurs futurs élèves

Doit-on à sa formation littéraire cette référence toute classique, qui prend cette forme solennelle, à la manière du serment d’Hippocrate pour le corps médical:

«Je m’engage à mettre
toutes mes forces et toute
ma compétence au service de
l’éducation de chacun des
élèves qui me sera confié.»

Puis, la profession est déclinée en 13 compétences, suivantes:

1.Mobiliser des connaissances en sciences humaines pour une juste interprétation des situations véŽcues en classe et autour de la classe ainsi que pour une meilleure adaptation aux publics scolaires.
2. Entretenir des relations de partenariat efficace avec l’institution, les collègues et les parents d’éŽlèves.
3. Etre informŽé sur son r™ôle au sein de l »institution scolaire et exercer la profession d’enseignant telle qu’elle est dŽfinie dans les textes lŽégaux de réŽféŽrence.
4. Ma”triser les savoirs disciplinaires et interdisciplinaires qui justifient l »action pŽédagogique.
5. Maî”triser la didactique disciplinaire qui guide l’action pédagogique.
6. Faire preuve d »une culture gŽnŽrale importante afin déŽveiller les éŽlèves au monde culturel.
7. DŽévelopper les compŽétences relationnelles liŽes aux exigences de la profession.
8. Mesurer les enjeux Žéthiques liŽs ˆ sa pratique quotidienne.
9. Travailler en Žéquipe au sein de l’Ecole.
10. Concevoir des dispositifs d »enseignement, les tester, les Žvaluer, les réŽguler.
11. Entretenir un rapport critique et autonome avec le savoir scientifique passŽé et ˆ venir.
12. Planifier, géŽrer et Žévaluer des situations d »apprentissage.
13. Porter un regard réŽflexif sur sa pratique et organiser sa formation continuŽe.

A rapprocher de nos 10 compétences, dessinées depuis le BO du 1er janvier 2007.

Cette symbolique du serment s’inscrit dans le genre d’une corporation et de valeurs affirmées qui n’a pas d’égal actuellement en France. Les médecins, les avocats, les architectes par exemple disposent de ce type d’encadrement professionnel. Qu’en pensez-vous ?

2 commentaires

  1. Pascal Baquet
    20 h 58 min le avril 19th, 2010

    Juste quelques petites précisions pour cet article sur lequel je suis déjà tombé quelques fois au dédale de recherches…

    Il faut préciser que la réforme évoquée ici ne concerne pas l’ensemble de la Belgique mais la Communauté française de Belgique(qui n’a rien à voir avec ce qu’en pensait François Mitterrand et qui géographiquement correspond, en gros, le sud de la Belgique et Bruxelles) dont les compétences reprennent notamment l’enseignement (à quelques exceptions telles que les pensions des enseignants).

    De même, Madame la ministre Dupuis n’a pas été ministre belge de l’enseignement mais au sein du gouvernement de la Communauté française, elle a donc été ministre de l’enseignement en Communauté française. Il lui existait un équivalent pour les Communautés flamande et germanophone de Belgique.

    Enfin, sans rentrer dans le fond de l’article, il peut être intéressant de citer un lien facile à faire entre le serment de Socrate et les 13 compétences citées d’une part et les 4 missions prioritaires de l’enseignement établies dans un décret datant de 1997 d’autre part (http://www.gallilex.cfwb.be/fr/leg_res_01.php?ncda=21557&referant=l01).

  2. Avatar de fmullewh fmullewh
    20 h 15 min le avril 26th, 2010

    Des précisions tout à fait importantes apportées par Pascal sur le contexte et les spécificités de ce système wallon. N’empéche, il nous renvoie à nous, Français, à une faille qui devient béante dans notre métier; au fur et à mesure que nous prenons conscience des insuffisances et des limites de notre système éducatif… français.